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Accueil du site > Actualités > International > Histoire arménienne : un épisode pas « doux »

Histoire arménienne : un épisode pas « doux »

La formulation de Voltaire, "doux et serviable comme un arménien" est puissante et probablement juste dans le cas des miliers d'arméniens qui sont malheureusement obligés de se taire face à un clan ou une mentalité nationaliste dominante dans le pays. Dans cet article, nous aborderons un événement bouleversant qui a changé l'orientation des politiques et des initiatives diplomatiques en créant une énorme barrière devant la paix et la prospérité dans le Caucase. Inspiré du titre utilisé par Balzac dans "Un épisode sous la Terreur", nous rappelons un acte de terrorisme qui a fait un effet de séisme politique en Arménie en effaçant toutes les possibilités de dialogue entre les deux peuples du Caucase, depuis 21 ans. 

 

 Nous nous réjouissons du résultat du référendum en Nouvelle Calédonie qui choisit de rester française. Nous les félicitons dans leur choix raisonnable. La République française est une grande famille des communautés, des territoires, des collectifs humains voulant partager un avenir commun, un destin ensemble et une identité collectivement acceptée, l’identité française. Les québécois avaient fait un choix similaire en 1995, au Canada. Or, la Belgique fait face aux risques sécessionnistes [1], l’Espagne en a été touchée aussi, l’Ukraine en fut bouleversée, la Moldavie, la Géorgie vivent la même horreur depuis 30 ans en Transnistrie et en Ossétie du Sud. Nul part, les indépendantistes et les sécessionnistes n’agissent avec raison, car ils se nourrissent des émotions parfois haineuses et rejet des “autres”. 

 Les arméniens du Haut-Karabakh sont aussi entre 2 choix : co-construire un avenir commun dans le respect mutuel ou céder à l’émotion nationaliste destructrice qui domine sur leur territoire depuis des décennies. Malheureusement, dans le camp des arméniens personne n’ose parler de la paix, ni en Arménie, dans le Haut-Karabakh. L’explication est simple, la peur. Un exemple flagrant de l’histoire arménienne démontre pourquoi la paix est un sujet tabou en Arménie et dans le Haut-Karabakh. C’est un épisode très important de l’histoire arménienne post-soviétique et post-guerre. 

 Vers la fin de la dernière décennie du 20ième siècle, la France et les autres co-présidents de la mission de médiation appelée “Groupe de Minsk”, ont proposé 3 formules de paix aux azéris et aux arméniens. Les négociations évoluaient malgré les points de désaccord et avec beaucoup de sang froid assuré par le cessez-le-feu datant de 1994 [2]. En plein avancement des pourparlers, la région transcaucasienne a vécu une expérience inédite. Lors d’une session de l'Assemblée nationale de l’Arménie, un acte barbare a créé un choc politique d'envergure internationale [3] : 3 députés arméniens, le Ministre des états d’urgence, le Premier Ministre, le président de l’Assemblée nationale et ses deux adjoints ont été tués avec des kalachnikovs par un groupe nationaliste militant du parti “Dachnaksutyun”, le vecteur des théories expansionnistes des arméniens, “Velikaia Armenia”, la “Grande Arménie”. Autrement dit, les décideurs de ce pays se faisaient effacés par une force obscure. Par la suite, le clan appelé “les karabakhcthis” (les arméniens venant du Haut-Karabakh - Gani NOVRUZOV) prenait le plein pouvoir : Robert Kocharyan, un “héros” de la guerre au Karabakh, originaire de ce territoire déjà Président du pays depuis un an, ancrait ainsi son pouvoir en mettant ses proches dans les fonctions les plus hautes, en définissant une vision plus ambitieuse et une position plus rigide dans les négociations [4]. Depuis cette prise du pouvoir en Arménie et cet acte de terrorisme au parlement arménien, personne, aucun acteur politique ne pourrait suivre le chemin de la paix avec l'Azerbaïdjan et oser parler d’une potentielle entente impliquant un compromis mutuel. Quelques années plus tard, le prédécesseur de M. Kocharyan, M. Ter Petrossian a attribué la responsabilité de cet acte odieux à M. Kocharyan et à Serge Sarkissian, son successeur, un autre karabakhtchi fidèle au clan. Le fils de l’ex-Président de l’Assemblée nationale, victime de l'acte meurtrier, Stéphan Demirchyan déclarait quelques ans plus tard, “qu’aucune volonté n’était montrée par le gouvernement en place pour dévoiler les sources du crime d'État, au contraire, on les cachait sous le tapis” et il ajoutait : “nous aurions vécu une histoire totalement différente si ce crime n’était vécu”. Le Congrès National d’Arménie (HAK), l’une des alliances d’opposition principales a qualifié cet épisode de “page noire de l’histoire arménienne” moderne : “Le 27 octobre 1999, est la date de l’accaparition violente du pouvoir par terrorisme. Le terrorisme est dévenu par conséquent le moyen du maintien du pouvoir et de la reproduction de lui-meme” [source déjà citée, Radio Liberty]. Ce n’est pas les azéris, ce n’est pas les turcs qui le disent, mais les arméniens les plus intelligents et les plus vrais de ce pays-là. Car, le clan Karabakhtchis qui étaient juridiquement azéris ou à défaut “citoyens du Haut-Karabakh”, donc peu légitime pour diriger l’Arménie, ne s’est pas contenté de mettre en feu une partie de l'Azerbaïdjan, il a également détruit l’administration de l’Arménie. 

Dans les enchaînements des épisodes, nous avons observé que les habitants du Haut-Karabakh, devenu exclusivement arménien après le nettoyage éthnique mené contre les azéris qui constituaient 25% du Haut-Karabakh avant la guerre selon la US Institute of Peace [5], ont dû suivre cette mentalité de rejet, de terreur et d'ultra-nationalisme dicté par le clan Karabakhtchis désormais dominant à la fois en Arménie et dans le Haut-Karabakh. Puisqu’ils n’avaient désormais plus qu’une source économique, les aides venant d’Arménie et occasionnellement, de la Diaspora arménienne l’ardent soutien des théories expansionnistes de la “Grande Arménie”, ils ont ignoré l’existence d’une autre option, celle d’un avenir commun prospère et pacifique à construire avec les azéris, dont la possibilité était prouvée depuis toute l’histoire, avant la guerre : Un modèle similaire à celui pratiqué au Québec. L'Azerbaïdjan, de son côté, propose ce modèle qui est à la fois respectueux vis-à-vis d’une communauté éthnique, mais aussi dans son rapport aux frontières internationalement reconnues. Le ballon est dans le camp arménien. 

Pour conclure cet article, il convient d’informer les lecteurs sur le tas de textes internationaux permettant de comprendre que seul le Droit international est capable de préparer la paix : 

  • La résolution N°1416 de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, une organisation à laquelle les 2 pays sont membres, confirmait en 2005 que “Des parties importantes du territoire azerbaïdjanais demeurent occupées par les forces arméniennes et des forces séparatistes conservent le contrôle de la région du Haut-Karabakh” [9]. 

