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Accueil du site > Actualités > International > Jimmy Carter, le dernier sage idéaliste ?

Jimmy Carter, le dernier sage idéaliste ?

« Le lien qui nous lie à notre humanité commune est plus fort que ce qui nous divise par nos peurs et nos préjugés. Dieu nous donne la capacité à choisir. Nous pouvons choisir de soulager la souffrance. Nous pouvons choisir de travailler ensemble pour la paix. Nous pouvons apporter ces changements, et nous le devons. » (Jimmy Carter, le 10 décembre 2002 à Oslo).

L’ancien Président des États-Unis Jimmy Carter fête son 97e anniversaire ce vendredi 1er octobre 2021. Il est à ce jour non seulement le plus ancien des Présidents américains encore en vie (il a quitté la Maison-Blanche le 20 janvier 1981, soit il y a plus de quarante ans) mais celui de tous les Présidents américains qui a vécu le plus longtemps.

Jimmy Carter est surtout le survivant des dirigeants politiques de toute une époque, celle des années 1970, avec ses homologues Leonid Brejnev, Margaret Thatcher (à la fin du mandat), Valéry Giscard d’Estaing, Helmut Schmidt, etc. Son nom même ne rajeunit pas ceux qui, à l’époque, suivaient déjà l’actualité.

Malgré ces temps anciens qu’on peut croire révolus, Jimmy avait très bien compris les difficultés à venir, la perte de confiance du peuple dans les institutions publiques qu’il avait appréhendée dès le 15 juillet 1979 au cours d’une déclaration à la télévision : « Notre peuple perd cette confiance à l’égard du gouvernement, il perd aussi sa confiance en lui, pour ce qui concerne sa propre capacité à rester maître de notre démocratie. (…) Au moment où nous perdons notre confiance en l’avenir, nous commençons également à fermer la porte à notre histoire. (…) L’identité humaine n’est plus définie par ce que l’on fait, mais par ce que l’on possède. Cependant, nous avons découvert que posséder des choses et consommer ne satisfait pas notre désir de sens. Nous avons appris que l’accumulation de biens matériels ne peut combler le vide d’existences sans confiance ni but. ».





Jimmy Carter a échoué dans sa réélection en novembre 1980 à cause de facteurs extérieurs assez déplorables : l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS qui montrait que le dialogue avec les Soviétiques était vain, et sa conséquence, le boycott des américains et de leurs alliés aux Jeux olympiques de Moscou en 1980, le second choc pétrolier… Et surtout, ce qui a humilié pendant plus un an la puissance américaine, la prise des otages américains à Téhéran avec une opération militaire qui a lamentablement échoué. Jimmy Carter a reconnu en août 2015 qu’il aurait dû mettre plus de moyens dans cette intervention : « Je regrette de ne pas avoir envoyé un hélicoptère de plus pour récupérer les otages. Nous les aurions sauvés et j’aurais été réélu. ».

Pourtant, l’histoire jugera peut-être avec plus de clémence que ses électeurs la Présidence de Jimmy Carter qui a fait beaucoup avancer la paix, en particulier avec la signature des accords SALT II, la rétrocession du canal de Panama, et surtout les Accords de Camp David.

Après son échec électoral (battu par Ronald Reagan qui a justement redonné confiance au peuple américain), Jimmy Carter s’est consacré à des œuvres de développement et de pacification. C’était pour toutes ses actions qu’il a reçu le Prix Nobel de la Paix le 11 octobre 2002. À la cérémonie de réception à Oslo, le 10 décembre 2002, Jimmy Carter a voulu définir des "standards internationaux" comme : « l’abolition des mines antipersonnelles et des armes chimiques ; la fin des essais, de la prolifération et du déploiement des armes nucléaires ; les conséquences du réchauffement climatique ; l’abolition de la peine de mort, au moins pour les enfants ; et un tribunal pénal international pour décourager et punir les crimes de guerre et les génocides ». Encore en 2014, il a consacré un livre sur la violence faite aux femmes.

Son indépendance d’esprit lui permettait de critiquer ses successeurs également démocrates, comme Barack Obama, pour contester l’utilisation de drones pour tuer des supposés terroristes (lire à ce sujet l’excellent roman suédois "Trois minutes" d’Anders Roslund et Börge Hellström, sorti en 2016), le programme de surveillance généralisée, la prison de Guantanamo qu’il n’a pas démantelée, etc. Et ce fut la même indépendance d’esprit qui l’a poussé à dire que Donald Trump mériterait un Prix Nobel de la Paix s’il parvenait à un traité de paix avec la Corée du Nord.

