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Déflagration politique à l’ukrainienne – Pourquoi Avakov a soudainement donné sa démission

Le facteur américain a sans doute joué un rôle dans la démission d’Avakov, mais le ministre sortant lui-même pourrait avoir prévu les manifestations à venir à l’automne et a donc décidé d’éviter toute responsabilité, estiment les experts politiques.

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Mardi 13 juillet, le ministre ukrainien de l’Intérieur, Arsen Avakov, a présenté sa démission. Selon la loi, la démission doit être approuvée par la Verkhovna Rada. Avakov est à la tête du ministère de l’Intérieur de l’Ukraine depuis plus de 7 ans – depuis le 27 février 2014.

Le nouveau ministre sera nommé par le Premier ministre sur proposition de la coalition et cette décision doit être soutenue par au moins 226 députés.

Denis Monastyrski, candidat au poste de ministre de l’Intérieur, membre de la faction parlementaire « Serviteur du peuple », s’attend à ce que la Verkhovna Rada vote pour sa nomination vendredi.

Des experts politiques ont expliqué à Ukraina.ru ce que signifie la démission d’Avakov et comment il va affecter la vie politique du pays.

Maintenant Zelensky peut être « maïdanisé »

Jusqu’à présent, nous ne pouvons que deviner les raisons du départ d’Avakov, déclare le directeur du centre analytique Troisième Secteur (Ukraine) Andreï Zolotarev. En tout cas, dit-il, Avakov n’est pas émotif au point d’écrire de bon cœur une lettre de démission. De toute évidence, les arguments présentés étaient très sérieux.

« Et il est fort probable qu’il ne s’agisse pas d’un transfert au sommet, comme cela a été suggéré précédemment – l’option de retirer Avakov, de le faire passer au poste de Vice-premier ministre ou de Premier ministre a été envisagée. Mais Avakov avait une condition cruciale : il devait garder le contrôle du ministère de l’Intérieur. Il est évident que tout ne se déroule pas selon ce scénario », a déclaré l’analyste politique.

Avakov, poursuit l’expert, méritait depuis longtemps d’être démis de ses fonctions en raison de la fameuse réforme de la police – «  en fait, on a vendu aux Ukrainiens un simulacre de police américaine, mais les rues des villes ukrainiennes ne sont pas devenues plus sûres  ».

En ce qui concerne la composante politique, le président Zelensky était auparavant sous la protection conditionnelle d’Avakov et maintenant le chef d’État pourrait être « maïdanisé », admet Zolotarev.

Le facteur américain dans la démission d’Avakov

Avakov est parti après s’être entretenu avec les représentants américains, c’est la certitude de Marat Bachirov, politologue russe.

Il estime qu’il s’agit d’une « demande de Zelensky aux Américains parce qu’il doit préparer sa réélection. En conséquence, il tente de faire le ménage dans ces ministères clés qui, entre autres, influenceront le résultat de l’élection. »

« Deuxièmement, Avakov est un curateur caché, voire pas caché du tout, des bataillons nationalistes [le terme néo-nazis convient mieux pour décrire ces bataillons – note de la traductrice], ces unités paramilitaires très radicales, qui ont notamment été inféodées au ministère de l’Intérieur. Ce sont eux qui sont la principale force derrière les actions agressives de rue qui font pression sur Zelensky. En conséquence, Zelensky a besoin de son propre homme à la tête du ministère de l’Intérieur. C’est là tout le projet pour l’instant », a déclaré M. Bachirov.

Cependant, Avakov reste un acteur politique sérieux, il ne restera pas dans l’ombre, prévoit l’expert.

Bachirov est sans équivoque dans son évaluation du ministre sortant.

«  C’est un ennemi de la Russie. C’est une personne qui a soutenu les bataillons nationalistes, une personne qui a soutenu tous les crimes qu’ils ont commis dans le Donbass », a déclaré le politologue.

Le successeur d’Avakov a une tâche importante et complexe à accomplir

Nous ne savons pas si les nouvelles autorités seront en mesure de trouver un accord avec les groupes d’extrême droite qu’Avakov supervisait en tant que ministre de l’intérieur, dit le politologue russe Oleg Nemenski. Il s’agit de savoir si ces groupes ne se tourneront pas vers des structures de pouvoir parallèles et si le protégé de Zelensky sera en mesure de négocier avec elles, de maintenir le système de financement et les connexions interpersonnelles afin de garder notamment le mouvement de Biletski [le Corpus National – note de la traductrice] plus ou moins sous le contrôle des autorités et à leur disposition.