  • Les 4 résolutions du Conseil de sécurité appelant l’Arménie à retirer ses forces armées des territoires azéris restent toujours ignorés, depuis 1993. 

  • L’année dernière, 120 pays du monde, les membres du Mouvement des non-alignés, ont appelé ce pays à arrêter leur occupation, ce à quoi, l’Arménie a réagi avec une opposition ferme. 

  • Le parlement européen, l’instance législative de l’Union européen a adopté une résolution en 2010 en appelant l’Arménie à cesser l’occupation, “immédiatement”. 

C’est aux arméniens du Haut-Karabakh de juger s’ils veulent vivre dans des conditions aussi respectueuses que les québécois ou de prolonger pendant des décennies les négociations en refusant d’entendre les instances internationales, sous un simple prétexte qu’ils sont ethniquement arméniens ou encore, par peur d’être recadré par le clan des nationalistes armés. 

 

Sources :

  1. Le quotidien “Le Figaro : https://www.lefigaro.fr/international/2010/06/13/01003-20100613ARTFIG00150-belgique-les-independantistes-flamands-en-tete.php

  2. Copie la proposition de solution du Groupe de Minsk https://www.legal-tools.org/doc/4b2ddb/pdf/

  3. La chaine britannique BBC http://news.bbc.co.uk/2/hi/europe/489490.stm

  4. Radio “Liberty” - Bureau arménien : https://www.azatutyun.am/a/1862609.htm

  5. Archive Web : US Institue of Peace https://web.archive.org/web/20080110054651/http:/www.usip.org/pubs/peaceworks/pwks25/chap1_25.html

  6. Résolution ONU / Conseil de Sécurité N°822 https://digitallibrary.un.org/record/165604?ln=fr.

  7. https://undocs.org/fr/A/RES/62/243

  8. Lien vers le texte de la résolution du Parlement européen europarl.europa.eu/sides/getDoc.do ?type=TA&reference=P7-TA-2010-0193&format=XML&language=FR

  9. https://arminfo.info/full_news.php?id=46552&lang=3 

  10. APCE, résolution N°1416 http://assembly.coe.int/nw/xml/XRef/Xref-XML2HTML-FR.asp?fileid=17289&lang=FR

  11. Site de la Caine BTB https://www.rbc.ru/politics/28/09/2020/5f71d1f99a794753eadd17d0


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38 réactions à cet article    


  • Panoramix Bec à foin 6 octobre 13:06

    Extrait de l’article de Wikipedia « Haut-Karabagh »  :

    « Pendant la période soviétique, l’oblast autonome du Haut-Karabagh est majoritairement peuplée d’Arméniens (95 %) et est intégrée à la république socialiste soviétique d’Azerbaïdjan, mais les territoires l’entourant, aujourd’hui dans l’État autoproclamé, sont peuplés de Kurdes et d’Azéris. Depuis la dislocation de l’Union soviétique, le Haut-Karabagh lutte pour son indépendance ou son rattachement à l’Arménie et, le 2 septembre 1991, déclare son indépendance, qui n’est reconnue par aucun État membre de l’ONULes hostilités entre les Arméniens et l’armée azerbaïdjanaise cessent après la trêve négociée par la Russie le 12 mai 1994, bien que des combats se déroulent parfois, notamment en avril 2016.

    En septembre 2020, des combats d’ampleur éclatent à la ligne de contrôle, laissant craindre une reprise de la guerre. »

    C’était sympas, la « période soviétique » !


    • njama njama 6 octobre 16:47

      @Bec à foin

      Oui mais cela veut dire que cet oblast était intégré à l’URSS depuis 1921
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Oblast_autonome_du_Haut-Karabagh

      Le retour à l’ère soviétique une solution ? smiley


    • M.William 6 octobre 20:03

      @njama

      L’Arménie existait bien avant que l’Azerbaïdjan se déclare Etat, ou pays, comme vous voulez.
      En fait, la présence arménienne pacifie l’espace qui est envahi par des dictateurs.
      Les azéris devraient prendre pour exemple le HK pour démocratiser leur pays.


    • njama njama 8 octobre 10:43

      @M.William
      Oui j’entends, je voulais seulement dire que le HK n’est jamais que le recyclage de cet oblast en république indépendante.

      Je ne connais pas bien cette page d’histoire sous la houlette soviétique pour savoir si arméniens et azéris s’étripaient durant cette période pour de vieilles querelles ancestrales (?)
      Je ne cherche pas à prendre partie, je sais seulement que la coopération rapporte plus que la guerre à tous points de vue, et coûte moins cher. Il faut toujours quelques décennies pour panser les plaies d’une guerre.
      Un projet économique commun avec des ruissellements équitables entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie serait un premier pas vers la paix.


    • c481 8 octobre 22:01

      @njama
       
      Disons que la période soviétique a eu le mérite de maintenir le couvercle sur le chaudron... Il y a trop d’animosité de part et d’autre pour espérer une cohabitation harmonieuse.


    • M.William 9 octobre 10:30

      @njama

      La paix par le rembourrage des porte-monnaies.

      Quelle bonne idée !

      vous êtes actionnaires dans les oléoducs ?

      On sait très bien combien le poids du lobby turco-azéri a permis le ruissellement uniquement pour d’autres entités que l’entité arménienne.

      Il n’y a pas d’oléoducs passant par l’Arménie.

      Cessez de me prendre pour un idiot, svp.


    • M.William 9 octobre 10:33

      @njama

      Finalement, vous seriez pas un stalinien nostalgique ?
      par opportunisme ? Après tout, qui accepte ce « partage stalinien cynique » adoube les tortionnaires des goulags.


    • vraidrapo 6 octobre 18:51

      Hé bien tu en sais des choses mon bon Gani...

      Seulement tu prêches comme un avocat général . L’avocat général du Régime dictatorial d’Aliyev...

      C’est ta propre prose consulaire ou tu as des employés français pour la Rédaction ?

      J’ai bien peur qu’avec la Covid, le terrorisme islamique et les fermetures d’usine... les Français n’aient pas envie de comprendre dans ta salade.Moi-même, je ne la lis plus.

      Si les musulmans de France regardaient ’un peu’ autour d’eux, ça leur apprendrait un certain nombre de choses. Il y a tellement de belles choses dans les Provinces françaises.... il faut juste te donner la peine de visiter dans ta « belle » berline diplomatique, made in Germany.

      Allez ; « Chéréfine zèh » ! Un’fois... T’as de la famille au front ou bien ils sont planqués comme toi et ton Président !?


