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L’armée ukrainienne intensifie brutalement ses bombardements contre la RPD

Du 22 au 23 janvier 2020, l’armée ukrainienne a violemment intensifié ses bombardements contre le territoire de la République Populaire de Donetsk (RPD), sur fond de déclarations bellicistes de la part de plusieurs officiels ukrainiens, faisant craindre une nouvelle escalade du conflit.

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Augmentation du nombre de bombardements de l’armée ukrainienne contre la RPD

Alors que depuis les fêtes du Nouvel An le nombre de bombardements et de munitions de gros calibre tirés par l’armée ukrainienne contre le territoire de la RPD étaient restés à un niveau relativement bas, ces derniers jours, et surtout les dernières 24 h, ont vu une hausse importante tant des violations du cessez-le-feu que du nombre de munitions tirées.

Ainsi, si du 1er au 22 janvier 2020 la moyenne était de quatre violations quotidiennes du cessez-le-feu par l’armée ukrainienne, du 22 au 23 janvier, ce chiffre a été multiplié par trois, avec 12 violations enregistrées par la représentation de la RPD au sein du Centre Conjoint de Contrôle et de Coordination du cessez-le-feu (CCCC).

Il en est de même pour le nombre de munitions, qui est passé d’une moyenne de 29 par jour depuis le début du mois, à 193 munitions tirées par l’armée ukrainienne sur le territoire de la RPD durant les dernières 24 h, soit plus de six fois la moyenne durant le reste du mois.

Bombardements de l'armée ukrainienne sur la RPD

Comme l’indique ce graphique des munitions tirées chaque jour par l’armée ukrainienne sur le territoire de la RPD, non seulement le nombre global de munitions a augmenté durant la semaine en cours, mais le nombre de munitions de gros calibre (entre autre des obus de mortier de 120 mm et 82 mm) a littéralement explosé, passant de moins de 20 par semaine depuis le début de l’année à 132 cette semaine, alors que cette dernière n’est pas encore terminée !

Or, depuis ce matin, l’armée ukrainienne a mené plusieurs bombardements intensifs sur le territoire de la RPD, entre autre dans le sud de la République, où les soldats ukrainiens ont tiré ce matin 44 obus de mortier de 82 mm contre le village de Kominternovo en moins d’une heure !

La périphérie de Donetsk n’est malheureusement pas en reste avec 31 obus de mortier de 120 mm et 82 mm, 50 tirs de véhicule de combat d’infanterie, et sept roquettes anti-char tirés par l’armée ukrainienne contre Staromikhaïlovka, le centre-Volvo, Vesseloye, Jabitchevo et Troudovski.

À Staromikhaïlovka, ces tirs ont endommagé deux habitations, heureusement sans faire de victimes parmi les civils.

Hier matin, à Dolomitnoye, Nikita Fokine, membre de la milice populaire de la RPD, n’a pas eu cette chance. À 6 h 10, un sniper ukrainien armé d’un fusil Barrett M82 de 12,7 mm, l’a tué d’une balle dans la tête. Nikita n’avait que 20 ans.

Le ministre ukrainien de la Défense jette de l’huile sur le feu

Cette aggravation de la situation militaire dans le Donbass a lieu sur fond de déclarations délirantes ou bellicistes de la part de plusieurs officiels ukrainiens.

Ainsi, le ministre ukrainien de la Défense, Andreï Zagorodniouk, a déclaré lors d’une interview à Interfax, qu’ils [les officiels ukrainiens – NDLR] sont « opposés au retrait des troupes sur toute la ligne [de front – NDLR], car cette voie est erronée, et elle est en contradiction avec l’essence même des accords de Minsk » (sic). Avant d’ajouter qu’il ne voit pas «  avec qui opérer le retrait, s’ils doivent rendre les armes », et que c’est la raison principale de leur refus car ce sont «  des routes différentes qui ne se croisent pas  ».

Moi, quand je lis un tel monceau de bêtises, je me dis que c’est les routes des neurones du ministre ukrainien de la Défense qui ne se croisent pas dans son cerveau. Parce que là, soit on a affaire à une des déclarations les plus cyniques, soit à la plus stupide que j’ai lue de la part des officiels ukrainiens depuis un moment.

Je sais bien que depuis le début, les officiels ukrainiens interprètent les accords de Minsk et le Paquet de mesures à leur sauce, ou font semblant de ne pas comprendre ce qui y est écrit, mais là il faut une mauvaise foi chevillée au corps pour prétendre que le retrait des troupes va à l’encontre des accords de Minsk, alors qu’il a été convenu en septembre 2016, justement pour permettre une meilleure application de ces accords.

