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Game of Maidan – Le chaos n’est pas une échelle, mais un feu incontrôlable

En Ukraine, le chaos engendré depuis cinq ans par le coup d’État du Maïdan semble devenir complètement incontrôlable. Et certains, à l’instar du personnage de Littlefinger à la fin de la saison 7 de la série « Game of thrones », semblent soudain découvrir que le chaos n’est pas une échelle sur laquelle on peut se hisser sans fin, mais une force puissante qui échappe à tout contrôle, et qui finit toujours par détruire ceux qui jouent avec.

Dans la série américaine « Game of thrones », le personnage de Littlefinger explique un jour à son rival que le chaos n’est pas un précipice mais une échelle sur laquelle on peut grimper pour parvenir à ses fins. Il semble que cette vision très arriviste du monde soit partagée par bon nombre de personnes impliquées dans le coup d’État du Maïdan.

Qu’ils soient Américains ou Ukrainiens, ces arrivistes ont cru qu’il était possible d’utiliser sans fin le chaos pour se hisser jusqu’à leur objectif, en utilisant les cadavres des victimes de ce chaos comme les barreaux d’une échelle. Mais comme le personnage de Littlefinger, ils ont oublié que le chaos n’est pas une force que l’on peut contrôler.

Vous pouvez contenir un peu ses débordements gênants pendant un temps, mais vient un moment où la réaction en chaîne des événements devient incontrôlable, et le chaos devient alors un gouffre engloutissant ceux qui avaient cru pouvoir l’utiliser comme un tremplin.

Et c’est exactement la terrible leçon que certains semblent enfin entrevoir en Ukraine. Suite aux scandales et affrontements récents entre les radicaux et la police, plusieurs analystes ont tiré la sonnette d’alarme, annonçant que le chaos en Ukraine devenait totalement incontrôlable.

Ainsi, le député de la Rada et ancien journaliste, Moustapha Nayem, a écrit sur son blog que le scandale de corruption concernant le trafic de pièces détachées pour l’armée par l’entourage de Petro Porochenko, l’attaque subséquente de l’administration présidentielle par le Corps National (groupe paramilitaire néo-nazi), et les affrontements avec la police témoignaient du fait que le scénario du chaos contrôlé en Ukraine était en réalité totalement hors de contrôle.

Alors que la campagne électorale la plus sale de l’histoire de l’Ukraine bat son plein, les scandales de corruption éclatent et éclaboussent le président sortant, Petro Porochenko. Pour rappel, des pièces détachées usagées, potentiellement obtenues en Russie ou volées dans les stocks de l’armée ukrainienne, auraient été vendues à prix d’or à cette dernière. Appliquant parfois une surcote de 300 % aux pièces revendues, ce juteux trafic aurait rapporté 9,3 millions de dollars.

Les principaux concurrents de Porochenko, Ioulia Timochenko et Volodymyr Zelensky, ont sauté sur cette occasion, demandant la destitution du président, tout en lui promettant au passage de finir en prison.

Cela aurait pu en rester là, au niveau habituel des jeux politiques sordides qui se déroulent en Ukraine. Mais c’était sans compter avec ce que la presse occidentale nomme pudiquement les groupes « nationalistes », mais qui ne sont en réalité que des groupes néo-nazis, et leur relais au sein de l’appareil d’État, à savoir le ministre de l’Intérieur, Arsen Avakov.

Depuis le Maïdan, tout le monde (Américains et autorités ukrainiennes) joue avec ces groupes pour obtenir ce qu’il veut. Ce sont ces groupes qui ont permis au coup d’État du Maïdan d’avoir lieu. C’est eux qui ont assassiné des dizaines de personnes à Odessa en mai 2014, c’est eux qui devaient terroriser les Criméens pour étouffer dans l’œuf toute velléité d’indépendance (et qui ont renoncé quand ils ont vu qu’ils étaient attendus de pied ferme par la population qui s’était armée comme elle le pouvait), et c’est eux qui ont commencé la guerre dans le Donbass, en tirant sans hésitation sur les civils désarmés, là où l’armée régulière refusait de le faire.

Mais au fur et à mesure des années, ces groupes ont prouvé à plusieurs reprises qu’ils pouvaient aussi imposer leur propre agenda aux autorités de Kiev qui les utilisent. Comme lorsqu’ils ont empêché le vote à la Rada de la loi devant accorder plus d’autonomie au Donbass (et qui fait partie des accords de Minsk) par des manifestations ultra-violentes, ou qu’ils ont imposé un blocus économique total aux Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk (RPD et RPL), que Porochenko a dû finir par s’approprier et officialiser faute d’arriver à déloger les groupes néo-nazis qui organisaient le blocus sur la ligne de front.

Si jusqu’ici Porochenko et Avakov ont réussi à retourner ces situations à leur avantage, il vient un moment où cela devient ingérable, comme semblent l’indiquer les récents heurts entre le Corps National et la police ukrainienne. L’interprétation à donner à ces affrontements divise les analystes.