      • M.William 6 octobre 19:58

        L’Azerbaïdjan est un Etat négationniste , il nie comme son frère turc le génocide des Arméniens ; comme la Turquie il considère encore et toujours les Arméniens comme des sous-hommes , nous avons donc deux pays sur la même longueur d’onde sur le sujet.

        Il n’a jamais émis une quelconque critique quand le journaliste H.Dink a été assassiné en plein Istanbul par ce qu’il était arménien.

        Sur ce sujet ils sont déjà deux peuples une nation.

        Comment voulez-vous que des Arméniens puissent vivre en harmonie avec les théories raciales de Gobineau véhiculés par les plus hautes autorités de ces deux peuples une nation ?

        Quand c’est pas la loi islamique qui permet l’assassinat du non musulman , c’est Gobineau qu’on appelle à la rescousse.

        On critique l’Occident, mais on récupère chez les occidentaux les pires théories.

        Nous parlons de deux Etats une nation terroristes.


        • njama njama 8 octobre 11:10

          @M.William
          sur Hrant Dink un arménien de Turquie tel qu’il se définissait. La police turque a arrêté un adolescent turc de 17 ans qui a (aurait) avoué le meurtre (aveu forcé ?). Quelle maturité politique à cet âge ? un jeune manipulé ?

          Hrant Dink n’avait pas que des amis dans les milieux nationalistes, il était connu pour ses propos très critiques envers les groupuscules nationalistes et marginaux turcs et la position extrémistes des fanatiques de la diaspora arménienne en Europe.

          https://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2007-01-23-Qui-a-tue-Hrant-Dink

          Il cherchait tant à défendre la liberté d’expression en Turquie, que en France

          https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/hrant-dink-la-loi-interdisant-la-negation-des-genocides-est-une-loi-imbecile_479689.html

          Il est assurément une grande figure du journalisme, il a payé le prix fort juste pour ça !


        • njama njama 8 octobre 12:16

          @M.William
          L’Azerbaïdjan est un Etat négationniste , il nie comme son frère turc le génocide des Arméniens ...

          Il me paraît inopportun de faire valoir ce genre de considérations morales sur les événements du passé pour expliquer ceux d’aujourd’hui, plus d’un siècle après.

          Nous avons déjà largement échangé nos points de vue là-dessus en de nombreux commentaires sous l’article de Maxence Smaniotto du 18 avril 2020

          Le Haut-Karabagh, un pays non-reconnu aux enjeux majeurs
          https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/le-haut-karabagh-un-pays-non-223428


        • M.William 9 octobre 10:07

          @njama

          « considération morale », c’est un fait politique, plutôt.

          Excusez-moi mais je ne me souvenais plus de vous, ce sont les écrits que j’ai en tête et non les pseudos.

          Quand on dit, et vous le dites aussi j’espère :
          « Plus jamais ça », le ça correspond a quoi dans le passé ?ce n ’est pas à partir du passé qu’on peut crier plus jamais ça ?

          plus jamais ça, plus jamais ça, c’est quoi le ça ?une date du passé.
          C’est quoi le passé pour vous, allez sur une échelle historique le ça 15 et le ça WII c’est loin ?


        • M.William 9 octobre 10:14

          @njama

          Procès à huis-clos.L’ado (boutonneux ?) confort sécuritaire dans sa prison (pas touche à celui qui a assassiné un journaliste arménien de nationalité turque)loukoums au dessert...pas de torture, ni physique ni psychologique, ah, quel ado prisonnier chéri pour les fascistes nationalistes anti-arménien,et leurs sbires gardiens de prisons !

          Procès politique, eh oui, comme on a des prisonniers politiques à foison en Turquie, on a aussi des procès politiques qui se déroulent à huis-clos en Turquie.


        • M.William 9 octobre 10:18

          @njama

          « Il est assurément une grande figure du journalisme, il a payé le prix fort juste pour ça ! »
          Lorsque vous êtes hors lien, et que la vraie parole surgit , on voit clair que ça révise l’histoire de Hrant Dink.


        • vraidrapo 6 octobre 23:15

          il considère encore et toujours les Arméniens comme des sous-hommes ,

          Qu’est-ce que tu racontes ?...

          Quand un fauve attaque un homme dans la savane, il n’a pas de considération statutaire... Il a envie de bouffer alors, il attaque.


          • DACH 7 octobre 11:18

            Une analyse = La logique des blocs, héritée de la Guerre froide, continue de formater les esprits des élites politiques, militaires et économiques du monde occidental et, bien entendu, les médias. Le statut singulier de la Turquie au sein de l’OTAN pèse de tout son poids dans les esprits. Beaucoup ont observé une évolution de la politique intérieure et régionale de la Turquie qui les inquiète mais — à l’exception notable de la France d’Emmanuel Macron — n’en tirent pas les conséquences ou peinent à les accepter.

            Dans la guerre qui nous interpelle depuis une dizaine de jours autour du sort de la République d’Artsakh, plus communément appelée République autoproclamée du Haut-Karabagh, les raisonnements suivent encore un chemin inspiré par la logique des blocs. La Turquie est membre de l’OTAN - donc notre alliée - et, par conséquent, il est problématique de lui signifier ouvertement nos griefs. De l’autre côté, l’Arménie et le Haut-Karabagh se trouvent être associés au bloc Eurasiatique mené par la Russie. Or, le conflit qui se déroule sous nos yeux dépasse largement ce schéma ancien car il met au prise une Arménie confrontée à un défi sécuritaire majeur et une Turquie qui a démontré ces dernières années un activisme pour le moins dangereux.

            Il ne s’agit pas ici de faire l’inventaire de son attitude ambiguë en Syrie où elle a soutenu les djihadistes de tout poil avec un cynisme non dissimulé, ou encore comment elle est parvenue à convaincre les «  alliés  » américains d’évacuer ses troupes du Nord-Est syrien, ouvrant la voie à une prise de contrôle des zones kurdes de Syrie où elle a instauré un régime de terreur dernièrement documenté dans un rapport le Haut-Commissariat des Droits de l’Homme de l’ONU. Historien, spécialiste des violences de masse et en particulier du génocide des Arméniens, je travaille depuis longtemps sur les questions de violence en Turquie et sur les pratiques de l’État turc à l’égard de ses minorités. Cette expérience m’inspire quelques réflexions sur les racines du conflit actuel.
            D’aucuns se sont demandés qui avait pris l’initiative de lancer cette guerre, alors qu’un examen élémentaire de la situation sur le terrain, comme des déclarations guerrières de l’Azerbaïdjan et de la Turquie ne laissaient guère de doute. Il a ensuite été question de prouver que des djihadistes «  pro-turcs  » originaires de Syrie avaient été envoyés combattre les Arméniens depuis la Libye et la Turquie. L’étape suivante a consisté à démontrer que la Turquie était directement impliquée dans les opérations militaires contre le Haut-Karabagh via des conseillers et, comme il est probable depuis que le chef d’état-major azéri a été démis voici quatre jours, la direction des opérations. Une brève apparition meurtrière de F16 turcs, évidemment pilotés par des officiers turcs, dans l’espace aérien de l’Arménie, rapidement dénoncée, a probablement convaincu Ankara de se faire plus discrète pour ne pas risquer une intervention directe de Moscou qui a un accord de défense avec l’Arménie (mais pas avec le Haut-Karabagh, du fait de son statut de zone grise).

