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Incendie dans un entrepôt de munitions près de Tchernigov (Ukraine) - Des milliers de tonnes de munitions parties en fumée

Dans ce qui est déjà le cinquième incident de ce type en trois ans, des milliers de tonnes de munitions sont parties en fumée dans l’incendie d’un entrepôt de l’armée ukrainienne, situé près de Tchernigov, dans le nord de l’Ukraine.

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Photo © 2018 AFP / Genya SAVILOV

Depuis la prise de pouvoir des autorités de Kiev post-Maïdan, c’est déjà le cinquième incendie d’entrepôt de munitions de grande taille. Le 23 mars 2017, un incendie éclatait au dépôt de munition de Balakleya, près de Kharkov. Une personne avait été tuée et cinq blessées.

En mai 2018, un nouvel incendie se déclarait au même endroit, alors que les travaux de désamorçage des munitions encore présentes sur le site n’étaient pas terminés. Le même mois, une explosion avait lieu dans un dépôt de munitions situé près de Staraya Nikolayevka, dans la région de Donetsk.

Le 26 septembre 2017, c’est les entrepôts de Kalinovka, dans la région de Vinnitsa qui avaient pris feu, obligeant les autorités ukrainiennes à évacuer plus de 30 000 personnes.

Et aujourd’hui, c’est dans la région de Tchernigov, que l’entrepôt d’Ichnia (402 hectares de stockage où se trouveraient environ 88 000 tonnes de munitions) est la proie des flammes. La population a été évacuée dans un rayon de 16 km autour des entrepôts, soit environ 19 000 personnes, et il n’y aurait pas de blessés d’après les autorités.

Par contre la fumée aurait incommodé plus d’une soixantaine de personnes qui ont dû se rendre chez leur médecin pour y recevoir un traitement adéquat.

Une vidéo montrant l’intensité des explosions a été publiée :

Cet incendie relance la question de la sécurité du stockage des armes et munitions en Ukraine, et surtout les discussions sur la raison réelle de ces explosions d’entrepôts à répétition.

Pour beaucoup d’experts, le fait que de tels incidents ont lieu ainsi à répétition ne peut pas être dû au hasard. Si on exclut l’excuse facile des autorités de Kiev du type « c’est la faute des Russes » (excuse à laquelle le procureur militaire ukrainien n’a pas l’air de croire vu qu’il a lancé des poursuites pour négligence envers les soldats en charge de l’entrepôt), les experts envisagent deux hypothèses :
1) Soit il y a un très gros problème dans la manière dont les munitions sont stockées et contrôlées ;
2) Soit ces incendies à répétition servent à cacher à d’éventuelles missions d’inspection l’étendue des vols de munitions qui sont revendues au marché noir.

Cette discussion est arrivée jusqu’à la Rada, où Anton Guerachtchenko, député et membre du comité du ministère de l’Intérieur, a déploré que les munitions détruites représentent plusieurs centaines de millions de dollars, et qu’elles ne pourront pas être remplacées, faute d’usine de production en Ukraine.

« La tragédie est que l’Ukraine va de nouveau perdre des munitions - un stock qui coûte des centaines de millions de dollars - qui ne sont pas produites en Ukraine. Ce qui explose actuellement ce sont des obus - rares - pour obusiers de 122 mm, des roquettes pour les systèmes Grad. Tout cela n’est pas produit en Ukraine,  » a déclaré Guerachtchenko sur le plateau de la chaîne Priamoï.

Le député a souligné que les conditions de stockage des munitions étaient déplorables, et que la situation des entrepôts de Tchernigov était connue depuis l’an passé.

«  L’an passé, quand il y a eu une explosion près de Kalinovka, des photos ont été publiées montrant l’état des stocks à Ichnia - juste des tas d’obus, des milliers de tonnes posées au sol à l’air libre et rouillant là depuis des décennies,  » a rajouté Guerachtchenko.

