• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > International > La maoïsation rampante de Xi Dada

La maoïsation rampante de Xi Dada

« La Chine est devenue la deuxième plus grande puissance économique du monde grâce à trente-huit années de réformes et d’ouverture. (…). La Chine a, ces dernières années, réussi à s’engager dans une voie de développement qui lui convient, en s’appuyant à la fois sur la sagesse de sa civilisation et sur les pratiques des autres pays de l’Est et de l’Ouest. En explorant ce chemin, la Chine refuse de rester insensible à l’évolution des temps et de suivre aveuglément les pas des autres. » (Xi Jinping, à Davos le 17 janvier 2017).

_yartiXiJinping2018B01

Une décision annoncée ce dimanche 25 février 2018 a renforcé l’impression que le régime de Xi Dada se maoïse de plus en plus.

Xi Dada, c’est-à-dire, Tonton Xi, est le surnom de Xi Jinping, le maître de la Chine communiste depuis le 15 novembre 2012. Il s’est fait renouveler son mandat de Secrétaire Général du Parti communiste chinois (PCC) et de Président de la Commission militaire centrale du PCC le 25 octobre 2017 au 19e congrès du PCC. En outre, il a été élu Président de la République populaire de Chine le 14 mars 2013 et devrait être réélu dans quelques jours pour un second mandat de cinq ans.

Selon quelques indiscrétions diffusées par le "South China Morning Post" en décembre 2017, Wang Qishan (69 ans), proche de Xi Jinping, maire de Pékin de 2003 à 2007, Vice-Premier Ministre du 15 mars 2008 au 14 mars 2013, qui a supervisé la lutte contre la corruption de novembre 2012 à octobre 2017 à la tête de la stratégique Commission centrale pour l’inspection disciplinaire et qui a pris sa retraite à cause de son âge, pourrait être désigné Vice-Président de la République en mars 2018. C’est normalement un poste honorifique, mais qui parfois, dans le passé, fut aussi une fonction essentielle pour renforcer le pouvoir du chef.

Arrivé au pouvoir il y a une dizaine d’années, parmi la cinquième génération des dirigeants communistes chinois, et issu des "princes rouges", Xi Jinping (64 ans) est en train de renouer de plus en plus avec le culte de la personnalité qui avait cours à l’époque de Mao Tsé-Toung, dont il a célébré avec faste le 120e anniversaire de la naissance en 2013 (2 milliards d’euros furent dépensés à cette occasion). Tout est fait dans la presse et la télévision pour laisser croire que Xi Jinping serait l’équivalent de Mao et de Deng Xiaoping dans l’imaginaire populaire.



Xi Jinping a rapidement renforcé son pouvoir tant dans l’appareil du parti que dans la société chinoise, en particulier en renforçant la censure sur Internet et en réprimant les journalistes susceptibles de s’opposer au gouvernement. Il a aussi fait une purge dans l’armée dans son combat contre la corruption (en 2014, il a limogé 72 000 cadres militaires dont 16 généraux). Le 6e plénum du 18e comité central a même décerné à Xi Jinping, le 30 octobre 2016, le titre de "cœur du parti" dont seuls avaient été qualifiés Mao et Deng.

Par ailleurs, la doctrine politique de Xi Jinping, sa « pensée du socialisme aux caractéristiques chinoises de la nouvelle ère », a été intégrée dans la charte du PCC le 24 octobre 2017, par un amendement constitutionnel adopté à l’unanimité des 2 300 délégués. Ainsi, la pensée de Xi côtoie très officiellement dans les "textes sacrés" la pensée de Mao et la théorie de Deng (cette dernière intégrée seulement après la mort de Deng). Elle correspond à un guide moral et politique pour le pays, confirmant la suprématie du parti sur l’armée et la société.

Cette inscription est importante car cela signifie que sa pensée fera partie des programmes scolaires. Bill Bishop, du journal "Sinocism China", a résumé cette importance : « Avec son nom dans la charte du parti, la question de sa succession ne se pose pratiquement plus. Car aussi longtemps qu’il sera en vie, il restera celui qui prendra in fine les décisions. Cette inscription est là pour signifier à l’ensemble du PCC la suprématie de Xi Jinping. » ("Le Vif", le 24 octobre 2017). En clair, il est le dieu vivant du communisme chinois.