            Au final, pourquoi la Turquie s’est-elle engagée dans cette « aventure »  ? Outre le contexte international propice, ce pays partage avec l’Azerbaïdjan, que le régime jeune-turc de triste mémoire a porté sur les fonds baptismaux en 1918, un héritage génocidaire. D’Edirne à Bakou, ces proto-fascistes, ainsi que les définit un historien suisse, ont construit leurs États en exterminant les populations arméniennes et en menant une politique d’élimination et de répression de leurs minorités, obsédés par une pureté raciale qui perdure jusqu’à nos jours. Le catalogue des exactions commises contre les «  ennemis intérieurs  » arméniens, syriaques, grecs, juifs, alévis, yézidis, kurdes sont sans nombre et émaillent toute l’histoire du XXe siècle. Au risque de paraître culturaliste, je pense qu’une bonne partie de la société turque est contaminée par une culture de la violence qui est encore à l’œuvre aujourd’hui.

            Concernant la situation actuelle, pour les observateurs expérimentés, il ne fait guère de doute qu’à travers cette guerre imposée aux Arméniens, la volonté commune de l’Azerbaïdjan et de la Turquie est d’exterminer leur voisin et de faire la jonction entre les deux pays. Côté arménien, on est parfaitement conscient de l’obsession génocidaire des adversaires. Nous payons aujourd’hui, au Haut-Karabagh et ailleurs, l’incapacité des vainqueurs de la Première Guerre mondiale à punir les criminels turcs auteurs du génocide des Arméniens. Ce pays s’est développé durant des décennies avec l’ambition de se moderniser, adoptant même quelques signes de laïcité, tant vantés par leurs admirateurs européens. Il faut tout de même rappeler que le régime jeune-turc a largement inspiré les Nazis, grands admirateurs des méthodes employées par leurs voisins pour «  résoudre  » les questions de minorités. Ce régime a aussi été un allié des Nazis qui n’attendait que la chute de Stalingrad pour rentrer au Caucase et finir le travail.

            Aujourd’hui, qu’observons-nous  ? Un échec turco-azéri dans les combats frontaux des premiers jours, à la suite de quoi le tandem turc s’est attaqué aux localités civiles du Haut-Karabagh. Certains se posent encore la question de savoir qui a décidé de passer à l’usage d’armes de destruction massive. Il n’y a pas de doute à ce sujet, mais les mensonges proférés par les porte-paroles des deux autocrates semblent encore faire de l’effet. Il est possible que dans les jours à venir les assaillants passent au niveau supérieur qui signifiera une guerre totale et une destruction des infrastructures de la région, et plus encore.

            L’agressivité de la Turquie en Méditerranée orientale, en Libye et en Syrie, a fini par générer une guerre par procuration contre l’un des plus petits États d’Europe qui a, de surcroît, la particularité d’appartenir au bloc Eurasiatique notamment parce que la Turquie - qui n’a jamais assumé son passé génocidaire - est une menace permanente pour la survie de l’Arménie. Sans doute M. Erdogan a-t-il pensé qu’il pourrait à bon compte offrir à ses concitoyens ultranationalistes une victoire le mettant en gloire, d’autant plus populaire qu’on enseigne en Turquie la haine de l’Arménien dès la maternelle.
            Le calcul était sans doute trop optimiste. On ignore comment cette guerre va finir, mais on ne peut pas exclure que David domine Goliath. Dans ce cas, le petit État d’Arménie aura rendu service à la Russie, dont la Turquie conteste le leadership au Sud Caucase, et à l’OTAN auquel elle aura révélé une extraordinaire imposture de l’Histoire, l’intégration d’un État qui n’a jamais été «  dénazifié  » dont les fondateurs étaient des criminels de guerre auquel a succédé un régime des Frères musulmans. Elle aura enfin contribué à freiner les ambitions d’un État pris d’une fièvre expansionniste.

            Dans ces conditions, son appartenance à l’OTAN n’a plus guère de sens et une quelconque solidarité avec la Turquie revient à être complice d’un État criminel qui tente de finir le travail génocidaire. Aujourd’hui, la Turquie n’est plus face à des populations civiles, mais bien devant une armée qui se battra jusqu’au bout.

            Raymond H. Kévorkian,
            Historien


            • DACH 7 octobre 11:31

              Le président russe Vladimir Poutine dans une interview ce matin sur la chaîne de télévision russe Rossia 1 a affirmé que la Russie est liée à l’Arménie par un pacte stratégique militaire et qu’elle a toujours réalisé et réalisera toutes ses obligations ses engagements envers l’Arménie. «  Comme vous le savez l’Arménie est membres de l’OSTC et nous avons devant l’Arménie un certain nombre d’obligations dans le cadre du traité. Mais les opérations militaires qui continuent malheureusement, ne se déroulent pas sur le territoire de l’Arménie (…) je suis en lien direct régulier avec le Premier mministre arméniens et nous nous informons sur la situation au front, les dirigeants de l’Arménie n’ont jusqu’à présent aucune demande auprès de Russie  » a indiqué Vladimir Poutine.

              Krikor Amirzayan


              • vraidrapo 7 octobre 18:01

                @DACH
                Poutine et tous ceux qui l’ont précédé sont des CONNARDS !
                Il est du devoir de l’État Russe de détricoter la merde de Staline.
                Au début,en 1988, cet enfoiré de Gorbatchev a même aidé les Azéris contre les Artsakhiotes même après que les Arméniens de Bakou se soient faits massacrer par des Azéris enivrés par une Secrétaire du PC de l’Azerbaidjan.
                Comme les Arméniens ont tenu bon, la musique a changé... dans toute l’Europe.


              • c481 7 octobre 22:11

                Cet article est intéressant par l’éclairage qu’il apporte sur un épisode peu connu, et qui explique en partie le blocage des négociations (l’intransigeance azérie n’étant pas moindre).

                Mais il pèche par angélisme (est-il feint ?) : l’Azerbaïdjan n’est pas le Canada.

                Je cite l’auteur :

                « un avenir commun prospère et pacifique à construire avec les azéris, dont la possibilité était prouvée depuis toute l’histoire, avant la guerre : Un modèle similaire à celui pratiqué au Québec. »

                L’histoire, justement, n’a pas été un chemin de roses pour les arméniens du pays : massacres de1905-1907, massacre de Chouchi en 1920, discriminations constantes pendant la période soviétique, pogroms de Ganja en 1988, de Soumgaït en 1990, de Bakou en 1991.

