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Déficit démographique et dettes – L’Ukraine risque une crise des retraites

Le déficit du fonds de retraites en Ukraine va atteindre de tels records en 2020, que le pays risque de ne pas pouvoir payer l’intégralité des pensions dues. Le déficit démographique du pays, la fuite des jeunes travailleurs à l’étranger, le travail au noir et le versement d’une partie du salaire en liquide, ont détruit petit à petit le système ukrainien des retraites, risquant de mener à une crise d’ici la fin de l’année.

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Le journal Obozrevatel a ainsi publié un article expliquant dans quelle situation critique se trouve le système ukrainien des retraites, et les raisons de cette crise à venir.

Déficit démographique – L’Ukraine se vide

Le premier facteur responsable de la situation catastrophique de l’Ukraine en matière de retraites est le déficit démographique du pays. En moyenne l’Ukraine perd ainsi un peu plus de 170 000 personnes par an, et ce chiffre n’inclut pas l’immigration illégale (c’est-à-dire les gens qui partent du pays sans déclarer leur départ, ce qui est le cas de beaucoup d’entre eux, voir pour cela l’article que nous avions publié en 2017 sur la démographie ukrainienne).

À cette allure dans à peine deux siècles il n’y aura plus un seul habitant en Ukraine. Le pays sera vide ! Si pas avant, car les chiffres de 2019 sont pires que cette moyenne. Ainsi en décembre 2019, le service des statistiques ukrainien avait calculé que de janvier à octobre 2019 (c’est-à-dire même pas une année complète), l’Ukraine avait perdu 212 000 habitants.

L’autre gros problème lié à ce déficit démographique, c’est qu’il ne s’agit pas d’une perte massive de personnes âgées, mais au contraire de jeunes travailleurs, qui partent chercher du travail à l’étranger et s’y établissent pour de bon, que ce soit en Russie, en Pologne ou ailleurs.

Résultat il y a de moins en moins de travailleurs pour de plus en plus de personnes âgées, qui elles n’ont pas les moyens de s’expatrier. La balance du système de retraite par solidarité collective ne peut fonctionner avec une baisse drastique du pourcentage d’actifs par rapport aux retraités qui eux sont de plus en plus nombreux d’année en année.

De plus, comme les jeunes fuient le pays, le nombre de naissances s’effondre, et il y a désormais deux fois moins de naissances que de décès en Ukraine (54 naissances pour 100 décès) ! Résultat la situation va empirer d’année en année et le pays se vider de plus en plus vite de ses forces vives et de sa population en général.

Salaires trop bas, rémunération et travail au noir

L’autre point qui pose problème c’est le travail et la rémunération des travailleurs au noir, ainsi que le faible montant des salaires. Car les patrons ne déclarent que le salaire minimum et payent le reste du salaire de leurs employés en liquide dans une enveloppe.

Or qui dit faibles salaires déclarés, dit faibles taxes, et donc faibles rentrées d’argent pour le fonds de retraites du pays. L’an passé, le parti de Zelensky avait promis de faire passer le salaire minimum à 5 000 hryvnias (182 euros) mais s’est arrêté à 4 723 hryvnias (contre 4 273 hryvnias auparavant). Et les salaires du secteur public ont été gelés, ce qui n’a pas encouragé le secteur privé à augmenter les salaires de leurs employés.

Augmenter plus significativement le salaire minimum permettrait de faire sortir de l’ombre une partie des revenus et d’augmenter ainsi les taxes payées par les entreprises. Dégeler le salaire des fonctionnaires permettrait aussi d’insuffler une dynamique de hausse des salaires dans le privé.

Il faudrait aussi que la Rada annule la loi qu’elle vient de voter en seconde lecture pour baisser les amendes infligées aux entreprises qui emploient des salariés au noir. Si le but des députés était d’augmenter la proportion d’amendes payées en baissant leur montant, en réalité cela aura un effet catastrophique sur la situation du fonds de retraites, car il coûtera moins cher aux employeurs de frauder que de respecter la loi.

Résultat la part du travail au noir va encore augmenter, baissant d’autant l’approvisionnement du fonds de retraites par les taxes.

Le fonds de retraites ukrainien est dans le rouge et l’Ukraine doit payer ses dettes

Le résultat de tout cela c’est que le déficit du fonds de retraites en Ukraine va atteindre des records cette année à 172,5 milliards de hryvnias (6,3 milliards d’euros) !

