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Game of Maidan saison 3, épisode 5 – Zelensky dans la fosse aux serpents

Malgré sa victoire au second tour de l’élection présidentielle ukrainienne contre Petro Porochenko, Volodymyr Zelensky n’est pas au bout de ses peines. En effet, le gouvernement sortant, et le parlement (la Rada) se sont ligués pour lui savonner au maximum la planche avant son entrée en fonction officielle.

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Tout a commencé par le temps incroyable qu’il a fallu à la Commission Électorale Centrale (CEC) ukrainienne pour publier les résultats officiels. Alors que le second tour a eu lieu le 21 avril, la CEC n’a officiellement annoncé les résultats que le 30 avril, soit 10 jours après la victoire de Zelensky, ce qui est le délai légal maximum pour le faire. Et la publication officielle, qui définit ensuite la date maximum de l’inauguration du nouveau président, n’a été faite que le 3 mai !

Il semble peu croyable qu’il ait fallu 10 jours à la CEC pour compter tous les bulletins de vote. Ce qui a fait dire à Volodymyr Zelensky que la CEC cherchait à gagner du temps pour que son investiture ne puisse pas avoir lieu avant le 27 mai, l’empêchant ainsi de dissoudre le parlement (le Président ne pouvant pas ordonner la dissolution de la Rada moins de 6 mois avant la fin de son mandat, qui tombe le 27 novembre).

Devant cette pitoyable tentative d’empêcher Zelensky de se donner les moyens de gouverner le pays, le président élu s’est fendu d’un commentaire acerbe.

« Un président qui a le soutien de 73 % des électeurs devrait au moins avoir le droit de l’envisager [de dissoudre le parlement – NDLR] et le droit de le faire. Le système a peur. Nous les vaincrons tous !  », a-t-il déclaré.

Et il semble que le diagnostic est le bon même s’il est incomplet. Car ce n’est pas la seule raison pour laquelle l’investiture de Zelensky a été repoussée. L’autre raison, c’est que Porochenko et Paroubyi voulaient aussi faire passer la fameuse loi sur la langue ukrainienne, et placer (ou faire éjecter) quelques personnes clés.

Ainsi, un « coup d’État » a eu lieu au sein même de la Cour Constitutionnelle ukrainienne. Alors que la date de la cérémonie d’investiture de Zelensky n’était pas encore fixée, les juges de la Cour Constitutionnelle ont voté pour renvoyer le président de la Cour (Stanislav Chevtchouk), qui doit justement assister à la cérémonie d’investiture du nouveau Président pour qu’elle soit valide.

Ce dernier a exprimé alors ses craintes sur les délais supplémentaires que cela pourrait occasionner et a promis de porter plainte pour cette destitution illégale.

Les juges de la Cour Constitutionnelle ont alors élu comme présidente Natalia Chaptala, ce qui pour certains analystes permet à Porochenko de garder la main sur la Cour Constitutionnelle malgré sa défaite, voire de remettre en cause la validité de l’investiture de Zelensky, si Chevtchouk gagne son appel contre le vote de la Cour (une prestation de serment devant une présidente de la Cour Constitutionnelle illégitime, est alors elle-même illégitime).

Le président sortant a aussi changé le commandant de la Garde Nationale (c’est-à-dire en fait des bataillons néo-nazis et ultra-nationalistes ukrainiens), le commandant de l’opération militaire dans le Donbass, et il a nommé 75 juges ! C’est ce qui s’appelle une tentative de garder la main sur le système avant de partir.

Et histoire de finir de savonner la planche de Zelensky, Porochenko s’est appliqué à faire voter, puis à signer une loi qui pourrait bien mettre le feu au pays.

La loi instituant l’ukrainien comme étant la seule langue nationale, et qui se retrouve imposée à tous dans la sphère de la vie publique, a en effet été votée par la Rada le 25 avril, à peine quatre jours après la victoire de Zelensky, mais des députés de l’opposition avaient soumis quatre projets de loi d’annulation afin d’empêcher sa signature avant l’investiture du nouveau président.