Ainsi, sur la chaîne Telegram « Hyper loupe », dédiée à la situation en Ukraine, un auteur exprime ses craintes que le régiment Azov et ses séides (dont fait partie le Corps National) échappent au contrôle du ministre de l’Intérieur, mais pour lui ces affrontements sont le signe qu’Avakov joue un double jeu, envoyant le Corps National attaquer Porochenko, tout en faisant semblant de le défendre avec sa police.

« Petro Porochenko n’est plus acculé. Aujourd’hui, on le poursuit dans tout le pays comme un lièvre. Et pour cela, le Président peut remercier non seulement Arsen Avakov, le chef du ministère de l’Intérieur, mais surtout lui-même. Il a lui-même réchauffé la vipère d’Avakov sur sa poitrine, et le cobra de Biletski, au nom de leur « art ». Il cherchait à l’époque un point d’appui – une force radicale disciplinée capable de mettre en place un petit dipode extra-systémique. Cependant, il a élevé un monstre qui ne peut qu’être difficilement blâmé pour coopération avec « l’agresseur ». C’est un combat entre la main gauche et la main droite du ministère de l’Intérieur. C’est un flash aveuglant, qui rend le président sans défense. Après tout, même s’il a toujours à ses côtés les commandants des unités spéciales du Service de Sécurité Ukrainien (SBU), le sabotage de la police annulera toute mesure de sécurité, et le Président pourrait encore se faire arracher la tête avant le 21 avril  », indique la publication.

L’auteur conclut en disant que la situation pourrait néanmoins échapper au contrôle d’Avakov, à cause des victimes que ces affrontements font des deux côtés (entraînant une inimitié difficile à calmer par après), et surtout de l’indépendance excessive que les groupes néo-nazis obtiennent depuis des années.

Pour Moustapha Nayem, ces heurts indiquent qu’Avakov a déjà perdu le contrôle des groupes « ultra-nationalistes » qui dépendent de son ministère.

« Les affrontements à Kiev et à Tcherkassy constituent un défi non seulement pour Petro Poroshenko, mais aussi pour Arsen Avakov lui-même et pour les dirigeants de la police nationale. Avakov et Porochenko sont tout à fait capables de calculer des scénarios, mais dans ce cas, ils ont clairement surestimé leur influence et leurs possibilités, se définissant eux-mêmes, ainsi que leurs subordonnés, et l‘État comme un tout, » a écrit Nayem sur son blog.

Nayem explique ensuite qu’Avakov savait que le Corps National allait manifester, mais qu’il pensait garder le chaos et les manifestations sous contrôle. Il écrit aussi que Porochenko savait que ses proches s’en mettaient plein les poches avec ce trafic de pièces détachées, mais il avait oublié la possibilité que des journalistes aient le courage de publier l’information déclenchant le scandale qui se retourne aujourd’hui contre lui.

Pour Nayem, ces erreurs de calcul vont avoir un coût très élevé pour le pays dans son ensemble, et il prédit que de tels incidents vont se multiplier à l’avenir, chaque groupe essayant de tirer avantage de la confrontation entre l’administration présidentielle et le ministère de l’Intérieur. Des incidents qui pourraient gravement dégénérer quand on voit la quantité de groupes paramilitaires qui se sont développés (et armés) en Ukraine depuis cinq ans.

Un autre député de la Rada, Sergueï Lechtchenko, partage le pronostic de Moustapha Nayem sur la perte de contrôle de la situation par Avakov.

« Cette histoire est très mystérieuse, parce que, d’un côté, le Corps National est très proche du ministère de l’Intérieur, Arsen Avakov, mais de l’autre côté, Avakov lui-même s’est exprimé, pour la première fois depuis des mois il a écrit un poste sur Facebook, où il a dit que toute colère à ses limites raisonnables… Je pense en fait que les « acteurs » ont agi de manière excessive. Avakov est maintenant sous le feu des critiques et le chef de l’État essaye de se débarrasser de lui avant les élections présidentielles car il n’est pas loyal à Porochenko, et il est clair que Porochenko a besoin du ministre de l’Intérieur pour sa réélection,  » a déclaré Lechtchenko.

Deux événements récents confirment le fait qu’Avakov a retourné sa veste et est prêt à trahir Porochenko (qui n’a aucune chance de gagner ces élections à la loyale) pour rester dans les cercles du pouvoir après les élections présidentielles. À croire qu’Avakov est un disciple de Littlefinger, appliquant les recettes et préceptes de ce dernier à la lettre.

Ainsi, les services d’Avakov ont annoncé avoir découvert du matériel d’écoute électronique près du bureau de Volodymyr Zelensky, le candidat à l’élection présidentielle qui est en tête de tous les sondages, et le concurrent que Porochenko doit absolument éliminer s’il veut espérer avoir une chance d’être réélu. Du matériel du même type que celui utilisé par les services de renseignement.

