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Bob Dole, l’homme qui avait rêvé de la Maison-Blanche

« Au moins, elle est la présidente de quelque chose, ce qui est plus que je ne peux dire. » (Cité par William B. Whitman en 2003).
 



Cette petite phrase de l’ancien sénateur américain Bob Dole, elle ne faisait pas référence à Hillary Clinton, mais à son épouse, Elizabeth Dole, qui a poursuivi, comme lui, une carrière politique au plus haut niveau. Possible que le couple Dole aurait fait, une ou deux décennies plus tôt, comme le couple Clinton, une double carrière présidentielle en parallèle, si… si… si Bob Dole n’avait pas perdu plusieurs primaires ou élections dans les années 1970, 1980 et 1990.

Ce dimanche 22 juillet 2018, Bob Dole fête ses 95 ans. Né à Russell, dans le Kansas, le 22 juillet 1923, Bob Dole fut souvent candidat malheureux aux primaires républicaines, et la fois où il a obtenu enfin l’investiture de son parti, il était déjà trop âgé pour être crédible face à un "jeune" Président sortant plein de charisme et de dynamisme.

Après avoir été jeune officier pendant la Seconde Guerre mondiale où il fut blessé deux fois en Italie (lui provoquant un handicap définitif à son bras droit), Bob Dole a suivi des études de droit pour devenir avocat en 1952. Il s’engagea dans la vie politique assez tôt sous les couleurs du Parti républicain.

Bob Dole fut élu en 1950 représentant de l’État du Kansas (l’équivalent de conseiller départemental ou régional en France) de 1950 à 1952 puis fut procureur du comté de Russel de 1952 à 1960. Se hissant au niveau fédéral, il fut élu plusieurs fois à la Chambre des Représentants des États-Unis (représentant le Kansas, c’est l’équivalent de député en France), en fonction de janvier 1961 à janvier 1969.

Bob Dole fut ensuite élu en novembre 1968 sénateur du Kansas, en fonction du 3 janvier 1968 jusqu’à sa démission le 11 juin 1996 pour se consacrer pleinement à sa candidature présidentielle. Bob Dole fut l’équivalent de président national du Parti républicain (chairman of Republican National Committee) du 15 janvier 1971 au 19 janvier 1973, poste qu’il a laissé ensuite à George H. W. Bush.

L’une de ses contributions les plus importantes au Sénat fut le Bayh-Dole Act (autrement dit, the Patent and Trademark Law Amendments Act), loi, dont il était le co-auteur avec Birch Bayh, candidat malheureux aux primaires démocrates de 1976, qui fut votée par le Congrès le 12 décembre 1980 et qui permet aux universités américaines et, plus généralement, à toutes les organisations non lucratives recevant des fonds publics, de breveter leurs découvertes.

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C’est comme sénateur pendant vingt-sept ans que Bob Dole a bâti sa réputation d’homme sérieux et travailleur. Lors de l’élection présidentielle de 1976, le Président sortant (jamais élu) Gerald Ford (1913-2006), qui a gagné de justesse les primaires républicaines face à Ronald Reagan, l’a choisi comme colistier pour devenir son Vice-Président à la place du Vice-Président sortant (non élu) Nelson Rockefeller (1908-1979) peu apprécié des républicains car trop centriste. Gerald Ford fut cependant battu le 2 novembre 1976 avec 48,0% par Jimmy Carter (ticket avec Walter Mondale) avec 50,1%.

C’est au titre de la légitimité politique de cette candidature que Bob Dole a tenté par la suite de devenir le candidat républicain aux élections présidentielles. En 1980, il fut battu par Ronald Reagan qui a ensuite largement gagné l’élection (50,8% contre 41,0%), s’octroyant un boulevard lors de sa réélection en 1988 (59,0% contre 40,7% à Walter Mondale). Bob Dole repartit en campagne aux primaires républicaines de 1988 mais fut battu par le Vice-Président sortant George H. W. Bush qui fut élu Président (53,5% contre 45,8% à Michael Dukakis). Là encore, Bob Dole n’a pas participé aux primaires en 1992 pour la reconduction de George H. W. Bush, mais ce dernier a échoué avec seulement 37,5% face à Bill Clinton (dans un ticket avec Al Gore) avec 43,0%.

