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Accueil du site > Actualités > International > L’inutilité des organisations de défense des droits de l’homme (...)

L’inutilité des organisations de défense des droits de l’homme en Ukraine comme exemple de la crise des institutions de régulation globale

J'ai tenu à traduire ce texte qui montre bien le désabusement de beaucoup lorsqu'ils dénoncent certains crimes commis par des gouvernements, lorsque ces crimes ne sont pas à l'avantage de l'OTAN, ou l'Occident en général. Les défenseurs des droits de l'homme réellement conscients et endurcis, savent depuis longtemps que des organisations comme Amnesty International ou Human Rights Watch ne sont que des instruments au service de la politique américaine entre autre.

Ces organisations dénoncent des crimes, parfois imaginaires, si cela peut permettre de salir un pays ennemi des États-Unis, et ferment les yeux sur beaucoup d'autres lorsqu'ils sont commis par des pays qui sont des fidèles vassaux des États-Unis. Le cas de Vadim, illustre une fois de plus, le deux poids deux mesures à l'occidentale, et l'inutilité de ces organisations de soi-disant défense des droits de l'homme, qui ne sont en réalité que des leviers de pouvoir politique international offerts au plus offrant.

Chaque année il y a dans le monde un sentiment croissant qu'il y a de plus en plus de tensions et de guerres. Les guerres ont toujours existé et c'est normal, cela fait aujourd'hui partie de la nature humaine. Mais la confrontation de divers systèmes politiques et économiques devient de plus en plus féroce. Cela peut être clairement vu dans l'exemple de la confrontation entre les principales puissances et blocs de pays à travers le monde.

Plus personne n'est surpris par des sanctions internationales. Au contraire, elles commencent même à être perçues comme une routine. Les guerres civiles qui ont lieu dans différents pays (Irak, Libye, Syrie, les Balkans, Ukraine et beaucoup d'autres) sont devenus monnaie courante, le terrorisme, dont nous n'entendions presque pas parler dans les années 90, est maintenant devenu partie intégrante de nos flux de nouvelles. Les institutions de régulation des conflits internationaux que nous connaissons ont cessé de fonctionner.

L'ONU, l'OSCE, l'APCE et les autres organisations internationales occidentales, ne peuvent agir en réalité aujourd'hui que comme des observateurs ou simplement se retirer du problème et cesser de le remarquer, en prétendant qu'il n'existe pas, ou qu'il se résoudra tout seul. Le temps nous convainc du contraire, il ne va pas se résoudre. À l'inverse, il ne va qu'empirer.

Personnellement, je l'ai senti de manière très distincte l'année dernière, quand, en novembre 2016, un citoyen ukrainien, Vadim Chekhovsky, s'est adressé à nous afin que nous l'aidions. Je suis le président d'une petite organisation qui unit les gens de la ville ukrainienne de Kharkov vivant en Russie, et Vadim est mon compatriote, qui, en mars 2015, a été kidnappé par des combattants du bataillon nationaliste Azov. Vadim a passé trois mois au secret, sans que ses proches le sachent, il a été gardé dans des prisons improvisées, régulièrement battu, mis dans un tel état qu'il avait urgemment besoin d'une opération, qui a finalement été faite secrètement sans respecter aucune des procédures officielles.

La chose la plus terrible, c'est lorsque vos proches souffrent avec vous et que vous ne pouvez pas les aider, sauf à accepter les conditions qui vous sont proposées. Quand Vadim a refusé de reconnaître les accusations de possession d'armes et d'appartenance à une organisation « terroriste », les employés des Services de Sécurité Ukrainiens (SBU) ont enlevé la femme de Vadim et ont commencé à la frapper violemment dans la salle d'interrogatoire mitoyenne, et « l'interrogatoire » a continué ainsi jusqu'à ce que Vadim accepte de signer les papiers nécessaires. Ni Vadim ni sa femme n'ont été officiellement accusés durant toute leur détention, la permission de la cour pour les arrêter n'a pas été reçue, presque tous les droits de l'homme et les normes de procédures légales ont été violés.