                Pas étonnant que les arméniens du Karabakh en aient tiré une mentalité de terreur !

                J’ajoute que l’Azerbaïdjan d’aujourd’hui mène une stricte politique d’assimilation des autres minorités ethniques du pays, jugées assimilables car de même confession que les turcs azéris, ce qui n’est pas le cas des arméniens.

                Dans ces conditions, il n’est guère étonnant que les arméniens du Karabakh aient choisi de faire sécession. L’alternative était l’exode (ou la mort), sans l’ombre d’un doute.

                La seule solution réellement juste et équitable consisterait à admettre la sécession de l’ancienne république autonome du Haut-Karabakh, en échange de la restitution à l’Azerbaïdjan des autres territoires occupés depuis 1992-1994.


                • Gani NOVRUZOV 8 octobre 11:56

                  @c481
                  Je n’y crois pas, mais si vous avez le minimum d’honnêteté, écoutez le ministre de la Défense arménien qui disant en Mars 2020 : Nous avons changé de stratégie : « nouvelle guerre pour de nouvelles territoires » : https://twitter.com/i/status/1314059053715333126

                  Désespérément, mais je m’adresse à votre âme, à votre justesse : Que pensez-vous d’un président arménien, Serge Sarkissian qui a dit lors de son interview au journaliste britannique sur le Massacre de Khojaly qui est l’exemple le plus flagrant du nettoyage ethnique contre les azéris dans le Haut Karabakh : « Avant Khojaly, les azéris pensaient que nous ne toucherions jamais aux civils, mais avec Khojaly nous avons rompu ce stéréotype. » Thomas de Waal, « Black Garden », page 172. 

                  Alors que chez nous, les juifs (à Quba), les géorgiens et les oudines (Chéki-Zaqatala), les talish, les lezguines, les russes, les polonais, les kurdes ont une vie assez respectée. En plus, ce n’est pas parce que dans le passé nous avons eu des problèmes que nous ne pouvons pas construire un avenir ensemble. Regardez, jusqu’à hier, les occidentaux étaient très peu humanistes avec les africains. Aujourd’hui, ils en font même un président (Obama). Alors, nous aussi, nous croyons à un avenir fraternel, comme en Occident. Nous l’avons testé. Regardez la république d’Azerbaïdjan de 1918, il y avait une fraction arménienne dans le parlement. Allez cherchez un autre pays démocratique dans lequel une fraction arménienne existe ? Soyez juste ! 

                  Je reste optimiste, car vous êtes censé être humain, avez-vous entendu parler d’une organisation terroriste azérie de type Asala (lisez Yves Ternon, un auteur français) Que pensez-vous de cette organisation de la cause arménienne qui a bouleversée l’Europe ? Que pensez-vous d’un ancien leader UMP, Devetchian qui était le soutien ardent de cette organisation ?

                  Etes-vous moralement assez « clean » pour parler des pogroms des azéris d’Arménie menés en 1948, en 1953, en 1988 (200 000 azéris) avant que ceux de Soumgait et de Bakou eurent commencé ? Aussi, avez-vous entendu parler d’un acte meurtrier organisé par l’Etat azéri contre les arméniens ? Ouvrez vos yeux, même si, les coeurs fermés n’ont jamais l’intention d’entendre la vérité.


                • njama njama 8 octobre 12:25

                  @Gani NOVRUZOV

                  « nouvelle guerre pour de nouvelles territoires »

                  on ne peut pas être plus clair, c’est une déclaration de guerre, même si en mars 2020 elle pouvait passer pour de la provocation
                  Ce qui m’étonne néanmoins est qu’elle fût dite dans un meeting à New York ???
                  devant quelle assistance ?


                • Gani NOVRUZOV 8 octobre 12:41

                  @njama
                  La Diaspora arménienne : un autre vecteur des théories expansionnistes, qui ne pense guère à ces pauvres arméniens qui, manipulés, prennent leurs armes et attaquent tous azimuts. Selon la théorie de « Grande Arménie », assez similaire dans sa nature à celle de la « Grande Allemagne », 4 pays voisins de l’Arménie lui doivent des territoires. Et, le Karabakh en est juste une partie, concernant la partie azérie. En Arménie, si tu refuses ces théories, tu es traitre, tu es un « vendu aux turcs ». Donc, les arméniens normaux ont deux choix : vivre le destin des parlementaires tués (exemple plus récent, Giorgi Vanyan, un metteur en scène qui s’est fait publiquement agresser) ou quitter le pays pour aller s’installer en Russie ou autres. Car, vivre comme un « traitre » dans son propre pays, pour une simple raison qu’on n’est pas d’accord de suivre le chemin de l’Allemagne nazi (je rappelle que Garéguine Njdéh était membre d’un comité nazi et aujourd’hui, avec un parc à son nom à Erivan, il est considéré comme un héros national), est pénible pour un arménien, père d’enfants ou un homme qui sait que ce n’est pas la diaspora qui va faire la guerre, mais lui pour gratter un peu de territoires par ici par là. 


                • njama njama 8 octobre 13:33

                  @Gani NOVRUZOV
                  Oui
                  Je crois que les Arméniens connaissent mal leur propre histoire, ce n’est pas de leur faute si on leur sert toujours une hagiographie très partisane et le génocide pour verrouiller le débat historique, alors qu’elle commence dans les années 1880 par une lutte armée contre la Porte Sublime.

                  Vrai que les idées indépendantistes « nationalistes » pullulaient à l’époque sous différents cieux, c’est une composante politique de l’époque qui pouvait quelque part légitimer leur combat révolutionnaire... qui se terminera par une défaite pour eux. Une guerre perdue pourrait-on dire.

                  Toutefois plus j’apprends cette question, plus je pense qu’elle est enchâssée dans un contexte géopolitique bien plus vaste qui consistait à démanteler l’empire ottoman, sur le pourtour méditerranéen et dans le Caucase. Et prendre le contrôle du Moyen-Orient. Les forces impériales anglaise, française et russe (tsariste) étaient à la manœuvre...

                  L’idée de la création d’un « royaume d’Arménie » est une idée anglaise, pareillement d’ailleurs que celle d’Israël...

