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#92 des Tendances

Donbass – Cinq ans après, les accords de Minsk toujours dans l’impasse

Ce matin, l’armée ukrainienne a bombardé le village de Staromikhaïlovka (en République Populaire de Donetsk – RPD), endommageant six maisons et touchant le territoire d’une école, à peine deux jours après une réunion des groupes de contact qui a eu lieu cinq ans, jour pour jour, après la signature des accords de Minsk II qui étaient censés régler pacifiquement le conflit dans le Donbass.

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Photo : École de Staromikhaïlovka - Représentation de la RPD au sein du CCCC

Bombardements de l’armée ukrainienne contre les civils du Donbass

Le 14 février 2020 à 7 h 20, pendant près d’une heure, l’armée ukrainienne a tiré depuis ses positions de Krasnogorovka, 10 obus de mortier de 120 mm, 5 obus de mortier de 82 mm, et 31 munitions de véhicule d’infanterie contre le village de Staromikhaïlovka (situé en périphérie sud-ouest de Donetsk). Les soldats ukrainiens ont aussi tiré à la mitrailleuse lourde et à l’arme légère contre la localité.

Ces tirs ont endommagé six habitations et un obus est même tombé dans la cour d’une école du village, heureusement sans faire de victime parmi les enfants qui y sont scolarisés. Ce n’est que grâce à la chance qu’il n’y a pas de blessés ou de morts. En effet, 30 minutes plus tard les enfants auraient été dehors sur le terrain pour faire leur cours d’éducation physique !

Voici plusieurs photos prises par la représentation de la RPD au sein du Centre Conjoint de Contrôle et de Coordination du cessez-le-feu (CCCC) montrant tant les restes des obus que les dégâts infligés principalement aux fenêtres et aux toits :

Obus de mortiers tombés sur Staromikhaïlovka

Fenêtre endommagée - Staromikhaïlovka

Fenêtre endommagée - Staromikhaïlovka

Portail endommagé - Staromikhaïlovka

Fenêtre endommagée - Staromikhaïlovka

Chambre endommagée - Staromikhaïlovka

Cette aggravation de la situation en matière de bombardements contre des cibles civiles a poussé le chef de la représentation de la RPD au sein du CCCC, Rouslan Iakoubov, à dénoncer cette situation.

Il a rappelé que l’école de Staromikhaïlovka n’est pas la seule à avoir été touchée récemment par les bombardements de l’armée ukrainienne. Comme il l’a rappelé, l’ancienne école de la mine 6/7 à Gorlovka, a été touchée la semaine dernière.

Aujourd’hui même, les bombardements de l’armée ukrainienne ont aussi endommagé un puits de ventilation de la mine Tcheliouskintsev.

« Au total, au cours des deux dernières semaines, six infrastructures ont été endommagées sur le territoire de la RPD, une a été complètement détruite et 16 maisons ont été endommagées,  » a déclaré Rouslan Iakoubov.

«  Dans le contexte de la procrastination des représentants de Kiev à signer un paquet de mesures additionnelles pour renforcer et contrôler le cessez-le-feu actuel, les déclarations absurdes selon lesquelles le retrait des forces et des équipements le long de toute la ligne de contact serait en contradiction avec les accords de Minsk, ainsi que le bombardement quotidien du territoire de la République, envoient un signal clair que l’Ukraine n’a pas l’intention d’agir dans l’intérêt de la paix  », a-t-il ajouté.

Rouslan Iakoubov a ensuite appelé la France, l’Allemagne et l’OSCE à faire pression sur l’Ukraine pour éviter une nouvelle escalade du conflit, et à soulever le problème lors de la prochaine réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU.

« Nous demandons instamment aux représentants des organisations internationales de soulever la question des violations flagrantes des FAU lors de la prochaine réunion du Conseil de Sécurité des Nations Unies, le 18 février  », a-t-il conclu.

Cinq ans après leur signature, les accords de Minsk dans l’impasse

En effet, devant l’évidence de l’impasse dans laquelle se trouvent les accords de Minsk, et le manque d’avancée sérieuse dans le règlement du conflit dans le Donbass, cinq ans après la signature de ces accords, la Russie a demandé au Conseil de Sécurité de l’ONU d’analyser leur mise en œuvre, le 18 février 2020.