L’idée étant qu’en séparant les deux armées qui se font face, les violations du cessez-le-feu baisseront. Or je rappelle que le cessez-le-feu est le premier point des accords de Minsk ! Donc dire que le retrait des troupes va à l’encontre des accords de Minsk est un non-sens total, pour ne pas dire d’une stupidité abyssale.

Je ne m’étalerai pas sur le fait que Zagorodniouk déclare aussi que le retrait des troupes sur la totalité de la ligne de front pourrait prendre des années et que cela reviendrait à geler le conflit, ce que ne veut pas Kiev car cela pourrait mener à la levée des sanctions contre la Russie (lapsus révélateur dévoilant les réels objectifs de l’Ukraine, bien loin des complaintes larmoyantes du ministre des Affaires étrangères sur les soldats ukrainiens qui continuent de mourir sur le front).

Je rappelle à monsieur Zagorodniouk que si le retrait prend autant de temps, c’est parce que l’Ukraine le sabote à chaque étape, en traînant à fournir des propositions de zones pour mener le retrait, puis en ne déclarant pas être prête à mener le désengagement (jusqu’à 80 reprises pour la zone de Stanitsa Louganskaya) le jour où celui-ci doit commencer, en violant les conditions du désengagement par après, ce qui oblige à tout refaire plusieurs fois, etc.

Enfin, je rappellerai aussi à ce ministre, que Zelensky lui-même avait proposé en septembre 2019 de mener le désengagement sur toute la ligne de front pour accélérer la cadence, avant de se rétracter en décembre lors de la réunion au Format Normandie. Il serait bon que les officiels ukrainiens accordent leurs violons et prennent des notes sur ce qu’ils déclarent à droite et à gauche, cela leur évitera de se contredire les uns les autres, voire de se contredire eux-mêmes d’un mois sur l’autre.

Pour finir, la palme de la phrase la plus stupide de Zagorodniouk se trouve vers la fin de l’interview quand il appelle les deux républiques populaires à «  appliquer les accords de Minsk et partir  ».

Je sais bien qu’en Ukraine la propagande officielle raconte que l’armée ukrainienne fait face à l’armée russe, mais j’ai le regret d’annoncer que les soldats des milices populaires de la RPD et de la RPL n’iront nulle part vu qu’ils sont originaires du Donbass dans leur très grande majorité, et que leur désarmement tant souhaité par le ministre ukrainien de la Défense n’aura pas lieu, puisqu’il ne s’agit ni de groupes armés illégaux, ni de troupes étrangères (point 10 des accords de Minsk) et que la loi sur le statut spécial du Donbass doit prévoir la création d’une milice populaire pour être valable.

En tout cas cette accumulation de stupidités en une seule interview a fait réagir Natalia Nikonorova, la ministre des Affaires étrangères de la RPD, qui a déclaré qu’à « en juger par les déclarations du ministre ukrainien de la défense, le chaos et la confusion qui règnent dans les têtes des responsables ukrainiens s’aggravent de jour en jour », et que les habitants des deux républiques n’iront nulle part car le Donbass est leur terre natale.

L’Ukraine est prête à appliquer le scénario croate dans le Donbass

L’autre déclaration qui agite les esprits est celle du Secrétaire adjoint du Conseil National de Sécurité et de Défense ukrainien, le général Sergueï Krivonos, qui a déclaré dans une interview accordée à Radio Svoboda, que « les forces armées ukrainiennes devraient se préparer à libérer le Donbass par la force  » avant d’évoquer le scénario croate, en expliquant que l’application d’un tel plan dans le Donbass dépendrait du soutien politique des pays occidentaux, car « s’il n’y avait pas eu de soutien de l’OTAN à la Croatie, il n’y aurait pas eu de scénario croate ». Le tout serait justifié selon lui par le fait qu’après tout ils ne veulent que « libérer leurs terres ».

Sauf que comme pour le délire de Zagorodniouk, non les terres du Donbass ne sont pas « vos terres ». Ce sont celles des habitants du Donbass, qui vous empêchent justement grâce à leur milice populaire de venir « libérer » ces territoires à coup d’extermination ou de déportation de la population, comme vous rêvez de pouvoir le faire depuis 2014, et comme l’indique la mention du scénario croate (c’est-à-dire d’une épuration ethnique) comme « modèle à suivre ».

Cette déclaration a provoqué de nombreuses réactions en République Populaire de Donetsk. Plusieurs députés du Conseil Populaire, comme Valery Skorokhodov et Elena Chichkina, ont tenu à rappeler qu’en plus de montrer un cynisme et un irrespect total pour les accords de Minsk et la volonté des électeurs ukrainiens, les officiels de Kiev semblaient souffrir de trous de mémoire sur ce qui est arrivé à leur armée en 2014 et début 2015.

