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Accueil du site > Actualités > International > Bokassa, l’empereur Ubu ou le soudard imperator

Bokassa, l’empereur Ubu ou le soudard imperator

« Si folie des grandeurs il y eut chez celui que De Gaulle appela le "soudard", elle fut d’importation, nettement inspirée et encouragée. Rien de ce que fut Jean-Bedel Bokassa ne se fit que la France ne l’autorisât, par calcul, nécessité ou faiblesse. » (Pierre Georges, "Le Monde" du 5 novembre 1996).

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Un événement marquant de l’histoire de la Françafrique, le sommet du granguignolesque pitoyable et pompeux, a eu lieu il y a quarante ans, le dimanche 4 décembre 1977 : le couronnement de l’empereur Bokassa Ier. Folie des grandeurs en version centrafricaine et début de la chute de la Giscardie triomphante.

Jean-Bedel Bokassa fut un nom qui résonnait comme un "affreux" dictateur, parmi d’autres "affreux" de l’époque, Amin Dada, Pol Pot, Duvalier, etc. Il y en avait à l’époque tellement que c’est aujourd’hui difficile de tous les énumérer, mais ces noms, pour leurs contemporains, même lointains, donnaient toujours quelques frissons de terreur. Pour Bokassa, normal : Bokassa veut dire "le garçon boucher" en sango (la langue véhiculaire de la République centrafricaine). Empereur de l’abominable, tyran alcoolique et brutal au point de fracasser lui-même des enfants, Bokassa fut même accusé d’anthropophagie, d’avoir mangé des enfants, après les avoir conservés dans un réfrigérateur. La justice ne l’a jamais prouvé, certains ont cru que ce n’étaient que des rumeurs pour le déstabiliser politiquement, mais…

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Né le 21 février 1921, Jean-Bedel Bokassa a été très tôt orphelin, à l’âge de 6 ans : son père a été exécuté le 13 novembre 1927 par l’autorité coloniale après un procès bâclé, pour s’être rebellé, et sa mère s’est ensuite suicidée. Élevé par les pères missionnaires, il s’est engagé dans l’armée française en 1939, et a combattu dans la Division Leclerc dès 1940 (il fut sergent du IIe régiment de marche), a participé au débarquement de Provence et à la bataille du Rhin. Après la guerre et plusieurs formations militaires dont une à Châlons-sur-Marne, il est reparti avec l’armée française en Indochine puis en Algérie, sous les ordres du général Marcel Bigeard et a fini avec le grade de capitaine. Il a donc fait partie des "héros" qui ont libéré la France, ce qui lui a valu Légion d’honneur et Croix de guerre.

Quand Jean-Bedel Bokassa intégra l’armée centrafricaine comme commandant de bataillon, le 1er janvier 1962, la République centrafricaine venait de proclamer son indépendance quelques années plus tôt, dans le cadre d’un accord avec De Gaulle le 1er décembre 1958. Au pouvoir, aidé par les Français, David Dacko (1930-2003), un lointain cousin de Bokassa (plus jeune que lui). David Dacko a récupéré le "pouvoir" à la suite de la mort supposée accidentelle de Barthélemy Boganda (1910-1959), son oncle, considéré comme le "père" de la nation centrafricaine et promoteur du panafricanisme. David Dacko fut Président du gouvernement centrafricain avant l’indépendance, du 1er mai 1959 au 14 août 1960, il fut élu Président de la République centrafricaine le 14 août 1960 et réélu le 5 janvier 1964.

La situation du Centrafrique fut assez chaotique. En perte de croissance économique, avec une politique d’austérité pour juguler les déficits et une difficulté à assurer l’intégrité territoriale du pays vis-à-vis de ses voisins (les frontières étaient franchies par des partisans de Patrice Lumumba), le pays a accepté de l’aide financière de la Chine communiste (un prêt à taux nul d’un milliard de francs CFA). Cette aide n’a pas permis de relever financièrement le pays à cause de la corruption généralisée.