En conséquence, Vadim a été amené devant la cours seulement trois mois après sa première arrestation, complètement brisé moralement et physiquement, il a été intimidé et obligé de renoncer à son avocat. La cour a condamné Vadim à un an de prison en colonie pénitentiaire stricte. Une sentence très étrange, pour un « dangereux terroriste ». Les preuves présentées étaient si faibles que le juge a compris le fond réel de l'affaire et n'a simplement pas voulu prendre la responsabilité de la décision de tuer une personne innocente. Malheureusement, aujourd'hui, la situation en Ukraine est telle que le tribunal est obligé de faire des compromis avec les organismes d'application de la loi et de prendre de telles décisions qui seraient acceptables pour les Services de Sécurité Ukrainiens (SBU).

À l'automne 2016, Vadim est sorti de prison et a décidé de raconter tout ce qui lui est arrivé, ainsi que les histoires de ceux qu'il avait rencontrés en prison, de raconter les histoires de ceux qui étaient comme lui, prisonniers politiques. Vadim a écrit le texte, et a tourné un message vidéo dans lequel il a raconté son histoire, dans l'espoir que cela aiderait à attirer l'attention sur la situation qui s'est développée en Ukraine, et que cela améliorerait le sort de ceux qui sont encore dans les prisons ukrainiennes.

Lorsque Vadim nous a montré sa vidéo et nous a demandé de l'aider à transmettre cette informations aux organisations de défense des droits de l'homme, de faire un rapport sur ces personnes qui sont toujours dans les donjons ukrainiens , nous étions immédiatement d'accord et avons d'abord écrit plusieurs lettres officielles aux principales organisations occidentales de défense des droits de l'homme comme Amnesty International et Human Rights Watch.

Les lettres ont été envoyées à la fois aux adresses e-mail officielles indiquées sur les sites internet de ces organisations, et par courrier papier à l'adresse physique. Nous étions convaincus que nous pourrions établir un dialogue et mettre en place un travail conjoint efficace.

Surtout après qu'en juin 2016, l'assistant du secrétaire général des Nations Unies, Ivan Šimonović ait accusé les Services de Sécurité Ukrainiens de mener des « détentions massives de personnes soutenant l'insurrection qui a lieu dans le pays et leur infligent systématiquement des tortures. Cela a lieu dans cinq centres secrets ». Lorsque le SBU n'a pas laissé la commission de l'ONU entrer dans ses installations, interrompant de fait le voyage d'inspection, la commission spéciale de l'ONU avait alors démonstrativement quitté l'Ukraine. Par la suite, l'ONU et Amnesty International ont publié des rapports sur les violations systématiques des droits de l'homme et les traitements cruels des prisonniers en Ukraine.

Dans notre lettre, nous demandions d'inclure le cas de Vadim dans la liste des affaires sur lesquelles enquêter en terme de violations des droits de l'homme, d'examiner la liste de personnes qui étaient toujours en prison, beaucoup d'entre eux étaient emprisonnés à cette épique sans qu'aucune accusation officielle n'ait été présenté. Comme Vadim, ils avaient simplement été enlevés. Nous leur demandions d'aller voir les prisonniers, de les prendre sous leur autorité et leur protection.

Lettre à Amnesty International

Lettre à Amnesty International

Quelle fut notre surprise de faire face à un mépris total. Nous n'avons reçu aucune réponse. La seule que nous ayons reçue venait de la boîte e-mail du bureau de Human Rights Watch à Paris, et qui venait d'un robot de réponse automatique nous disant que notre demande avait été enregistrée et que nous serions recontactés dès que possible.

Nous avons attendus jusqu'à la fin de 2016, mais personne ne nous a contacté. À la fin de l'année, nous avons téléphoné aux principaux bureaux de AI et HRW et avons essayé de découvrir quel sort avait été réservé à nos demandes. On nous a répondu qu'ils n'avaient reçu aucune lettre de notre part et nous ont demandé de les envoyer à nouveau.

