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Accueil du site > Actualités > International > François Duvalier, le dictateur dynastique d’Haïti

François Duvalier, le dictateur dynastique d’Haïti

« Haïtiens de partout, je suis avec vous. Je vous bénis de tout cœur. Courage ! Tenez ferme ! » (Jean-Paul II, le 9 mars 1983 à Port-au-Prince).

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Un triste anniversaire pour l’un des pays les plus pauvres du monde et les moins "chanceux" aussi : il y a soixante ans, le 22 octobre 1957, le médecin François Duvalier fut investi Président de la République d’Haïti à la suite de son élection le 22 septembre 1957 à la sincérité vacillante, aidée par l’armée. Personne n’aurait pu imaginer que venait alors de démarrer l’une des dictatures les plus cruelles que le monde d’après-guerre aura connues, à la fois par sa terreur et par sa longévité.

Pour un dictature voulant perpétuer son pouvoir, il n’y a qu’une méthode qui fonctionne : installer la terreur systématique pour pouvoir durer. Mais cela n’est valable que le temps de la propre vie du dictateur : Franco, Pinochet, etc., même Marcos s’il n’avait pas été chassé, n’auront tyrannisé que de leur vivant.

C’est beaucoup plus subtil lorsque le dictateur veut préserver la dictature au-delà de sa propre vie. Alors, il n’y a pas trente-six solutions : ou cette dictature se préserve au moyen d’un parti plus ou moins unique, communiste, c’est plus sûr ; ou mieux encore, le dictateur crée sa propre dynastie. Ou inclusif : la Corée du Nord en est à sa troisième génération, beaucoup plus efficace que l’Union Soviétique, finalement, qui n’a pas été à l’abri d’un Gorbatchev qui s’était retrouvé dans la position d’un dictateur mais avec une âme d’humaniste.

Des dictatures dynastiques, c’est finalement assez rare dans l’histoire du monde même si son concept paraît assez naturel et logique : perpétuer le pouvoir oligarchique d’un même clan, donc familial plus que partisan. On peut citer aussi Cuba, mais l’histoire de confier une succession à son frère, un peu à la mode "saoudienne", a des chances de terminer en queue de poisson à long terme.

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Né le 14 avril 1907 à Port-au-Prince d’un père journaliste originaire de la Martinique, François Duvalier a fait des études de médecine et s’est fait beaucoup apprécier par les paysans en étant médecin dans les zones rurales d’une grande pauvreté. Son surnom "Papa-Doc", il l’a donc reçu dès cette époque et bien avant de faire de la politique.

Intéressé par le vaudou et flirtant avec la politique (il dirigea même le Mouvement des ouvriers paysans), il fut nommé Sous-secrétaire d’État au Travail du 26 novembre 1948 au 14 octobre 1949 puis Secrétaire d’État à la Santé publique et au Travail du 14 octobre 1949 au 10 mai 1950 (l’équivalent de ministre) par le Président Léon Dumarsais Estimé (1900-1953). Sa carrière ministérielle s’acheva avec un coup d’État militaire de Paul Eugène Magloire (1907-2001) qui l’obligea à l’exil.

La vie politique haïtienne a toujours été très chaotique et la période entre 1946 et 1956 le fut plus particulièrement avec une succession de coups d’État militaires qui se renversaient les uns les autres, plusieurs Présidents haïtiens en furent à la fois auteurs et victimes, notamment Élie Lescot (1883-1974) renversé le 11 janvier 1946, Léon Dumarsais Estimé renversé le 10 mai 1950 et Paul Eugène Magloire renversé le 12 décembre 1956.

La période de décembre 1956 à octobre 1957 fut encore plus instable que d’habitude, les Présidents par intérim se succédèrent parfois pour quelques semaines sinon jours, comme le juge Joseph Nemours Pierre-Louis (1900-1966) qui voulait organiser une élection présidentielle pour le printemps 1957, le juge Franck Sylvain (1909-1987), renversé par le général Léon Cantave (1910-1967).