Conseiller militaire du Président, promu colonel le 1er décembre 1964, et devenu chef d’état-major la même année, Bokassa avait un besoin de reconnaissance qui inquiétait beaucoup le pouvoir en place. Dacko créa un corps armé indépendant de l’armée avec la gendarmerie. Envoyé en France de juillet à octobre 1965 pour l’éloigner du Centrafrique, Bokassa a finalement organisé un coup d’État le 31 décembre 1965 pour renverser David Dacko. Jean-Bedel Bokassa s’est proclamé Président de la République centrafricaine le 1er janvier 1966.

Ses deux principaux rivaux des forces armées centrafricaines, Jean Izamo, chef de la gendarmerie, et Prosper Mounoumbaye, chef de la garde présidentielle, furent éliminés, battus à mort en janvier 1966 (lire ce qu’en a dit plus tard le journaliste René Backmann). En revanche, Bokassa préserva la vie de David Dacko qu’il fit enfermer, dans un but très simple : il voulait obtenir la reconnaissance internationale de son nouveau pouvoir. Son bras droit dans le coup d’État, le lieutenant-colonel Alexandre Banza (1932-1969) fut nommé ministre de Bokassa et noua de nombreuses relations diplomatiques en Afrique. Son influence politique fut très importante.

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La France, qui avait soutenu David Dacko, fut très réticente à reconnaître Bokassa (après une rencontre avec Bokassa le 7 juillet 1966, Georges Pompidou, Premier Ministre, refusa une telle reconnaissance) mais en raison du risque de perdre de l’influence sur le Centrafrique (notamment monétaire), De Gaulle fit à Bokassa l’honneur de venir en visite officielle à Bangui le 17 novembre 1966, ce qui valait une reconnaissance officielle. La position géostratégique de la République centrafricaine a rendu inéluctable le soutien de la France. Bokassa appela De Gaulle "papa" (ce qui agaçait énormément le Général) et plus tard, Valéry Giscard d’Estaing son "frère"…

L’influence d’Alexandre Banza, en charge des Finances, fut d’autant plus menaçante pour Bokassa qu’il critiquait ses dépenses somptuaires, ce qui a abouti à sa disgrâce : arrêté le 9 avril 1969 alors qu’il allait commettre un coup d’État, Alexandre Banza fut exécuté le 12 avril 1969 après une parodie de procès. Bokassa n’avait plus de concurrent politique réel.

Pendant ses premières années au pouvoir et malgré les actes de torture, de terreur, et les exécutions sommaires de ses opposants, Bokassa a joui d’une relative popularité auprès du peuple centrafricain, même si son besoin de reconnaissance ne cessait pas : il s’autoproclama le 2 mars 1972 Président de la République à vie (les dictateurs sont très rares à se proclamer Présidents à vie, un autre fut haïtien, par exemple). Il s’autoproclama le 19 mai 1974 maréchal (un titre dont il était fier).

Le journaliste René Backmann a écrit dans "Le Nouvel Observateur" du 5 décembre 1977, pour décrire le type de dirigeant politique qu’était Bokassa : « Tout le monde sait, en Afrique et ailleurs, que, depuis le coup d’État militaire du 31 décembre 1965 qui l’a porté au pouvoir, Jean-Bedel Bokassa (…) gouverne, ou plutôt, règne par la terreur et la corruption, au gré capricieux de ses fantasmes et de ses folies, au milieu d’une nuée de courtisans minables, de fonctionnaires terrorisés, d’aigrefins flatteurs et d’escrocs internationaux, prêts à saisir la moindre occasion de s’emplir les poches. Quelle proie, en effet, pour les filous itinérants que ce dictateur quasi-illettré, amateur de chivas et de beaujolais, collectionneur d’instruments de musique, de médailles et d’appareils de photo, clown sinistre et menaçant, capable de distribuer avec la même générosité une poignée de diamants à un flagorneur ou une volée de coups de gourdin à un "suspect", avant de sombrer dans la mélancolie et de rêver au petit bistro de Fréjus où il cuvait ses cuites au bon vieux temps de la "coloniale". ».