« Même si nous ne tenons pas compte du fait que les déclarations du secrétaire adjoint du Conseil National de Sécurité et de Défense, Sergueï Krivonos, et du ministre de la Défense, Alexeï Zagorodniouk, sont en contradiction avec les accords de Minsk, je voudrais demander aux autorités ukrainiennes si elles s’intéressent un tant soit peu à ce que les citoyens ukrainiens pensent de tout cela. L’un d’entre eux a débattu de la possibilité d’une option de retour par la force du Donbass, et l’autre a déclaré qu’il s’opposait au désengagement des forces et des moyens sur toute la ligne de contact.
Il semble que l’opinion de l’électorat, à qui Zelensky a promis la fin de la guerre, ne préoccupe guère le ministre ukrainien de la Défense et son collègue M. Krivonos. Après tout, ils supervisent les opérations militaires tout en restant à Kiev, et leurs fantasmes devront être mis en œuvre par des personnes vivantes, dont les mères et les épouses demandent la fin de la guerre depuis six ans maintenant. Il est tout simplement étonnant de voir le niveau de cynisme que peuvent atteindre les politiciens ukrainiens, qui discutent calmement d’éventuels assassinats de citoyens de leur pays ou qui font des plans pour déporter des gens et qui, en même temps, se considèrent comme faisant partie du monde civilisé 
 », a déclaré Elena Chichkina.

La députée a ensuite tenu à rappeler aux officiels ukrainiens comment leurs opérations militaires dans le Donbass ont fini en chaudrons et en défaites cuisantes en 2014 et 2015.

« Si les hommes politiques ukrainiens souffrent de problèmes de mémoire et ont oublié comment toutes leurs opérations militaires se terminent habituellement, nous ne nous lasserons pas de leur rappeler que les accords de Minsk ne sont pas seulement un traité international signé par l’Ukraine en présence de pays garants, que nous devons mettre en œuvre. Ils constituent un document que l’Ukraine a été obligée de signer afin de retirer la partie survivante de ses troupes après qu’un groupe important de forces ukrainiennes ait été encerclé près de Debaltsevo. Mais, malgré cela, les politiciens ukrainiens continuent à faire des déclarations provocatrices, promettant de restituer le Donbass et la Crimée et de punir tous les séparatistes rebelles. Apparemment, cette tendance se maintiendra jusqu’à ce que les véritables maîtres de la situation considèrent qu’il est profitable de poursuivre la guerre », a conclu Elena Chichkina.

Son collègue Valery Skorokhodov a quant à lui promis que la milice populaire répondrait de manière appropriée, comme elle l’a fait à Ilovaïsk, à l’aéroport de Donetsk et à Debaltsevo.

« Je tiens à avertir Krivonos et d’autres personnalités ukrainiennes extrêmement zélées que si les Forces Armées Ukrainiennes osent franchir ce pas téméraire, elles recevront une réponse extrêmement dure de notre part. La milice populaire de la RPD est toujours prête à affronter l’ennemi et à lui rappeler Ilovaïsk, Debaltsevo et l’aéroport de Donetsk. Kiev doit comprendre que toute tentative d’attaque contre les républiques se traduira pour elle par de nouvelles « retraites héroïques », » a déclaré le député.

Espérons que le message sera reçu cinq sur cinq par Kiev, et que l’Ukraine ne poursuivra pas la tendance vers l’escalade entamée depuis plusieurs jours. Faute de quoi ce sont les soldats ukrainiens qui auront les premiers le malheur de découvrir que les promesses électorales de Zelensky n’engageaient que ceux qui avaient été assez stupides pour y croire.

Christelle Néant

Voir l'article sur Donbass Insider


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6 réactions à cet article    


  • Guy19550 Guy19550 24 janvier 23:34

    Je crois qu’il ne sert à rien de parler « avenir » tant que l’Ukraine se tiendra à cheval entre deux armées, dont une ne répond pas aux exigences de Minsk. C’est ce problème qui doit être traité en premier. Ce n’est pas un problème des républiques mais un problème ukrainien. 

    Je l’ai déjà dit dans le passé à plusieurs reprises. Les accords de Minsk impliquent une seule armée, mais sur le terrain, il y en a deux dont l’une ne respecte pas les autorités ukrainiennes en fonction mais sont sous la tutelle de terroristes qui font malheureusement partie du gouvernement créé.