Puis fut mis à la tête du pays Daniel Figolé (1913-1986), que François Duvalier avait rencontré dès 1946 et qui a reporté l’élection présidentielle de six ans, mais il fut lui aussi renversé par le général Antonio Kébreau (1909-1963) qui organisa l’élection présidentielle du 22 septembre 1957 et aida le "médecin de campagne" François Duvalier à se faire élire avec 72,4% des suffrages, contre 26,6% à l’ancien sénateur Louis Déjoie (1896-1969), industriel et grand propriétaire de plantations, pour un mandat de six ans. Parallèlement, le Parti de l’unité nationale de François Duvalier rafla 35 sièges sur 37.

Le climat resta très troublé puisque Louis Déjoie retira sa candidature au dernier moment pour dénoncer la fraude électorale et appela à la grève générale. L’armée avait cru voir en Papa-Doc une marionnette facilement manipulable, lui si effacé qui n’avait jusque là jamais fait preuve d’une très grande force de caractère.

L’élection de François Duvalier fut alors un événement pour plusieurs raisons : d’une part, elle marqua le terme d’un désordre institutionnel durable avec une forte attente d’une stabilité démocratiquement acquise ; d’autre part, la campagne très populiste de François Duvalier, populiste ou populaire (selon le camp choisi), laissait entendre qu’une fois élu, il se préoccuperait avant tout des populations les plus pauvres de l’île.

Parmi ses thèmes de campagne, il y en avait un particulièrement "raciste", puisque basé sur la couleur de la peau. François Duvalier avait voué aux gémonies les métis qui occupaient généralement les postes du pouvoir économique et politique et il se faisait le représentant et le défenseur de la population noire faiblement représentée au sein de ce même pouvoir. Il prôna une sorte de nationalisme noir. Le discours anti-élite est encore beaucoup pratiqué de nos jours et pas seulement à Haïti…

Considérant l’histoire instable de ses prédécesseurs, un Président haïtien avait toutes les raisons de devenir paranoïaque et de craindre d’être lui-même renversé. Les 28 et 29 juillet 1958, une tentative de coup d’État menée par le capitaine Alix Pasquet (qui fut tué à cette occasion) déclencha véritablement la dictature. Le 31 juillet 1958, profitant de cette tentative déjouée (Erdogan a fait de même en Turquie en juillet 2016), François Duvalier imposa l’état de siège pour six mois et le renvoi du Parlement, laissant au gouvernement la possibilité de légiférer (décret du Sénat du 30 juillet 1958, suspension des garanties constitutionnelles du 31 juillet 1958, etc.). Par la suite, François Duvalier fut victime d’autres tentatives d’assassinat ou de coup d’État.

Il purgea également l’armée des officiers pas suffisamment loyaux et surtout, il créa les tristement célèbres "Tontons macoutes" (l’équivalent de "croque-mitaine" en quelques sortes) rassemblant plusieurs milliers de miliciens paramilitaires prêts à le protéger et à semer la terreur dans la population. Ces Tontons macoutes permettaient aussi de contourner la toute puissance de l’armée. Et comme ces miliciens n’étaient pas payés, ils se payaient avec leurs exactions : pillages, viols, tortures, assassinats, massacres, etc. Le chef des Tontons macoutes, Clément Barbot (1914-1963) fut lui-même tué avec ses proches par François Duvalier, soupçonnant un manque de loyauté dès mai 1959.

Succombant à la paranoïa de palais et craignant une conspiration des plus proches, François Duvalier, habillé d’un uniforme de simple soldat, assista le 8 juin 1967 après-midi, à la prison de Fort-Dimanche, à l’exécution sans jugement de dix-neuf de ses officiers les plus fidèles, après les avoir publiquement humiliés, et il n’épargna un vingtième, un de ses gendres, que sur la supplication de sa fille Marie-Denise. Le 22 juin 1967, il expliqua aux autres notables mourant de trouille qui avaient été obligés d’assister à ces exécutions : « Je suis tel un bras d’acier frappant sans pitié… sans pitié… sans pitié. J’ai fait fusiller ces officiers dans le but de protéger la Révolution et ceux qui la servent. Je m’aligne en compagnie des grands meneurs de peuples tel Atatürk, Lénine, N’Krumah, Lumumba, Azikiwe, Mao Tsé-Toung. ». Il a reconnu plus tard, devant deux témoins, s’être trompé : « J’ai fait tuer dix-neuf loyaux officiers… Dix-neuf loyaux officiers duvaliéristes dont la mort n’a pas fait beaucoup pleurer la nation. ». Cette histoire a été évoquée par l’historien Charles Dupuy en 2014 : « [François Duvalier] vivait dans la crainte paranoïaque d’un complot contre sa personne, d’une conjuration militaire ourdie de l’intérieur. Le Palais était alors divisé en deux clans hostiles… ».