La réponse du SBU ne s’est pas faite attendre. Le Service de Sécurité Ukrainien a ainsi déclaré avoir ouvert une procédure contre Arsen Avakov pour divulgation d’enquête secrète. Le SBU a aussi prétendu ne pas suivre Zelensky mais un traître dont le nom n’a pas été fourni. Bien essayé, mais très peu convaincant. Le SBU a encore bien des efforts à fournir pour parvenir au niveau de mensonge crédible d’un Littlefinger. La réaction du SBU montre que ce dernier reste pour l’instant fidèle à Porochenko, et est prêt aux pires méthodes pour abattre l’adversaire du président.

En attendant, afin d’essayer de reprendre le contrôle sur la situation, et surtout sur la colère des néo-nazis ukrainiens, Avakov a dû abattre ses cartes et se présenter publiquement comme un opposant à Porochenko, en dénonçant la façon dont ce dernier achèterait des votes avec l’argent du contribuable.

«  L’un des états-majors de l’équipe de campagne de l’administration embauche des militants qui sélectionnent une centaine de personnes, généralement les plus pauvres, puis se rendent chez elles et leur demandent si elles sont prêtes à soutenir un candidat. Si elles acceptent, ils leur offrent leur aide. Trente pour cent disent : « Oui, nous le soutiendrons. » Leurs noms sont notés, puis ils vont au conseil de district et demandent aux autorités en charge de donner à ces personnes 1 000 hryvnias (38 $) en utilisant les fonds alloués au budget pour le programme « Turbot », » a déclaré Avakov lors d’une interview avec la chaîne de télévision ukrainienne ICTV.

Par cette double action, Arsen Avakov essaye de reprendre le contrôle de la situation et de ne pas tomber dans le gouffre du chaos qu’il a lui-même alimenté. Il s’attire les bonnes grâces du favori en titre pour l’élection présidentielle, Volodymyr Zelensky, et se pose en pourfendeur des fraudes électorales pour ramener le calme parmi les groupes néo-nazis qui dépendent de son ministère.

Mais ce que tous ont oublié c’est que le chaos n’est pas une échelle, c’est une flamme. Plus vous jetez d’essence dessus, plus il grandit jusqu’à devenir totalement incontrôlable. Depuis des années, les États-Unis et leurs marionnettes ukrainiennes ont jeté des camions-citernes entiers d’essence sur le chaos de l’Ukraine post-URSS pour prendre le contrôle du pays.

Les flammes sont en train de ravager tout le pays, et ces adeptes de la doctrine de Littlefinger essayent d’éteindre certains des nombreux foyers d’incendie (qu’ils ont eux-mêmes allumés) avec des verres d’eau d’un côté tout en continuant à déverser de l’essence ailleurs !

Ces séides du maître de l’échelle du chaos semblent avoir oublié comment finit leur mentor, anéanti par les variables incontrôlables de l’immense équation du chaos qu’il croyait pourtant maîtriser. À méditer…

Christelle Néant

Voir l'article sur Donbass Insider


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8 réactions à cet article    


  • Guy19550 13 mars 21:02

    Celui qui se laisse guider par la vérité sera toujours dans le bon en principe. Faut pas avoir fait des études pour cela, cela peut être quelqu’un d’ordinaire. Un tel individu soit s’entourer des gens compétents en lesquels il a confiance. C’est une telle personne qui devrait être élue. Mais avec l’amalgame des choses dans une campagne électorale, la personne est difficile à trouver et une bonne technique est de procéder par élimination. C’est bien beau, mais nulle part en ce monde, je n’ai encore vu cela.


    • Christelle Néant Christelle Néant 14 mars 11:21

      @Guy19550
      Les gens comme ça sont rares malheureusement.


    • Ouallonsnous ? 14 mars 20:04

      @Christelle Néant

      Remarquable article Christelle, nous attendons la suite !


    • Christelle Néant Christelle Néant 14 mars 20:23

      @Ouallonsnous ?
      Merci du compliment. Cela me va droit au coeur. Produire des articles comme celui-ci prend beaucoup de temps, mais promis y en aura d’autres smiley


    • Guy19550 16 mars 03:38

      @Christelle Néant
      Zakharchenko y ressemblait fortement, même s’il y avait des zones assez obscures autour de lui. Ce qu’il a fait avec le redémarrage de la sidérurgie (même si ce n’est pas lui qui en a fait le gros-oeuvre), est une réussite. Il en a donné et coordonné l’impulsion. Les reste vient naturellement avec de la compétence et des idées des autres.


    • Christelle Néant Christelle Néant 16 mars 11:02

      @Guy19550
      Oui Zakhartchenko était ce qui se rapprochait le plus de votre définition donnée plus haut. C’est pour ça que sa mort a été aussi terrible pour nous.


    • Doume65 14 mars 21:06

      Tout cela est bien triste pour la population ukrainienne qui ne risque pas de sitôt de voir ses conditions de vie s’améliorer.

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