«  Pour l’instant, je pense que même à Kiev, ils ne peuvent pas dire avec certitude s’ils vont réussir. Très probablement, Avakov essaiera de rediriger les connexions de ces organisations du ministère vers lui-même – il en aura encore besoin s’il veut jouer un rôle indépendant dans la politique ukrainienne », a noté Nemenski.

Parlant du successeur du ministre, il a noté que la tâche de désigner une personne pour remplacer Avakov est assez importante, elle a peut-être même une signification fatidique pour le fonctionnement du gouvernement actuel. Il y a deux ans, Avakov a largement déterminé la victoire tranquille de Zelensky et des « Serviteurs du peuple » aux élections.

« La nomination d’une personnalité faible ou inacceptable pourrait coûter à Kiev toute la stabilité politique, et faire échouer tous les plans de redistribution majeure des biens, qui commencent maintenant », a déclaré l’expert.

La « marque noire » de Kent

Le licenciement d’Avakov est en quelque sorte lié au premier jour de travail de George Kent, qui est arrivé en Ukraine pour une mission unique et très étrange, a déclaré Vladimir Kornilov, chroniqueur de l’agence de presse Rossia Segodnia.

Selon lui, cette mission est vraiment mystérieuse, incompréhensible, « et je ne me souviens honnêtement d’aucune pratique diplomatique des relations entre les États-Unis et certains de leurs autres satellites où un haut fonctionnaire du département d’État est envoyé en Ukraine pour quelques semaines en tant qu’auditeur, au lieu d’un ambassadeur des États-Unis ».

« Le premier jour de la visite de Kent, il a tenu une réunion, notez bien, pas avec [le Président Volodymyr] Zelensky, pas avec le Premier ministre, pas avec le président de la Rada, mais précisément avec le ministre de l’Intérieur Avakov, et, à en juger par la photo commune, tout le monde était très satisfait de cette réunion  », a rappelé Kornilov.

Il y a différentes options ici, a-t-il poursuivi : soit Kent a apporté une « marque noire », soit Zelensky a réalisé qu’une campagne anti-Zelensky avec les Américains se déroulait dans son dos et a décidé d’empêcher cette campagne, soit il s’agit réellement d’une opération conjointe des Américains et d’Avakov afin de remplacer Zelensky plus tard.

« Les événements à venir le montreront  », a déclaré l’analyste politique.

Les manifestations arrivent

La démission d’Avakov n’affectera pas la vie politique de l’Ukraine dans un avenir proche, a prédit l’analyste politique Kirill Moltchanov, directeur adjoint de l’Institut ukrainien de politique. Toutefois, des manifestations impliquant des radicaux d’extrême-droite au sujet de la « formule Steinmeier », par exemple, sont susceptibles de commencer à l’automne. Et il sera intéressant de voir comment le nouveau ministre les contrôlera, car selon certaines versions, il est peu probable qu’il parvienne à maîtriser la situation.

«  Cela peut se terminer par une crise politique avec la possibilité d’élections anticipées. C’est pourquoi il est possible qu’Avakov ait démissionné afin de se décharger de toute responsabilité concernant d’éventuelles manifestations de masse. Et en faisant cela, il pourra essayer de se relancer en tant qu’acteur politique en présentant un nouveau projet », a déclaré l’expert.

Dans le même temps, si le nouveau ministre ne sera pas en mesure de prendre le contrôle de la « rue », Avakov gardera le contrôle.

« Jusqu’à présent, il dispose d’énormes ressources, du contrôle de la rue, et je ne pense pas qu’il les abandonnera si facilement  », a noté M. Moltchanov.

Sergueï Zuev, Christina Jalova, Oksana Semak

Source : Ukraina.ru
Traduction par Christelle Néant pour Donbass Insider


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1 réactions à cet article    


  • Guy19550 Guy19550 16 juillet 11:38

    Je ne sais pas si c’est bon ou mauvais signe, je suppose qu’il est frustré de ne pas avoir pu faire gicler le sang. Et pour le reste, je me borne à constater que pour un terroriste, la seule issue favorable est la mort. Je ne vois rien d’autre à dire ou à penser d’un gars pareil. 

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