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Ce fut donc dans toute la démesure que le dictateur s’exprima. François Duvalier se prit pour Napoléon. Il massacra tous ses opposants, il spolia son pays, détourna toutes les aides internationales à son seul profit, piocha dans le trésor public, engendra des vagues d’exils, etc. Tous les cerveaux émigrèrent pour échapper à cette dictature sanglante. Le PIB d’Haïti a baissé de 40% entre 1960 et 1970.

L’un des points d’appui du régime de cette dictature fut les États-Unis, qui, au nom de l’anticommunisme et craignant que la Révolution cubaine ne se propageât, ont soutenu plus que de raison François Duvalier (qui formalisa ce choix le 25 juin 1960 après les avoir invités le 13 juillet 1959). Toutefois, à la fin des années 1960, les États-Unis s’éloignèrent du régime qui se montrait également antiaméricain pour des raisons racistes.

D’un point de vue constitutionnel, Papa-Doc modifia les institutions pour renforcer son pouvoir personnel. Le référendum du 30 avril 1961, où il reçut 100,0% de "oui" (1,3 million de suffrages), a prolongé son mandat, qui devait se terminer le 15 mai 1963 (selon l’article 57 de la Constitution de 1957), jusqu’en 1967. Le référendum du 14 juin 1964, où il reçut 99,9% de "oui" (2,8 millions de suffrages), le proclama "Président à vie". Enfin, le référendum du 31 janvier 1971, où il reçut 100,0% de "oui" (2,3 millions de suffrages), désigna son fils Jean-Claude Duvalier comme successeur, avec quelques articles aménageant juridiquement cette disposition comme la réduction à 18 ans de l’âge minimum pour être Président.

Comme on le voit, les résultats de ces "plébiscites" très napoléoniens ont été truqués de manière un peu trop voyante pour être crédibles, l’opposition politique ayant été systématiquement laminée au cours de cette dictature. À partir de 1964, un véritable culte de la personnalité fut imposé à la population, avec l’affichage de portraits de François Duvalier dans toutes les écoles, les bâtiments publics, etc.

L’un des éléments les plus sinistres de cette dictature fut le massacre du 26 avril 1963 (avant la Présidence à vie de Duvalier), avec l’assassinat d’au moins 73 opposants et leur famille, femmes et enfants, jusqu’à un bébé de 9 mois. Le cinquantenaire de ce massacre fut commémoré à Haïti et aussi dans de nombreuses villes du monde, le 26 avril 2013, en particulier à Paris, Bruxelles, Genève, Madrid, Boston, New York, Montréal, Québec, etc.

Les relations entre l’Église catholique et le régime duvaliériste furent très mauvaises au point que le pape Paul VI excommunia François Duvalier en 1961 parce qu’il avait expulsé des évêques et des jésuites. Un peu plus tard, il a réussi cependant à obtenir du Vatican le soin de nommer lui-même les évêques haïtiens, évidemment à sa dévotion et proches du culte vaudou. François Duvalier, qui se prenait pour un dieu et qui avait rédigé des prières à sa dévotion, annonça même que l’assassinat de John F. Kennedy fut le résultat d’un sort vaudou !

Malade, Papa-Doc annonça le 2 janvier 1971 que son fils Jean-Claude prendrait sa succession, comme si le pays était une boutique familiale. Le pays ne fut donc pas soulagé le 21 avril 1971, lors de l’annonce de la mort de François Duvalier, sept jours après son 64e anniversaire. Michel Soukar a décrit la situation du pays à cette date : « Pour éviter tout dérapage, les hommes du pouvoir, sous la supervision de l’ambassade américaine, organisent la transition. Le pays est quadrillé par l’armée et par la milice, les bateaux de guerre de la US Navy croisent au large des côtes haïtiennes. » (2013).