Ce qui veut dire que les fonds collectés cette année seront notoirement insuffisants pour payer l’intégralité des retraites. Le risque de cessation du paiement des retraites d’ici la fin de l’année semble donc bien réel.

Surtout que l’Ukraine a encore une énorme quantité de dettes à rembourser cette année, et qu’elle ne peut se permettre de faire défaut, et de ne pas rembourser ses créanciers étrangers, dont le FMI.

Andreï Reva, l’ancien ministre ukrainien du Travail et de la politique sociale a souligné qu’en 2019 la dette extérieure de l’Ukraine a atteint 84,3 milliards de dollars, et qu’en 2020, Kiev va devoir rembourser à ses créanciers 420 milliards de hryvnias (15,3 milliards d’euros), soit presque 2,5 fois le déficit du fonds de retraites et un tiers du budget total du pays !

Et l’Ukraine s’apprête à s’enfoncer encore plus dans le gouffre de la dette, puisque fin janvier 2020, le chef adjoint de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis a déclaré que Kiev avait rempli toutes les conditions pour la deuxième tranche d’aide macro-financière d’un montant de 500 millions d’euros qui seront transférés bientôt à Kiev.

Dans le même temps, l’Ukraine continue de négocier avec le FMI les termes d’un nouveau programme de financement élargi d’un montant de 5,5 milliards de dollars.

Comment l’Ukraine va-t-elle pouvoir rembourser tout cela alors que le pays se vide, qu’il perd sa population active, et se remplit de retraités qui pour plus des deux tiers (69 %) reçoivent moins de 3 000 hryvnias par mois (109 euros), c’est-à-dire à peine de quoi survivre ?

Le risque souligné par monsieur Reva est que face à deux dettes, Kiev fasse passer les retraites au second plan par rapport aux créanciers internationaux, et qu’elles ne soient payées qu’en fonction de ce qui restera dans les caisses de l’État.

Les solutions proposées par le gouvernement comme le projet de loi déposé à la Rada visant à créer un deuxième système de cotisation sur les salaires pour remplir les caisses, ou l’augmentation de l’âge de départ à la retraites ne sont que des pansements sur une jambe de bois et ne régleront pas le problème urgent qui se posera dès cette année.

En plus au vu du faible montant des salaires en Ukraine, un tel système ne changerait pas foncièrement la donne car les montants récupérés ainsi seraient trop faibles.

Au lieu de jeter l’argent du budget national dans la défense (245,8 milliards de hryvnias soit 5,45 % du PIB du pays) pour continuer la guerre dans le Donbass, Volodymyr Zelensky ferait bien de combler rapidement le déficit du fonds de retraites, avant de se retrouver avec une catastrophe économique et humanitaire sur les bras. Il ferait bien aussi d’embaucher de véritables experts en économie, capables de faire des propositions efficaces pour remettre le budget du pays sur les rails.

Car ce n’est pas en mendiant toujours plus d’argent au FMI, à l’UE, ou aux autres pays occidentaux, que l’Ukraine va se sortir d’affaire. Bien au contraire. À chaque nouvel emprunt contracté, l’Ukraine creuse un peu plus sa tombe, car la situation démographique et économique du pays ne lui permettra pas de rembourser, et à terme ce sera le défaut de paiement.

Comme on peut le voir la somalisation de l’Ukraine se poursuit à pleine vitesse. La conclusion d’un contrat de transit gazier avec la Russie pour cinq ans, n’a fait que repousser un peu l’inévitable mur que l’Ukraine va percuter à cause des décisions désastreuses qui ont été prises par les gouvernements successifs après le coup d’État du Maïdan.

Cette année ce sont les retraités ukrainiens qui risquent de percuter le mur de la dette du fonds de retraites, et de voir leurs retraites amputées, ou payées au lance-pierres, pour que l’Ukraine puisse rembourser ses créanciers.

Christelle Néant

Voir l'article sur Donbass Insider


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1 réactions à cet article    


  • Kylo REN 42 Chaussette42 31 janvier 16:27

    KENY ARKANA -> #6 ARNAUD BERNIER -> #22

    Voilà, ça c’est posé, irrémédiablement, inexorablement, irréfragablement !

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