Pour lui, le président ukrainien devrait lui-même tirer les conclusions après ce cinquième incendie d’entrepôt.

«  Le président ukrainien, en tant que commandant suprême, après le cinquième incident d’explosion dans des entrepôts, devrait évaluer la qualité du travail du personnel de l’État-major et en tirer des conclusions personnelles », a conclu le député.

Guerachtchenko n’est pas le seul à tirer à boulets rouges sur les autorités de Kiev, Ioulia Tymochenko, opposante à Porochenko dans la course à la présidentielle ukrainienne en a aussi profité pour tirer son épingle du jeu. Pour elle, aucune leçon n’a été tirée des incidents précédents et il y a de grosses questions à se poser sur les éventuels manquements et négligences de l’armée ukrainienne.

Alors que les autorités ukrainiennes annoncent avoir réussi à sauver 56 500 tonnes de munitions avant qu’elles ne prennent feu, la nature des munitions stockées dans ces entrepôts fait débat.

La République Populaire de Donetsk (RPD) a fait savoir par le chef du service de presse de la milice populaire, que des roquettes de BUK, modèle 9M38, auraient été stockées dans ces entrepôts, ainsi que la documentation attenante.

D’après Daniil Bezsonov, l’incendie aurait eu lieu après que la communauté internationale ai demandé à l’Ukraine les documents concernant le missile BUK montré par le JIT en mai 2018, et que la Russie a identifié comme étant aux mains de l’armée ukrainienne.

La présence de roquettes BUK et de munitions d’un calibre supérieur au 122 mm dans ces entrepôts a été démentie par l’armée ukrainienne. Mais il serait bien pratique pour l’Ukraine que les roquettes de BUK et leur documentation soient parties en fumée.

Car ainsi, l’Ukraine pourrait dire au JIT qu’ils n’ont plus les documents concernant leurs roquettes BUK, comme ils l’ont fait pour les données de radar primaire, évitant ainsi d’avoir à justifier ce qui est réellement arrivé à la roquette présentée comme preuve par le JIT. Si tel est le cas, nous le saurons dans les mois qui viennent, lorsque le JIT répondra à la conférence de presse du ministère russe de la Défense.

Cet incident serait aussi consécutif à la venue d’un groupe d’officiers de l’OTAN dans ces entrepôts, et au résultat d’un audit révélant l’absence massive de munitions dans ces entrepôts pour une valeur de plus de 2 milliards de hryvnias. D’après les données de la RPD, il y avait 130 000 tonnes de munitions dans ces entrepôts, fin septembre 2017, et seulement 80 000 tonnes lors de l’inspection des entrepôts cette année.

Cet incendie visait clairement à cacher quelque chose, la question reste à savoir s’il s’agissait de cacher un « simple » vol massif de munitions revendues au marché noir (y compris aux milices populaires du Donbass), ou s’il y avait encore plus important à cacher.

Quoi qu’il en soit, il est à craindre que cet incendie d’entrepôt de munitions ne soit pas le dernier en Ukraine.

Christelle Néant

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18 réactions à cet article    


  • mekihuhul 9 octobre 19:39
    Hé oui,

    Pour ceux qui ne le savaient pas, ils se battent avec de la poudre ces sauvages.

    ++


    • Jelena Jelena 9 octobre 20:02

      >> Quoi qu’il en soit, il est à craindre que cet incendie d’entrepôt de munitions ne soit pas le dernier en Ukraine.
       
      Pourquoi à craindre ? Que ce soit du marché au noir ou une opération de sabotage, cela fait des munitions en moins pour Kiev.


      • Christelle Néant Christelle Néant 9 octobre 20:15

        @Jelena
        Parce qu’il y a souvent des habitations civiles à côté de ces entrepôts. S’il n’y a pas de victimes cette fois-ci, il y a de nombreuses maisons détruites par les flammes. Sans compter la pollution générée par de tels incendies. Et les fois précédentes il y a eu des victimes civiles. C’est pour cela que j’ai mis cette phrase.