Son fils, Jean-Claude Duvalier fut surnommé "Baby-Doc" parce qu’il n’avait que 19 ans quand il prit le pouvoir, le plus jeune chef d’État du monde (né le 3 juillet 1951 à Port-au-Prince), seul fils du dictateur, cancre et le plus jeune de la fratrie (complétée par trois sœurs). Il continua la dictature avec la même cruauté sanglante des Tontons macoutes : des milliers de personnes furent torturées, assassinées, des centaines de milliers durent prendre le chemin de l’exil. La dictature dura encore près de quinze années, malgré quelques espoirs de libéralisation et d’ouverture du régime.

Jusqu’à la fin des années 1970, Jean-Claude Duvalier était perçu en effet comme plus respectueux des droits de l’homme, mais il s’intéressait peu au pouvoir qui fut aux mains des "dinosaures" de Papa-Doc, puis il a repris personnellement le pouvoir de manière autoritaire, avec ses propres hommes, en écartant l’ancienne clique et sa propre mère Simone Ovide (1913-1997).

Son mariage très fastueux, le 27 mai 1980, avec Michèle (67 ans), représentante de la bourgeoisie métisse, ancienne épouse du fils d’Alix Pasquet (l’auteur du premier coup d’État contre François Duvalier), fut une insulte à la pauvreté de la population (le troisième mariage le plus coûteux du monde, selon le livre Guinness des records). Le clan de l’épouse faisait même du trafic de cadavres avec les écoles de médecine… Elle dépensa l’argent du pays sans compter. Il divorça en exil le 19 juin 1990.

Le "début de la fin" eut lieu lors de la visite du pape Jean-Paul II à Haïti le 9 mars 1983. La présence pontificale à Haïti a eu lieu dans le cadre d’un grand voyage en Amérique centrale du 2 au 9 mars 1983 qui l’amena au Costa Rica, au Nicaragua, au Panama, au Salvador, au Guatemala, au Belize, au Honduras et à Haïti.

Le 9 mars 1983 à Port-au-Prince, en clôture du congrès eucharistique, Jean-Paul II déclara au peuple haïtien : « Vous avez choisi comme slogan de votre congrès : "Il faut que quelque chose change ici". Eh bien, vous trouvez dans l’Eucharistie l’inspiration, la force et la persévérance pour vous engager dans ce processus de changement. Il faut bien, en effet, que les choses changent. En préparant le congrès, l’Église a eu le courage de regarder en face les dures réalités actuelles, et je suis sûr qu’il en est de même pour tous les hommes de bonne volonté, pour tous ceux qui aiment profondément leur patrie. Certes, vous disposez d’un beau pays, aux ressources humaines nombreuses. Et l’on peut parler chez vous du sentiment religieux inné et généreux, de la vitalité et du caractère populaire de l’Église. Mais les chrétiens ont constaté aussi la division, l’injustice, l’inégalité excessive, la dégradation de la qualité de la vie, la misère, la faim, la peur d’un grand nombre ; ils ont pensé aux paysans incapables de vivre de leur terre, aux gens qui s’entassent, sans travail, dans les villes, aux familles disloquées, aux victimes de diverses frustrations. Et pourtant, ils sont persuadés qu’il a des solutions, dans la solidarité. Il faut que les "pauvres" de toutes sortes se reprennent à espérer. L’Église garde en ce domaine une mission prophétique, inséparable de sa mission religieuse, et elle demande la liberté de l’accomplir : pas pour accuser, et pas seulement pour faire prendre conscience du mal, mais pour contribuer de façon positive au redressement, en engageant toutes les consciences et plus particulièrement la conscience de ceux qui portent une responsabilité dans les villages, dans les cités et au niveau national, à agir conformément à l’Évangile et à la doctrine sociale de l’Église. ».

Et d’énumérer les réformes nécessaires : « Il y a certainement un profond besoin de justice, d’une meilleure distribution des biens, d’une organisation plus équitable de la société, avec davantage de participation, une conception plus désintéressée du service de tous chez ceux qui ont des responsabilités ; il y a le désir légitime, pour les médias et la politique, d’une libre expression respectueuse des options des autres et du bien commun ; il y a le besoin d’un accès plus ouvert et plus aisé aux biens et aux services qui ne peuvent rester l’apanage de quelques-uns : par exemple, la possibilité de manger à sa faim et d’être soigné, le logement, la scolarisation, la victoire sur l’analphabétisme, un travail honnête et digne, la sécurité sociale, le respect des responsabilités familiales et des droits fondamentaux de l’homme. Bref, tout ce qui fait que l’homme et la femme, les enfants et les vieillards puissent mener une vie vraiment humaine. Il ne s’agit pas de rêver de richesse, ni de société de consommation, mais il s’agit, pour tous, d’un niveau de vie digne de la personne humaine, des fils et filles de Dieu. Et cela n’est pas impossible si toutes les forces vives du pays s’unissent dans un même effort, comptant aussi sur la solidarité internationale qui est toujours souhaitable. Les chrétiens veulent être des gens de l’espérance, de l’amour, de l’action responsable. » (9 mars 1983).