Et le reporter de raconter la réalité de cette terreur : « Il n’a aucune confiance en son entourage. (…) Il hait les intellectuels (…). Il voit des complots partout, lâche ses flics et ses tortionnaires sur le moindre suspect. En 1966, l’ancien chef e la sécurité de son prédécesseur, accusé de subversion, est arrêté. Les militaires l’émasculent avant de lui arracher les yeux, puis de le décapiter. Il faut une intervention de l’ambassade française pour dissuader Bokassa de faire circuler la tête dans les écoles, à titre d’avertissement. Chaque année, de nouveaux complots, réels ou imaginaires, sont découverts. Arrestations, disparitions, tortures, emprisonnements, exécutions sommaires se multiplient. On ignore le nombre exact de ses prisonniers et de ses victimes. Une chose est sûre : l’arbitraire, en Centrafrique comme en Ouganda [dirigé par Amin Dada], est devenu la loi. Le 31 juillet 1972, à Bangui, Bokassa préside une séance de bastonnade destinée à punir les voleurs. (…) Bilan : trois morts dont on expose les cadavres sur la place principale, à côté des blessés sanguinolents et enchaînés. » (5 décembre 1977).

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Très instable sur le plan institutionnel (il voulait éviter tout risque de rivalité politique), Bokassa créa un poste de Premier Ministre le 1er janvier 1975, auquel il nomma Élisabeth Domitien (1925-2005), la première femme à occuper la tête d’un gouvernement africain (et la seule à ce jour !), mais elle fut limogée (et le poste de Premier Ministre fut supprimé) le 7 avril 1976 car elle s’était opposée à la transformation du régime en monarchie…

L’année 1976 fut d’ailleurs l’année de toutes les loufoqueries pour Bokassa qui s’est converti (très provisoirement) à l’islam pour séduire son "cousin" Mouammar Kadhafi et obtenir une aide financière de la Libye. Il a limogé le gouvernement en septembre 1976 au profit d’un conseil de la révolution centrafricaine. Autre bizarrerie, il a fait libérer David Dacko (en prison depuis 1966) et en a fait son bras droit influent.

Mais la plus grande des loufoqueries, ce fut le 4 décembre 1976, la proclamation de l’Empire centrafricain. Admirateur de Napoléon, il a attendu deux jours après le 2 décembre pour cette proclamation. Son sacre a eu lieu exactement un an plus tard, le 4 décembre 1977 (il y a quarante ans), avec un luxe incroyablement calculé. Ce fut la honte de la France d’avoir accepté une telle bouffonnerie, en envoyant, pour être représentée à cette cérémonie, le conseiller Afrique de l’Élysée René Journiac et l’un des barons du gaullisme, le Ministre de la Coopération Robert Galley (après le refus de Michel Poniatowski, Alain Peyrefitte et Louis de Guiringaud).

Le pape Paul VI, sollicité, avait refusé de venir cautionner cette supercherie (invité au Te Deum à la cathédrale de Bangui), et l’archevêque de Bangui avait déconseillé à Bokassa de faire venir le pape car cela risquait de créer des tensions entre les communautés religieuses. Étrangement, en janvier 2017, le Vatican aurait sorti un timbre commémorant le quarantième anniversaire de ce sacre. C’est ce que j’ai trouvé sur Internet et aucune information ne m’a permis d’en confirmer la véracité (l’image pouvant être un faux).

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Non seulement la France s’est prêtée politiquement à cette mascarade de couronnement, mais aussi économiquement avec la fourniture de nombreux équipements et consommations, entre autres, 60 000 bouteilles de Champagne et de Bourgogne, des vêtements impériaux (manteau d’hermine, etc.) créés par Pierre Cardin, une couronne en or et diamants qui a coûté 50 000 fois le salaire moyen d’un salarié centrafricain, un carrosse luxueux, une trentaine de chevaux (dont deux périrent pendant la cérémonie), etc. Au total, la note de la journée, filmée par l’Armée française pour le compte de Bokassa, fut très salée : 100 millions de francs (l’équivalent de l’aide française), financés par la France mais aussi par Kadhafi.