En février 2017, nous avons complété et mis à jour les informations et avons soumis à nouveau nos demandes aux adresses indiquées, mais avons fait face au même problème - un mépris total. Seulement cette fois, nous avons reçu une réponse automatique de la branche londonienne d'AI, dans laquelle on nous disait que notre demande avait été acceptée et prise en considération.

Nous avons décidé de nous assurer que notre demande avait réellement été reçue, et avons appelé le numéro indiqué dans la lettre. On nous a répondu que nos lettres avaient été reçues et que l'on nous recontacterai pour clarifier les détails. Nous avons surtout demandé de prêter attention à la liste de personnes, qui, d'après nos informations sont toujours en prison et sont dans un état incertain. Nous étions prêts à aider à établir les contacts avec les proches et les avocats des autres prisonniers. Néanmoins, après cet appel, personne ne nous a contacté.

Par la suite, nous avons essayé d'établir des relations avec la branche ukrainienne d'Amnesty International et le bureau de Moscou de Human Rights Watch, mais à chaque fois, l'effet était absolument identique. Les employés avec qui nous parlions refusaient même d'écrire une réponse officielle disant qu'ils avaient reçu une lettre de notre part, et que le cas de Vadim Chekhovsky avait été ajouté à la liste des cas à traiter, son numéro d'enregistrement et au moins un délai approximatif pour sa prise en considération.

De même, en juin 2017, nous avons envoyé la même requête au groupe ukrainien de Helsinki pour les droits de l'homme, où l'on nous a formellement répondu par lettre qu'ils avaient pris note de l'information que nous avions fournie, mais que, malheureusement, ils ne pouvaient pas nous aider, car le cas relève de la juridiction du bureau du procureur général ukrainien, et que seul lui pouvait donner une évaluation légale des événements qui avaient eu lieu. Néanmoins, dans la même lettre, le juriste de l'organisation a écrit franchement qu'il doutait que les « exécutants » soient amenés devant la justice.

Lettre du groupe Helsinki

Lettre du groupe Helsinki

D'accord. Donc que devrions-nous faire dans une situation dans laquelle toutes les organisations de défense des droits de l'homme que nous connaissons sont, en fait, impuissantes et inutiles ? Dans le même temps, il faut rappeler que ce sont des grosses structures internationales et respectées, que dire alors des organisations régionales basées sur des volontaires ? La question clef est de savoir si ces organisations de défense des droits de l'homme ne peuvent réellement rien faire, ou simplement, si pour certaines raisons, par exemple des raisons politiques, elles ont décidé de prendre leurs distances avec ce genre de problèmes ?

Par conséquent, en juillet 2017, conformément aux instructions, nous avons formalisé et adressé une plainte officielle au Comité contre la torture de l'ONU et au Comité des droits de l'homme de l'ONU. On nous a dit que nous serions contactés quelques mois après avoir étudié les circonstances et les détails de la plainte. Maintenant, nous attendons des commentaires. Bien sûr, pour la plupart des prisonniers, que nous avons mentionnés dans les listes, c'est juste du temps perdu et la situation de chacun d'entre eux a déjà changé plusieurs fois.

Si nous revenons au début, combien de conflits avons nous réellement réussi à résoudre récemment dans le cadre des organisations internationales globales ? Est-ce que le droit international marche réellement, est-il devenu un instrument dans les mains de politiciens qui préfèrent interpréter la loi et les droits de l'homme d'une manière politiquement avantageuse pour eux ? L'Ukraine et la situation qui a pris forme là-bas n'est qu'un exemple éclatant du problème global qui se voit en Europe. Et peu importe que le problème soit celui des réfugiés venant d'Afrique, ou un nombre croissant de conflits régionaux. Nous devons reconsidérer nos idées habituelles, abandonner les mythes politiques qui nous sont imposés dans beaucoup de médias, et faire clairement la distinction entre la propagande politique et les événements réels.