Face aux opposants, Jean-Claude Duvalier avait choisi la solution de la répression et de l’imposture politique. Il organisa un référendum le 22 juillet 1985 avec la même crédibilité que ceux de son père, en recevant 99,98% de "oui" (2,3 millions de suffrages) pour approuver la création du poste de Premier Ministre, la transformation de sa fonction présidentielle en "Présidence à vie" et la possibilité par le Président de nommer son successeur. Par ailleurs, le multipartisme fut rétabli, à la condition que les partis le reconnussent comme Président à vie et lui fissent totale allégeance !

Le voyage du pape renforça moralement les opposants au régime des Duvalier. Une vague de manifestations et de révoltes eut lieu dans le pays entre fin novembre 1985 et fin janvier 1986 et provoqua des dizaines de morts. La répression comme réaction du pouvoir n’aida pas ce pouvoir face à la contestation généralisée dans le pays. Ronald Reagan lâcha Baby-Doc. Les États-Unis lui refusèrent l’asile politique, mais l’aidèrent à quitter Haïti en lui prêtant un avion.

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Le 7 février 1986, chassés par le peuple, Jean-Claude Duvalier et sa famille s’exilèrent en France. À Port-au-Prince, 500 000 personnes furent présentes devant le palais présidentiel. L’armée a repris le pouvoir au nom du peuple et les maisons des Duvalier furent pillées, des dizaines de Tontons macoutes furent lynchés, lapidés ou brûlés vif, le cadavre de François Duvalier fut exhumé et profané le 8 février 1986. Le processus démocratique s’est conclu par le référendum du 29 mars 1987 qui approuva la nouvelle Constitution (proclamant toutes les libertés fondamentales : expression, presse, association, religion, politique) avec 99,8% de "oui" (1,3 million de voix).

La Suisse, le Gabon, la Grèce, l’Espagne et le Maroc refusèrent l’asile politique. Atterrissant à Grenoble, Baby-Doc séjourna, à partir du 7 mars 1986 et pendant plusieurs dizaines d’années, à Mougins, près de Sophia-Antipolis, dans la région niçoise, dans le luxe, puis à Paris. Sa fortune estimée à 800 millions de dollars était supérieure à la dette extérieure d’Haïti. Il fut considéré comme parmi les dirigeants politiques les plus corrompus au monde.

Après des velléités de se présenter à l’élection présidentielle haïtienne des 7 février et 21 avril 2006 et libre d’un passeport diplomatique depuis 2005, Baby-Doc profita du premier anniversaire du terrible séisme qui tua plus d’une centaine de milliers de Haïtiens pour revenir à Haïti, le 16 janvier 2011 et oser dire à son arrivée : « Je suis venu à Haïti pour aider le peuple haïtien dans sa reconstruction. ».

Baby-Doc fut interpellé le 18 janvier 2011, mais remis en liberté avec interdiction de quitter Haïti. La justice haïtienne fut finalement bien trop lente pour juger ses crimes contre l’humanité. Le 4 octobre 2014, Jean-Claude Duvalier est mort d’une crise cardiaque, à l’âge de 63 ans, sensiblement au même âge que son père. Il avait assisté le 5 juillet 2014 aux obsèques de Leslie Manigat (1930-2014), le premier Président élu démocratiquement après sa dictature, le 17 janvier 1988 par 50,3% des voix, investi le 7 février 1988 et …renversé le 20 juin 1988 par les militaires.