    • Christelle Néant Christelle Néant 25 janvier 12:21

      @Guy19550
      Il est illusoire de croire que Zelensky ne contrôle pas son armée. Il a montré qu’il a les moyens de contrôler y compris les néo-nazis quand il veut, quand il a mené le désengagement à Zolotoye et Petrovskoye. Quand il veut il peut. Donc s’il laisse sont armée violer les accords de Minsk c’est qu’il le veut, et pas qu’il ne peut rien y faire. Faut arrêter de lui chercher des excuses.


    • Guy19550 Guy19550 25 janvier 18:16

      Je ne lui cherche pas des excuses, loin de là. Il ne contrôle pas l’armée, des ordres viennent aussi d’ailleurs. Il peut intervenir et il sait intervenir, mais cela n’implique pas qu’il ait le dernier mot. Tant que les troupes régulières et celles à la solde des autres décideurs n’auront pas un unique commandement, faut pas espérer de l’amélioration, c’est cela que je veux dire par cela. 

      Par exemple, le blocus a été décidé par Turchinov à l’époque et pas par tonton. Il est possible que tonton l’ait approuvé, mais en premier lieu, tonton n’a pas été consulté selon moi. Si Turchinov n’avait pas poussé pour le blocus, peut-être qu’il n’aurait jamais eu lieu. Je ne peux pas dire qu’il en est ainsi, mais quand il y a plusieurs décideurs, on aura toujours des divergences de vue qui laissent des traces au niveau des actions prises. 

      Je rappelle que pour Zolotoye, est est allé sur place pour discuter, mais c’était déjà après un refus et explique le retard. Il sait faire cela une fois, mais je pense pas deux fois. Les nationalistes, il ne les contrôle pas !


      • Christelle Néant Christelle Néant 26 janvier 10:57

        @Guy19550
        Il contrôle son armée. Quand il avait besoin de la réunion au Format Normandie, il la contrôlait et le retrait des troupes a eu lieu. Dire qu’il ne controle pas l’armée c’est le dédouaner de ses responsabilités. Les bataillons néo-nazis sont sous le controle du ministère de l’Intérieur. Donc il les contrôle. La meilleure preuve est que l’ultimatum des néo-nazis a fait un flop et n’a débouché sur rien, car c’était juste pour la gallerie.
        Ce qui s’est passé avec le blocus n’a rien à voir avec les violations du cessez-le-feu. Kiev a signé un accord avec les mesures de contrôle renforcé du cessez-le-feu, qui prévoient que les soldats qui violent le cessez-le-feu soient sanctionnés. Il n’y a aucune sanction, càd aucune volonté d’appliquer ce qui a été signé. Point.
        Il contrôle les nationalistes. Faut arrêter de croire cet écran de fumée de l’opposition Zelensky-néo-nazis.


      • Guy19550 Guy19550 27 janvier 02:25

        Un prof a en principe l’autorité sur ses élèves, mais ce même prof, s’il se fait chahuter par ses élèves, peut-on encore dire qu’il a cette autorité ?

        Il reste responsable, c’est évident. mais n’a pas le contrôle sur les élèves.

        C’est sur cela que je me base qu’il n’a pas le contrôle des nationalistes, leurs ordres viennent d’ailleurs. Je ne suis même pas sûr du fait que si le ministre de l’intérieur serait changé, qu’il aurait le contrôle des nationalistes.

        Le zoulou est un pantin comme l’est aussi par exemple Trump, le pouvoir est ailleurs.

        Le zoulou avait des choses à faire passer devant le groupe des quatre, cela a été appuyé pour cette raison par les nationalistes. Il est rentré bredouille et je comprends que cela ne plaît autant aux nationalistes. Y a aucune discipline en Ukraine, rien que du folklore.


        • Christelle Néant Christelle Néant 27 janvier 17:05

          @Guy19550
          Sauf que l’analogie prof-président ne marche pas pour plusieurs raisons.

          1. Le prof ne paye pas de salaire à ses élèvres. Le gouvernement ukrainien paye via le ministère de l’Intérieur la plupart des bataillons néo-nazis.
          2. Le prof n’a pas de police ni de service de sécurité à sa disposition pour mettre les récalcitrants en taule. Zelensky a cela à sa disposition, et il en a usé pour mater les néo-nazis ponctuellement pour le retrait de Petrovskoye par exemple.
            Donc non Zelensky n’est pas sans moyen de se faire obéir. Ca c’est ce qu’ils veulent vous faire croire. Mais on l’a vu quand il fallait obtenir la réunion au Format Normandie comme par hasard il a fait mettre tout le monde au pas. Donc s’il ne se fait pas obéir c’est qu’il ne veut pas. point.


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