                  « La rébellion arménienne son origine, son but » Paris 1895, par Vicomte R. Des Coursons

                  (Ch. III page 30 à 35 extraits) « Les politiciens d’Outre-Manche, qui se sont mêlés d’arranger la question d’Orient et préconisent la création d’un »Royaume d’Arménie« - sous le protectorat plus ou moins ostensible de l’Angleterre - oublient ou ignorent que les Kurdes sont incontestablement les véritables propriétaires du pays, d’abord parce qu’ils sont aborigènes, ensuite parce qu’ils constituent la grande majorité de la population. (...) Singulier royaume d’Arménie, où l’élément arménien, celui qui aurait le pouvoir et commanderait les autres, formerait à peine le sixième de la population totale ! (...) C’est avec cette appât illusoire d’un royaume d’Arménie et d’une dynastie nationale que les Anglais ont essayé de leurrer les Arméniens d’Asie depuis le traité de Berlin.(...) Le gouverneur général désigné d’avance était Nubar-Pacha, auquel on faisait entrevoir que ce titre serait peu à peu remplacé par celui de Vice-Roi d’Arménie  ; c’est pour cette espérance chimérique, pour ce mirage d’une couronne que, depuis seize ans, Nubar-Pacha s’est fait la créature docile et l’instrument de toutes les intrigues britanniques en Orient. C’est pour cela qu’il leur a livré l’Égypte et que, aujourd’hui encore, en dépit de la résistance patriotique du jeune khédive, il favorise l’asservissement progressif de la vallée du Nil et l’absorption de toute autorité indigène.(...) Tout récemment, le major Osman-Bey racontait, dans la Gazette Universelle de Munich, comment, en septembre 1887, eut lieu, à Genève, une réunion des notabilités arméniennes : Nubar-Pacha, Loris Mélikoff, Tigrane-Pacha, et Boghos. Nubar-Pacha, qui venait de Londres apportait la promesse du concours de ses amis d’Angleterre ; c’est alors que fut décidé l’envoi d’agents provocateurs chargés de susciter des émeutes et de créer une situation troublée qui faciliterait l’intervention de l’Angleterre chargée de surveiller l’exécution de l’article 61 du traité de Berlin. Il fut convenu aussi, à cette époque, que cette agitation serait soutenue par une campagne de presse en Angleterre et favorisée par la propagande des missions protestantes en Asie-Mineure »

                  https://fatsr.org/wp-content/uploads/2018/04/La-r%C3%A9bellion-arm%C3%A9nienne-son-origine-son-but-Pierre-Abdon-Boisson-sous-le-pseudo-Vte-R.-Des-Coursons-1895.pdf



                • njama njama 8 octobre 13:58

                  @Gani NOVRUZOV

                  On ne peut faire l’Histoire, la comprendre qu’à partir de faits et de documents de l’époque, celui-ci n’est pas des moindres, mais je ne pense pas que ce livre circule en Arménie, ni dans la Diaspora, bien qu’il ait été écrit par le 1er Premier Ministre de la République Indépendante Arménienne. Peut-être est-il mis à l’index car il reconnaissait les erreurs du Parti Dachnak, et qu’il proposait de le dissoudre (?)

                  Hovannès Katchaznouni « Le parti Dachnak n’a plus rien à faire » Le rapport à la Conférence du Parti en 1923, traduit en français pas Dr Orhan Altan
                  https://www.fichier-pdf.fr/2013/02/17/ermeni-02142013213010/ermeni-02142013213010.pdf

                  Allez directement à la page 30 du PDF pour accéder au texte si vous souhaitez zapper l’introduction qui n’est pas de l’époque et une influence qui pourrait biaiser la lecture.

                  Ou préférez l’édition anglaise qui est un fac-similé

                  Hovannès Katchaznouni, The Armenian Revolutionary Federation Has Nothing to Do Anymore [archive], New York, Published by Armenian Information Service, 1955, p. 5 (1re édition, en arménien, 1923).

                  http://ia800501.us.archive.org/27/items/armenianrevolution00katc/armenianre volution00katc.pdf


                • vraidrapo 8 octobre 17:00

                  @Gani NOVRUZOV
                  Mon bon Gani...

                  Tu peux écrire toutes les conneries que tu veux, les gens savent à quoi s’en tenir.
                  J’aime ton couplet larmoyant.du vivre ensemble.
                  TU seras le premier turc que j’aurais « vu » pleurer. Ton Chéref en prend un coup !
                  Le Champion du Monde, Gari Kasparov, dit l’Aigle de Bakou, n’a même pas pu revenir chez lui.
                  le Footballeur Mkhitarian n’a pas pu venir avec son équipe anglaise pour la coupe d’Europe parce que la Dictature fasciste ne garantissait pas sa sécurité...
                  une Russe a été refoulée à l’aéroport de Bakou parce qu’elle portait un nom finissant en « ...yan »
                  etc, etc, etc...
                  Je comprends bien que tu n’es pas libre d’écrire ce que tu penses sinon tu rejoindras les centaines d’avocats, de journalistes qui croupissent dans les geôles de cet abruti d’Aliyev...
                  Un esprit éclairé, un esprit des Lumières évoquerait la solution de la Tchécoslovaquie avec deux pays voisins indépendants et 2 capitales.
                  Après cette guerre cruelle et stupide, Tu crois que tu vas pouvoir venir prier à la mosquée de Chouchi avant longtemps ?
                  Qu’est-ce que cet atavisme des Turcs ou des Tatares de vouloir vivre avec des voisins en état de domination ? Vous êtes trop paresseux et voulez vivre du produit des vassaux ?
                  Les Arméniens sont terrés dans leur abris et, ils ne partiront pas tant qu’ils auront des munitions. Il faut être bien cons pour ne pas l’avoir compris.
                  Votre seul ennemi c’est cet abruti d’Aliyev qui envoie vos gars à la mort, sans état d’âme.


                • njama njama 8 octobre 18:08

                  @vraidrapo
                  Gani NOVRUZOV dit  : « Alors que chez nous, les juifs (à Quba),... »
                  Quba est une petite ville dans le nord-est de l’Azerbaïdjan
                  https://fr.wikipedia.org/wiki/Quba


                • njama njama 8 octobre 18:19

                  @vraidrapo
                  Gani NOVRUZOV

                   8 octobre 11:56 dit : 

                  "Alors que chez nous, les juifs (à Quba), les géorgiens et les oudines (Chéki-Zaqatala), les talish, les lezguines, les russes, les polonais, les kurdes ont une vie assez respectée."

                  C’est ça qui compte ! dans la Syrie que j’ai visitée en 2009 c’était pareil, avec 36 sensibilités religieuses, et une bonne dizaine de cultures ethniques, celui qui ne comprend pas ça ne comprend rien, ne peut rien comprendre à l’Orient, au Caucase, à l’histoire, il voit ça depuis son canapé, il n’a jamais mis le pieds dans ce genre de mosaïque humaine.
                  Ici en Europe nous sommes beaucoup trop ethnocentrés, et imaginons que le monde devrait être pareil...

                  Après je ne fais pas l’amalgame, il y a des arméniens merveilleux, ils ont d’ailleurs beaucoup soutenu la Syrie dès le première heure, ce sont des factions politiques qui sèment la guerre.


                • vraidrapo 8 octobre 20:39

                  @njama
                  ci en Europe nous sommes beaucoup trop ethnocentrés, et imaginons que le monde devrait être pareil...

                  Je suis bilingue à 6 ans !