Jean-Claude Duvalier n’a pas eu de funérailles nationales malgré la demande de certains Haïtiens. Les mots du Président de l’époque, Michel J. Martelly (56 ans), a suscité la polémique : « Sincères sympathies à l’endroit de la famille et de la nation tout entière en cette triste circonstance. En dépit de nos querelles et de nos divergences, saluons le départ d’un authentique fils d’Haïti. L’amour et la réconciliation doivent toujours vaicnre nos querelles intestines. Que ton âme repose en paix. » (4 octobre 2014).

L’historien Charles Dupuy a rappelé : « Au moins 50 000 personnes sont mortes dans la prison de Fort-Dimanche à Port-au-Prince. Les prisonniers mouraient dans la discrétion car il n’y avait pas de registre et ils étaient transportés dans différentes prisons pour que leurs familles perdent leur trace. » (Canoe.ca).

Le blogueur Widlore Mérancourt aussi s’est souvenu : « Des maisons incendiées avec leurs occupants, des dizaines de femmes, de filles et enfants éventrés, des hommes arrachés de la chaleur du lit de leurs femmes en pleine nuit pour ne plus donner signe de vie. Fort-Dimanche, ô douce maison de retraite anticipée où celui qui rentre n’en sort pas. Que de mères n’ont pas fini leurs deuils ! Que de fils, de filles pleurent encore leurs disparus ! (…) Liberté d’expression bâillonnée, régime de terreur, dictature de la pensée unique, pillage dans les caisses de l’État, misère, cerveaux contraints à l’exil, terreur institutionnalisée, exécutions sommaires, Tonton macoute, image répugnante de l’île dans la communauté internationale. Qui dit mieux ? » (24 juin 2014).

Le site haitiluttecontre-impunite.org a enfoncé le clou ainsi : « Cette vague de tueries frappait toute personne, y compris des bébés, des vieillards, qui avaient un lien quelconque avec un ou des compatriotes qui étaient ouvertement hostiles ou supposés hostiles au régime. (…) Répétons-le : ces massacres n’étaient pas des accidents, ils constituaient la mise en application d’une politique de terreur élaborée, conçue et instituée par François Duvalier. Cette politique imprégnait la société civile avec une telle force que la moindre critique du régime ou d’un membre de celui-ci par n’importe quel individu, qu’ils soit homme, femme, vieillard, adolescent ou enfant, paysan ou bourgeois, signait l’arrêt de mort de cet individu. Cette terreur infusait au sein même de la société civile une telle peur qu’il était devenu impossible de faire confiance à qui que ce soit. On était condamné "à se parler par signes" car l’espace duvaliérien, le pouvoir duvaliérien semblaient interdire toute proximité, toute intimité entre individus, les murs avaient littéralement des oreilles. (…) On devait soit se soumettre, soit s’exiler, soit résister avec le risque de se retrouver avec sa famille six pieds sous terre. ».

Les deux Duvalier ont ensanglanté et volé le peuple haïtien pendant près de trente ans sans qu’aucun de leur crime n’ait pu être jugé. Seule l’histoire les aura jugés. Ne l’oublions pas.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 octobre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Duvalier.
Leslie Manigat.
Un scénario à l’ivoirienne pour Haïti ?
Apocalypse now : l’autre possibilité d’une île.
Mao Tsé Toung.
Aldolf Hitler.
Joseph Staline.
Pol Pot.
Kim Jong-un.
Saddam Hussein.
Mouammar Kadhafi.
Bachar El-Assad.
Ferdinand Marcos.
Jean-Bedel Bokassa.
Francisco Franco.
Augusto Pinochet.
Fidel Castro.
Hugo Chavez.
Mahmoud Ahmadinejad.
Rouhollah Khomeiny.
Robert Mugabe.
Pieter Botha.
Philippe Pétain.
Pierre Laval.
Léonid Brejnev.
Saparmyrat Atayewic Nyyazow.
Laurent Gbagbo.
Zine el-Abidine Ben Ali.
Hosni Moubarak.
Alexandre Loukachenko.
Louis-Antoine de Saint-Just.
Dictature de la pensée unique.
Nicolas Sarkozy était-il un dictateur ?
François Hollande était-il un dictateur ?

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2 réactions à cet article    


  • amiaplacidus amiaplacidus 24 octobre 13:46

    Rakotoarison,

    Je vous signale que vous avez raté une nécro : Danielle Darrieux.

    Vous me décevez.


    • adeline 25 octobre 11:53

      bah ! c’est la droite libérale smiley

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