Peine perdue. Grâce à la publication tardive de la CEC, puis aux tergiversations sans fin de la Rada pour fixer la date de la cérémonie d’investiture de Zelensky, le parlement ukrainien a eu le temps de rejeter ces projets d’annulation de la loi sur la langue ukrainienne.

Une fois ces projets de loi rejetés, Andryi Parouby, le président de la Rada, a fièrement signé cette loi, avant de la transmettre à Porochenko pour signature. Ce n’est qu’une fois cette fourberie accomplie, que la Rada a finalement fixé au 20 mai la date de la cérémonie d’investiture de Zelensky.

Et cette loi est un vrai bidon de savon liquide versé sur la planche de Zelensky. Car contrairement à ce qu’a pu clamer Porochenko en la signant, cette loi ne va pas du tout unir les Ukrainiens, elle va encore plus les diviser, et semer encore plus de chaos dans le pays.

Le summum de l’hypocrisie (et de novlangue) a été la phrase de Porochenko assurant que cette loi «  n’affecte aucune langue des minorités nationales qui vivent en Ukraine car la loi « n’a rien à voir avec cela » (sic) ».

Alors avec quoi cette loi a à voir ? Comment une loi obligeant tout le monde à parler ukrainien dans la sphère publique, à la télé, et imposant un bon niveau de maîtrise de l’ukrainien pour accéder à bon nombre de postes dans l’administration, la médecine ou la politique pourrait ne pas affecter les minorités nationales, dont les langues maternelles viennent d’être exclues comme langues d’enseignement !

Cette loi impose en fait une ukrainisation forcée à tout le pays, encore pire que celle que les Bolcheviques avaient imposée lorsqu’ils ont créé l’Ukraine de toutes pièces !!! Et tous ceux qui ne parleront pas assez bien l’ukrainien seront de fait, des citoyens de seconde zone, exclus de la politique, de la médecine, de bon nombre de postes administratifs, etc. Ceci n’est ni plus ni moins que de l’apartheid linguistique.

Or, comme l’a rappelé un député, Mikhaïl Papiev, cette loi revient à bannir le russe, le roumain, le bulgare, le hongrois, le tatar de Crimée (alors que Kiev hurle à la discrimination des Tatars de la part de Moscou, alors qu’actuellement sur la péninsule, ils peuvent recevoir un enseignement dans leur langue maternelle contrairement à ceux qui vivent en Ukraine !) et d’autres langues de minorités nationales.

Ce qui contrevient à la convention européenne pour les langues régionales et les langues des minorités, sans parler des conclusions de la commission de Venise qui avait demandé à Kiev de ne pas voter ni signer cette loi en l’état, et de revoir profondément sa copie.

L’hypocrisie des autorités ukrainiennes et le danger de cette loi ont été soulignés par Arthur Martovitski, député du Bloc d’opposition.

« Près de la moitié de nos citoyens parlent deux langues – l’ukrainien et le russe, ou principalement le russe. La loi sur la langue les qualifie de minorité nationale et les assimile à des ennemis. La question se pose : s’il ne s’agit pas d’une scission de la société et d’une division entre des citoyens de première et de deuxième catégorie, si ce n’est pas du néo-fascisme, alors qu’est-ce que c’est ?
Les standards européens ? Peut-être, mais alors c’est l’Europe du XIIIe siècle, celle de l’Inquisition. Chaque Ukrainien paiera de sa poche pour la création de nouvelles institutions bureaucratiques, pour l’institut des inspecteurs linguistiques, qui puniront l’usage de la langue russe, les commissions nationales pour les normes linguistiques, dont les certificats et diplômes des universités ukrainiennes seront la base de la participation aux concours pour la fonction publique,
 » a déclaré le député.