Par prudence et discernement, aucun chef d’État ou de gouvernement, à l’exception d’un d’un petit État, n’a voulu assister à cette cérémonie aussi ridicule que mégalomaniaque. La France a été en dessous de tout d’avoir accompagné ce dictateur dans ses délires très coûteux. Bokassa regretta cependant l’absence de Valéry Giscard d’Estaing qui avait donné une excuse bidon pour ne pas s’y rendre.

Le journaliste Pierre Georges notait, à la mort du dictateur, ceci à propos du sacre, dans "Le Monde" du 5 novembre 1996 : « Ce jour-là, la France participa beaucoup, fournissant tout : l’argent, la couronne, le sceptre, le trône, la claque et même le carrosse impérial ; tiré par des chevaux de Normandie peints en or gris. Elle fournit même sa bénédiction à ce simulacre de sacre (…). Épisode pitoyable que la France, dans une approche curieuse de son devoir de coopération, encouragea et couvrit. Mieux valait à ses yeux un Bokassa empereur, ex-soldat (…) de la France libre (…) que tout autre Centrafricain , susceptible a priori d’accointance progressiste. ».

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Bokassa avait justifié l’instauration de l’empire pour de distinguer des autres pays africains. Il a recréé la fonction de Premier Ministre, d’abord en nommant à la tête du gouvernement Ange-Félix Patassé (1937-2011) du 8 décembre 1976 au 14 juillet 1978, puis, à l’occasion d’un grave problème de santé (une attaque cardiaque) qui obligea Ange-Félix Patassé à se faire soigner en France, Bokassa nomma Premier Ministre Henri Maïdou (81 ans), du 14 juillet 1978 au 26 septembre 1979.

Pendant près de deux ans, le comportement de "l’empereur" Ubu ou plutôt, imbu de lui-même, mêlant faste et horreur, rendant encore plus criantes les inégalités sociales dans son pays, fit même douter la France au point de trouver cet allié africain bien trop encombrant.

Un massacre a eu lieu entre le 15 et le 20 janvier 1979 par l’armée, commandé notamment par le général François Bozizé (71 ans), futur dictateur et Président de la République du 15 mars 2003 au 24 mars 2013. Cette répression sanglante a coûté la vie à des dizaines d’écoliers, ce qui éloigna Bokassa d’autres pays africains comme le Sénégal de Léopold Senghor et la Côté d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny.

À partir de mai 1979 et de sa lecture des rapports sur ces massacres de janvier 1979, le Premier Ministre Henri Maïdou s’éloigna de Bokassa. Henri Maïdou a adressé au gouvernement français le 4 septembre 1979 une lettre lui demandant d’intervenir pour en finir avec le régime de Bokassa. Henri Maïdou fut ensuite nommé Vice-Président de la République centrafricaine par David Dacko du 26 septembre 1979 au 23 août 1980.

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Valéry Giscard d’Estaing décida de renverser Bokassa dans la nuit du 20 au 21 septembre 1979 avec l’armée française, au cours de l’Opération Barracuda qui visait officiellement à protéger, voire à rapatrier les ressortissants français du Centrafrique. Bokassa, qui se trouvait alors à Tripoli, en Libye, pendant le coup d’État, s’est réfugié d’abord à Abidjian puis, de décembre 1983 à octobre 1986, en France, au château d’Hardricourt, dans les Yvelines (pas très loin de Meulan), château que Bernard Tapie avait voulu acheter par la suite… Le légataire universel de l’ancien dictateur, son fils Georges Bokassa (ancien Ministre de la Défense de son père) fut lui-même propriétaire du château de Mézy-sur-Seine, à quelques kilomètres du premier château.

L’ancien Président David Dacko proclama le retour à la République dès le 21 septembre 1979 et reprit ses fonctions de Président de la République centrafricaine, jusqu’au 1er septembre 1981, où il démissionna, anticipant un futur coup d’État. Le général André Kolingba (1936-2010) s’empara en effet du pouvoir du 1er septembre 1981 au 22 octobre 1993 en continuant un régime autocratique. Lui succéda Ange-Félix Patassé du 22 octobre 1993 au 15 mars 2003. En cinquante-sept ans d’existence, le Centrafrique a eu peu de chefs d’État, mais beaucoup de régimes : un empire et six républiques.