Respectueusement,
Président de l'organisation publique
“Kharkov compatriote Kharkov Sloboda”
Alexeï Loukyanov
Lukyanov@kharkovchane.ru

Source : http://kharkovec.livejournal.com/366.html

Traduction par Christelle Néant


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9 réactions à cet article    


  • VivreenRussie VivreenRussie 16 septembre 12:31

    Sur le site de HRW il y a ceci :


    21/07/2016

    15/09/2017

    ------------------
    Donc HRW n’est pas complètement sourd et aveugle mais il y a un sacré décalage entre la liste publié par cette association de Kharkov et eux avec juste 1 personne en 2017...

    • Christelle Néant Christelle Néant 16 septembre 13:24

      @VivreenRussie
      Non ils publient des rapports, mais il n’y a aucun battage médiatique autour comme on a pu le voir sur d’autres dossiers récents. Ce qui fait que ces rapports n’ont aucune incidence. Et comme tu le signale il y a un décalage énorme entre le nombre de faits et ce qui est rapporté dans ces rapports. Cela revient à minimiser les crimes de Kiev...


    • Alex Alex 16 septembre 15:16

      @Christelle Néant


      Donc, le problème est essentiellement le manque de battage médiatique autour de ces rapports. Le titre de l’article suggérait autre chose. 

    • Christelle Néant Christelle Néant 16 septembre 15:26

      @Alex
      Encore une fois vous tronquez les choses. Ces organisations ont mis des années à admettre ce qui se passe en Ukraine, alors qu’elles avaient les preuves sous les yeux. Ensuite elles minimisent ces faits en passant sous silence un grand nombre de cas comme celui de Vadim. Enfin, quand elles publient des rapports elles le font très discrètement. C’est un tout qui montre leur manque de volonté évident de faire leur travail. Elles sont donc effectivement inutiles, car elles sont financées par des gens qui ont des intérêts qui ne sont pas ceux du peuple ukrainien qui subit toutes ces horreurs.


    • zygzornifle zygzornifle 16 septembre 13:52

      Ces organisations ne servent qu’a faire vivre leurs nombreux cadres très bien payés .....


      • Dom66 Dom66 16 septembre 17:31

        Bonjour Christelle Néant,

        Absent depuis un bon bout de temps d’AV (Vacances en Crimée) je revient pour encore, vous remercier pour vos articles, j’ai vu que l’on parlait (en bien) de vous dans les colonnes de sputniknews...  https://fr.sputniknews.com/international/201709051032925042-donbass-ukraine-journaliste-francaise/

        Bravo pour votre boulot.

        Pour cet article qu’une seul chose à dire pour ceux qui suivent ce qu’il ce passe dans le monde

        c’est : "Amnesty International ou Human Rights Watch ne sont que des instruments au service de la politique américaine entre autre".

        Bonne continuation.

        Dom


        • Christelle Néant Christelle Néant 16 septembre 21:09

          @Dom66
          Merci pour vos encouragements smiley


        • VivreenRussie VivreenRussie 17 septembre 08:55

          @Dom66, A l’occasion il serait intéressant d’avoir un petit retour de « vos vacances en Crimée »,

          En lisant la presse française je me demande :
          - combien de kgs de nourriture avez vous emmené avec vous pour survivre ?
          - comment avez vous passé tous ces check points de l’armée d’occupation ?
          - pas trop difficile de rester cloîtré dans sa chambre d’hotel sans liberté de mouvement ?
          - « l’ambiance » doit être morose en Crimée après 3 ans d’occupation ?
          ...


        • VivreenRussie VivreenRussie 17 septembre 10:39

          Un nouvel arrivant parle de la Crimée, son arrivée est récente, 6 mois, il dresse un premier « bilan » :

          (c’est en russe)

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