Arthur Martovitski a aussi souligné qu’il y avait eu de graves violations des procédures lors du vote de cette loi, certains députés votant pour ceux qui n’étaient pas là de manière massive. Il a aussi dressé le même constat que bien des analystes, ainsi que moi-même : avec cette loi l’Ukraine perd définitivement toute chance de récupérer le Donbass et la Crimée, et les conséquences en termes de confiance des citoyens dans l’État risquent d’être tragiques.

L’opposition va tenter un ultime recours devant la Cour Constitutionnelle, puisque celle loi est inconstitutionnelle. Mais suite au putsch qui a eu lieu au sein de cette institution, il est à craindre que ce recours ne mène à rien.

La seule chance réside dans le fait que Zelensky demande la dissolution de la Rada, et obtienne une majorité suffisante pour gouverner et faire annuler cette loi par un nouveau vote de l’assemblée. Il semble d’après ce que disent certains membres de l’équipe de Zelensky que c’est vers un scénario de dissolution de la Rada que l’on se dirige.

Si Zelensky n’arrive pas à dégager une majorité et à faire annuler cette loi par un moyen ou par un autre, le pays risque tout simplement d’exploser le long de ses lignes de fracture linguistique, et de se mettre encore plus à dos les pays voisins (la Hongrie a déjà exprimé l’espoir que Zelensky résolve les problèmes posés par cette loi discriminatoire).

Il faut rappeler que c’est une loi retirant au russe son statut de langue régionale qui a mis le feu aux poudres, provoqué le « printemps russe », la perte de la Crimée et d’une partie du Donbass, et la guerre civile dans l’est du pays en 2014. Or, au lieu d’apprendre de ses erreurs, le gouvernement ukrainien post-Maïdan, décide de persister et d’insister dans la voie de la destruction totale du pays.

Cette nouvelle loi sur la langue ukrainienne est un camion citerne d’essence versé sur les flammes qui ravagent déjà l’Ukraine, et les risques qu’elle fait peser sur l’existence même du pays sont loin d’être négligeables.

Christelle Néant

Voir l'article sur Donbass Insider


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11 réactions à cet article    


  • skirlet 18 mai 12:44

    Je remets ici mon commentaire sur un autre article, parce que le ministre de la culture ukrainien c’est quelque chose, il n’y en a pas dans chaque pays smiley . Voici la vidéo avec son discours, vers la 32e seconde il y a un passage qui vaut son pesant d’or : il parle de la nouvelle loi « linguistique », genre qu’il n’y aura pas de discorde « quand les millions de belles personnes vont parler l’une des plus belles langues au monde. Celui qui se sert de cette langue, devient tout simplement plus beau, à l’intérieur, à l’extérieur, il s’illumine, parce que c’est une langue unique ; elle est chantante, elle donne des forces... »

    C’est qui est à remarquer : l’Ukraine n’a pas écouté la commission de Venise, et tout en affichant les ambitions d’entrer dans l’UE (ce que Porochenko clame depuis toujours), elle fait fi des lois européennes...



      • Guy19550 19 mai 21:53

        @Guy19550

        A d’autres moments des événements en Ukraine, la presse française n’a jamais manqué de ne donner que la version qui plaisait aux Kievkongs et il y en avait toujours ou quasi toujours le weekend. Ce weekend, c’est le blackout des grands canards. On hésite à dire des choses. C’est assez subtil, les uns parlent d’élections parlementaires et les autres de remaniement en vue d’encore avoir une coalition.
        Les russes parlent de nouvelles élections parlementaires, les autres, on sait pas trop, vu qu’ils se taisent.


      • Eric83 Eric83 19 mai 08:45

        Merci pour cet article. Je comprends bien que toutes les lois passées, dont celle concernant la langue nationale et l’exclusion des autres, avant que Poroclown ne cède la présidence, soient un réel problème pour le peuple ukrainien et Zelenski.

