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Accueil du site > Actualités > International > L’indispensable Zhou Enlai (1/2)

L’indispensable Zhou Enlai (1/2)

« Toute diplomatie est la continuation de la guerre par d’autres moyens. » (Zhou Enlai, cité par "Saturday Evening Post" le 27 mars 1954). Première partie.



Il ne bénéficie pas des mêmes honneurs que l’actuel Président chinois Xi Jinping avait réservés à Mao Tsé-Toung à l’occasion du 120e anniversaire de la naissance du Grand timonier en 2013. Pourtant, du point de vue du communisme chinois, il l’aurait mérité : Zhou Enlai (qu’on peut aussi orthographier Chou En-Laï en lettres latines) est né il y a 120 ans, le 5 mars 1898.

Zhou Enlai fut "l’associé" indispensable de Mao (1893-1976). Sans lui, Mao n’aurait jamais survécu aux troubles qu’il avait lui-même provoqués (notamment lors du Grand Bond en avant à la fin des années 1950). Il était la composante indispensable de l’ouverture internationale et de la raison aux côtés d’un Mao plein de brutalité et de passion. Il a donné une réalité d’État au communisme chinois. Il serait assez incorrect de qualifier Zhou Enlai de "communiste modéré" dans la mesure où il n’y a jamais eu aucune modération à diriger un pouvoir politique responsable du massacre d’une cinquantaine de millions de personnes, mais on pourrait quand même affirmer qu’il fut un temporisateur indispensable de la folie maoïste, plus habile que cruel, plus diplomate qu’autoritaire, tout en restant cruel et autoritaire.

Henry Kissinger (né en 1923), qu’il a participé au rapprochement sino-américain des années 1970, a affirmé en 2011 : « Mao dominait tous les rassemblements ; Zhou s’en imprégnait. La passion de Mao s’efforçait d’écraser l’opposition ; l’intelligence de Zhou cherchait à la persuader ou à la manipuler. Mao était sardonique ; Zhou perspicace. Mao se considérait comme un philosophe ; Zhou comme un administrateur ou un négociateur. Mao était avide d’accélérer l’histoire ; Zhou se contenter de l’exploiter. » ("On China" cité par Wikipédia).

Les deux hommes sont morts à Pékin la même année, Zhou Enlai le 8 janvier 1976 à 77 ans et Mao le 9 septembre 1976 à 82 ans. Même si Zhou Enlai est mort avant Mao (très malade), il a réussi à permettre le retour au pouvoir de Deng Xiaoping (1904-1997) qui fut le véritable successeur de Mao malgré l’absence de "titre" formel, tant dans le.Parti communiste chinois (PCC) que dans l’appareil d’État, si ce n’était l’essentielle et stratégique Présidence de la Commission militaire centrale (du parti et de l’État).

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Ce fut en 1919 que Zhou Enlai, étudiant, commença son activité militante contre le gouvernement (très instable) de l’époque en s’inspirant du marxisme. À cette occasion, il fut arrêté et emprisonné pendant six mois en 1920. Ensuite, il poursuivit ses études en Europe, entre 1920 et 1924, arrivant à Marseille le 13 décembre 1920. Il séjourna d’abord à Londres, puis à Paris, puis à Édimbourg, retour à Paris (il rencontra Deng Xiaoping à Montargis en 1921), puis à Berlin, avec beaucoup de voyages entre Paris et Berlin.

À son cousin à qui il écrivait régulièrement, Zhou expliquait en 1921 son esprit révolutionnaire : « Je n’ai pas de préférence, ni pour la manière russe, ni pour l’anglaise (…). Je préférerais quelque chose entre les deux, plutôt que l’un de ces extrêmes. ». La "manière russe" était la violence de la Révolution russe de 1917, la "manière anglaise", c’était la "réforme graduelle" pour obtenir des améliorations sociales au moyen de grèves, sur le modèle de la grève des mineurs à Londres en janvier 1921.

En juin 1922, Zhou fut désigné le chef de la propagande de la branche européenne du parti communiste chinois fondé en juillet 1921. Il fonda aussi en novembre 1923 la branche européenne du parti nationaliste chinois, le Kuomintang (KMT), créé (en 1912) et présidé par Sun Yat-Sen (1866-1925), qui fut rejoint par les communistes chinois à partir de 1923 pour lutter contre le gouvernement central très instable. Il quitta l’Europe en juillet 1924. Dès l’automne 1924, il fut nommé directeur du département politique de l’Académie de Huangpu, chargé d’endoctriner les étudiants.