Au bout de cinq ans, Xi Jinping a ainsi acquis la même stature morale que Mao : « Cela conférera à Xi une autorité extraordinaire (…). Il aura un statut similaire à celui de Grand timonier, qu’avait Mao », selon Willy Lam, politologue à l’Université chinoise de Hong Kong et auteur d’une biographie de Xi Jinping en 2015 (AFP, le 24 octobre 2017). Le parti communiste chinois compte 89 millions de membres !

_yartiXiJinping2018B02

Le "South China Morning Post" du 23 août 2014 a rappelé qu’en une vingtaine de mois, Xi Jinping a réussi à acquérir bien plus de pouvoir que ses deux prédécesseurs directs, Jiang Zemin et Hu Jintao, en particulier en présidant lui-même de nombreux comités stratégiques sur la défense, la sécurité, les affaires étrangères, la politique économique, etc. : « Contrairement à ses deux prédécesseurs issus de milieux modestes, Xi est le descendant d’un membre de l’élite chinoise. Son père, Xi Zhongxun, était un révolutionnaire avec Mao qui a aidé Deng à mener ses réformes économiques. Ce pedigree a apporté la confiance et le respect de Xi parmi les élites dirigeantes. » (23 août 2014). Xi Zhonxun avait d’ailleurs échappé de justesse au peloton d’exécution en septembre 1935 (bien avant la naissance du futur chef de la Chine communiste), contesté par certaines factions communistes mais sauvé par Mao.

Zhiqun Zhu, directeur de l’Institut de Chine à l’Université Bucknell (USA) a constaté : « D’un côté, [Xi] semble être engagé dans la voie des réformes ; de l’autre, il semble parfois très conservateur, insistant sur la ligne du parti et maintenant la censure et le contrôle idéologique. ». L’historien du parti Zhang Lifan a affirmé de son côté qu’il y a « un effort continu pour construire, au fil du temps, l’image d’un grand leader après Mao et Deng » (cités par le "South China Morning Post").

_yartiXiJinping2018B05

Lorsque le 24 octobre 2017 dans la grande salle du Palais du peuple à Pékin, Xi Jinping a présenté à la télévision, au monde entier, les six autres membres du comité permanent du bureau politique du parti communiste chinois (seul, le Premier Ministre Li Keqiang, numéro deux, en était un membre sortant, avec Xi), tout le monde a compris qu’il n’avait mis en avant aucun "héritier" potentiel pour lui succéder en 2022 après ce second mandat, comme lui-même, Xi Jinping, avait été associé à la direction du parti dès 2007, pour "se préparer" à succéder à Hu Jintao.

Or, l’absence de préparation à la succession peut avoir un sens : Xi Jinping n’entendrait pas prendre sa retraite en 2022. Et c’est pourquoi l’annonce le 25 février 2018 d’une réforme majeure conforte l’idée que Xi Jinping entend rester longtemps au pouvoir. Le comité central du PCC se réunit du 26 au 28 février 2018 et va faire formellement la proposition.

Il s’agit de faire voter le 5 mars 2018, lors de la session annuelle du Congrès national du Peuple, la suppression de l’impossibilité d’exercer plus de deux mandats de cinq ans à la Présidence de la République. Cette limitation avait été appliquée après Deng Xiaoping pour les deux derniers prédécesseurs, Jiang Zemin et Hu Jintao, dont l’immobilisme a été critiqué car ils étaient souvent dans les luttes d’appareil et de factions. Xi Jinping veut s’affranchir de cela en s’accaparant tous les pouvoirs.

Cette limitation avait été introduite très récemment en France par Nicolas Sarkozy lors de la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, à la suite des deux très longues Présidences de François Mitterrand (quatorze ans) et Jacques Chirac (douze ans).

En voulant la supprimer, Xi Jinping imite ainsi Hugo Chavez qui l’avait aussi supprimée en 2009 (par référendum) pour pouvoir se maintenir longtemps au pouvoir.

En Russie aussi, la limitation à deux mandats successifs est la règle constitutionnelle, mais Vladimir Poutine a été plus habile : tout en maintenant la règle, qui aurait dû ne lui laisser que huit ans de pouvoir (comme ses homologues américains), Poutine va pouvoir y rester au moins pendant vingt-quatre ans, entre 2000 et 2024 ! Pourquoi ? Parce qu’il a choisi d’être Premier Ministre pendant le mandat qui lui était interdit, entre 2008 et 2012, en plaçant un pseudo-"homme de paille", Dmitri Medvedev, et surtout, en allongeant en décembre 2008 la durée du mandat présidentiel de quatre à six ans. Sa probable réélection le 18 mars 2018 (il avait annoncé sa candidature le 6 décembre 2017) montrera que le contournement de ce genre de mesure est possible, dans la plus parfaite légalité constitutionnelle.

