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Guerre du Donbass : Les analystes pessimistes sur la résolution pacifique du conflit sur fond d’aggravation de la situation

Après deux semaines consécutives de baisse du nombre de violations du cessez-le-feu par l’armée ukrainienne, la tendance est repartie à la hausse cette semaine, avec 277 violations au cours desquelles 1679 obus d’un calibre interdit par les accords de Minsk ont été tirés sur le territoire de la République Populaire de Donetsk (RPD).

Ces bombardements ont fait quatre morts et un blessé parmi les soldats de la RPD, et deux blessés parmi les civils. Ils ont aussi endommagé 28 habitations.

Et au vu du nombre élevé d’armes lourdes absentes des zones de stockage où elles devraient se trouver côté ukrainien (241 armes lourdes ont été déclarées manquantes par l’OSCE cette semaine), et de la présence de plusieurs dizaines d’entre elles près de la ligne de front, il y a peu de chances que la situation s’améliore.

Une crainte confirmée par les multiples préparatifs de l’armée ukrainienne et du SBU détectées par les services de renseignement de la RPD : réapprovisionnement en munitions et arrivée d’armes lourdes près de la ligne de front, renforcement des équipes médicales militaires, augmentation des reconnaissances par drones, volonté de couper le réseau téléphonique portable jusqu’à 50 km de la ligne de front, etc.

Le chef adjoint de l’OSCE, Alexander Hug, a d’ailleurs fait une déclaration en ce sens en début de semaine, déplorant la détérioration de la situation et appelant les deux parties à résoudre le conflit de manière pacifique par la voie des négociations.

Plusieurs experts interrogés récemment sur leur pronostic concernant l’évolution de la situation et les accords de Minsk, se sont accordés pour une prévision plutôt pessimiste.

Pour Rostislav Ishchenko, Président du Centre d’Analyse et de Prévision, la crise profonde qui frappe les autorités ukrainiennes ne leur permettra pas de mettre en œuvre les accords de Minsk.

«  Soyons clairs, ces accords ne seront jamais mis en œuvre, simplement car le moment où l’Ukraine aurait pu les remplir et déjà passé,  » a souligné l’expert. « Et donc, ces accords sont un élément d’un jeu global, un élément de négociation internationale avec les États-Unis, un élément qui leur offre l’opportunité de traîner les pieds, mais pas un élément de mise en œuvre pratique, » a expliqué Ishchenko.

Il a aussi souligné que le règlement du conflit dans le Donbass était embourbé depuis que les autorités ukrainiennes avaient raté leurs chances de les appliquer en 2015 et 2016. Avec la crise politique en cours à Kiev, et Saakachvili qui menace la place de Porochenko, il est désormais impossible pour ce dernier d’appliquer le moindre point des accords de Minsk.

D’ailleurs si Porochenko était remplacé, ce serait par des forces encore plus radicales et russophobes que celles actuellement au pouvoir à Kiev. Ce qui signerait la mort officielle et définitive des accords de Minsk. L’analyse de Rostislav Ishchenko rejoint ce constat personnel.

«  Les luttes internes [en Ukraine], en dehors du fait que l’opposition « tue » Porochenko, et Porochenko « tue » l’opposition, ont déjà mené et vont mener encore plus à la radicalisation des forces politiques ukrainiennes », a-t-il déclaré.

Pour Ishchenko, cela vient du fait que tous ces conflits internes ont lieu sur fond d’accusations de liens avec la Russie (chaque partie accusant l’autre d’être un agent du Kremlin).

Et ce n’est pas des négociations en cours entre la Russie et les États-Unis qu’il faut attendre des résultats positifs, si on en croit l’analyse d’Alexeï Chesnakov, Directeur du Centre de Conjoncture Politique.

Pour lui, des quatre scénarios que pourraient suivre les négociations russo-américaines concernant le règlement du conflit dans le Donbass, les plus probables sont malheureusement les plus pessimistes.

Le premier scénario envisagé par Chesnakov, serait l’échec total des négociations.

« Le représentant de la partie américaine, Kurt Volker, a déjà estimé que la probabilité d’un tel scénario est de 80 %, avec la possibilité d’une reprise des hostilités dans le Donbass, » a déclaré Chesnakov.

Le deuxième scénario, serait une impasse des négociations, avec maintien du dialogue, mais une impossibilité totale d’aboutir à un compromis et donc à une décision commune. Ces deux premiers scénarios sont jugés comme étant les plus hautement probables par l’analyste.

Le troisième scénario serait la coordination avec la proposition russe de résolution sur la mission des casques bleus.

« C’est possible, mais pour cela la partie américaine doit faire preuve de flexibilité, étant donné la position ferme de la Russie et l’absence de raisons externes et internes de la modifier, » a poursuivi l’analyste.

Le quatrième, et le moins probable, des scénarios envisagés par Chesnakov serait l’adoption d’une autre version de la résolution. Mais comme la position de la Russie a été très clairement énoncée à ce sujet, et qu’elle est diamétralement opposée à celle de l’Ukraine et des États-Unis, il faudrait un miracle pour qu’un tel scénario aboutisse.