                  C’est de la guimauve pour gogos, je connais certainement mieux que toi.
                  Toi, tu découvres seulement aujourd’hui... seulement.


                • Xenozoid Xenozoid 8 octobre 20:43

                  @vraidrapo

                  Je suis bilingue à 6 ans !

                  tu veux dire quoi ?


                • njama njama 8 octobre 21:17

                  @vraidrapo
                  et mes petits enfants bilingues à 3 ans, espagnol français.
                  je ne pense pas que le fait d’être bilingue précoce permette de comprendre un univers culturel, mais c’est certainement un atout dans la vie.
                  Je le perçois positivement comme un « pont » entre les nations...


                • c481 8 octobre 22:36

                  @Gani
                   
                  Dans le contexte guerrier qui règne depuis juillet, il y a toujours des abrutis d’un côté comme de l’autre pour tenir des propos hargneux.
                  Votre parrain turc ne fait pas mieux (exemple parmi d’autres : Devlet Bahceli qui appelle à « noyer l’Arménie dans le sang »).
                   
                  Des massacres, il y en a eu de part et d’autres ; pensez à Nor Maragha.
                  C’est le lot tristement habituel dans ce genre de guerres.
                   
                  Vous essayez de nous vendre un Azerbaïdjan idéal, respectueux de ses minorités, alors que c’est loin d’être le cas. Les minorités musulmanes sont en cours d’azérification (turquisation) rapide.
                  Quant à la haine contre les arméniens, elle ne retombe pas, elle est même glorifiée.
                  Pensez à l’affaire Ramil Sarafov : en 2004, à Budapest, donc en Europe, ce militaire azéri assassine à coups de hache un officier arménien pendant son sommeil. Condamné à 30 ans de prison en Hongrie, il est extradé en 2012 vers l’Azerbaïdjan, où il devait purger sa peine.
                  Aussitôt arrivé, il est libéré, fêté en héros, promu officier, et reçoit en prime 8 ans d’arriérés de solde et un logement gratuit !
                  Chez vous en Azerbaïdjan, tuer un arménien n’est donc pas un crime.
                  Quant à la fraction arménienne au parlement de 2018... Deux ans plus tard, les arméniens de Chouchi (Karabakh) étaient passés au fil de l’épée.
                   
                  Je ne connais pas l’organisation que vous citez, mais je connais les loups gris...
                  Certes ils sont turcs, pas azéris, mais la différence est mince (comme l’affirme Erdogan : « Deux Etats, une nation ! »). 
                  Des individus de ce genre, il y en a malheureusement dans tous les peuples.
                   
                  Les pogroms ont pu avoir lieu des 2 côtés, mais le chiffre de 200 000 azéris en 1988 est grossier ! Et le premier pogrom anti-arménien a eu lieu dès février 1988 à Soumgaït. La guerre qui a suivi n’a sûrement pas fait retomber le rejet et le peur de l’autre.
                   
                  En vérité, la cohabitation pacifique de vos deux peuples est une fable, un leurre que vous tentez de nous vendre.
                  Pour les arméniens, cela traduirait immanquablement par la valise ou le cercueil !
                   
                  Une partition est toujours difficile, mais c’est la moins pire des solutions réalistes.
                  Que l’Azerbaïdjan reconnaisse la sécession de l’ex république autonome du Haut-Karakbakh, et que les arméniens rendent les autres territoires occupés (Agdam, vallée de l’Araxe, district de Kelbadjar).
                  Mais comme aucun des deux camps n’est prêt à reculer jusque là, alors le conflit s’éternise.

                  Pour en revenir à votre article, il est clairement orienté.
                  Les assaillants du parlement arménien ont toujours déclaré avoir agi pour renverser des dirigeants selon eux corrompus, en les accusant de « boire le sang des arméniens ». Aucun lien n’a été établi avec une quelconque organisation.
                   
                  Diverses théories ont fleuri, comme celle que vous soutenez.
                  D’autres y ont vu la main de la Russie, ou de la Turquie, ou bien de la France ou encore des Etats-Unis.
                  Certains ont même émis l’hypothèse que l’attentat aurait été commandité par le président arménien de l’époque, pour éliminer ses rivaux.
                  Parmi toutes ces théories alternatives, celle que vous avez choisie n’est évidemment pas neutre.


                • c481 8 octobre 22:39

                  @Gani
                   
                  Une dernière chose : 
                  Si les frontières de l’Azerbaïdjan sont intangibles, alors celles de Chypre aussi...
                   
                  A bon entendeur, salut...
                   


                • Gani NOVRUZOV 8 octobre 23:08

                  @njama

                  En effet, dans les élites arméniennes, on essaie de faire croire à tout le monde que la cohabitation n’est pas possible, car il y a eu des hostilités. Parmi les nationalistes, personne ne cite des siècles d’amitié entre ces peuples, mais ils se réfèrent uniquement aux moments d’hostilités, eux aussi déclenchés par les nationalistes mêmes. Pourquoi nous voulons rétablir les frontières incluant le Haut Karabakh. Déjà, économiquement, une communauté qui vit dans les sommets d’une montagne, sans aucune réserve naturelle, n’a strictement aucun apport de bénéfice, pour le gouvernement azéri, au contraire, c’est un fardeau énorme, bcp de dotation budgétaire. Déjà nous avons une autre région autonome, Nakhitchevan et tous les ans, le budget de Bakou prévoit une enveloppe immense pour cette région. Donc, l’intérêt économique du Haut Karabakh = 0. Mais, aujourd’hui, nous avons 7 résolutions, dont 5 onusiennes, 2 européennes qui appellent l’Arménie à retirer leurs armées de nos territoires et à arrêter l’occupation. Ce serait ridicule que nous disions, « ah oui, enfin du compte, on cède nos terres à notre voisin, malgré ce cadre international qui soutient notre position. Un voisin qui à fait le Massacre de Khojaly, occupé 7 régions voisins en plus, ils ont peut-être raison de faire tout cela, alors donnons ce qu’ils veulent (?) ». Ce serait absurde. Aujourd’hui, comme hier, nous leur avons proposé une vie ensemble. Alors que là, 1 millions d’azéris du Haut et du Bas Karabakh, ont été chassés, sans aucun espoir de retour. Les arméniens y sont 140 mille. Notre ancien président a fait la proposition suivante : une autonomie la plus élevée que l’histoire humaine n’a jamais vue. Qu’est-ce qu’ils veulent encore ? Vivre comme dans une zone de conflit encore pendant 80-100 ans ? A quoi et à qui cela sert ? Rien.