L’Académie de Huangpu était un institut militaire fondé par Sun Yat-Sen en juin 1924 près de Canton, qui fut à l’origine de l’Armée nationale révolutionnaire créée en 1925. L’importance prise par Zhou fut telle qu’il était le deuxième dirigeant le plus influent auprès des étudiants après Tchang Kaï-Chek (1887-1975) qui prit la succession de Sun Yat-Sen, à la mort de celui-ci, en contrôlant militairement le Kuomintang (parti qui dirigea la Chine entre 1928 et 1949).

En décembre 1926, Zhou quitta Canton pour Shanghai en pleine reconquête et prit la présidence de la commission militaire du parti communiste de Shanghai. En avril 1927, il fut cependant arrêté par les nationalistes du Kuomintang et failli être exécuté. Zhou quitta Shanghai pour Wuhan et fut nommé à la tête du département militaire du comité central lors du 5e congrès du PCC en mai 1927 à Hankou (Wuhan).

En janvier 1927, le Kuomintang était divisé en deux factions rivales, l’aile droite dirigée par Tchang Kaï-Chek et l’aile gauche dirigée par Wang Jingwei (1883-1944), partisan de l’alliance avec les communistes et ancien proche de Sun Yat-Sen, qui fut plus tard à la tête d’un gouvernement collaborant avec les occupants japonais. Wang Jingwei contrôlait alors Wuhan et Tchang Kaï-Chek contrôlait Nankin. Tchang Kaï-Chek est parvenu à prendre le contrôle du Kuomintang en mai 1927 ainsi que le territoire sous contrôle de l’aile gauche. L’alliance entre communistes et nationalistes fut rompue au début de l’été 1927 à l’initiative de Tchang Kaï-Chek, pourchassant les communistes. Zhou Enlai a dû se cacher et a inspiré l’un des personnages principaux de "La Condition humaine", roman publié par André Malraux en 1933.

Après l’échec désastreux du soulèvement communiste de Nanchang en août 1927, Zhou Enlai se réfugia à Hong Kong pour se faire soigner de la malaria, sous l’identité d’un homme d’affaires. Il se rendit ensuite à Moscou en été 1928 pour le 6e congrès du PCC (les communistes étaient pourchassés en Chine). À cette occasion, Zhou Enlai a repris une influence déterminante au sein de l’appareil du parti, l’ayant convaincu qu’il fallait reprendre la conquête des campagnes petit à petit, comme allait le faire Mao dans le Jiangxi entre 1931 et 1934.

Zhou, qui allait revenir à Shanghai en 1929, fut proche du nouveau secrétaire général Xiang Zhongfa (1880-1931) entre 1928 et 1931, qui a succédé à Chen Duxiu (1879-1942), ce dernier favorable à l’alliance avec les nationalistes et considéré comme responsable de la répression contre les communistes par les nationalistes. À ce 6e congrès, Zhou Enlai fut nommé directeur du département organisation du comité central et son allié, Li San (1899-1967), directeur de la propagande. Les deux trentenaires furent en fait les dirigeants de fait du parti car Xiang Zhongfa était incapable de le diriger lui-même (Xiang Zhongfa fut arrêté, torturé et exécuté par le Kuomintang en 1931 et Li San se suicida après avoir été torturé par les futurs Gardes rouges, considéré comme un agent de l’URSS).

Une reprise en main de l’Union Soviétique en décembre 1930 préserva Zhou Enlai mais limogea Li San. Le Soviétique Pavel Mif, qui dirigeait le Komintern à Shanghai, avait compris que les compétences de Zhou Enlai étaient d’autant plus utiles qu’il était loyal envers tout pouvoir. Zhou a contrôlé rapidement la section de service spécial du comité central, autrement dit, l’agence de renseignements du parti (le Teke). Le but premier du Teke était de combattre le Kuomintang et sa police secrète.

Malgré son esprit rationnel, Zhou Enlai n’était pas un enfant de chœur. Un exemple : son agent de liaison Gu Shunzhang (1903-1934) avait été arrêté par le Kuomintang en avril 1931 à Wuhan, et ce dernier a fini par trahir ses camarades communistes de Shanghai en livrant leur nom après avoir rencontré Tchang Kaï-Chek à Nankin. Tout le parti fut décimé à Shanghai. Zhou, en guise de rétorsion, fit assassiner une quinzaine de membres de la famille de Gu.

