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La France et l’Allemagne boycottent une réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU sur les accords de Minsk

Le 2 décembre 2020, le Conseil de Sécurité de l’ONU s’est réuni selon la Formule Arria, sur le thème «  Mise en œuvre du Paquet de mesures de Minsk de 2015 pour régler la situation en Ukraine : un an après le sommet de Paris au Format Normandie ». Lors de cette réunion de l’ONU devant discuter de l’état de la mise en œuvre des accords de Minsk, les représentants de la RPD et de la RPL (Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk), Natalia Nikonorova et Vladislav Deïnego, ont assisté à l’événement, mais l’Ukraine, la France et l’Allemagne l’ont boycotté purement et simplement. Une décision d’autant plus honteuse de la part de ceux qui sont les garants occidentaux des accords de Minsk.

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Cette réunion a été retransmise en direct sur la chaîne YouTube de la représentation russe à l’ONU, car les Occidentaux ont tout fait pour empêcher l’organisation puis la rediffusion de l’événement sur la chaîne officielle de l’ONU, bien que cette réunion soit officielle et organisée selon la Formule Arria. La Russie a dès lors déclaré que selon le principe de réciprocité elle s’opposera aussi à la diffusion de leurs réunions au Format Arria.

Voir l’enregistrement de la réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU selon la Formule Arria (en anglais) :

Le représentant permanent de la Russie à l’ONU, Vassili Nebenzia, a introduit l’événement en dénonçant les tentatives de Kiev de faire croire que la seule réelle plateforme de négociation est le Format Normandie et non celle de Minsk. Une nouvelle tentative de l’Ukraine d’éviter de devoir négocier directement avec la RPD et la RPL, et de faire croire à son fantasme de guerre avec la Russie en n’acceptant de ne négocier qu’avec elle, ce qui est une violation totale des accords de Minsk.

Comme l’a rappelé Mr Nebenzia, le Format Normandie ne peut se substituer à la plateforme de négociation de Minsk, car le seul but de ce format est d’évaluer les progrès faits dans les discussions entre l’Ukraine, la RPD et la RPL.

Le représentant permanent de la Russie à l’ONU a ensuite expliqué avoir envoyé une lettre à son homologue ukrainien, afin qu’il y ait quelqu’un pour représenter Kiev lors de la réunion. Mais il n’y a jamais eu de réponse à cette lettre.

L’on pourrait se dire que cette réaction est logique du point de vue du narratif officiel ukrainien. Mais là où cela devient choquant, c’est lorsqu’on apprend que la France et l’Allemagne ont tout fait pour empêcher cette réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU sur les accords de Minsk, à laquelle participent la RPD et la RPL, d’avoir lieu sous le prétexte farfelu que cette réunion ne respecte pas le Format Normandie !!! Et faute d’arriver à faire annuler la réunion, ils ont décidé de la boycotter purement et simplement.

«  Nous sommes particulièrement consternés par les efforts de nos collègues français et allemands – ils étaient invités comme participants – pour boycotter cette réunion sous le prétexte ridicule que le format de la réunion ne correspond pas au Format Normandie. De plus, nous savons qu’ils ont travaillé sans relâche auprès des délégations [des autres pays – NDLR] pour les dissuader de participer. Non seulement c’est honteux, mais cela va également à l’encontre de la pratique du Conseil de Sécurité, où les réunions de la formule Arria ne sont pas bloquées ou sabotées, quel que soit le sujet, » a déclaré Vassili Nebenzia.

« Qui en bénéficie ? Qu’obtiennent Paris et Berlin en essayant de « faire taire » les gens du Donbass, d’empêcher la diffusion sur le site de l’ONU d’informations véridiques, qui ne sont ni édulcorées ni perverties pour plaire à Kiev sur ce qui se passe dans le processus d’application des accords de Minsk ? Et comment cela se conjugue-t-il avec leur image de « justiciers » et de défenseurs de la liberté d’expression ? Comment peut-on ne pas se souvenir de l’existence de ce deux poids deux mesures, il est difficile de trouver un exemple plus flagrant ! », a écrit la représentation permanente de la Russie auprès de l’ONU sur sa chaîne Telegram.