La politique africaine de Valéry Giscard d’Estaing a été catastrophique en Centrafrique. Il n’aurait jamais dû s’appuyer sur Bokassa. Pire, peut-être que ce fut ce dernier qui lui a fait payer son renversement. Très peu de temps après l’éviction de Bokassa, le 10 octobre 1979, le journal satirique "Le Canard enchaîné" sortit la fameuse "affaire des diamants", où il était question d’un cadeau que Bokassa aurait offert à Valéry Giscard d’Estaing, en avril 1973, lors d’un déplacement (personnel) en Centrafrique, à l’époque où il était Ministre des Finances. Un cadeau composé de quelques diamants (sans grande valeur, estimé entre 4 000 et 7 000 francs), que le futur Président avait rangé dans un tiroir négligemment.

Voici la description de Pierre Georges : « Les tirant d’une bonbonnière posée sur un meuble en simili Empire du palais de Berengo, Sa Majesté Bokassa Ier avait coutume d’offrir aux visiteurs de marque d’étranges friandises : des petits diamants sans grande valeur, comme les berlingots de la couronne. » (5 novembre 1996).

Valéry Giscard d’Estaing, qui trouva cette "affaire" ridicule, refusa de se défendre immédiatement, sinon par le silence et le mépris, ce qui renforça la suspicion à son encontre. La seule occasion où il s’exprima sur le sujet fut lors d’une interview télévisée le 27 novembre 1979 sur Antenne 2, où il répondit à Jean-Pierre Elkabbach, Alain Duhamel et Gérard Saint Paul en ces termes : « Ces cadeaux, sans que je m’en occupe, je peux vous le dire, ils sont apportés à l’Élysée, ils y sont conservés et ils n’en sortent que pour deux usages, soit qu’ils soient attribués à des œuvres de bienfaisance, soit, lorsqu’ils ont un intérêt à cet égard, ils sont remis à des musées. (…) Avant que mon mandat ne s’achève, tous les cadeaux que j’ai reçus, et dont la liste bien entendu sera conservée, auront été utilisés à l’une ou l’autre de ces fonctions, c’est-à-dire œuvres de bienfaisance ou musées. Je ne vous cache pas que c’est désobligeant pour moi de répondre à des questions de cette nature. Je peux vous dire que déjà, ces dernières années, de nombreux cadeaux ont été envoyés à des œuvres de bienfaisance, qui le savent et qui, d’ailleurs, m’en envoient par écrit le témoignage, ou à des musées, où ils sont, à l’heure actuelle, présentés. Et enfin, à la question que vous m’avez posée sur la valeur de ce que j’aurais reçu comme Ministre des Finances, j’oppose un démenti catégorique et, j’ajoute, méprisant. ». Quant à son silence, il l’expliqua ainsi : « C’est quelque chose qui tenait aussi, permettez-moi de le dire, à mon caractère et à l’idée que j’ai de ma fonction et qui est qu’il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison. ».





Pour remettre cette affaire dans le contexte politique du moment, il faut se rappeler que le 30 octobre 1979, on avait retrouvé Robert Boulin "suicidé" dans un étang de la forêt de Rambouillet. Alors que VGE était le favori pour une réélection en 1981, cette affaire a plombé sa campagne présidentielle. Il a eu avec cette affaire une aussi mauvaise gestion de sa communication que, trente-six ans plus tard, le candidat François Fillon avec le PénélopeGate. Par la suite, ses successeurs François Mitterrand et Jacques Chirac, pour éviter toute suspicion, ont créé un musée de leur Présidence où ils conservaient tous les cadeaux internationaux qu’ils ont reçus au titre de leur fonction présidentielle.

René Backmann a donné une tentative d’explication à la mansuétude française : « Faut-il fouiller dans les conseils d’administration, et découvrir qu’un cousin du Président, Jacques Giscard d’Estaing, directeur financier du CEA, administrateur de Technicatome et de Framatome, représente les intérêts français dans la compagnie d’exploitation de l’uranium centrafricain ? Amour de la chasse, intérêts financiers, stratégie antisoviétique, politique des matières premières et pesanteurs coloniales : voilà ce qui peut expliquer les bonnes, les excellentes relations [entre les deux chefs d’État]. » (5 décembre 1977).