Zhou Enlai a réussi à échapper à une nouvelle arrestation après celle de Xiang Zhongfa en juin 1931 qui, sous la torture, révéla beaucoup d’informations confidentielles au Kuomintang, dont l’adresse du domicile de Zhou à Shanghai. Zhou se réfugia alors au Jiangxi sous contrôle des troupes de Mao. Zhou accepta les purges que Mao a commencées à la fin de 1931 pour éliminer tous les espions et les agents contre-révolutionnaires du parti. Cela a abouti à des massacres cruels motivés par la paranoïa et par la volonté d’imposer sans partage le pouvoir et l’idéologie de Mao, et cela a touché autant les suspects que leur entourage proche, qui furent torturés et pour la plupart, exécutés.

Avec le jeune nouveau secrétaire général du PCC, Qin Bangxian, alias Bo Gu (1907-1946), mis en place par le Komintern de 1932 à 1935, succédant à Wang Ming (1904-1974), Zhou réorganisa l’armée communiste (armée populaire de libération) qui a réussi à repousser quatre des cinq attaques de Tchang Kaï-Chek. Malgré la défaite des troupes communistes en septembre 1933, Zhou Enlai restait soutenu par les militaires et le parti, probablement parce qu’il ne montrait pas une ambition débordante et qu’il jouissait de réelles compétences organisationnelles qu’il mettait à profit comme vice-président de la commission militaire centrale.

Les défaites successives face aux nationalistes obligèrent les communistes à quitter le Jiangxi. Ce fut Zhou Enlai qui organisa le départ et la fuite de près 90 000 soldats et civils, ce qui fut la Longue Marche entre le 15 octobre 1934 et le 19 octobre 1935 au cours de laquelle Mao Tsé-Toung imposa son autorité militaire sur le parti. Seulement 10% des troupes communistes survécurent à cette Longue Marche de 12 000 kilomètres, la plupart furent massacrés par le Kuomintang ou dans des attaques inutiles contre des dirigeants locaux. Les rescapés se réfugièrent à Yan’an, dans le Shaanxi. Mao resta basé à Yan’an pendant toute cette période trouble.

Au congrès de Zunyi en début janvier 1935, Mao, qui est devenu l’assistant de Zhou Enlai au sein du parti, a réussi à éliminer Qin Bangxian qui laissa la tête du PCC entre 1935 et 1943 à son ami Zhang Wentian (1900-1976) qui, ancien étudiant à Moscou comme Yang Shangkun (1907-1998), futur Président de la République du 7 avril 1988 au 27 mars 1993, a rallié Mao quand ce dernier a voulu s’affranchir de la tutelle soviétique.

À partir du 20 mars 1943, Mao Tsé-Toung fut le président du parti communiste chinois (il le demeura jusqu’à sa mort le 9 septembre 1976), et Zhou Enlai fut son bras droit. Wang Ming, qui fut le secrétaire général du PCC de 1931 à 1932, séjournait à Moscou et fut en 1937 le principal rival de Mao, car il représentait la faction soviétique (face à Mao qui était plus nationaliste et voulait éviter la mainmise de l’URSS en Chine), s’exila à Moscou vers 1956.

Le maréchal Zhang Xueliang (1901-2001) était un jeune dirigeant militaire de la Mandchourie depuis la mort de son père assassiné le 4 juin 1928. Il était l’un des chefs des troupes nationalistes, il avait rejoint le 29 décembre 1928 le gouvernement nationaliste contrôlé par Tchang Kaï-Chek tout en restant militairement indépendant, mais il était opposé à la stratégie de Tchang Kaï-Chek de combattre en priorité les communistes avant les Japonais. Pourtant, l’indépendance nationale était en jeu à partir des années 1930. Les troupes japonaises occupèrent notamment la Mandchourie du 19 septembre 1931 au 15 août 1945.

De son côté, Wang Ming milita pour le retour à l’union entre communistes et nationalistes pour lutter contre les troupes étrangères (il communiqua en ce sens à partir d’août 1936). Zhou Enlai fut chargé de convaincre les nationalistes de refaire cette unité. Il rencontra Zhang Xueliang dès le 6 avril 1936 et les deux hommes se mirent d’accord pour travailler ensemble. Le 12 décembre 1936, avec le général Yang Hucheng (1893-1949), également du Kuomintang, Zhang Xueliang, dont les troupes étaient repliées à Xi’an, fit arrêter Tchang Kaï-Chek, en visite d’inspection, après avoir tué ses gardes du corps, pour l’obliger à faire l’unité avec les communistes.