Car Vladislav Sourkov, qui mène côté russe les négociations avec Kurt Volker, a été très clair : « Qu’est-ce qui peut être discuté là-dedans  ? Elle doit être adoptée. »

Il faut dire que la proposition russe a été mûrement réfléchie avant d’être soumise, c’est un bon compromis qui tient compte des intérêts de chaque partie. Le problème étant qu’une des parties (l’Ukraine) veut tout obtenir sans négocier ni faire de compromis. Or aucune négociation ne peut aboutir de cette façon.

Et en attendant que ces négociations aboutissent, ou se terminent en échec cuisant, cet après-midi, à 15 h 30, l’armée ukrainienne a recommencé à bombarder le territoire proche de la station d’épuration située près de Yassinovataya.

Mais cette fois, en plus des obus de mortier de 82 mm, et des lance-grenades, les soldats ukrainiens auraient aussi utilisé des munitions au phosphore !!!

Mettant ainsi en danger non seulement les gens vivant à proximité, mais aussi la situation écologique générale de la région (un incendie sur le territoire de cette station où sont stockées plus de 200 tonnes de chlore serait un désastre écologique, sanitaire et humanitaire majeur).

Le Centre Conjoint de Contrôle et de Coordination du cessez-le-feu (CCCC) qui a fourni l’information, et demandé à l’OSCE d’aller prendre des échantillons de terre sur place pour analyse (afin de prouver de manière irréfutable l’utilisation de phosphore), a fourni une vidéo montrant ces tirs :

Comme on peut le voir, à quelques semaines du Nouvel An, la situation promet malheureusement de dégénérer gravement dans le Donbass, et d’offrir une reprise de la guerre à grande échelle en guise de début d’année 2018.

Christelle Néant

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7 réactions à cet article    


  • JMBerniolles 10 décembre 2017 09:04
    Bonjour,

    Pour l"instant il semble aussi que la situation dégénère aussi en Ukraine, hors Donbass.

    La guerre est malheureusement une solution de fuite en avant, mais avec cette nouvelle agitation (je pense que Saakachvili est un pion de la CIA qui joue donc un jeu propre en Ukraine) est ce que le régime de Kiev a les forces pour une véritable guerre ?

    Visiblement la Hongrie, la Pologne, et autres ... penchent plutôt pour un effondrement du régime de Kiev ce qui leur donnerait l’occasion de reprendre des territoires dans cet espace géographique où une vraie nation n’a pu naitre. 

    • JMBerniolles 10 décembre 2017 09:06
      @JMBerniolles

      N’est ce pas la Pologne qui a renvoyé Saakachvili en Ukraine ?

    • Christelle Néant Christelle Néant 10 décembre 2017 10:04

      @JMBerniolles
      La situation dégénère à Kiev avec l’arrestation de Saakachvili. Le régime de Kiev a les forces pour lancer une grande offensive, mais pas pour gagner la guerre. Leur armée finira décimée dans un dernier chaudron, et le régime s’effondrera. Les voisins iront alors se servir au passage et fin de l’Ukraine....
      La Pologne n’avait pas renvoyé Saakachvili en Ukraine mais l’avait laissé franchir la frontière, alors qu’ils savaient qu’il est désormais apatride....


    • Le Panda Le Panda 11 décembre 2017 13:41

      @Christelle Néant
      Bonjour

      La Pologne n’avait pas renvoyé Saakachvili en Ukraine mais l’avait laissé franchir la frontière, alors qu’ils savaient qu’il est désormais apatride....

      Nous n’avons causé depuis un moment, ni vous sur mes articles, malgré mes mots gentils en « modé » fâchée ou succombant au charme. Je me demande si dans cette circonstance plus que précise Saakachvili peut se trouver apatride. En fonction de quelle institution j’ai un vide, à ce stade, j’attends de vous lire possible merci


    • Christelle Néant Christelle Néant 11 décembre 2017 13:44

      @Le Panda
      Désolée je ne passe pas forcément tous les jours dans l’espace de modération smiley Je viens de voir votre dernier article, et viens de voter pour smiley
      Concernant Saakachvili, il est bel et bien apatride officiellement, puisque ayant perdu sa nationalité géorgienne quand il est devenu ukrainien. Une fois cette dernière retirée, il n’a donc officiellement plus de nationalité.


    • Le Panda Le Panda 11 décembre 2017 14:19

      @Christelle Néant
      Merci j’ai vu le vôtre et j’en ai fait autant  smiley Voilà qui confirme ce que vous disiez. Lien Je trouve cela comme étant plus cruel que le passage par les armes. Avez vu le « score » moi le votre et à +3. Pour revenir au sens de l’apatride, c’est comme si une personne naissait issu d’un autre univers et dire que cette loi existe bel et bien. Mais la honte tombe sur le monde. Voila ce que je vous propose à vous et vos lecteurs d’écouter Lien Merci je reviens.

       smiley

       


    • Christelle Néant Christelle Néant 11 décembre 2017 14:34

      @Le Panda
      Le votre était à +2.
      Concernant le statut d’apatride effectivement c’est un non sens du point de vue logique, mais malheureusement les lois humaines sont parfois parfaitement illogiques.

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