Pour rappel, les accords de Minsk II ont été signé le 12 février 2015, et approuvés par une résolution de l’ONU le 17 février de la même année. Et le moins que l’on puisse dire c’est que cinq ans après, le bilan n’est pas franchement positif, comme le reflètent les résultats de la réunion des groupes de contact qui a eu lieu à Minsk le 12 février 2020.

« Les FAU ne cessent de tirer sur les agglomérations de la République, y compris avec l’utilisation d’armes lourdes. Le nombre de bombardements des zones résidentielles a augmenté, et le nombre de maisons et d’infrastructures endommagées augmente de jour en jour et la population civile continue de souffrir. Il y a une semaine, les FAU ont pris pour cible le bâtiment d’une ancienne école à Gorlovka, aujourd’hui utilisée par des civils comme abri. La situation sur la ligne de contact reste tendue et préoccupante, et nous devons prendre des mesures concrètes pour éviter une escalade du conflit. Par conséquent, l’une de nos tâches prioritaires est de fixer par écrit un ensemble de mesures additionnelles  », a déclaré Alexeï Nikonorov, représentant de la RPD à Minsk.

Le groupe de contact sur les questions de sécurité n’a pas réussi à aboutir à la signature par l’Ukraine de ces mesures additionnelles visant à mieux contrôler et appliquer le cessez-le-feu, ni à trouver un accord concernant le retrait des troupes sur l’axe Oktiabr-Gnoutovo.

En effet, à la veille de la réunion à Minsk, l’Ukraine a modifié les coordonnées des sites de retrait précédemment désignés, ce qui complique le travail de négociation et de coordination.

«  La partie ukrainienne a proposé des variantes délibérément provocantes de zones de désengagement, qui ne tiennent pas compte des principes de base du retrait, prescrits dans la décision-cadre, à savoir – la symétrie et la réciprocité du retrait des forces de leurs positions. Il y a un processus d’accord assez compliqué, mais nous ferons tout notre possible pour que nos discussions aboutissent à une vision commune de la modification de ces zones », a déclaré Alexeï Nikonorov.

Face à la mauvaise volonté évidente de la part de l’Ukraine, la RPD a proposé de continuer les négociations par vidéo-conférence pour accélérer le processus.

« Comme les représentants de la mission de l’OSCE et de la fédération de Russie, nous comprenons clairement l’importance et la nécessité du retrait des troupes tout le long de la ligne de contact et nous visons à intensifier l’accord sur les trois prochains sites. Seule une telle approche permettra de sauver des vies et la santé des civils, c’est pourquoi de notre côté tous les efforts possibles sont faits pour accélérer le processus de coordination : nous avons proposé de continuer à travailler à distance entre les réunions à Minsk,  » a déclaré Natalia Nikonorova, la ministre des Affaires étrangères de la RPD.

Le résultat du groupe de contact concernant les questions politiques n’a pas été meilleur, Kiev essayant encore et encore de changer l’ordre d’application des différents points des accords de Minsk.

En effet, la porte-parole des représentants ukrainiens, Daria Olifer, a de nouveau mis en avant le fait que l’Ukraine exige le retour du contrôle de la frontière ainsi que le retrait et le désarmement des milices populaire avant même de commencer la mise en œuvre du reste des mesures politiques de règlement du conflit dans le Donbass, ce qui est contraire aux accords de Minsk et au paquet de mesures.

«  Le retrait des groupes armés et des équipements militaires et le retour d’un contrôle total sur la frontière restent la condition préalable de base pour le lancement d’un processus politique, y compris des élections  », a-t-elle déclaré.

La ministre des Affaires étrangères de la RPD a répondu en rappelant que les accords de Minsk et le paquet de mesures indiquent clairement ce qui doit être fait et dans quel ordre, et qu’il n’y a pas à revenir dessus.