Apprenant l’emprisonnement de Tchnag Kaï-Chek, Mao était plutôt favorable à son exécution, mais Zhou Enlai et Zhang Wentian l’ont convaincu de ne pas l’éliminer, car le Kuomintang devait garder son leader pour mieux combattre les Japonais. Encouragés par Staline, les communistes firent libérer Tchang Kaï-Chek et ce dernier et Zhou Enlai conclurent un accord le 24 décembre 1936 pour combattre unis contre l’occupation japonaise (pour la seconde fois).

Tchang Kaïi-Chek se vengea ensuite contre ses officiers qui l’avaient piégé : il fit arrêter à Nankin (la capitale du gouvernement nationaliste) Zhang Xueliang et Yang Hucheng. Ce dernier fut détenu de 1936 à 1949 puis exécuté le 6 septembre 1949 ainsi que toute sa famille quelques jours avant la prise de Nankin par les communistes. Zhang Xueliang a eu la vie épargnée, mais fut détenu à Nankin puis à Taiwan de 1936 à 1990, après la mort de Tchang Ching-Kuo (1910-1988), le fils de Tchang Kaï-Chek, puis il vécut libre jusqu’à sa mort à 100 ans, mais refusa de retourner en Chine continentale bien qu’il fût adulé par les communistes chinois (il reste considéré de nos jours comme un héros pour les communistes chinois).

Zhou Enlai, qui avait accompagné Zhang Xueliang à Nankin pour continuer les discussions avec Tchang Kaï-Chek, n’a pas pu faire libérer son allié nationaliste (Zhang) et a failli se faire lui-même assassiner par des officiers de Zhang en colère contre l’arrestation de leur chef, officiers que Zhou a fini par calmer grâce à son talent de persuasion et de diplomatie.

Pendant quelques années, le sort des communistes rejoignait celui des nationalistes. La capitale Nankin fut prise par les Japonais le 13 décembre 1937 et l’ensemble du gouvernement se replia à Wuhan. Alors que les nationalistes étaient en position de force face aux communistes avant l’invasion japonaise, l’occupation des Japonais redonna plus de force aux communistes pour reprendre le dessus sur les nationalistes en infiltrant tous les organes gouvernementaux sous la supervision de Zhou.

Lieutenant-général, Zhou Enlai fut nommé en janvier 1938 directeur adjoint du département politique du comité militaire, ce qui a rendu sa position cruciale pour les communistes, au cœur des nominations des officiers. Sans enfant, Zhou Enlai a eu l’occasion de rencontrer des orphelins, dont le père fut exécuté par le Kuomintang. Il adopta trois orphelins dont, en 1938, Li Peng (né en 1928), dont le père fut exécuté en 1931 et qui, formé et protégé par Zhou, est devenu Premier Ministre du 24 novembre 1987 au 17 mars 1998.

Après la conquête de Wuhan par les Japonais le 27 octobre 1938, les nationalistes ont fui à Chongqing. Sur la route, Zhou Enlai fut gravement blessé par un incendie délibérément allumé par le Kuomintang à Changsha et qui provoqua environ 20 000 morts. À partir de décembre 1938 à Chongqing, influent dirigeant au sein du gouvernement nationaliste, Zhou Enlai poursuivit son travail d’organisation, de renseignements et de renforcement de ses réseaux pour consolider le parti communiste chinois dans le sud de la Chine. En clair, les communistes ont infiltré tous les organes nationalistes.

Pour se faire soigner d’une fracture, Zhou Enlai a séjourné à Moscou entre l’été 1939 et mai 1940 mais il n’est pas parvenu y rencontrer Staline qui lui reprochait son manque de loyauté envers le Kuomintang. Après la fracture définitive de l’unité entre les communistes et le Kuomintang, en janvier 1941, Zhou Enlai continuait à préserver un réseau de renseignement tel qu’il a pu informer Staline avec deux jours d’avance, le 20 juin 1941, de la rupture du Pacte germano-soviétique et de l’attaque d’Hitler contre l’Union Soviétique.

Au-delà des renseignements et de l’influence politique, Zhou Enlai avait réussi aussi à constituer toute une organisation pour faire gagner de l’argent au parti communiste chinois, en particulier grâce à une spéculation sur le marché international de l’or et grâce à la production d’opium sur les territoires sous contrôle du Kuomintang, permettant à la fois des revenus importants et un ramollissement cérébral des troupes nationalistes !