      • Doume65 9 octobre 21:43
        « il est à craindre que cet incendie d’entrepôt de munitions ne soit pas le dernier en Ukraine.  »
        Eh, Christelle, ne nous fait pas croire que c’est une crainte pour toi (pas plus que pour nous, du reste) ! smiley

        • Christelle Néant Christelle Néant 9 octobre 23:22

          @Doume65
          Comme je l’ai écrit plus haut à Jelena, c’est pour les civils qui vivent à proximité de ces entrepôts qu’il y a crainte. Car il y a parfois des victimes et systématiquement des maisons détruites.


        • sls0 sls0 9 octobre 21:57

          Pour ce faire une idée, il y a en moyenne 6 dépôts qui explose par an sur terre.

          Donc il est probable qu’il y ait un dépôt qui explose en Ukraine.
          La probabilité est de un dépôt tout les 26 ans.
          Qu’il y en ait 2 fois plus c’est pas de chance. 3 fois plus c’est vraiment pas de chance. Là à 43 fois plus, je ne sais que dire.
          Les causes sont souvent l’humidité et la chaleur. Les canicules d’octobre en Ukraine sont redoutables.

          Cela dit en Ukraine depuis 2000 ils étaient à une explosion tout les 3 ans avant Maidan. Un peu négligeants sur les bords pour le stockage. Mais c’était 5 fois moins quand même.


          • Christelle Néant Christelle Néant 9 octobre 23:23

            @sls0
            Ces statistiques montrent bien l’état de déliquescence de l’armée ukrainienne post-Maïdan...


          • Cyrus l’ hermite 10 octobre 00:12

            @Christelle Néant
            ... <sans vouloir nier votre qualité de journaliste > ...

            quel est donc l’ intérêt pour le français de subir la guerre russo-ukrainienne par procuration ? 

          • Mychris Mychris 10 octobre 09:46
            @Christelle Néant

            Bonjour Christelle,
            La déliquescence de l’armée ukrainienne et bien antérieur à Maïdan elle remonte quasiment à la création du pays. Plus généralement elle s’est accélérée sous Viktor Ianoukovytch lorsqu’il a privilégié le budget des Berkut au détriment de l’armée régulière.

          • V_Parlier V_Parlier 10 octobre 09:51

            @l’ hermite
            Déjà ce n’est pas une guerre russo-ukrainienne, et rien que l’emploi de ce terme justifie que les français aient besoin d’informations plus... claires, pour rester gentil. Surtout quand on considère que c’est cette guerre qui est le prétexte d’une campagne russophobe arrivée au niveau de la guerre froide, avec de tout ce que ça comporte comme risques.


          • Christelle Néant Christelle Néant 10 octobre 10:07

            @l’ hermite
            V_Parlier a très bien résumé la situation. Déjà il ne s’agit aucunement d’une guerre russo-ukrainienne, mais d’une guerre civile ukrainienne, ce qui n’est absolument pas la même chose. Rien que cela mérite que vous soyez informé sur ce qui se passe, et sur le fait que l’argent de vos impôts sert à financer cette guerre et à assassiner des civils innocents dont le seul « crime » est d’avoir refusé le résultat d’un coup d’État. Si vous ne supportez pas d’être informé là-dessus, eh bien ne me lisez pas. Mais le soutien à un régime néo-nazi ne pourra avoir que les mêmes conséquences que les soutiens européens au régime Nazi dans les années 30. Donc si vous voulez anticiper ces conséquences il faut vous informer. C’est aussi simple que cela.


          • Cyrus l’ hermite 12 octobre 05:43

            @Christelle Néant


            Bonsoir , et merci d’ avoir pris la peine de redéfinir des choses qui vous paraissent évidentes

            Je prend note de la qualifier de guerre civile ... Puisque les troupe russe ne sont plus engagé
            Je me suis apparemment trop focalisé sur l’ épisode de la crimé ...
            Je suis bien trop conscient du financement des guerre mené de part le monde .
            Je n’ ais malheureusement pas moyen de décider de l’ usage de ces fonds.

