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La monarchie saoudienne est-elle prête à rétablir ses relations avec le Qatar ?

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Le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman (MBS) et l’émir du Qatar Tamim Ben Hamad Al Thani

 

​Les sélections de football saoudienne et émiratie ont participé en décembre dernier à la « Coupe du Golfe arabe », un tournoi régional au Qatar qui pourrait conduire à un assouplissement de la politique hostile saoudienne envers le Qatar. En effet, depuis juin 2017, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar. Les autorités saoudiennes et émiraties ont imposé des sanctions économiques ainsi qu’un blocus terrestre, maritime et aérien pour contraindre le Qatar à rompre ses relations étroites avec certains groupes terroristes comme Al-Qaïda et l’organisation État islamique (EI) et à rompre ses relations diplomatiques avec le régime iranien.
 
La rupture des relations diplomatiques entre le Qatar et l’axe Riyad-Abou Dhabi visait à rétablir la suprématie de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis sur la péninsule Arabique et le Moyen-Orient dans son ensemble. Depuis 2009, la politique étrangère du Qatar vise à faire de l’émirat un acteur régional dynamique dans lequel les autorités qataries ont été particulièrement actives dans le soutien politique et financier aux représentants politiques proches des Frères musulmans, notamment le président égyptien Mohamed Morsi de 2012 à 2013 et le chef du parti islamiste tunisien d’Ennahda Rachid Ghannouchi. 
 
Il faut reconnaître que cette crise du Golfe n’a fait que renforcer les relations du Qatar avec la Turquie et l’Iran. Il convient de noter que la part des échanges commerciaux entre de l’Iran et le Qatar a été estimée à 250 millions de dollars en 2017. De même, la part des échanges commerciaux entre le Qatar et la Turquie a été estimée à 2,4 milliards de dollars en 2018. Il est possible que les fractures géopolitiques puissent entraver la capacité de l’Arabie saoudite à atteindre ses objectifs de réforme économique dans le cadre de Vision 2030.


Renforcer la stabilité régionale 
 
L’instabilité géopolitique et sécuritaire dans le golfe Persique et la péninsule Arabique semblent avoir incité les autorités saoudiennes à chercher à renforcer la stabilité régionale. En 2019, les rebelles Houthis, une milice yéménite proche du régime iranien, ont déployé une attaque de drone sur un oléoduc saoudien et ont attaqué des sites pétroliers saoudiens. De même, ce mois-ci, les Gardiens de la révolution avaient menacé de frapper les alliés des États-Unis, dont l’Arabie saoudite, en représailles à la mort du général iranien Qassem Soleimani, alors que la monarchie saoudienne avait appelé les États-Unis et l’Iran à la retenue. L’instabilité sécuritaire dans le golfe Persique et la péninsule Arabique sont, aux yeux du prince héritier Mohammed Ben Salman (MBS) un enjeu majeur, qui pourrait ternir sa capacité à attirer des investisseurs étrangers pour acheter des actions dans la société nationale saoudienne d’hydrocarbures, Aramco, afin d’utiliser les bénéfices pour diversifier l’économie saoudienne. Il est à noter qu’à la suite de l’assassinat de Soleimani, la valeur de la part de marché d’Aramco a chuté de plus de 2%. La monarchie saoudienne souhaite donc améliorer ses relations avec les rebelles Houthis et assouplir ses relations avec le Qatar afin de désamorcer l’instabilité régionale et d’accroître la confiance des investisseurs étrangers pour investir dans Aramco.
Photo
MBS, Al-Thani et MBZ (Mohammed Ben Zayed, prince héritier d’Abu Dhabi)


Négociations en cours
 
Les gestes d’apaisement diplomatiques entre l’Arabie saoudite et le Qatar se multiplient depuis les attaques contre les sites pétroliers d’Aramco. Ce développement est devenu évident lorsque le ministre des Affaires étrangères du Qatar, Mohammed Ben Abdelrahman Al Thani, s’est rendu à Riyad en octobre dernier et lorsque le Premier ministre qatari, Abdallah Ben Khalifa Al Thani, y a été accueilli par le souverain saoudien en personne, le roi Salman, avec lequel il a échangé sourires et plaisanteries en décembre dernier. Lors de la précédente réunion des Chefs d’État du Conseil de coopération du Golfe (CCG), en mai dernier à la Mecque, le chef du gouvernement qatari avait eu droit à une réception glaciale. 
 
