Entre néo-sionisme, islamisme et atlantisme évangélo-nucléaire : les territoires planétaires et média/idéologiques
Par les temps qui courent en France, il ne fait pas bon se dire néo-sioniste, et évidemment pas islamiste. En effet, face au néo-sionisme, on trouve un anti-israëlisme profond, l'un territorial, l'autre politique, sachant que l'islamisme combine les deux. Le tout, avec l'atlantisme emmêlé.

Situation politique
Le premier anti-israëlisme, territorial, provient notoirement des monothéismes non-judaïques, anciennement par les croisades (les chrétiens désireux de récupérer une terre gaste qu'ils nomment « la terre sainte ») et actuellement par islamisme (certains musulmans désireux de conserver cette terre gaste à quelques uns des ressortissants d'une idéologique Oumma, les Palestiniens) …
Le second anti-israëlisme est politique : au fond issu du moralisme chrétien (raison pour laquelle je citais anachroniquement les croisades) il s'avère aujourd'hui humanitariste, d'une part (le sentiment d'affliction indignée, qui éprend toute personne à qui l'on raconte que les Palestiniens se trouvent dans une mauvaise passe) et, d'autre part, gauchiste (la lutte réflexe contre toute politique susceptible d'exciter en eux un sentiment d'affliction indignée, affliction chez eux transformée en idéologie militante).
Alors, il faut noter que l'humanitarisme n'est pas que de gauche : il y a une droite anti-israëlienne même avant l'extrême, et il faut noter qu'il y a une gauche pro-israëlienne largement assimilable au centre (en somme, le gauchisme anti-israëlien est surtout extrême lui-même). De là à dire que les extrêmes s'avèrent antisémites ! il y a un Rubicon que je ne franchirai pas, car j'estime démocratiquement légitime le discours antisioniste. Et pourtant je suis néo-sioniste.
Pour commencer, il faut savoir que le sionisme a un train de retard. En effet, le sionisme, il correspond au territorialisme judaïque, selon lequel les personnes de religion juive, ressortiraient toutes d'une seule nation éparse tout autour de la Terre, et qu'elles devraient faire leur alya, à savoir : leur retour en Canaan (tout comme le raconte la légende biblique au sujet des Hébreux, traversant des terres gastes sous le patriarcat de Moïse, depuis l’Égypte jusqu'en Canaan, ancienne Galilée-Judée devenue Palestine, et désormais vastement Israël). Bon. Il faut le leur accorder, même si tous les juifs de la Terre n'ont rien d'une ethnie, pas plus qu'une nation, et que leur dieu électif n'a jamais prophétisé leur retour en « terre sainte » : les mythes n'ont à faire avec les réalités qu'à raison qu'ils orientent des volontés.
Le sionisme a atteint son objectif avec la reconnaissance de l’État d'Israël en 1948, de telle sorte qu'aujourd'hui la défense d'une telle situation ne saurait s'appeler que néo-sioniste. Les amateurs de complots ont la folie de croire qu'Hitler a servi de gigantesque tremplin à cette reconnaissance, avec ou sans négationnisme des camps de la mort : ceux-là ont du mal avec les hasards historiques, d'autant plus qu'on devine bien que les juifs s'en seraient passés, et c'est un euphémisme. Mais, d'autre part, il y a les détracteurs de l'atlantisme sioniste, qui peuvent ressortirent autant de la gauche que de la droite, généralement par anti-américanisme, et selon la thèse que les atlantistes sionistes se garantiraient un point stratégique aux portes du Moyen-Orient. Cela s'avère dans les faits, mais pour des raisons géopolitiques évidentes en ce qui concerne Israël, alors que le pays se ré-accapara voilà 70 ans le territoire de Canaan/Judée-Galilée/Palestine/Israël … tandis qu'on voit mal, pour les mêmes raisons géopolitiques, pourquoi l'alliance atlantique se priverait d'un tel avant-poste. Alors enfin, troisième part : il y a des islamistes, qui y voient une lutte contre de mécréants judéo-chrétiens par xénophobie propre, judéo-chrétiens qui n'auraient pas dû antiquement effacer le nom de Mahomet de leurs « textes sacrés » (l'islam entier consiste en un complotisme originel, depuis la légende autour d'Hagar/Ajar) judéo-chrétiens qui aujourd'hui s'associeraient contre une idéologique Oumma … Autant vous dire que, si en effet le Moyen-Orient doit compter avec la présence d'Israël et de ses alliés géostratégiques, il n'en reste pas moins que ça s'intègre au devenir local de cette région du monde, dans la mondialisation relative de la planète.
Que voulez-vous ma bonne Lucette ?