_yartiXiJinping2018B03

Xi Jinping n’a cependant pas cette finesse politique car il n’en a pas les moyens. Au contraire de Vladimir Poutine, qui profite d’une absence d’opposition politique, il a, au sein du PCC, des responsables qui seraient capables de prendre sa place et son pouvoir. C’est pourquoi, minutieusement et efficacement, Xi Jinping a sans arrêt renforcé son pouvoir et sa propagande. Une étude avait montré que dans les journaux chinois, son nom apparaissait aussi souvent que celui de Mao quand ce dernier était au pouvoir, et bien plus fréquemment que lors des mandats de ses deux prédécesseurs.

Selon Willy Lam, cela signifie finalement que Xi Jinping est devenu « empereur à vie » ("New York Times", le 25 février 2018).

La Chine, pays hyper-sélectif et élitiste, est l’exemple caricatural d’un despotisme éclairé, dans le sens du Siècle des Lumières. La question reste entière : tout ce pouvoir, pour quoi faire ? pour emmener la Chine et les Chinois vers quel objectif ? Devenir la première puissance économique du monde ? Faire émerger une véritable classe moyenne ? Remplacer les États-Unis comme premier gendarme du monde ?…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 février 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Avis de Présidence à vie ?
Double mandat successif dans le monde.
Poutine, maître de la Russie jusqu’en 2024 ?
Révision constitutionnelle russe de 2008.
Révision constitutionnelle française de 2008.
La maoïsation de Xi Jinping.
Zhou Enlai.
La diplomatie du panda.
Xi Jinping et la mondialisation.
La Chine à Davos.
Deng Xiaoping.
Wang Guangmei.
Mao Tsé-Toung.
Tiananmen.
Hu Yaobang.
Le 14e dalaï-lama.
Chine, de l'émergence à l'émargement.
Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du parti.
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?
La justice chinoise.

_yartiXiJinping2018B06


Moyenne des avis sur cet article :  1.59/5   (27 votes)




Réagissez à l'article

14 réactions à cet article    


  • roman_garev 27 février 12:01

    1) L’auteur s’abstient soigneusement d’une comparaison (pourtant logique) au règne de Mme Merkel qui semble s’éterniser et à celui, plus de 31 an, du chef du Singapore Lee Kuan Yew. Pourquoi ? mais parce que ces deux sont du camp de l’auteur...


    2) L’auteur se permet d’humilier l’ex-Président et le Premier ministre actuel de la Russie Dmitry Medvedev en l’appelant « un pseudo-homme de paille », et en sa personne, d’humilier tout son gouvernement et la Russie en général. Monsieur semble se croire à l’abri de la justice...

    • pipiou2 27 février 13:24

      @roman_garev
      Dire que Medvedev est petit ce n’est pas l’humilier, c’est dire la vérité.
      Dire que Medvedev était un homme de paille c’est la vérité, et il faut que Roman ferme les yeux très fort pour continuer à ne rien voir ...


    • roman_garev 27 février 13:58

      @pipiou2

      En tout cas, pas plus petit que ceux qui dirigent les pays de l’Occident...
      Si vous croyez que Poutine à lui seul ait pu faire de la Russie, pillée et écrasée, presque morte sous Eltsine et ses amis des USA, ce qu’elle est aujourd’hui, c’est grave, il est grand temps de crier aux infirmiers..

    • amiaplacidus amiaplacidus 27 février 16:06

      @roman_garev
      31 ans pour Singapour, vous êtes modeste roman_garev. Singapour, c’est tout simplement une dictature.

      Depuis l’indépendance il n’y a eu que 3 premiers ministres (c’est eux qui ont l’exclusivité du pourvoir. Le premier Lee Kuan Yew de 1965 à 1990, le suivant Goh Chok Tong issu d’une famille amie, de 1990 à 2004 et enfin, le fils de Lee Kuan Yew, Lee Hsien Loong dès 2004.

      Mais comme c’est une dictature dans « le bon camp », on n’en parle pas trop.