                • Gani NOVRUZOV 9 octobre 00:14

                  @c481

                  C’est exactement ce que Demirel avait proposé aux grecs en 1967, l’unification de l’ile de Chypre avec la Grèce en donnant une autonomie pour les turcs chypriotes. Nous proposons cela, voire plus, une autonomie élevée à tel point que l’histoire n’en a vu nul part de meilleure. Or, en Chypre, la branche militaire de mouvement Enosis, EOKA-B en a voulu trop et avec la force militaire. Nous, côté Azerbaïdjan, nous n’avons pas d’enosis, ni de dachnaksutyun, asala ou autre. Nous avons un tas de résolutions des instances internationales qui appellent l’Arménie à l’arrêt immédiat de l’occupation des territoires azéris. Nous réclamons depuis 28 ans, par tous les moyens pacifiques, en acceptant comme médiateurs 3 pays proches de l’Arménie, l’application de ces résolutions, désespérément. Les arméniens qui ont fait un massacre à Khojaly avoué par Sarkissan, l’ex-président arménien, lors de son interview avec Thomas de Waal (« Black Garden, page 172), nous accusent de vouloir les »supprimer« . En Russie les azéris commercent avec les arméniens, en Europe on étudie, on collabore ensemble. Personne ne veut supprimer personne. Nous voulons faire retourner 1 mln de déplacés chez eux, nous voulons rétablir la stabilité dans la région, pour enfin pouvoir penser à une autre chose qu’un conflit appelé »gelé« , souvent mêlé, parfois surgelé, périodiquement dégelé, voire allumé, enfin explosé. Il faut avancer ! Nous voulons une démocratie sociale, fraternelle, nous voulons une paix écologique durable partagée. Nous voulons non seulement rétablir nos territoires, mais aussi récupérer nos concitoyens arméniens. C’est idéaliste, c’est de l’angélisme, peut-être, mais au moins ce n’est pas l’apologie du terrorisme à la dachnaksutyun, ce n’est un appel au crime, c’est un appel qui vient du cœur, c’est sincère. Au lieu de balancer des arguments de fauves Dachnaks, référez-vous à Giorgi Vanyan, un homme d’art arménien, un esprit fin intellectuel incarné, un homme doux comme un arménien, mais non un nationaliste aigri et pourri. Il vous dira la vérité. Car, dans la chrétienté, »la vérité rend libre".


                • c481 12 octobre 14:17

                  @Gani NOVRUZOV

                  Pour ma part, je maintiens que si l’Azerbaïdjan doit absolument être réunifié, alors Chypre aussi. Ce qui semble d’ailleurs possible avec un personnage pragmatique comme Mustafa Akinci. Pas sûr cependant qu’Erdogan le laisse faire.
                   
                  Pour en revenir au Haut-Karabakh, entre 1988 et 1994, il y a eu des exactions de part et d’autre, comme trop souvent dans ce genre de situation.
                   
                  Quelle que soit l’issue du conflit, les réfugiés ne retourneront pas tous chez eux ; en tout cas, pas les 400 000 Arméniens chassés d’Azerbaïdjan, ni les 250 000 azéris chassés d’Arménie, cela est difficilement imaginable.
                  Ce retour concernerait plutôt les descendants des azéris chassés du Haut-Karabakh (50 000 à l’époque), et des autres territoires occupés (je n’ai pas les chiffres précis, mais cela devait faire plusieurs centaines de milliers de personnes).
                   
                  Vos aspirations sont tout à fait louables, admirables même, mais il suffit d’une minorité d’excités de part et d’autre pour faire dérailler une réconciliation aussi difficile. 
                   
                  Et quand bien même tout fonctionnerait au mieux, pensez à la dynamique démographique : les 50 000 réfugiés azéris du Karabakh de 1994 sont aujourd’hui 80 000 ; dans une génération ils seront 120 000, et ainsi de suite... Les arméniens étaient et sont toujours 140 000. Sans parler du solde migratoire de ces derniers, qui deviendrait très certainement négatif. Même en l’absence de toute discrimination ou de toute colonisation, il ne faudrait au mieux qu’une poignée de générations pour que les arméniens deviennent une composante négligeable du Karabakh.
                   
                  Je n’ignore pas cependant que les négociations ont échoué depuis 25 ans à cause de l’intransigeance de la classe politique arménienne, qui a mégoté sur les concessions à faire. Et peut-être aussi, d’une population tétanisée par le péril turc.
                   
                  De mon point de vue, si le Haut-Karabagh doit faire sécession, ce ne peut être qu’à la double condition d’une restitution à l’Azerbaïdjan de tous les territoires voisins (raions de Kelbadjar, Latchin, Agdam, Jebrail...), et d’une compensation fût-elle partielle comme l’ouverture d’un lien entre le Nakhitchevan et le reste du pays. 

                  Je crains cependant que ce conflit soit trop utile à certaines puissances (Russie, Turquie...) qui n’ont peut-être pas intérêt à perdre leur influence sur leur protégé respectif.


                • njama njama 8 octobre 11:43

                  "...tués par un groupe nationaliste militant du parti “Dachnaksutyun”, le vecteur des théories expansionnistes des arméniens, “Velikaia Armenia”, la “Grande Arménie”."

                  Cela veut dire que ce parti n’a pas renoncé à sa ligne idéologique, celle qu’il avait à la fin du XIX° siècle, ni non plus à la lutte armée qu’il employait

                  La Fédération révolutionnaire arménienne ou FRA (Hay Heghapokhakan Dachnaktsoutioun)


                  https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9d%C3%A9ration_r%C3%A9volutionnaire_arm%C3%A9nienne

                  Et donc entre les protagonistes, en voilà un qui a un mobile de faire la guerre au HK, celui d’avancer dans son vieux projet expansionniste, aller savoir et arriver jusque Bakou ?

                  mais le parti Dachnak est-il manipulé ?


                  • vraidrapo 8 octobre 17:05

                    @njama
                    aller savoir et arriver jusque Bakou ?

                    pire que ça.
                    Ce parti dont tu parles, veut tout !
                    Bakou, Jérusalem, New-york, Pekin, Taiwan, Tokyo... tout je te dis !
                    Même la Lune !

                    Il te faut faire une mise à jour... ça urge !


                  • njama njama 8 octobre 12:48

                    @ Gani NOVRUZOV

                    Les USA excellent dans leur géostratégie politique à entretenir des instabilités régionales qui assurent leur hégémonie...

                    « Dès la fin des années 1990, la région acquiert une certaine importance dans la pensée stratégique américaine6. Le politologue américain Zbigniew Brzezinski met l’accent sur l’Azerbaïdjan et l’Ukraine comme « verrous » du continent eurasien. Dans la même veine, des programmes de coopération européens visent à désenclaver le Caucase et l’Asie centrale et à les relier aux marchés européens. »

                    https://fr.wikipedia.org/wiki/Caucase#Un_%C3%A9chiquier_politique

                    La stratégie politique américaine en Azerbaïdjan
                    Raphaëlle Mathey
                    Dans Hérodote 2008/2 (n° 129), pages 123 à 143

                    https://www.cairn.info/revue-herodote-2008-2-page-123.htm#

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