Cette attitude destructrice de la part des garants occidentaux des accords de Minsk a aussi été durement commenté par la représentation de la RPD au sein du CCCC (Centre Conjoint de Contrôle et de Coordination du cessez-le-feu).

« Cette politique [visant à empêcher la diffusion et l’archivage de la réunion sur le site de l’ONU – NDLR] illustre parfaitement la véritable attitude de la France et de l’Allemagne concernant la situation dans le Donbass. Le monde entier a vu qu’en fait ces « garants » des accords de Minsk ne font que contribuer au fait que les habitants du Donbass ne sont pas entendus, et la vérité sur le processus de négociation, la mise en œuvre des accords dans le cadre de la plateforme de Minsk et la situation réelle sur la ligne de contact est une fois de plus cachée ou déformée pour plaire au véritable agresseur dans ce conflit – l’Ukraine », a déclaré la représentation de la RPD au sein du CCCC.

Ce lobbying des délégations françaises et allemandes a porté en partie ses fruits, puisque les délégations occidentales ont décidé d’ignorer l’invitation à participer à cette réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU à propos des accords de Minsk.

Une attitude qui a amené le représentant russe à demander : «  Pourquoi ont-ils si peur d’écouter ou de parler aux personnes qui représentent le Donbass ?  ».

Comme il le rappelle ensuite, tant Natalia Nikonoroa que Vladislav Deïnego, sont des êtres humains, et ils méritent d’être au moins écoutés. Il demande ensuite à ses collègues occidentaux pourquoi ils leur renient le droit de parler et de faire savoir ce qui se passe dans le Donbass.

Pour lui il est clair que ses collègues ont peur d’entendre la vérité sur ce qui se passe réellement dans le Donbass, et sur ce qui a provoqué l’éclatement de la guerre. Il est plus simple de se boucher les yeux et les oreilles que de voir la réalité.

Un boycott qui rappelle le blocage qui avait eu lieu le 30 octobre 2018, lorsque la présidente de la Commission électorale centrale de la République Populaire de Lougansk, Elena Kravtchenko avait été empêchée de venir représenter les républiques populaires du Donbass lors d’une réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU dédiée justement aux élections en RPD et en RPL. Décidément il semble que la vérité dérange à l’ONU. Un comble pour une institution qui prétend défendre la paix dans le monde. Car sans savoir la vérité, comment empêcher les guerres ?

La conclusion tirée par Vassili Nebenzia de cette gabegie, énoncée à la fin de son discours d’introduction, et formulée de manière beaucoup plus crue et sans fard sur la chaîne Telegram de la représentation russe à l’ONU, est que l’attitude de la France et de l’Allemagne concernant cette réunion a prouvé qu’il n’y a rien à attendre d’eux en tant que garants des accords de Minsk. Et l’avenir des réunions au Format Normandie est lui aussi sévèrement remis en question.

«  Quant aux Allemands et aux Français, ils ont montré leur vrai visage dans cette situation de la manière la plus éloquente possible. Ils ne se soucient pas du processus de Minsk, ni des habitants du Donbass, ni de la population russophone d’Ukraine dans son ensemble. Il leur suffit de prémunir leurs « protégés » de Kiev de la vérité, de soutenir à tout prix leurs affirmations infondées sur la tristement célèbre « agression russe » (au fait, nous en parlerons aussi). Ils ne sont pas des médiateurs et il n’y a rien à attendre d’eux, maintenant c’est devenu absolument évident. Les masques sont tombés, messieurs ! La question est de savoir si le Format Normandie survivra à un tel coup. Après tout, ils peuvent se réunir et fantasmer sur la situation en Ukraine sans nous. Et ils n’ont pas besoin de la vérité ni d’un véritable règlement !  » a conclu la représentation russe au sein de l’ONU.