Enfin, soutenu par George W. Bush (alors gouverneur du Texas et fils du Président sortant), Barry Goldwater (ancien sénateur), Alfonse D’Amato (sénateur) et la plupart des dirigeants du Parti républicain, Bob Dole fut consacré le 15 août 1996 candidat des républicains aux primaires de 1996, battant avec 58,8% le milliardaire Steve Forbes, l’ancien conseiller à la Maison-Blanche Pat Buchanan (20,8%) et le sénateur Phil Gramm (soutenu par le sénateur John MacCain).

La désignation de Bob Dole comme candidat des républicains était probable car il était parti favori dans cette ultime bataille. Son atout, c’était qu’il était le leader de la majorité au Sénat face à un Président démocrate qui avait été affaibli par l’échec des élections législatives à mi-mandat en novembre 1994 (les républicains devenant majoritaires tant à la Chambre des Représentants qu’au Sénat). Bod Dole avait alors été chef de la majorité républicaine au Sénat à partir de janvier 1995 comme il l’avait été entre janvier 1985 et janvier 1987 (sous la Présidence de Ronald Reagan) et chef de la minorité républicaine au Sénat de janvier 1987 à janvier 1995 (en d’autres termes, Bob Dole était le patron des sénateurs républicains depuis une dizaine d’années lorsqu’il a abordé les primaires de 1996).

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Après le refus de Colin Powel pour être son Vice-Président, Bob Dole a alors formé un ticket avec l’ancien Ministre du Logement Jack Kemp (1935-2009), qui avait été, lui aussi, candidat malheureux aux primaires républicaines de 1988. Un des candidats les plus âgés de l’histoire des États-Unis (73 ans), Bob Dole fut largement battu le 5 novembre 1996 avec 40,7% par Bill Clinton, le sémillant Président sortant, avec 49,2%, soit plus de 8,2 millions de voix d’avance.

En difficulté par la perte de sa majorité au Congrès en 1994 et avec des leaders républicains très combatifs, en particulier Newt Gingrich, Président (speaker) de la Chambre des Représentants de janvier 1995 à janvier 1999, Bill Clinton avait eu l’avantage de ne pas avoir eu à mener de campagne pour les primaires et de pouvoir donc s’investir totalement dans l’affrontement contre son adversaire républicain.

Comme je l’ai écrit au début, Bob Dole a surtout perdu à cause de son âge. Son combat électoral était presque anachronique et aurait dû être livré une dizaine d’années auparavant, par exemple en 1988. Toutefois, il ne fut pas le seul candidat âgé récent à ces élections, Ronald Reagan avait gagné deux fois, à 69 ans en 1980 et à 74 ans en 1984. John MacCain fut le candidat républicain en 2008 à l’âge de 72 ans, et les deux principaux candidats des dernières élections furent également âgés, Donald Trump, 70 ans, et Hillary Clinton, 69 ans, et Donald Trump serait probablement candidat à sa succession en 2020 à 74 ans, sauf s’il était démis de ses fonctions auparavant…

L’un des regrets politiques de Bod Dole pour les élections de 1996 fut d’ailleurs celui-ci : « Si nous avions su que nous allions prendre le contrôle du Sénat, nous aurions proposé de meilleurs candidats. » (cité par Charlie Cook en 2010), ce qui ne manquait pas d’être cocasse ! En d’autres termes, les républicains ont très mal exploité leur victoire électorale de novembre 1994 et l’arrogance de Newt Gingrich n’a pas rendu les choses plus faciles. Son échec prévisible aux élections présidentielles de 1996 a mis un point final à sa longue carrière politique principalement dominée par ses activités sénatoriales.