«  Les représentants de Kiev poursuivent leurs tentatives de transformer les négociations sur le règlement politique en une formule qui leur convienne. Cela concerne avant tout les conditions d’octroi d’un statut spécial au Donbass. La partie ukrainienne tente délibérément de passer outre la question de l’entrée en vigueur de la loi sur le statut spécial et insiste pour discuter des questions qui ne relèvent pas de la compétence du groupe de contact ou qui sont trop prématurées. Une fois de plus, nous avons dû demander à Kiev de relire le texte du paquet de mesures, qui indique clairement ce qui doit être fait et dans quel ordre  », a déclaré la ministre des Affaires étrangères de la RPD.

Natalia Nikonorova a poursuivi en disant que cinq ans après la signature des accords de Minsk, l’Ukraine devrait finalement « arrêter d’inventer des alternatives aux accords de Minsk et commencer à mettre en œuvre de manière cohérente toutes les dispositions du document, approuvées par les pays garants et validées par le Conseil de Sécurité de l’ONU  ».

La future réunion au Format Normandie risque de ne pas avoir lieu

La ministre a aussi souligné qu’aucun progrès n’avait été fait en deux mois concernant les points écrits dans la déclaration commune publiée à l’issue de la dernière réunion au Format Normandie.

« En parlant de la formule Steinmeier, on ne peut s’empêcher de rappeler que son texte, qui a été approuvé par écrit par les représentants de Kiev, n’a pas encore été transposé dans la législation ukrainienne. Deux mois après la réunion des dirigeants au Format Normandie, on peut affirmer sans risque de se tromper que Kiev a ignoré toutes ses obligations dans la sphère politique et n’a même pas encore fait connaître ses positions », a déclaré Natalia Nikonorova, qui met cette procrastination sur le compte de l’assurance de Kiev que les garants occidentaux des accords de Minsk seraient prêts à faire des concessions sur le volet politique de ces accords.

Or, la Russie avait été très claire avant et après cette réunion au Format Normandie : la prochaine réunion n’aura lieu au printemps 2020 que si de réels progrès sont accomplis en matière de mise en œuvre des accords de Minsk, de la formule Steinmeier, et surtout des points inscrits dans la déclaration commune publiée à l’issue de la réunion.

Sauf que pas grand-chose n’a avancé. Le cessez-le-feu n’est toujours pas pleinement respecté, les trois zones pilotes de retrait des troupes et des équipements ne sont toujours pas fixées, alors que le désengagement doit se faire au plus tard pour fin mars 2020, si un échange de prisonniers a eu lieu, ce n’est toujours pas un échange au format « tous contre tous », et l’Ukraine n’a pas procédé comme prévu à l’apurement judiciaire de tous les prisonniers libérés, et aucun accord n’a été trouvé pour ouvrir de nouveaux points de passage sur la ligne de front.

Contrairement à ce que la France a pu déclarer, non le prochain sommet au Format Normandie n’est pas retardé à cause du changement de négociateurs de Kiev et de Moscou, il est retardé à cause de l’incapacité de l’Ukraine à appliquer les accords qu’elle a signés, et les points inscrits dans la déclaration de la précédente réunion à Paris.

Devant la réticence évidente de l’Ukraine à appliquer les accords de Minsk qu’elle a signé il y a cinq ans, et l’absence d’avancée en matière de règlement du conflit dans le Donbass, Vladimir Poutine a demandé à Volodymyr Zelensky par téléphone si Kiev avait vraiment l’intention d’appliquer ces accords !

«  Le président russe a souligné l’importance d’une mise en œuvre complète et inconditionnelle du paquet de mesures de Minsk et des décisions adoptées lors des sommets au Format Normandie, dont le dernier à Paris le 9 décembre 2019 », a déclaré le Kremlin. « Suite aux récentes déclarations des dirigeants ukrainiens, Vladimir Poutine a posé la question à brûle-pourpoint – si Kiev prévoit réellement de mettre en œuvre les accords de Minsk  ».

Le gouvernement ukrainien ne semble pas comprendre une vérité simple, qui a été énoncée par Viktor Medvedtchouk dans une interview qu’il a accordée à plusieurs médias ukrainiens. Et cette vérité c’est que la seule alternative aux accords de Minsk tels qu’ils ont été signés il y a cinq ans, c’est la perte définitive du Donbass et de ses habitants pour l’Ukraine.