La vérité dont la France et l’Allemagne ont tenté de protéger l’Ukraine à l’ONU, a été clairement énoncée par Natalia Nikonorova, la ministre des Affaires étrangères et représentante de la RPD à Minsk. Elle a raconté comment la guerre a éclaté après le vote par la Rada d’une loi retirant à la langue russe son statut de langue régionale, parlé du massacre d’Odessa, et des statistiques de l’ONU montrant que 80 % des victimes civiles du conflit dues aux bombardements et tirs se trouvent sur le territoire de la RPD et de la RPL (c’est-à-dire que ce sont des victimes des tirs de l’armée ukrainienne).

Elle a ensuite dressé un bilan de la mise en œuvre des accords de Minsk, dont aucun point n’a été pleinement implémenté, expliquant comment l’Ukraine a saboté les différents accords signés.

Vladislav Deïnego, le ministre des Affaires étrangères et représentant de la RPL à Minsk, a ensuite détaillé comment la guerre a éclaté, le début du conflit dans le Donbass, et les bombardements de l’aviation ukrainienne contre les zones résidentielles (dont le fameux bombardement aérien de Lougansk en juin 2014).

Il a ensuite été suivi par un discours de Mikhaïl Pogrebinski, directeur et fondateur du Centre d’Études Politiques et de Résolution de Conflits de Kiev. Ce dernier, s’est dit mal à l’aise d’être d’une certaine façon le seul représentant de l’Ukraine dans cette réunion à cause du boycott de cette dernière par Kiev. Il a dressé un historique des différents documents constituant le Paquet de mesures de Minsk et tenté d’expliquer pourquoi leur mise en œuvre est bloquée afin d’aider à faire redémarrer les négociations.

Comme Vassili Nebenzia, je considère que non seulement le boycott de cette réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU par la France et l’Allemagne est une honte totale, mais cela montre clairement que ces pays sont totalement inutiles en tant que garants des accords de Minsk.

Leur réaction face à cette réunion encourage Kiev dans son attitude destructrice consistant à refuser de négocier avec la RPD et la RPL (puisqu’ils refusent eux-mêmes de les écouter), alors que les accords de Minsk disent clairement que le conflit doit être résolu via des négociations entre l’Ukraine et les représentants des deux républiques (appelés dans le document représentants « de certains districts des régions de Donetsk et de Lougansk  »).

Les masques sont tombés, montrant que la France et l’Allemagne n’en ont strictement rien à faire de la mise en œuvre des accords de Minsk, et la Russie en vient même à envisager de mettre fin aux réunions au Format Normandie, puisque tout cela ne sert à rien.

L’Ukraine a déjà totalement saboté les accords de Minsk (qui ne sont officiellement en vie que parce que personne ne veut signer l’acte de décès), et aujourd’hui la France et l’Allemagne ont saboté le Format Normandie. Il ne reste donc plus que les faux-semblants diplomatiques visant à faire croire qu’il existe encore un processus de paix pour empêcher une nouvelle escalade du conflit dans le Donbass. Tout cela grâce à l’incompétence et à l’incurie des deux garants occidentaux des accords de Minsk, qui ont montré toute leur inutilité et leur nullité diplomatique.

Christelle Néant

Voir l'article sur Donbass Insider


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6 réactions à cet article    


  • samy Levrai samy Levrai 3 décembre 2020 10:06

    Comment des pays qui ne sont pas souverains peuvent ils offrir une quelconque crédibilité diplomatique ou démocratique ? 


    • Guy19550 Guy19550 4 décembre 2020 00:20

      Ce sera dur de se regarder en face après un coup pareil.

      Qu’on en finisse, envoyez les cigares et en ce qui me concerne, Berlin peut devenir une ville morte à partir de Kalingrad dans les prochaines heures, c’est pas moi qui vais m’y opposer.

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