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L’épilogue resta centrafricain. Finalement, Jean-Bedel Bokassa retourna à Bangui en octobre 1986, et fut condamné à mort le 12 juin 1987 pour les meurtres commis sous sa responsabilité. Sa peine fut commuée en février 1988 à la réclusion à perpétuité, puis à dix ans de prison. Ce fut André Kolingba qui l’a gracié en octobre 1993. Jean-Bedel Bokassa, père d’au moins cinquante-cinq enfants issus d’environ dix-sept femmes, est mort libre, d’un infarctus à Bangui, il y a un peu plus de vingt et un ans, le 3 novembre 1996, à l’âge de 75 ans. Il a été inhumé dans son ancien palais de Berengo (on l’avait appelé "l’ogre de Berengo" pour cette raison), pas loin d’une statue à son effigie et il fut même officiellement réhabilité le 1er décembre 2010 par son lointain successeur, le Président François Bozizé, l’un des responsables des massacres de janvier 1979…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 décembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Sacré Bokassa", article de René Backmann dans "Le Nouvel Observateur" du 5 décembre 1977.
"Sa Majesté Bokassa Ier", article de Pierre Georges dans "Le Monde" du 5 novembre 1996.
Mao Tsé Toung.
Aldolf Hitler.
Joseph Staline.
Pol Pot.
Kim Jong-un.
Saddam Hussein.
Mouammar Kadhafi.
Bachar El-Assad.
Ferdinand Marcos.
Francisco Franco.
Augusto Pinochet.
Fidel Castro.
Hugo Chavez.
Mahmoud Ahmadinejad.
Rouhollah Khomeiny.
Pieter Botha.
Philippe Pétain.
Pierre Laval.
Jean-Bedel Bokassa.
Robert Mugabe.
François Duvalier.
Léonid Brejnev.
Saparmyrat Atayewic Nyyazow.
Laurent Gbagbo.
Zine el-Abidine Ben Ali.
Hosni Moubarak.
Alexandre Loukachenko.
Louis-Antoine de Saint-Just.
Dictature de la pensée unique.
Nicolas Sarkozy était-il un dictateur ?
François Hollande était-il un dictateur ?


 


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7 réactions à cet article    


  • sarcastelle sarcastelle 2 décembre 13:02

    Syvain Rakotoarison, j’ai voté 1 étoile sur 5 à votre article avant même de le lire.

    Je fais ainsi avec tous les auteurs qui font 1 article par jour. 

    • MAIBORODA MAIBORODA 2 décembre 16:05

      S’agissant des rapports entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique dite noire, ce genre de rappel, lucide et décomplexé, n’est pas inopportun. Il a même une petite valeur pédagogique.



      • bob14 bob14 2 décembre 16:39

        Bokassa...bof..la vitrine de l’Afrique celle qui se raconte des histoires !


        • rugueux 2 décembre 20:04

          Comment peut-on laisser rakoto pisser de la copie à cette vitesse ?

          AV se moque du monde, un nartic tous les jour ne rien dire avec ses balbutiements photoshopesques ridicules de naïveté et de maladresse...Ca pique les yeux et c’est très moche !

          De plus ces nartics sont juste pompés sur le web ou dans des bouquins...et aucune logique hier stoleru, aujourd’hui bokassa !

          Affligeant !


          • Jao Aliber 3 décembre 13:48

            Sylvain Rakoto a, encore une fois, rison sur ce comique de Bokassa.


            • Eschyle 49 Eschyle 49 3 décembre 22:06

              Pour son sacre , Bokassa avait commandé un carrosse d’apparat ; l’artisan qui l’avait fabriqué le lui fit livrer . Ensuite , il lui envoya la facture . Enfin , quand il eut été payé , il lui livra les roues . Sage artisan ! A méditer par tous les artisans ... 


              • Montdragon Montdragon 4 décembre 09:52

                Sinon y’a des frites ?

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