            Au contraire j’ essaierait de relire vos article a tête reposé , ils sont souvent difficile a appréhender pour un profane malgré une bonne qualité d’ écriture . 

             

          • Christelle Néant Christelle Néant 12 octobre 11:03

            @l’ hermite
            Les troupes russes n’ont jamais été engagées dans le Donbass. Depuis le début les forces armées du Donbass sont des milices populaires formées de volontaires locaux et étrangers. Il y a bien sûr des volontaires russes, mais aussi français, italiens, espagnols, serbes, finlandais, brésiliens et j’en passe. Ces volontaires ne sont pas des soldats d’active de leurs pays respectifs. Ce sont des gens qui, comme pendant la guerre civile espagnole, ont décidé de venir soutenir un camp. Il y en a aussi côté ukrainien.
            Si vous voulez avoir une vue d’ensemble je vous suggère de commencer par lire ces deux articles :
            http://dnipress.com/fr/posts/la-guerre-du-donbass-les-origines-historiques-profondes-du-conflit-i/
            http://dnipress.com/fr/posts/dans-la-guerre-du-donbass-la-verite-et-les-civils-sont-les-plus-grandes-victimes-du-conflit/


          • Cyrus l’ hermite 16 octobre 01:50

            @Christelle Néant

            Le premier me plait beaucoup , très organisé , chronologique tout en restant synthétique (Wikipedia la pour « développer » ...
            Il serait peut être bon de le le remettre parfois dans les signature des article d’ actualité .

            L’ appellation Nazi m’ avait « choqué » , mais entre le symbole politique du croc de loup , les lois sur la langue , ou le refus par la guerre de certain vote (plus ou moins démocratique mais on pouvais les refaire et négocier une solution) , ça semble moins abusif .

            Pour reprendre mes mots , et les explicité je prefere essayer de comprendre cette guerre , plutôt que subir une information que je ne comprend pas forcement .

            Bonne soirée , je vais relire un peut avant de revenir vous chatouillez .
            Bon courage et restez prudente.



          • Christelle Néant Christelle Néant 16 octobre 08:24

            @l’ hermite
            Bonne lecture et si certains points ont besoin d’éclaircissements supplémentaires n’hésitez pas. Pour la suggestion de remettre le premier article en signature sous d’autres je note cette très bonne idée. Merci.


          • goc goc 10 octobre 14:48

            Bonjour Christelle

            je serais plutôt pour l’hypothèse du camouflage de détournement vu l’état de corruption généralisée du pays. Maintenant on peut aussi se demander pourquoi mettre le « feu aux poudres » alors que cela reviendrait moins cher d’acheter la mission d’inspection qui doit être aussi corruptible que le reste de l’administration.

            Donc l’hypothèse « bulk » est, pour moi, la plus plausible


            • Christelle Néant Christelle Néant 11 octobre 08:52

              @goc
              Pour moi aussi ce serait fort possible. On va voir ce que le JIT répondra quand quelqu’un demandera où sont les documents du missile BUK ukrainien.... Selon la réponse on saura ce qu’il en est.


            • Guy19550 13 octobre 19:21

              Depuis le tout début, toute la promotion faite par Kiev est contre les russes, ils n’ont pas de guerre civile mais une guerre contre la Russie. C’est quelque chose de recherché. Au début, je comprenais mal les choses mais si vous partez systématiquement du point de vue que c’est dirigé contre la Russie, tout se tien fort bien. Quant au feux d’artifice, c’est une bonne chose car tout ce qui a explosé là-bas, n’aboutira pas dans les républiques. J’ai une critique quand même à formuler, j’ai pas vu grand chose et il en faudrait un autre...

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