        Cependant, une fois que Zelenski aura été investi Président et qu’un nouveau parlement aura vu le jour, toutes ces lois iniques ne pourront-elles faire l’objet d’abrogations ou à minima de modifications ?


        • Christelle Néant Christelle Néant 19 mai 14:45

          @Eric83
          C’est ce que j’espère


        • roman_garev 19 mai 08:52

          Ce cirque ukrainien a définitivement cessé d’intéresser la Russie dès hier, le 18 mai, quand Zélensky, qui avait déjà passé sous silence l’anniversaire du bûcher nazi d’Odessa le 2 mai, a annoncé la bataille prochaine pour la libération de la Crimée soi-disant occupée et du peuple des Tatars de Crimée soi-disant opprimé.

          Désormais l’Ukraine est vouée au pourrissement total. Sans le gaz, sans le charbon, sans le pétrole, sans l’industrie (complètement ruinée), sans le russe (donc sans la science, sans la technique, sans une éducation quelconque, sans même une exploitation plus ou moins sûre des ses centrales nucléaires dégradées), sans les ponts et les chaussées (déterriorés à fond) mais avec des dettes colossales à payer le lendemain et sous les drapeaux nazis. Bon voyage !


          • skirlet 19 mai 14:08

            @roman_garev
            sans les ponts et les chaussées (déterriorés à fond)

            Klitchko dit que les ponts se fatiguent smiley


          • skirlet 20 mai 11:49

            @roman_garev
            Oui, aujourd’hui il a répété que la Crimée et le Donbass sont les terres ukrainiennes... « Je suis prêt à tout pour mettre fin à la guerre » à tout, même à la guerre jusqu’au dernier Ukrainien...


          • Guy19550 20 mai 23:45

            Les nouvelles sur Tass sont relativement bonnes pour l’Ukraine ce 20/05/2019.

            Faudra voir la suite car trop de fois, il y a eu des espoirs aussitôt envolés.


            • Guy19550 21 mai 00:36

              Juste avant l’investiture, il a a eu 2 démissions pour les dialogues de Minsk, je préfère ne pas citer de noms, vu que pour moi, ce sont deux terroristes. Cela ne va certainement pas compliquer les dialogues de Minsk, vu que leur présence avant n’a jamais servi à rien. Le zoulou a proclamé un cessez-le-feu pendant l’investiture, faudra voir ce qu’il en adviendra et surtout quelle sera la suite donnée aux provocations. Il demande aussi la démission de Goldorak. Il demande également la dissolution du parlement.

              Après l’investiture, le premier ministre annonce sa démission qui deviendrait effective mercredi après un conseil. Bref, merdredi, plus de parlement et plus de gouvernement. Dans un pays normal, cela s’appelle une catastrophe, moi je ne m’en inquiète pas car ce que les deux faisaient était un boulot d’assassin au niveau des intérêts du peuple. Il était grand temps d’envoyer cette dictature américo-ukrainienne dans la fosse aux lions..


              • Guy19550 21 mai 16:53

                Les nouvelles sur Tass sont relativement mauvaises pour l’Ukraine ce 21/05/2019.

                Et oui, d’un jour à l’autre, ça peut changer. Les tiraillements du parlement, je m’en moque un peu, c’est moins bon que hier, mais on se doute bien qu’il y aura encore des problèmes. L’entrevue entre le zoulou et Poutine s’écarte un peu à cause des propos tenu par le zoulou. Tiens, tonton bientôt accusé de haute trahison, je rigole c’est sur Tass, C’est totalement idiot, car les faits de Kertch ne viennent pas de tonton, mais plutôt de Goldorak, de Kimkin et Turchinov, de mon point de vue.

                Le zoulou est un bon vendeur de poudre à lessiver, mais pour le reste, faut encore attendre. Les experts du FMI sont arrivés pour voir les avancées réalisées, autant qu’ils restent un peu plus longtemps pour voir aussi les reculs réalisés, lol.

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