Après sa rupture avec Tchang Kaï-Chek, Zhou Enlai gagna Yan’an où se trouvait le quartier général des communistes. Mao, cependant, reprocha à Zhou d’avoir été un agent des Soviétiques mais Zhou le convainquit une nouvelle fois de sa loyauté envers lui. Ces "échanges" furent d’ailleurs publics car Mao avait lancé une campagne idéologique très intense pour imposer ses idées au sein du parti. Au 7e congrès du 23 avril 1945, Mao a gagné définitivement sa bataille idéologique au sein du PCC et Zhou Enlai fut convaincu de "maoïsme". En partie à cause de l’invasion japonaise, le PCC a progressé entre 1937 et 1945 de 40 000 à 1,2 million de membres (il en a plus de 82 millions de nos jours !).

Après la capitulation du Japon le 2 septembre 1945, la Chine retomba dans la guerre civile pendant quatre ans, entre 1945 et 1949. Ce fut une lutte sans merci entre le Kuomintang et le PCC. Parallèlement, Zhou Enlai refusa en 1946 aux Américains le partage de la Mandchourie. Le 1er octobre 1949, les communistes ont gagné, Mao assuma le pouvoir sur toute la Chine continentale. Les nationalistes avaient demandé aux Américains que le Japon restituât Taiwan et ce fut sur cette île que Tchang Kaï-Chek et ses troupes se réfugièrent, devenant un État à part entière, une sorte de Chine bis, qui existe toujours, près de soixante-dix ans plus tard.

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Comme on peut le constater, l’histoire politique et militaire de la Chine entre 1921 et 1949 fut particulièrement compliquée : le gouvernement central fut dirigé théoriquement par les nationalistes du Kuomintang, parfois avec le soutien du parti communiste chinois. Sur le plan intérieur, les communistes et les nationalistes étaient en affrontements quasi-permanents. Ces deux partis luttaient contre les "seigneurs de la guerre" qui étaient au pouvoir dans les années 1920.

Mais au sein de ces deux organisations, des luttes entre factions faisaient également rage, tant au sein du Kuomintang, notamment parce que la personnalité forte de Tchang Kaï-Chek suscitait des oppositions, qu’au sein du PCC entre plusieurs factions, essentiellement, celle nationaliste de Mao qui souhaitait garder son indépendance idéologique et celle plus internationaliste de Wang Ming qui obéissait aux consignes de Staline. À cela, il faut évidemment ajouter les interventions extérieures, principalement celles de Japonais qui occupèrent une partie du territoire chinois, et aussi, sur le plan diplomatique, celles des Américains qui furent accueillis avec bienveillance (y compris des communistes) à partir de 1941 pour combattre les Japonais.

Il faut donc insister sur le fait qu’entre 1928 et 1949, Zhou Enlai est resté un dirigeant communiste très influent et surtout, un homme indispensable, par sa connaissance de multiples renseignements, par son talent de manœuvre politique et de diplomatie. En fait, il fut le rare à être un dirigeant essentiel du PCC pendant une si longue période entre 1928 et 1976 (à sa mort), et chaque fois qu’il était en situation très instable, prêt à être disgracié, il réussissait néanmoins à éviter l’élimination, politique sinon physique. Pendant la guerre, il fut l’homme incontournable pour réunir les nationalistes, les communistes et les Américains contre le Japon.

Ce fut donc assez logique que Zhou Enlai fut le bras droit de Mao lorsque ce dernier fut au pouvoir, entre 1949 et 1976. C’est l’objet du prochain article sur ce sujet.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 mars 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La maoïsation de Xi Jinping.
Zhou Enlai.
La diplomatie du panda.
Xi Jinping et la mondialisation.
La Chine à Davos.
Deng Xiaoping.
Wang Guangmei.
Mao Tsé-Toung.
Tiananmen.
Hu Yaobang.
Le 14e dalaï-lama.
Chine, de l'émergence à l'émargement.
Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du parti.
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?
La justice chinoise.

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4 réactions à cet article    


  • Dzan 5 mars 14:17

    Hein ? koitèce dont au sujet duquel ??.?


    • V_Parlier V_Parlier 5 mars 15:05

      « Toute diplomatie est la continuation de la guerre par d’autres moyens... »
      Phrase que Fabius et Hollande ont probablement interprétée en la continuant ainsi :
      « ... comme par exemple le soutien de terroristes et de putschistes dans les pays hors OTAN ». C’est d’ailleurs dans le rayon habituel de l’auteur.


      • gardiole 5 mars 19:09

        @V_Parlier
        Zhou ne fait que répéter une célébrissime citation de Clauzewitz (1780 - 1831) général et théoricien de la guerre prussien.
        https://fr.wikipedia.org/wiki/Carl_von_Clausewitz#Notions_tir%C3%A9es_de_De_la_guerre


      • rugueux 5 mars 17:39

        L’indispensable Zhou...et l’inutile rakoto !

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