Puisse Volodymyr Zelensky méditer sur cela d’ici au 18 février, lorsque le Conseil de Sécurité des Nations Unies va évaluer le résultat de la résolution du conflit dans le Donbass via la mise en œuvre des accords de Minsk, cinq ans après leur signature et leur approbation par une résolution de l’ONU.

Christelle Néant

Voir l'article sur Donbass Insider


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10 réactions à cet article    


  • AlbatrosE AlbatrosE 16 février 00:30

    Cinq ans qu’on a l’impression de relire les mêmes évènements, les mêmes tirs, les mêmes dégâts, les mêmes négociations qui s’enlisent et n’en finissent pas... 


    • Guy19550 Guy19550 17 février 02:38

      https://www.ukrinform.net/rubric-polytics/2877015-president-were-ready-for-dialogue-with-population-of-donbas-not-with-dpr-lpr-leaders.html

      Je ne vois pas où est le problème, il aura ses élections dès que les accords de Minsks seront appliqués. Seulement, il parle à des gens qui ne réagissent probablement pas. Cela sur base de l’article de leur torchon, ce sont les coulisses qu’il faudrait voir.


      • Christelle Néant Christelle Néant 17 février 14:12

        @Guy19550
        Sauf qu’il ne veut pas appliquer les accords de Minsk. Il veut encore une fois le retour du contrôle de la frontière AVANT les élections. or cela ne sera jamais accepté par les républiques, ni par la Russie, pour cause de craintes de scénario croate.


      • Guy19550 Guy19550 17 février 15:04

        @Christelle Néant
        Il veut appliquer les accords de Minsk III et je ne plaisante pas, il en a déjà été question dans le passé.
        A part celle qui suit ici :
        https://tass.com/politics/1120909
        je signale que la Biélorussie a déjà déclaré vouloir faire des discussions dans n’importe quel format à plusieurs reprises. Les russes attendent que la grosse et le collabo déclarent « kaputt » le format normandie (c’est l’impression que j’ai en lisant le lien). 

        Toutes les parties pourront alors se redistribuer les cartes, ce qui ne va évidemment rien résoudre. Faudra donc quand même en arriver aux chinois pour contrer l’entrée des cowboys sur la scène, bien qu’ils soient déjà en scène mais à l’ombre.

        By the way, l’Ukraine va importer le coronavirus le 18 de ce mois, y a donc du boulot sur la planche en plus et pour tout le monde :
         les républiques doivent passer une loi interdisant les ukrainiens de passer dans les républiques à moins de 3 km de la ligne de front et aussi interdire aux leurs de passer de l’autre côté,
         L’Europe doit supprimer le free visa,

        oops, j’ai glissé chef !


      • Christelle Néant Christelle Néant 18 février 12:05

        @Guy19550
        Des mesures ont été prises aux points de passage de la ligne de front, et si besoin un système de quarantaine sera mis en place.


      • Guy19550 Guy19550 18 février 13:44

        @Christelle Néant
        Je plaisantais Christelle, cela me permet de survivre au cauchemars.
        Vous devriez sûrement avoir entendu des choses à ce sujet :
        https://tass.com/politics/1121281
        moi j’ai noté 93 chiffre qui est très représentatif des terroristes de Kiev.


      • Guy19550 Guy19550 18 février 13:53

        @Christelle Néant
        Au japon, la quarantaine est mal appliquée sur le navire, des malades vont être relaché à cause de cela. Il est prévu du libérer le groupe du navire le 20 je pense, soit 15 jours de quarantaine or chaque jour de nouveaux cas sont enregistrés. La bonne interprétation de la fin de la quarantaine est que ces gens peuvent être relachés après 2 semaines sans nouvelle contamination dans le groupe. On est loin de cela.


      • Guy19550 Guy19550 17 février 02:50

        https://www.stalkerzone.org/zelensky-called-putin/

        Ce lien contient des infos à vérifier, je ne sais pas le faire du fait que je ne comprends pas le russe.



          • Guy19550 Guy19550 19 février 00:53

            Ça bouge comme d’habitude :

            https://tass.com/world/1121665

            https://tass.com/world/1121675

            https://tass.com/world/1121663

            https://tass.com/politics/1121553

            Bref, aucun changement, mais des dents vont se montrer probablement prochainement.

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