 
Les différences stratégiques peuvent être un obstacle
 
L’Arabie saoudite et ses alliés émiratis ont des intérêts stratégiques contraires à ceux du Qatar. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis méprisent le fait que le Qatar entretienne des relations étroites avec la Turquie en matière de défense. Ankara dispose d’une base militaire à Doha où sont stationnés 5000 soldats turcs. La Turquie a également ouvert un centre de simulation d’hélicoptères pour aider le gouvernement qatari à former des pilotes d’hélicoptères. De plus, les intérêts de l’axe Riyad-Abou Dhabi sont en opposition avec ceux d’Ankara-Doha dans le conflit libyen. Le Qatar et la Turquie s’appuient sur le Premier ministre du gouvernement d’union nationale (GNA) Fayez Al-Sarraj et ses milices alliées contre les forces du maréchal et commandant en chef de l’Armée nationale libyenne Khalifa Haftar. Ces questions stratégiques peuvent donc constituer un obstacle à un rapprochement entre le Qatar et ses voisins régionaux. 
 
 
Le rôle de l’Europe ?

La crise persistante entre le Qatar et l’axe Riyad-Abou Dhabi est une opportunité pour l’Europe de s’impliquer plus profondément dans la résolution de la crise. Dans ce dossier, l’Élysée pourrait s’impliquer davantage dans la médiation de la crise. La France a de bonnes relations avec le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Cependant, les Émirats arabes unis sont viscéralement opposés à un rapprochement diplomatique entre l’Arabie saoudite et le Qatar. Il est apparent que les Émirats arabes unis soient intervenus auprès de Riyad pour freiner le processus de rapprochement avec le Qatar. Mohammed Ben Zayed (MBZ) est particulièrement réticent en raison des relations étroites du Qatar avec des groupes et des individus se réclamant de l’islam politique. En ce sens, la France, qui entretient des relations étroites dans les domaines du commerce, de la défense, de la politique et de la culture avec les Émirats arabes unis, ne facilitera pas un rapprochement entre le Qatar et l’Arabie saoudite compte tenu de la réticence du prince héritier d’Abou Dhabi. Il convient de noter que la France dispose à Abou Dhabi de trois bases militaires qui sont au cœur de la lutte contre le terrorisme au Moyen-Orient. Ainsi, la crise diplomatique du Golfe ne peut être résolue sans le consentement du prince héritier d’Abou Dhabi.


Kareem Salem, le 23 janvier 2020.
 
www.geopolitique-profonde.com

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4 réactions à cet article    


  • nenecologue nenecologue 23 janvier 14:14

    tant que la quatar pourra verser ses bakchich aux dirigeants du monde, l’arabie saoudite devra plier. Mais quand la manne gazière s’arrêtera ...


    • zygzornifle zygzornifle 24 janvier 09:33

      Cela fait beaucoup d’anus a lé...r par nos politiques .... 


      • Eric F Eric F 24 janvier 10:37

        La France effectue une valse à trois temps avec chacune de ces monarchies pétrolières. Même en froid avec ses voisins, le Qatar reste un « partenaire » important pour la France, il fait partie de l’organisation de la francophonie (sic !), et a des parts dans de grands groupes français. Bref, il va falloir ménager le meunier, son fils et l’âne.


        • Xovkipeu2 Xovkipeu2 24 janvier 10:59

          Leurs réseaux met en place pour eux des tonnes de chose en Europe. ils financent tout. Et permettent d’imposer leur politique agressive à l’étranger en leur faveur.

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