Son épouse, Elizabeth Dole surnommée Liddy (née Elizabeth Hanford le 29 juillet 1936 à Salisbury, en Caroline du Nord), mariée à lui depuis le 6 décembre 1975, a, comme chez les Clinton, connu également une vie politique prestigieuse, mieux que les Clinton car contrairement à ces derniers, Elizabeth Dole n’a pas attendu la retraite de son mari pour démarrer sa carrière politique. En effet, après des études de droit et initialement démocrate, soutenant les Présidents John F. Kennedy et Lyndon Johnson, elle travailla à la Maison-Blanche à la fin du mandat de Lyndon Johnson et souhaita y rester après l’élection du Président Richard Nixon en 1968. Elle continua donc à travailler à la Maison-Blanche comme assistante adjointe du Président pour les affaires de consommation de janvier 1969 à décembre 1973 et fut nommée, par Richard Nixon, membre de la Commission fédérale du commerce (Federal Trade Commission) du 4 décembre 1973 au 9 mars 1979. Elle est devenue républicaine en 1975. Elle avait quitté momentanément son poste fédéral pendant quelques mois en 1976 pour faire la campagne de son mari, candidat à la Vice-Présidence, puis a démissionné en mars 1979 (normalement, son mandat était de sept ans) pour aider pleinement son mari candidat aux primaires de 1980.

Après avoir été la directrice du bureau des relations publiques de la Maison-Blanche entre 1981 et 1983, Elizabeth Dole fut ensuite nommée Ministre des Transports du 7 février 1983 au 30 septembre 1987 par le Président Ronald Reagan, puis Ministre du Travail du 25 janvier 1989 au 23 novembre 1990 par le Président George H. W. Bush. Présidente de la Croix-Rouge aux États-Unis entre 1991 et 1999, elle tenta de se présenter aux primaires républicaines pour les élections présidentielles de 2000, mais elle y renonça dès octobre 1999, faute d’un financement suffisant (dans les sondages de l’époque, elle était créditée de la deuxième place avec 11% des intentions de vote derrière George W. Bush qui avait 60% et John MacCain avait la troisième place). Elle fut ensuite élue sénatrice de Caroline du Nord (la première femme dans cet État) de janvier 2003 à janvier 2009 (en novembre 2002, elle a battu avec 53,6% un ancien collaborateur de Bill Clinton à la Maison-Blanche, Erskine Bowles, mais en novembre 2008, elle fut battue avec 44,2% par son concurrent démocrate Kay Hagan). Pour les élections présidentielles de 2008, le nom d’Elizabeth Dole fut évoqué pour devenir la Vice-Présidente du candidat John MacCain. Sarah Palin fut finalement choisie. C’était déjà le cas en 2000 pour former un ticket avec George W. Bush, mais Dick Cheney fut choisi (à la surprise des observateurs).

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À 95 ans, Bob Dole est une légende vivante de la vie politique américaine qui a déjà été honorée deux fois par les Présidents des États-Unis : le Président élu Bill Clinton lui a remis en effet, le 17 janvier 1997 à la Maison-Blanche, la Médaille présidentielle de la Liberté (Presidential Medal of Freedom) pour son engagement pendant la guerre et sa longue carrière politique, et il a reçu, le 17 janvier 2018 au Capitol Hill, la Médaille d’or du Congrès (Congressional Gold Medal) en présence du Président Donald Trump dont il avait participé à la campagne en 2016. Ces deux prestigieuses décorations sont les plus hautes récompenses civiles accordées aux États-Unis et contrairement à des décorations comme la Légion d’honneur en France, elles sont attribuées avec beaucoup de parcimonie.

Face à Bill Clinton ce 17 janvier 1997, Bob Dole, plein d’humour mais aussi d'amertume, avait ainsi réagi avec sa décoration : « J’ai rêvé que je serais ici [à la Maison-Blanche] durant cette semaine historique, à recevoir quelque chose du Président, mais je pensais que ce serait la clef de la porte d’entrée ! ». En effet, le 20 janvier 1997, Bill Clinton fut investi pour son second mandat de 42e Président des États-Unis. Bob Dole avait rêvé d’être à sa place…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 juillet 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bob Dole.
George HW Bush.

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1 réactions à cet article    


  • Dom66 Dom66 21 juillet 18:30

    Rakoto ne savait pas quoi écrire pour son nartic du jour, et il a trouvé Bob Dole. Mais Rakoto perso (et je ne pense pas être le seul) j’en ai rien à branler de « Dob Bole »

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