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Il y a six ans, Jimmy Carter a annoncé qu’il était malade, un cancer au cerveau dont il a pu guérir quelques mois plus tard. En octobre 2019, lors des nouvelles primaires démocrates, Jimmy Carter mettait en garde les candidats âgés (comme Bernie Sanders et Joe Biden) en disant qu’il était difficile de diriger un pays à 80 ans (il a connu les deux !), et a mis ses espoirs dans la jeunesse, notamment les deux candidats démocrates qu’il a rencontrés, Pete Buttigieg, maire de South Bend (dans l’Indiana) et la sénatrice du Minnesota, Amy Kobuchar, proche de Walter Mondale, qui fut son Vice-Présdent (originaire du Minnesota). Même s’il a finalement salué la victoire de Joe Biden qu’il a connu pendant sa Présidence, le rêve de Jimmy Carter reste de voir avant de partir une femme à la Maison-Blanche. Peut-être Kamala Harris, la première Vice-Présidente femme ?

Jimmy Carter est avant tout un sage et un idéaliste, qui sait qu’on n’améliore le monde qu’avec des actions simples et concrètes. Un exemple : à partir de 1989, sa fondation a ainsi contribué, avec l’UNICEF, l’OMS et d’autres organisations, à quasiment éradiquer la maladie du ver de Guinée (dracunculose), une infection due à un parasite provenant des eaux stagnantes, qui avait fait 3,5 millions de victimes en 1986 dans vingt et un pays et qui a été réduit à seulement 28 cas en 2018, 54 cas en 2019, 27 cas en 2020 et 5 cas entre janvier et mai 2021 (en 1947, il y avait près de 50 millions de cas et en 1976, 10 millions de cas, selon l’OMS).

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Ainsi, le 8 février 2007, malgré son âge (82 ans), Jimmy Carter s’est déplacé à l’hôpital de Savelugu, dans le nord du Ghana, pour rencontrer des enfants victimes de cette infection. Un exemple parmi plein d’autres qui a fait de lui l’un des Présidents américains les plus humains de l’histoire. Et des plus dynamiques…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jimmy Carter a 90 ans.
Jimmy Carter.
Spiro Agnew.
Bill Clinton.
Jeff Bezos.
L’exploit de Blue Origin, la fabrique du tourisme spatial écolo-compatible.
John Glenn.
George W. Bush (fils).
Il y a 20 ans : George W. Bush vs Al Gore.
George H. W. Bush (père).
Donald Rumsfeld.
Louis Armstrong.
Jim Morrison.
Ella Fitzgerald.
Michael Collins.
George Floyd : la vie d’un homme, l’honneur d’un pays.
Décollage vers l'ISS.
Deux faces des États-Unis : George Floyd et SpaceX.
Walter Mondale.
Covid-19 : Donald Trump, marathonman.
Bob Kennedy.

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6 réactions à cet article    


  • Attila Attila 1er octobre 14:15

    « La réalité gardée secrète est tout autre : c’est en effet le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l’assistance clandestine aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul »

    Oui, la CIA est entrée en Afghanistan avant les Russes

    .


    • wagos wagos 1er octobre 15:35

      C’est sous la présidence de Carter que le Dollar est tombé le plus bas dès 1976..le Dollar ne valait plus que 4 Francs Français....

      Quand Reagan est parvenu au pouvoir, le Dollar n’est jamais monté aussi haut...il avait presque triplé sa valeur ! 12 Francs Français !


      • ggo56 1er octobre 20:45

        Le rako a fait son caca journalier...Un métro-gnome...


        • zygzornifle zygzornifle 2 octobre 08:40

          Pas encore canné, bizarre un narticle sur du vivant, d’habitude Rakoto fait dans l’asticot ..... 


          • @zygzornifle non, il est passé aux cacahuètes..


          • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 2 octobre 13:32

            Carter idéaliste...

            tellement idéaliste, qu’il n’a exercé qu’un mandat de présidence

            Marquée par plusieurs crises majeures comme la prise d’otages de l’ambassade américaine en Iran et l’échec de la tentative de libération des otages lors de l’opération Eagle Claw, d’importantes pénuries de carburant aux États-Unis et l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques. 

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