Évaluation stratégique
Manifestement, il faut remarquer que la ré-implantation d'Israël constitue un impressionnant coup de maître stratégique. Le sionisme, fin 19ème-début 20ème, a eu l'intelligence discrète d'acheter masse de terrains palestiniens, un peu comme l’Église catholique existe de disposer d'un immense patrimoine foncier mondial – comme une transnationale dont le siège aurait le Vatican pour lieu, – avant que de réclamer le territoire à l'international, avec l'affreux « coup de pouce » de la culpabilité euro-américaine devant l'exterminationnisme nazi (comme si l'Euro-Amérique prenait christiquement sur elle le péché des nazis, et qu'elle ne pouvait plus que se ressentir fatalement nazie dans l'âme – ce qui revient à son espèce propre de folie collective). Bref, le sionisme, entre subversion et agression territoriale, s'avéra militairement et stratégiquement habile.
Car à vrai dire, depuis Napoléon surtout, on ne mène plus si aisément de guerres de conquête dans le monde. Il n'y a plus vraiment de guerres de conquête depuis l'invention de la Société des Nations future Organisation des Nations Unies. La parenthèse nazie, aussi affreuse nous reste-t-elle, se trouve au fond dans les mémoires comme un dernier soubresaut, un dernier hoquet, un dernier relent.
Et même si l'on a pu craindre récemment, que l'Iran ou la Corée du Nord ne se dotent de la bombe nucléaire, au fond, la puissance dissuasive d'une telle arme, répartie entre les membres permanents du Conseil de l'ONU (France, Grande Bretagne, Russie, Chine, États-Unis) agit de façon écrasante sur toutes les velléités locales. Il ne faut pas se le cacher : les pays sans une telle bombe, ne sauraient se montrer aussi persuasifs que ceux qui en disposent. La violence origine tout, les anthropologues s'accordent à la dire fondatrice, au point même d'en faire une théorie panique, avec René Girard.
Aussi, donc, l'avènement d'Israël – encore qu'impulsé bien avant la bombe nucléaire – s'avère une prouesse contemporaine … et, au-delà, il n'y a stratégiquement rien à redire, aussi affreuse semble cette assertion, à l’insurrection islamiste, pétrie entre Daesh – d'une part – et l'action terroriste – d'autre part. On voit mal comment la contestation pourrait prendre d'autres formes que rebelle (aux yeux atlantistes sionistes) ou résistante (aux yeux islamistes), de la guérilla à la terreur aléatoire, guerre psychosociologique à travers la caisse de résonance médiatique.
Sous l'angle stratégique, donc, il n'y a rien à redire ni au néo-sionisme – qui ostracise les Palestiniens pour d'évidentes raisons nationalistes, parfois inspirées du Midrash-même – ni à l'islamisme, pour les mêmes raisons territorialistes. Il s'agit, sans conteste, d'épopées modernes, bon an mal an, bon gré mal gré, cahin-caha. Les réalités veulent cela, quand veut conquérir. « Mourir pour des idées, d'accord, potentiellement de mort rapide voire par héroïsme suicide », tout comme Achille s'élançait à la conquête de Troie, dans l’Iliade d'Homère, car cela revient au même ! les fictions s'inspirent des réalités, et les réalités dépassent parfois les fictions. Ainsi vont les choses, et quand on veut les dénier, les réalités nous rattrapent vite : « Qui fait l'ange fait la bête. »
Néo-sionisme, islamisme, atlantisme évangélo-nucléaire
Je dis que le néo-sionisme et l'islamisme fonctionnent sur la base de principes de réalité pouvant confiner à l'épopée, même si l'épopée ressemble à des affres, tantôt sidérantes, tantôt piteuses, et souvent les sidérations adviennent sur la base de piteuses réalités, et parfois les pitiés provenaient de sidérantes réalités. Le jeu entre les escomptes et les devenirs a toujours existé, insoluble : du projet à son bilan, du rêve à sa réalisation, de l'idéal à sa pratique, il y a un monde où l'interprétation faits-valeurs opère à fond.
Et l'on mesure alors, à quel point l'import des problématiques internationales au national français, procède évidemment de la mondialisation relative, d'une part ; d'autre part, à quel point les fantasmes médiatiques et idéologiques font le reste ; mais enfin, troisième part : à quel point nous jouons notre partie dans cette inévitable violence.
Un peu comme avec le coronavirus, dont on comprend bien la nécessité de l'endiguement (cela reste un endiguement en cas de pandémie réellement dangereuse) mais dont on comprend mal la facticité de la folie, nous opérons entre faits et valeurs. « Un jour j'habiterai en théorie, parce qu'en théorie tout va bien », or en théorie tout le monde est d'accord pour la paix universelle. Mais à quelles conditions particulières ? Voilà que tout commence.
Alors enfin, animiste néo-celtique pour ma part, néo-païen si vous préférez, je plagierais seulement Héraclite d’Éphèse, à dire que « Taranis, dieu de la guerre, paterne le Devenir ». Tout, absolument tout, consiste en acquisition de territoires planétaires et média/idéologiques, y compris voire surtout quand on prêche « pour le Bien ». Nous ne faisons pas autrement, les démocraties américaines ou françaises naquirent dans le sang des champs de bataille, et tiennent d'avoir de bonnes armées, avec au cœur la bombe nucléaire. Le territorialisme règne.
Et « le Bien » est toujours à redéfinir …
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