    • Dom66 Dom66 27 février 16:19

      @roman_garev

      Absent d’AV depuis un bout de temps avec entre autre un petit voyage dans une région de toute beauté « La Crimée » me voici de retour, et heureux de vous retrouver « Roman_garev »


      Ce n’est pas tous les pays qui ont la chance d’avoir un Poutine aux commandes…..

      C’est ça qui rend nos bons pays donneur de leçons malade.


      C’est vrai que nous avons, et avons eu en occident des grands hommes comme G.W Bush, Oboana, Hollandouille et maintenant Marcon et Trump. Boris Johnson etc..


      Très bonne remarque sur le pillage de la Russie par l’ivrogne Eltsine.


      Xi Jinping n’est pas une marionnette et les USA le savent et là aussi ça les rend malade.


    • V_Parlier V_Parlier 28 février 10:07

      @Dom66
      Je pense que ça ne le rend même pas malade. Il nous relaye simplement des articles hautement prévisibles et parfaitement conformes au Decodex. Et je suppose qu’il fait ça très tranquillement...


    • Eric F Eric F 28 février 10:21

      i@roman_garev
      Ce n’est pas humilier Poutine que de mettre au contraire en lumière son habileté, comme le fait l’article. Le tour de passe passe avec Medvedev en swappant à deux reprises les rôles de président et de premier ministre est un subterfuge qui ne trompe personne, mais permet de respecter la forme constitutionnelle. De toutes façons sa popularité est très largement assurée dans le pays.

      Le leader chinois a choisi une autre approche, mais il n’a pas besoin de ménager les apparences démocratiques dans un régime qui reste de parti unique. La stabilité politique et l’essor économique consolident de toute façon sa position.


    • roman_garev 27 février 12:50

      l’auteur

      « La question reste entière : tout ce pouvoir, pour quoi faire ? »
      Inutile de vous poser cette question sur une civilisation multimillénaire que vous (ainsi que les « pseudo-hommes de paille », selon votre lexique, de l’Occident, qui se croient « maîtres du Monde ») n’êtes même pas capables d’appréhender, tant elle dépasse votre imagination. Idem pour la Russie... Attendez quelques décennies, on vous mettra devant le fait accompli (si vous survivez sous les hordes des « refugiés » que vous avez créées vous-mêmes). 

      • Dom66 Dom66 27 février 16:45

        @roman_garev
        « si vous survivez sous les hordes des « refugiés » que vous avez créées vous-mêmes »
        Bien dit  smiley.


      • Parrhesia Parrhesia 28 février 09:02
        >>> La Chine est devenue la deuxième plus grande puissance économique du monde grâce à trente-huit années de réformes et d’ouverture. (…).<<<

        Ce qu’il ne faut pas entendre !!!

        Que l’auteur aille donc vérifier si la Chine a bien ouvert ses frontières à l’importation de produits ou d’idées qu’elle n’a pas elle-même préalablement et sévèrement sélectionnées !
        Que l’auteur aille donc essayer d’acheter l’aéroport chinois le plus proche des équivalents chinois d’Aeds/Airbus comme c’est le cas à Toulouse !!!
        Il s’agit seulement d’une ouverture chinoise dans le sens « export » vers les pays tiers.

        Et je me permettrai d’ajouter que sur ce point « aussi », la Chine a bien raison !!!

        • Eric F Eric F 28 février 10:31

          @Parrhesia
          Le terme « ouverture » s’oppose à ’« isolement » ou « autarcie », pour autant l’idéologie reste bien tenue en main, le dirigisme économique subsiste en grande partie, et le protectionnisme reste prépondérant.


        • covadonga*722 covadonga*722 28 février 09:35

          bof , a nos portes a Bruxelles la canaille Junger vient bien de coopter son porte serviette qui prendras sa place .Ces apparatchiks Bruxellois n’ayant reçu mandat de personnes et ne risquant pas le 10e

          de ce que ce dirigeant chinois a risqué pour survivre aux purges et autre soubresauts qui secouent régulièrement l’appareil politique chinois.
          Les dirigeants Russes et Chinois sont ce qu’ils sont et cela regarde leur peuple respectifs , pour ma part il m’apparaît qu’ils veillent aux intérêts bien compris de leur peuple ce qui les rends foutrement plus légitimes que nos serviles députés ayant bradé les pouvoirs régaliens de la France a la racaille
          Bruxelloise..
          Asinus : ne varietur

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès