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Accueil du site > Actualités > International > La MONUSCO en RD Congo : la valse des représentants

La MONUSCO en RD Congo : la valse des représentants

  1. INTRODUCTION

Le Secrétaire général de l’ONU, Monsieur Antonio GUTTERES, vient de nommer à la tête de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation en République Démocratique du Congo (MONUSCO), une femme, juriste de formation, de nationalité algérienne, Madame Leïla ZERROUGUI, qui prendra ses fonctions en février 2018, en remplacement de Monsieur MAMAN SIDIKOU, de nationalité nigérienne, arrivé, en principe, à fin mandat.

Il nous est apparu intéressant de faire un essai d’analyse sur ce changement intervenu, son importance ou son impact, dans le cas précisément de la RDC, d’autant qu’avec ce changement, la MONUSCO aura connu en dix-huit années d’existence, 6 responsables.

Dans ce travail, nous voulons justement tenter de faire le point sur ce qu’a été le travail abattu par cette structure pratiquement après 18 ans d’existence, alors que la situation politique, humanitaire et sécuritaire actuelle bat de l’aile et semble même se dégrader au vu de certains indicateurs et rapports[1].

Ainsi, après un bref rappel historique et une analyse de son évolution, son rôle et ses objectifs, les failles et difficultés rencontrées, nous allons relever quelques évènements importants que le pays a connus, notamment le dossier de la milice « Kamuina Nsapu » au Kasaï, avec l’assassinat de deux experts de l’ONU et de leur 4 accompagnateurs congolais et tout récemment, le meurtre des 14 casques bleus tanzaniens faisant partie de la Brigade d’intervention de la MONUSCO, sans oublier la prolifération des milices et groupes armés à l’Est et qui rendent complexes la situation politique, sécuritaire et humanitaire au Congo.

Et ceci, en ne perdant pas de vue les engagements pris par la RDC, sur le plan international, dans le cadre de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba du 24 février 2013, pour la paix, la sécurité et la coopération signé par 11 pays[2] de la région et la communauté internationale, d’autant que le pays s’approche des grandes échéances électorales, qui doivent assurer, pour la première fois depuis son indépendance en 1960, la première alternance démocratique. Même sur le plan national, les problèmes d’interprétation persistent sur les 2 Accords signés entre la Majorité présidentielle et l’Opposition, respectivement en octobre et décembre 2017.

Enfin, à la conclusion, nous essayerons de mettre en évidence l’application d’un principe du « capitalisme du désastre » (Naomi KLEIN, 2008), où désastres et crises sont utilisés, de manière délibérée et sans vergogne, par celui-ci pour appliquer la « thérapie de choc » dans un pays, généralement au détriment des populations qui subissent les conséquences. C’est notamment dans le cas de la RD Congo.

 

  1. BREF RAPPEL HISTORIQUE ET EVOLUTION DE LA MONUSCO

La Mission des Nations Unies en RD Congo est de l’avis de tous, la plus onéreuse avec un budget de plus d’un milliard de dollar et un effectif actuel estimé à environ 16.000 hommes. A l’origine, composée uniquement de 90 officiers militaires de liaison avec quelques civils, la Mission d’Observation des Nations Unies au Congo (MONUC) comptait dès le 24 février 2000, suite à la résolution 1291, un total de 5.537 militaires. Pour rappel, la première mission de l’ONU au Congo date du 15 juillet 1960 et s’appelait l’Opération des Nations Unies au Congo, ONUC[3] en sigle. La MONUSCO est donc la deuxième 39 ans après !

La MONUSCO, par contre, a été mise en place par la résolution 1279 du Conseil de sécurité du 30 novembre 1999 et s’appelait à sa création, la MONUC, dont l’objectif a connu un processus évolutif au gré des événements politiques importants qui ont émaillé la vie ce pays. La résolution 1925 du 28 mai 2010, transforma la MONUC en MONUSCO ou la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en République Démocratique du Congo avec des objectifs beaucoup plus étendus.

Comme pour son objectif, l’effectif de la MONUSCO aussi fut revu à la hausse avec la survenance des problèmes sur le terrain, notamment la rébellion du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) en avril 2004 dans l'Est de la RDC, suivie de celle du Mouvement du 23 mars, « M23 » en mai 2012, soit 8 ans après. Soulignons à cet effet, que si le premier mouvement rebelle a occupé et mis à sac la ville de Bukavu en avril 2004, la seconde, par contre, a occupé celle de Goma, du 20 novembre 2012 au 27 novembre 2012, soit 7 jours durant. Ces deux événements ont valu à la MONUSCO un sérieux discrédit auprès de la population congolaise.

Aussi, le Conseil de Sécurité, tenant compte de toutes ces situations, a pris des résolutions, dont celle qui a mis sur pied l’Accord-cadre d’Addis-Abeba du 24 février 2013, entre la RD Congo, les 11 Etats de la région et la communauté internationale, qui soumet toutes les parties prenantes à un certain nombre d’engagements afin de mettre fin à la crise politico-militaire que connait le Congo depuis les années 1990.

En outre, afin de mieux venir en appui aux Forces armées congolaises dans leurs opérations de traque des forces négatives, l’ONU procéda, après la requalification des objectifs de la MONUSCO, à la création d’une Brigade d'intervention (résolution 2098). Celle-ci devait être intégrée à la mission de manière à effectuer des fonctions d’imposition de la paix consistant à empêcher l’expansion des groupes armés dans l'Est, à les neutraliser et à les désarmer et de créer ainsi les conditions propices d’une stabilité durable[4]. Cette Brigade est composée des troupes sud-africaines, malawites et tanzaniennes, pays membres de la SADC (Communauté économique des Etats d’Afrique australe).

Depuis, il faut reconnaitre que les foyers de tension subsistent toujours, dont le Kivu constitue le principal foyer, plus particulièrement dans le territoire de Beni, dans le Nord-Kivu, où l’on assiste à des tueries à répétition attribuée, plus de 700 morts en 2017, la plupart du temps, aux rebelles ougandais de l’ADF/NALU et ce, malgré la présence de l’armée congolaise. D’ailleurs, ces tueries récurrentes sont devenues l’objet des tensions sociales entre l’armée et la population civile qui se sent complétement abandonnée. Et le récent massacre des 14 casques bleus tanzaniens, au début de l’année 2018, dans la même région n’est pas de nature à calmer les esprits et encore moins, à rendre saine les relations déjà tumultueuses, voire tendues entre l’ONU et le gouvernement congolais.

 

  1. EVOLUTION DE L’EFFECTIF

L’effectif de la MONUSCO était de 19.815 soldats, 760 observateurs militaires, 391 fonctionnaires de police et 1050 membres d’unités de police constituées en 2010.

Ainsi, de 5.537 militaires à la création en 1999, l’effectif est passé à 19.815 en 2010, soit près de 4 fois l’effectif de départ, comme l’indique le tableau 1, ci-dessous :

Tableau 1 : Evolution de l’effectif de la MONUSCO (1999-2017)

Désignation

1999

2002

2003

2004

2010-2017

Observations

1.

Effectif militaires de la MONUSCO

5.537

8.700

10.800

16.700

19.815

Le chiffre donné ne concerne que les hommes de troupe.

Source : données du GRIP

Pendant sa mission, la MONUSCO a eu recours en urgence (résolution 1484) au soutien de la force multinationale intérimaire européenne, appelée « Artemis », de 1.800 hommes, en Ituri, ayant de réelles capacités d’engager le combat si nécessaire afin de faire face à certaines opérations ponctuelles, du 12 juin au 1er septembre 2003, lors de ce qu’on peut appeler les « massacres de l’Ituri »[5] avec en toile fond, la création de la « république de l’Ituri[6] ». Elle a aussi bénéficié des services de l’EUFOR (Forces de l’Union européenne), d’avril à novembre 2006, en vue d’assurer la sécurité de la ville de Kinshasa pendant et après les élections.

L’évolution des effectifs de la MONUSCO a été souvent fonction de certains événements majeurs qui ont nécessité la révision de ceux-ci en vue de parer à certaines éventualités et de minimiser les risques de menaces ou d’attaque émanant des milices ou groupes armés.

En 2002, ses effectifs sont passés de 5.537 à 8.700 hommes suite à ce qu’on appela jadis la « guerre » de l’Ituri, pour monter ensuite à 10.800 hommes en 2003 et 16.700 en 2004, avec la rébellion du CNDP. Enfin, ses effectifs vont atteindre 19.815 hommes, avec la rébellion du M23 en 2009 et depuis, ceux-ci ne vont pas varier de manière sensible, sauf qu’en 2010, environ 2000 hommes avaient été rapatriés. On estime, ses effectifs actuels aux alentours de 16.000 hommes.

L’objectif premier est celui : d’assurer la protection des civils se trouvant sous la menace imminente de violences physiques, limitée à la zone de déploiement de ses bataillons d’infanterie. Sur le terrain, celui-ci a montré ses limites et force était de constater que le Conseil de sécurité s’est attelé, au fil des ans, d’adapter cet objectif en fonction de la survenance des nouveaux paramètres dans la crise politique, sécuritaire et humanitaire que connait la RD Congo depuis deux décennies.

Ainsi, la MONUSCO fut déployée au lendemain du 50ème anniversaire de l'indépendance congolaise en 2010, afin d’achever les opérations militaires en cours dans les 2 Kivu et dans l’ancienne Province Orientale, et de réduire ainsi le plus possible la menace que constituent les groupes armés et de rétablir la stabilité dans les zones sensibles. L’année 2010 a aussi coïncidé avec la mise en place d’une Brigade d’intervention chargé de venir en appui aux Forces armées congolaises (FARDC), comme relevé ci-haut. Signalons que le mandat actuel de la MONUSCO va jusqu’au 18 avril 2018 et qu’il a été renouvelé encore pour une année depuis fin mars.

 

  1. ROLE DE LA MONUSCO

Xavier ZEEBROEK, Marc MEMIER et Pamphile SEBAHARA du Groupe de recherche sur la paix et la sécurité (GRIP)[7], dans leur étude, distinguaient, à l’époque, 4 phases dans l’évolution du rôle de la MONUSCO, de 2000 à 2011, à savoir :

  1. 2000-2003 : Négociations et retrait des troupes étrangères ;
  2. 2003-2006 : Transition et élections ;
  3. 2006-2008 : Paralysie et affrontements ;
  4. 2009-2011 : Pacification forcée et stratégie de sortie.

Toutes ces phases ont été à la base de la requalification ou de l’adaptation des objectifs de la Mission des Nations Unies au fil des ans de telle sorte que ses objectifs se sont diversifiés et étendus.

De manière sommaire, les objectifs de la MONUSCO peuvent se décliner de la manière suivante[8] :

a) La protection des civils, du personnel humanitaire et du personnel et des installations des Nations unies ;

b) La sécurité du territoire de la RDC ;

c) Le Désarmement et démobilisation des groupes armés étrangers et congolais (notamment dissuader le recours à la force qui menacerait le processus politique, appuyer les opérations conduites par les FARDC et désarmer les groupes armés locaux et étrangers récalcitrants en vue d’assurer leur participation au processus DDR et DDRRR) ;

d) La Réforme du secteur de sécurité (notamment, assurer une formation de base aux FARDC dans le domaine des droits de l’homme et développer les capacités de la Police nationale) ;

e) Le Renforcement des institutions nationales, provinciales, régionales et locales (notamment le système judiciaire et pénitentiaire et la justice transitionnelle).

Dans la pratique, la réalisation de ses objectifs pose problèmes car des divergences subsistent, suite à des nombreux malentendus et incompréhensions entre les autorités congolaises et la MONUSCO, dans l’approche et dans la méthodologie d’exécution ainsi que dans l’interprétation du mandat de cette dernière[9].

 

  1. COMPLEXITE ET VOLATILITE DE LA SITUATION

Or, depuis 2011, d’autres événements se sont encore produits, à portée tant nationale qu’internationale, qui ont eu à impacter sur ces objectifs et qui ont conduit forcément et certainement les responsables de l’ONU à procéder à des ajustements ou encore, à diligenter des enquêtes sur ceux-ci, notamment ceux relatifs aux crimes de guerre, aux crimes contre l’humanité et aux violations des droits de l’homme.

Au nombre de ces événements, on peut citer, sans pour autant être exhaustif :

  1. les élections contestées de 2011 et son cortège de problèmes suscités qui ont eu pour effet la brouille et la détérioration des relations entre le gouvernement et l’opposition qui, selon elle, avait remporté haut la main ces élections d’une part, et d’autre part, entre le gouvernement congolais et la communauté internationale, qui a dénoncé, quant à elle, le manque de transparence de ces élections ;
  2. l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération signé par 11 pays de la région, le 24 février 2013, à Addis-Abeba marque un tournant décisif dans le rétablissement de la paix et la reconstruction de l’Est de la RDC avec ses 6 engagements pour la RDC, qui sont :
  • Continuer et approfondir la réforme du secteur de la sécurité, en particulier en ce qui concerne l’armée et la police ;
  • Consolider l’autorité de l’Etat, en particulier à l’Est de la RDC, compris en empêchant les groupes armés de déstabiliser les pays voisins ;
  • Effectuer des progrès en ce qui concerne la décentralisation ;
  • Promouvoir le développement économique, y compris au sujet de l’expansion des infrastructures et de la fourniture de services sociaux de base ;
  • Promouvoir la réforme structurelle des institutions de l’Etat, compris la réforme des finances ; et
  • Promouvoir les objectifs de réconciliation nationale, de tolérance et de démocratisation.
  1. Les Concertations nationales qui ont été organisées du 7 septembre au 5 octobre 2013, à Kinshasa, où 5 groupes thématiques (Gouvernance, démocratie et réformes institutionnelles ; Economie, secteur productif et finances publiques ; Désarmement, démobilisation, réintégration sociale et/ou rapatriement des groupes armés ; Conflits communautaires, paix et réconciliation nationale ; et Décentralisation et renforcement de l’autorité de l’Etat) ont travaillé et ont fait des recommandations, et toutes ces recommandations peuvent être résumées en deux mots : les efforts à faire pour ouvrir l’espace démocratique et la décrispation politique ;
  2. Les travaux sur le « processus de New Deal » en RD Congo, de 2012 à 2015, pour la détermination du « spectre de la Fragilité » pour certains Etats sortis des conflits et qui avaient du mal à atteindre les Objectifs du Millénaire du Développement (OMD) en 2015 et donc, défavorisés par rapport aux autres pays ; processus mis au point par les pays du G7+[10], groupe de pays en proie à un conflit, créé en 2008 et agrée à Dili (Timor Leste) en avril 2010, dont la RDC et la France furent parmi les pays membres co-fondateurs ;
  3. La persistance des foyers des conflits à l’Est avec les milices nationales et les milices étrangères[11] nonobstant la présence de la MONUSCO et des Forces armées congolaises ;
  4. Les deux Dialogues organisés, respectivement à la Cité de l’OUA, sous les auspices de l’Union africaine (UA), en octobre 2016, et celui de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) du 31 décembre 2016, avec des résultats mitigés ;
  5. Le report sine die des élections prévues en décembre 2016, conformément à la constitution, lesquelles devaient assurer la première alternance politique en RDC ;
  6. Les conflits entre les Bantous (Luba) et les Pygmées (Twa) dans l’actuelle province de Tanganyika, qui se limitent pour le moment à des affrontements sporadiques, malgré les médiations et autres séances de réconciliation communautaire ;
  7. La rébellion de « Kamuina nsapu » au Kasaï, avec les fosses communes trouvées et autres atrocités commises ainsi que l’assassinat des deux experts de l’ONU et de leurs quatre accompagnateurs congolais, dont on ne parle pratiquement pas ou peu, et que l’on doit songer à indemniser les familles, sans compter plus d’un million de déplacés internes et des centaines de millier de réfugiés ;
  8. Le refus devenu pratiquement systématique pour le pouvoir de reconnaitre le droit à manifester pour l’Opposition depuis les dernières manifestations du 16 et du 17 septembre 2016, violemment réprimées par les forces de l’ordre ;
  9. Le meurtre des 14 casques bleus tanzaniens dans la région de Beni au Nord-Kivu ;
  10. La répression sanglante de la marche des chrétiens catholiques respectivement du 31 décembre 2017[12] et du 21 janvier 2018, marches qui ont fait plusieurs morts.

Certains de ces événements sus évoqués ont fait l’objet des réunions du Conseil de sécurité des Nations Unies et des résolutions ont été prises. Il va sans dire que ces évènements font craindre à plus d’un observateur que la consolidation de la paix et le renforcement de l’Etat (le processus de New Deal et l’Accord cadre d’Addis-Abeba) ainsi que la marche vers la démocratie en RDC, semblent être sérieusement compromis et que la résilience du pays (qui est sa capacité à résister à certains chocs) demeure toujours fragile[13]. Et ce d’autant que l’Est de la RDC (le Kivu, l’ancienne Province Orientale et l’ex-province du Katanga) est devenu le théâtre des guerres récurrentes et donc, une zone d’instabilité chronique et permanente dont le Kivu[14] est devenu l’épicentre, comme dit précédemment, et que par ailleurs, cette situation est consécutive à la déliquescence de l’Etat, selon Georges BERGHEZAN, chercheur au GRIP.

 

  1. NEW DEAL OU LE SPECTRE DE LA FRAGILITE

Cette thèse sur la déliquescence de l’Etat a été relevée dans les conclusions des consultants nationaux lors des travaux qui ont eu lieu en RDC, de 2012 à 2015, sur le « processus de New Deal en RDC », organisés conjointement par le PNUD (Programme de Nations Unies pour le Développement) et le Ministère du Plan et Révolution de la Modernité, avec la participation de la société civile, des partenaires techniques et financiers (PTF) et les groupes sectoriels. Un rapport national a été produit à l’issue de ces travaux[15] par une équipe de 5 consultants nationaux[16].

Le New Deal pour l’engagement international dans les Etats fragiles est un processus d’auto-évaluation de ces pays sur la voie de la résilience basé sur les 5 piliers ou PSG (PeaceBuilding and StateBuilding Goals) suivants : Pilier 1 : Politique inclusive ; Pilier 2 : Justice ; Pilier 3 : Sécurité ; Pilier 4 : Fondements économiques ; Pilier 5 : Revenus et services. Cette évaluation se fait au travers de la Matrice de Fragilité, que chaque pays élabore et qui va permettre à ce dernier de se situer sur la voie de la résilience moyennant une cotation pour chaque pilier. Cette Matrice contient une échelle de cotation à 5 niveaux ou phases comme repris au tableau 2 ci-dessous. A l’époque, c’est à dire en 2015, les conclusions des travaux attribuaient généralement la cote 2 à tous les 5 piliers de la Matrice, qui est la phase de reconstruction et de réforme.

Ces travaux rapportés au contexte actuel caractérisé par la volatilité de la situation sécuritaire, humanitaire et politico-sociale, il est évident que la cotation du pays descendrait d’un cran et la RDC serait sûrement alignée dans la phase 1, qui est la phase de crise. Et cela équivaudrait, ni plus ni moins, à une régression du pays sur l’échelle de la Matrice de Fragilité, alors que certains progrès notables étaient enregistrés de l’avis des nombreux participants et experts à l’époque.

Tableau 2 : 5 phases de la Matrice de fragilité

Niveau

Phase

1

Phase de crise

2

Phase de reconstruction et de réforme

3

Phase de transition

4

Phase de transformation

5

Phase de résilience

D’après le G7+[17], un état de fragilité pourrait s’entendre « comme étant une période dans la vie d’une nation où le développement socio-économique durable nécessite de mettre davantage l’accent sur des mesures complémentaires de consolidation de la paix et de renforcement de l'État : développement des règlements politiques, de la sécurité, de la justice, des emplois, de la gestion saine des ressources, et de la fourniture responsable et équitable des services ». Tandis que la résilience désigne la « capacité des institutions sociales à absorber les chocs et les difficultés internes et externes auxquels elles sont susceptibles d’être confrontées. La fragilité implique donc que la consolidation de la nation, la sûreté, la sécurité et le bien-être de ses citoyens sont exposés à un risque de rechute dans la crise ou dans les conflits violents. Ce risque se réduit progressivement au fur et à mesure que les institutions développent la capacité nécessaire pour faire face au type de menaces auquel elles sont exposées ».

Ces travaux de New Deal ont été aussi organisés dans les 6 provinces suivantes, prises comme échantillon, selon l’ancienne configuration de 11 provinces : Equateur, Kongo central, Kasaï oriental, Katanga, Nord-Kivu et Province orientale. Enfin, ces travaux ont été enrichis et mis à jour en 2017 par une équipe de consultants nationaux[18] recrutés par le PNUD.

La mise en œuvre du New Deal au Congo se heurte à plusieurs défis de taille. Certes, des progrès ont été réalisés, comme dit précédemment, notamment dans l’articulation entre le New Deal et l’Accord cadre d’Addis-Abeba, l’intégration du New Deal dans les différents documents programmatiques du pays mais les défis à relever restent encore énormes, parmi lesquels il y a : son appropriation politique par le gouvernement, la traduction et la diffusion de la Matrice de Fragilité dans les 4 langues nationales (Kikongo, Lingala, Tshiluba et Swahili), pour ne citer que ceux-là. 

Dans le monde, le rapport de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) de 2015 sur les « Etats de Fragilité », estime à une cinquantaine le nombre de pays fragiles dans le monde, et fait la relation entre fragilité et pauvreté. D’ailleurs, ce rapport va encore plus loin en donnant une dimension universelle à la notion de fragilité étant entendu que celle-ci peut concerner tous les pays, pas seulement ceux qui sont classiquement considérés comme « fragiles » ou touchés par un conflit.

 

  1. LA NEBULEUSE DES MILICES ET LEUR SOUS-TRAITANCE

Les milices nationales ou locales sont généralement des milices communautaires ou à caractère ethnique, dont le rôle premier est de défendre les intérêts de la communauté, face aux assauts répétés ou aux agressions d’autres milices ethniques. Mais cela ne les empêchent pas de faire comme les « autres » milices et autres groupes armés, c’est à dire, de procéder à l’exploitation illégale des ressources naturelles, au contrôle des carrés miniers et au racket de la population civile par la perception de certaines taxes et autres redevances pour s’autofinancer. Cela peut aller jusqu’à la confiscation pure et simple des produits vivriers et autres biens des paisibles citoyens comme par exemple leur cheptel. Pour certains[19], ces milices et autres groupes armés pratiquent souvent et régulièrement du banditisme pur et simple.

En outre, entre ces différentes milices, il y a des alliances qui se font et se défont au gré des intérêts ou des circonstances, et qui font que certaines milices sont soit, écrasées et absorbées par d’autres parce que mieux organisées et plus puissantes, soit, éclatées en deux ou plusieurs groupes, suite aux divergences qui surgissent entre responsables. Même dans les alliances qui se créent, on a constaté des alliances qu’on qualifierait de « contre nature » entre certains ennemis d’hier et que certains rapports, font même état de l’utilisation de certaines milices par les Forces de sécurité congolaises comme forces supplétives. D’autres milices ou groupes armés nationaux défaits, préfèrent se rendre purement et simplement aux autorités nationales pour être intégrés au sein des Forces armées de la RDC (FARDC).

Mais, on assiste parfois aussi à certaines alliances qu’on pourrait qualifier de « croisées » entre les milices nationales et certains groupes étrangers, dont la motivation première est de contrer ou d’anéantir certaines velléités ou ambitions d’autres groupes rivaux, en vue d’arriver à avoir le contrôle des concessions minières et l’exploitation illégale des ressources naturelles ainsi que des débouchés pour écouler les produis de la contre bande moyennant contrepartie ou commissions.

 Tableau 3 : Milices locales 

Nom

Origine

Observations

1.

Front de défense du Congo (FDC)

NORD KIVU

 

2.

Maï-Maï « Raïa MUTOMBOKI » 

SUD KIVU

 

3.

Forces de résistance patriotiques en ITURI (FRPI) 

 

ITURI

 

4.

Maï-Maï Gédéon Kata Katanga

KATANGA

 

5.

l’Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS)

NORD KIVU

 

6.

Maï-Maï « YACUTUMBA » (Forces armées alléluia)

SUD KIVU

Cette milice a, en plus, des revendications politiques et a noué des alliances avec certains groupes armés burundais.

7.

Nduma Defence for Congo (Maï-Maï “SHEKA”) 

NORD KIVU

 

8.

Maï-Maï « MAZEMBE »

NORD KIVU

 

9.

Maï-Maï « Corps du Christ »

NORD KIVU

 

10.

Maï-Maï « NYATURA »

NORD KIVU

 

 

Les rivalités entre les milices locales trouvent leurs origines sur le plan historique depuis la colonisation, dans les relations intercommunautaires déjà difficiles à l’époque, et que les guerres du Congo et l’absence de l’Etat dans certaines parties du pays ont encore rendu beaucoup plus complexes.

De manière générale, ces rivalités sont souvent l’œuvre de certains hommes politiques en mal de positionnement qui cherchent à tirer les dividendes ou encore, par certains leaders d’opinions. Cette pratique a valu à bon nombre d’entre eux d’occuper des hautes fonctions, tant civiles que militaires, au niveau du pays. La certitude procède du fait que les différentes guerres de l’Est ont plus attisé les rivalités, les haines et les ressentiments interethniques, et plus cela dure, plus le fossé sera grand et profond dans les relations intercommunautaires.

A cela, il faut ajouter l’implication des pays voisins de la RDC nommément cités par plusieurs rapports et l’immixtion des multinationales dans ces guerres du Congo qui utilisent les milices et autres groupes armés, comme intermédiaires, pour assurer l’exploitation des minerais rares et stratégiques ainsi que le contrôle des mines[20].

Ainsi, on assiste désormais à la privatisation de la guerre dans la mesure où les différentes milices congolaises fonctionnent comme des sous-traitants des multinationales, qui n’auront plus à intervenir, de bout en bout, sur la chaine de production en confiant les fonctions d’extraction des minerais aux milices. C’est la nouvelle forme d’exploitation capitaliste qui consiste à externaliser certaines fonctions jugées « non-essentielles » de l’entreprise, c’est à dire, les confier à des sous-traitants, comme l’a si bien souligné Naomi KLEIN[21], dans son ouvrage quand elle parle du concept nouveau d’ « entreprise sans usine », qui est une pure et récente création du capitalisme moderne.

De la même manière que les milices et autres groupes armés sont utilisés comme sous-traitants, il en est de même pour certains pays qui servent désormais de sous-traitants du capitalisme moderne avec à la clé, les retombées de ce commerce juteux de nouveau type pour ces derniers, du moins pour leurs dirigeants.

Parmi les groupes armés étrangers qui opèrent en RDC, les principaux sont :

Tableau 4 : Principaux groupes armés étrangers

Nom

Origine

Observations

1.

Forces démocratiques alliées e Armée nationale pour la libération de l’Ouganda (ADF/NALU)

OUGANDA

D’obédience islamiste

2.

Armée de Résistance du Seigneur (LRA)

OUGANDA

Ce groupe évolue au Congo et à l’Est de la Centrafrique. 

3.

Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR)

RWANDA

Ce groupe est établi au Congo depuis 1994, l’année du génocide rwandais, composé essentiellement d’anciens miliaires Hutus des Forces armées rwandaise.

4.

Forces nationales de libération burundaises (FNL)

 

 

 

BURUNDI

Ce groupe utilise le Congo comme base arrière pour des actions en territoire Burundais mais exploite illégalement les minerais comme les autres.

5.

SPLA (Armée populaire de libération du Soudan)

SUD SOUDAN

Fait des incursions régulières en Ituri et au Haut-Uélé.

Le tableau 4 ci-dessus démontre que les 4 principaux groupes armés proviennent des Etats qui ont toujours été cités parmi les agresseurs[22] de la RDC, à savoir : l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi, le cinquième groupe provenant du Sud-Soudan. Même les principales rébellions que le Congo a connues pendant les deux dernières décennies, à savoir : l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo), le RCD-Goma (Rassemblement congolais pour la démocratie) et ses variantes, le MLC (Mouvement pour la libération du Congo), le CNDP et le M23, ont été financées et équipées par ces 2 pays voisins de la RDC (Rwanda et Ouganda) et qui leur ont toujours servi de base arrière.

Tous ces mouvements rebelles se sont convertis en parti politique et une partie de leurs troupes a intégré les FARDC et le reste a été démobilisé dans le cadre du programme de Désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR) des groupes armés congolais. Ce programme a été interrompu par les bailleurs de fonds suite à des problèmes évidents de gouvernance avec des conséquences sur certains démobilisés, dont la réinsertion sociale échoue, qui sont récupérés aussitôt après l’interruption du programme, par des nombreux milices et groupes armés qui essaiment et écument l’Est du Congo.

 

  1. 2018 : « ANNEE DE TOUS LES ENJEUX ET RISQUES » POUR LA MONUSCO 

 

  1. ROLE DE PLUS EN PLUS DIFFICILE ET MIS A MAL DE L’ACCORD-CADRE

Dans le chef de la MONUSCO, la prise en compte de ces différents événements permet à cette dernière d’opérer régulièrement des ajustements en termes d’objectifs, de stratégie et même de tactique, mais l’évolution actuelle de la situation politique, sécuritaire et humanitaire du pays, du fait de sa volatilité[23], rend encore beaucoup plus complexe et ardue la mission de l’ONU et donc par ricochet, les relations déjà tumultueuses entre cette dernière et le gouvernement congolais.

La volatilité de la situation politique et sécuritaire de la RDC est due principalement au fameux phénomène de « glissement » c’est-à-dire, le retard délibéré pris pour que les élections prévues ne soient pas organisées dans le délai constitutionnel de décembre 2016 et ensuite, au non-respect de l’Accord du 31 décembre 2016 ou Accord de la saint-Sylvestre conclu sous les auspices de la CENCO (Conférence Episcopale Nationale du Congo), entre le gouvernement et l’opposition pour sortir le pays de la crise, selon cette dernière. En outre, toutes les institutions à mandat électif sont frappées d’illégitimité, pour la simple raison qu’elles sont hors mandat étant donné que les élections pour celles-ci n’avaient pas été organisées dans le délai conformément à la constitution.

Cette situation a engendré un certain nombre de problèmes que la MONUSCO ne cesse de dénoncer régulièrement, dans ses nombreux rapports[24] et points de presse, notamment les dérapages et dérives constatés dans la conduite des affaires du pays, avec les nombreuses violations des droits de l’homme, les exécutions sommaires et extrajudiciaires, les viols des femmes ainsi que plus récemment, la répression des marches de l’opposition conduisant ainsi à un rétrécissement systématique de l’espace démocratique, selon elle.

Ce qui est en totale contradiction avec les 6 engagements contenus dans l’Accord cadre d’Addis-Abeba, qui demeure un mécanisme essentiel à l’instauration d’une paix et d’une stabilité durables en République démocratique du Congo et dans la région, notamment dans le sixième et dernier engagement qui stipule : « Promouvoir les objectifs de réconciliation nationale, de tolérance et de démocratisation ». Cela est aussi valable pour les Etats de la région qui font montre d’un certain laxisme dans leurs engagements dans le cadre de cet Accord. Et d’ailleurs, le Conseil de sécurité dans pratiquement toutes ses résolutions ayant trait à la situation sécuritaire et humanitaire en RDC, rappelle constamment aux 11 Etats de la région, signataires de l’Accord cadre, les 7 engagements pris dont celui relatif au « respect de la souveraineté et à l’intégrité territoriale des Etats voisins ».

Il est de notoriété publique que les relations entre la MONUSCO et l’Etat congolais sont caractérisées par un climat de « méfiance réciproque », pour ne pas dire « exécrables » et pour preuves, l’expulsion du Directeur du Bureau conjoint des Nations Unies des droits de l’homme en octobre 2014 ; l’obstruction faite à l’équipe du BCNUDH de se déployer à Kinshasa, lors de la marche des chrétiens catholiques du 31 décembre 2017 et le passage à tabac de certains agents du BCNUDH, à Kinshasa, lors de la seconde marche des Laïcs catholiques du 21 janvier 2018, qui ont été rejoints, pour la circonstance, par les musulmans, les protestants et une des 2 fractions Kimbanguistes[25].

D’autres épines subsistent encore dans les relations entre la mission de l’ONU et le gouvernement congolais, notamment dans une question hautement sensible et relevant de la souveraineté de la RDC, que celle de l’Armée avec la mise à l’index de certains officiers généraux par certains rapports[26] de l’ONU ou faisant l’objet des sanctions internationales. A ce titre, elle estime qu’elle ne peut pas travailler avec ces derniers pour certaines opérations ou missions conjointes. Cette situation est due au retard pris par la réforme des services de sécurité (RSS) qui reste inachevée à ce jour et qui est pourtant contenu dans l’Accord cadre d’Addis-Abeba, avec comme conséquence majeure, pour bon nombre d’observateurs et spécialistes, la difficulté à mettre en place et à former une armée réellement républicaine, intégrée et citoyenne sans laquelle la RDC, aura du mal à sortir de son enlisement actuel.

Enfin, il y a les conditions de diminution et du retrait progressif du contingent de la MONUSCO, que le gouvernement congolais exige depuis 2008, estimant que l’Armée congolaise est à même, présentement, d’assurer la sécurité des personnes et de leurs biens ainsi que la défense de l’intégrité du territoire national, avec ses 140.000 hommes de troupes.

Cette stratégie de retrait du contingent de l’ONU, doit certainement exister, mais c’est plutôt les conditions de sa réalisation qui ne sont pas encore réunies pour une opération de telle envergure car, elle estime qu’y procéder présentement, serait suicidaire d’autant qu’elle doit se faire de manière progressive et consensuelle entre les différentes parties prenantes (gouvernement congolais-MONUSCO-communauté internationale). Et les faits récents l’ont démontré, notamment au Kasaï et à Beni par exemple, que la paix est encore loin d’être acquise.

 

  1. NOUVEAUX DOSSIERS EN INSTANCE

Toutes ces observations, nous obligent à penser que le Secrétaire général de l’ONU et le Conseil de sécurité vont devoir consacrer encore plus de temps sur la RD Congo.

Soulignons à cet effet, que le Groupe des experts, résolution 2348 (2017), sur la collecte et l’analyse des réseaux criminels qui appuient les groupes armés, dont le mandat a été prorogé jusqu’au 1er août 2018, vu les conditions extrêmement difficiles dans lesquelles ils travaillent, a déposé son rapport intérimaire le 30 décembre 2017, tandis que le rapport final est attendu pour le 15 juin 2018 au plus tard, conformément à la résolution 2360 (2017).

Ajoutons à cela, la mise en place de la Commission d’enquête sur l’assassinat de deux experts de l’ONU au Kasaï et aussi, la création d’une autre Commission d’enquête sur le cas des 14 casques bleus tanzaniens abattus, faisant suite à la demande respective de la Tanzanie et de l’ONU, constituent autant de dossiers qui risquent encore d’envenimer davantage les relations déjà tendues entre les deux parties.

Ainsi, chaque jour qui passe, apporte son cortège de nouveaux problèmes sur la stabilité du pays et donc sur la difficulté à consolider la paix surtout dans les régions ou provinces sensibles, ce qui oblige le Secrétaire général et le Conseil de sécurité d’être constamment au « chevet » de la RDC. Pour preuves, le nombre de résolutions prises sur le Congo par le Conseil de sécurité depuis 1999 jusqu’à ce jour, va au-delà d’une trentaine !

Jamais dans l’histoire de l’humanité, un conflit n’a fait autant de victimes, plus de 6 millions de morts, environ 2.718.185 de déplacés internes[27] (chiffres de 2014), des centaines de millier de femmes violées selon le Docteur Denis MUKWEGE, dans son discours au Parlement européen le 26 novembre 2014, lors de la remise du Prix Sakharov lui décerné, et environ, 500.000 réfugiés congolais dans les pays limitrophes. Il faut dire que dans ce domaine les chiffres sont différents selon les sources et bien sûr selon les périodes, car le GRIP, quant à lui, parle de 4 millions de déplacés internes, soit 5% de la population congolaise, dont 1,4 millions provenant du Kasaï, et 600.000 réfugiés dans les pays limitrophes, en août 2017[28]. A ce taux de 5% des congolais en situation forcée de « déplacés internes », donc devenus « étrangers dans leur propre pays », cela ne fait l’ombre d’aucun doute, qu’il s’agit bel et bien d’un record macabre sur le plan mondial et forcément, des sérieux et nombreux problèmes d’ordre social, humanitaire et même politique en perspectives pour le pays !

Et la communauté internationale assiste « impuissante » face à ce désastre humanitaire et humain sans pareil depuis la seconde guerre mondiale ! Même la guerre de Bosnie-Herzégovine n’avait pas fait autant de victimes et n’avait pas non plus, pris autant d’années. A sa décharge, il y a surement la proximité à l’Europe car, la même communauté internationale ne pouvait pas accepter diantre ! qu’une telle « barbarie » ait lieu en Europe et prenne plus de deux décennies ! Mais à 8.000 km de l’Europe, cela peut encore passer !

 

  1. DESIGNATION DE MADAME LEILA ZERROUGUI

La MONUSCO, depuis sa création en 1999, a connu 5 représentants spéciaux et la récente nomination de Madame Leila ZERROUGUI à la tête de celle-ci, qui prendra ses fonctions début février, en remplacement de Monsieur MAMAN SAMBA SIDIKOU, porte ce nombre à 6.

Le tableau ci-dessous, donne cette situation par ordre chronologique :

Tableau 5 : Nationalité et durée des représentants spéciaux de la MONUSCO

Nom

Nationalité

Durée du mandat

Observations

1.

Mr. KAMEL MORJANE

Algérienne

1999-2000

 

2.

Mr. William SWING

Américaine

2000-2010

10 ans de mandat !

3.

Mr. Alan DOSS

Américaine

2010-2014

 

4.

Mr. Martin KOEBLER

Allemande

2014-2015

 

5.

Mr. MAMAN SAMBA SIDIKOU

Nigérienne

2015-2017

 

6.

Mme Leila ZERROUGUI

Algérienne

2017-

 

 

TOTAL

6

 

 

Tableau fait par l’auteur.

La question qui vient naturellement à l’esprit de toute personne est celle de savoir quelle est la politique que cette charmante dame pourrait mener, qui soit différente de celle de ses prédécesseurs étant donné qu’ils servent tous la même institution ? Dans la réalité, même s’il n’y aura pas de différence majeure dans le fonctionnement, l’on croit savoir que Madame ZERROUGUI, va imposer sa marque et son empreinte dans le travail avec son approche des problèmes ainsi que dans sa méthode de travail qui sont forcément différentes compte tenu de sa personnalité, de son expérience.

Mais, dans la pratique, cette nomination peut aussi signifier que l’Occident, qui cherche toujours à rester pragmatique dans ses actions, va devoir brandir cette désignation pour démontrer aux yeux du monde que les choses ne seront plus comme avant d’autant que le mouvement féministe prend, depuis un certain temps, de plus en plus d’ampleur et de vigueur sur le plan mondial. 

Mais, quelle peut être la signification ou plutôt, l’effet recherché par cette nomination ? En premier lieu, mettre une femme à la tête de cette institution dans un pays où les femmes sont considérées comme des « moins que rien » et qu’elles sont à longueur de journée constamment violentées et utilisées souvent par les différents belligérants comme esclaves sexuelles, ne peut que constituer un signal fort aux uns et autres pour dire que désormais ces crimes seront condamnés sévèrement et que personne ne pourra plus y échapper !

En second lieu, la campagne menée actuellement en Occident, contre le harcèlement sexuel où des personnalités politiques importantes ainsi que certaines célébrités[29] du 7ème art dans le monde « tombent » et sont traduites devant la justice, doit trouver un écho en RDC en particulier et en Afrique, en général, où les femmes sont considérées comme des simples « objets » ou comme des « bêtes de somme ».

Présentée et connue, en outre, comme une femme de caractère, à l’instar de Margaret THATCHER, Madame ZERROUGUI, mettra à « profit » ce trait de sa personnalité, pour se montrer encore beaucoup plus intransigeante et ferme vis-à-vis des autorités congolaises dans ce domaine et comme dans d’autres. Il faut, en outre, s’attendre à des fortes pressions qui seront exercées, tout au long de son mandat, sur ces dernières afin de traduire les auteurs des actes de violences à l’endroit des femmes devant la justice et que les coupables soient condamnés à des peines exemplaires, quel que soit leur rang social ou les fonctions occupées.

Il va de soi que, sous cet angle, l’on peut donc craindre, pendant son mandat, que des malentendus et incompréhensions voire des frictions, se fassent jour entre le gouvernement congolais et la MONUSCO. 

En plus, ayant déjà travaillé en RDC au sein de la même organisation, en qualité d’adjointe du chef de la Mission, de 2008 à 2012, elle aura à son actif, la connaissance et la maitrise des dossiers, même les plus épineux ; elle aura, en outre, l’avantage de connaître nombre d’acteurs politiques congolais ainsi que leur façon de « traiter » certains dossiers. Ses atouts seront-ils pour autant suffisants pour faire bouger les lignes et améliorer ainsi les relations entre la MONUSCO et le gouvernement congolais ? Cette question trouvera sa réponse au terme de son mandat qui va constituer aussi son bilan.

Mais, aux yeux de la majorité de congolais comme de nombreux observateurs de la politique congolaise, le changement des animateurs de la MONUSCO, c’est le sixième, n’aura aucune importance notable sur le déroulement des événements étant donné que s’agissant de la RDC, les « dés » avaient déjà été « pipés » au départ et que de nombreux intérêts sont toujours en jeu[30].

Pour d’autres analystes, les 3 dossiers importants[31] qui l’attendent demeurent :

  1. La protection des civils qui paient un lourd tribut dans ces guerres du Congo qui ont déjà duré plus de deux décennies et continuent à faire toujours des victimes directes et indirectes ;
  2. L’accompagnement du processus politique et électoral ; là encore, les violons ne semblent pas s’accorder entre les deux parties sur un certain nombre de points, notamment sur l’application effective de l’Accord du 31 décembre 2016, que la MONUSCO juge insuffisante[32] ;
  3. La mise en œuvre de la stratégie du retrait de la MONUSCO ; sur ce point précisément et conformément à la résolution 2348 (2017), elle a réduit son effectif à 16.215 militaires contre 19.815, soit une réduction de 3.600 unités[33], en octobre 2017.

Elle aura, en outre, à négocier avec le gouvernement congolais sur les nouvelles conditions de prorogation du mandat actuel de la MONUSCO, qui prend fin le 18 avril 2018. Étant donné que les rapports entre les deux n’ont pas toujours été faciles et vu la situation politico-sécuritaire du moment avec la perspective d’organisation prochaine des élections, la résurgence de certains foyers de tension et les dénonciations de l’ONU sur la répression des marches des Laïcs catholiques et sur les violations des droits de l’homme, le risque de friction entre les deux parties devient de plus en plus élevé. 

 

  1. LA RDC, UN LABORATOIRE ET UN VIVIER POUR LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE

Parmi les anciens représentants, nous nous sommes intéressés à deux d’entre eux, à savoir, l’américain W. SWING et l’allemand M. KOEBLER, qui après le Congo, ont été affectés respectivement en Bosnie-Herzégovine et en Libye.

En Bosnie-Herzégovine, la guerre a déjà pris fin depuis nonobstant les problèmes résiduels qui subsistent encore, ainsi que le procès des criminels de guerre qui se poursuit au Tribunal International sur l’ex-Yougoslavie à la Haye (Pays-Bas).

Par contre, en Libye, le pays est toujours en proie à une guerre civile entre les différentes factions qui rivalisent, entre elles, pour avoir une main mise sur une partie du territoire et le gouvernement qui a du mal à s’imposer sur l’ensemble du pays.

Quel est le point commun entre ces deux pays et la RDC ? Et qu’est-ce qui peut expliquer que ces deux anciens hauts fonctionnaires de l’ONU qui sont passés par le Congo, se retrouvent, comme par « hasard », l’un en Bosnie et l’autre en Libye ?

Le seul point commun est que ces 3 pays ont connu la guerre, celles du Congo et de la Libye, continuent de manière sporadique tandis que celle de la Bosnie-Herzégovine a pris fin depuis. Mais, il y a encore un autre aspect, et non de moindre, qui semble échapper à certains esprits, est que l’expérience congolaise nourrit l’ONU et partant la communauté internationale, en termes de théories et de pratiques dans les domaines de maintien de la paix et de l’humanitaire. Et ces deux anciens représentants du secrétaire général de l’ONU font partie justement de ces personnes qui se soient « distinguées ». De toute façon, tous ceux qui sont passés par l’école « congolaise » ont toujours été considérés comme suffisamment efficaces et à ce titre, utiles et importants pour les structures onusiennes.

En effet, il est de notoriété publique que la RD Congo a toujours constitué un laboratoire sur le plan international et que de nombreux principes et théories sur la pacification, la résolution des conflits et l’humanitaire ont été élaborés à partir de l’expérience congolaise. Et si besoin en était, Xavier ZEEBROEK, Marc MEMIER et Pamphile SEBAHARA du GRIP, le disent clairement dans leur introduction, nous citons : « La MONUC, première appellation de la MONUSCO lors de sa création en 1999, fut tout au long de son histoire un laboratoire de la paix et, à ce titre, une pourvoyeuse infatigable d’enseignements et d’expériences (lessons learned) pour le secrétariat des Nations unies ». Ils ajoutent après, que le travail que fait la MONUSCO en RDC a « déjà inspiré les plus hauts responsables onusiens lors de la rédaction d’un document doctrinal qui sert de cadre de référence depuis 2008 à toutes les missions de paix, fixant leurs principes fondamentaux, leur structure et les meilleures pratiques à suivre pour assurer leur succès : c’est ce qu’on appelle la « Capstone Doctrine[34]  ».

Outre les 2 cas évoqués ci-dessus, on peut encore citer le cas le plus emblématique du diplomate algérien Lakdar BRAHIMI, qui est aussi passé par le Congo, dont un des rapports baptisé « rapport BRAHIMI » (2000) a apporté une importante innovation en matière de gestion de l’information opérationnelle pour les opérations de maintien de la paix, est devenu une référence pour l’ONU[35]

Il y a lieu de relever encore que, la RDC, constitue aussi un vivier en matière de recrutement et de promotion du capitalisme international pour ceux des employés qui se seraient « distingués » durant leur mandat et ce système, avait déjà prévalu depuis la première mission de l’ONU au Congo (ONUC) en 1960, et les exemples abondent. A titre illustratif, deux anciens officiers militaires qui sont passés au Congo dans le cadre de l’ONUC, sont devenus présidents de la république dans leur pays respectifs, suite à des coups d’Etat. Il s’agit : du général Yakubu GOWON, au Nigeria et du général ACHEAMPONG, au Ghana.

Enfin, la nomination, de Madame ZERROUGUI, après être passée par l’ « école congolaise », à Kinshasa (RDC) avant, est la preuve du rôle de vivier de ce pays et ce « transit » par Kinshasa, va peut-être une autre occasion pour cette dame d’assumer, dans un proche avenir, encore des hautes fonctions au sein de l’ONU, par exemple, dans un pays musulman ou arabo-musulman, comme représentante du Secrétaire général ou pourquoi pas devenir carrément la première femme à occuper les fonctions de premier ministre dans son pays d’origine, qui est l’Algérie, dans le futur ?

 

  1. CONCLUSION
  1. BILAN ET PERSPECTIVES

En réalité, la MONUSCO, dans ses relations avec les congolais, a été plus victime de ses échecs que de ses succès. Et les échecs, elle les a connus avec les différents scandales qui ont émaillé la vie de cette institution, où ses agents étaient nommément cités ou impliqués dans des dossiers sales, et qui ont terni la renommée de celle-ci auprès de la majorité des congolais. En effet, des cas ont été cités et documentés concernant :

  1. les abus sexuels ; selon le Bureau des services de contrôle interne de l’ONU (BSCI-OIOS), sur les 296 dossiers d’abus sexuels sur les mineurs ouverts entre 2004-2006, 140 se sont avérés parmi les Casques bleus et quelques 169 personnes ont été licenciées ou renvoyées dans leur pays[36]. Quelques rares personnes ont été poursuivies par la justice de leur pays. Or, pour rendre justice aux victimes, ces personnes auraient dû être poursuivies sur le plan national, ce qui n’est pas le cas ;
  2. l’exploitation et le trafic des minerais ; des cas des véhicules de la MONUSCO saisis transportant des cargaisons de minerais à certaines frontières ont été signalés ;
  3. la collusion avec l’ennemi, notamment le cas d’un général indien qui a pris fait et cause pour la rébellion du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple), avant de quitter ses fonctions.

Mais malgré les failles observées, le bilan de cette institution depuis son installation en RD Congo, n’a pas toujours été négatif et de science certaine, la quasi-majorité de congolais reconnait le rôle important que cette dernière joue pour la stabilité du pays, dans la consolidation de la paix et le renforcement de l’Etat.

En effet, selon l’enquête CRG/BERCI[37], environ 55,1% de la population sont pour le maintien des forces de l’ONU en RDC, contre 29,4%, qui estiment qu’elles peuvent partir. Toutefois, ces forces sont plus impopulaires dans les régions où elles sont déployées, avec 56,7% d’opinions défavorables au Nord-Kivu, 50,2% au Sud-Kivu et 45,2%, en Ituri !

Ces réponses de la population des régions concernées par les conflits, sont symptomatiques d’une situation qui appelle deux interrogations fondamentales, à savoir : à qui revient le rôle de protéger la population ? La MONUSCO, doit-elle être déployée partout dans ces régions ? Toujours est-il que depuis peu, celle-ci a mis sur pied, sur le plan stratégique et tactique, des bataillons à « déploiement rapide » avec un soutien aérien afin d’intervenir, en peu de temps, à l’endroit convenu et par la mise en place des réseaux d’alerte locale. Cela fut notamment le cas au Kasaï dernièrement.

Elle estime, après évaluation, « qu’environ 85% de ces alertes ont abouti à une intervention de protection des civils de la part du Gouvernement ou de la MONUSCO. Les alertes non suivies d’effets se sont comptabilisées dans des zones délaissées par les forces de sécurité de l’État ou difficilement accessibles[38] ».

Nonobstant ce problème, sa forte implication dans le processus démocratique et électoral ainsi que dans le respect des droits de l’homme, notamment dans la dénonciation des fréquentes violations des droits de l’homme font de cette structure de l’ONU, un partenaire « privilégié » pour des nombreux congolais.

Dans le domaine des droits de l’homme, il faut aussi reconnaitre le travail considérable que certaines ONG des droits de l’homme, tant nationales qu’internationales, font au travers des nombreux rapports qu’elles publient régulièrement et qui constituent pour des nombreux congolais, un rempart contre l’impunité et l’injustice.

A titre d’exemple, le rapport mondial de Human Rights Watch (HRW) de janvier 2017, donne, par exemple concernant la RDC, des précieuses informations sur les différentes violations des droits de l’homme, l’obstruction au processus démocratique, les détentions et arrestations arbitraires et les viols et violences faites aux femmes et ces cas, constituent autant d’informations que le congolais moyen ne peut pas avoir par les canaux d’informations officiels.

Dans le cas du processus démocratique, les deux élections présidentielles organisées à deux reprises, en 2006 et 2011, ont été rendues possibles grâce à la MONUSCO qui a mis à la disposition du pays, les moyens logistiques et financiers nécessaires, qui se chiffrent à des centaines de million de dollar américain. Même pour les élections prochaines prévues pour fin 2018, le soutien logistique et financier de la MONUSCO sera d’une très grande importance sans lequel, ces élections risquent d’être compromises.

Quant au volet de protection des civils par la MONUSCO, bien que les avis soient partagés (voir l’enquête CRG/BERCI supra citée), mais pour la majorité des congolais, cette institution joue un rôle de premier plan dans la dissuasion et la sécurité pour les millions de déplacés internes de la RDC qui vivent dans les régions d’insécurité chronique et dans le dénuement total. Elle pourvoit aussi, avec les autres agences de l’ONU, tant bien que mal, aux premières assistances, en termes des soins, d’abris, bref à leurs besoins humains les plus élémentaires, au jour le jour.

En effet, sans le soutien et l’appui de la MONUSCO et des agences de l’ONU, nombre d’entre eux ne seraient plus en vie étant donné que dans certaines parties du territoire national, l’Etat congolais est tout simplement absent et c’est justement cette Mission et autres agences ainsi que les ONG, qui se substituent à l’Etat dans la fourniture des besoins sociaux de base à cette frange de la population déplacée et complètement démunie.

Ainsi, le retrait total du contingent de la mission de l’ONU est difficilement envisageable dans le contexte actuel d’insécurité dans les provinces du Nord et du Sud Kivu, de Tanganyika, du Kasaï central et dans l’ancienne province Orientale, surtout dans la région de l’Ituri, en particulier et du pays, en général.

En effet, les spécialistes militaires estiment que le contingent de la MONUSCO ne peut pas être déployé partout en RDC, dans sa configuration actuelle car, dans ce cas, il faudra porter ce contingent de 20.000 à environ 140.000 hommes de troupes[39]. Or, cette prérogative, jusqu’à preuve du contraire, revient aux FARDC, dont le rôle essentiel est d’assurer la défense du territoire et l’intégrité du pays. Et en plus, avec un effectif pareil, il n’est pas évident de trouver les ressources nécessaires pour son financement.

 

  1. VERS UN « CAPITALISME DU DESASTRE » POUR LA RDC ?

En fait, comme le démontre Naomi KLEIN dans son excellent ouvrage sur la « montée du capitalisme du désastre » (2008), dans lequel le capitalisme triomphant dans sa voracité et son cynisme, utilisent crises, calamités, cataclysmes et guerres pour saper les valeurs démocratiques et asseoir la seule logique qui prévaut, selon lui, celle de l’exploitation et de la prédation, et le cas de la RD Congo semble être une parfaite et imparable illustration.

Des guerres et conflits sans fin, des déplacés internes atteignant 5% de la population, des fondamentaux de la démocratie malmenés, une population exténuée par la misère, des rébellions modernes cycliques qui rivalisent l’armée nationale[40] et une partie du territoire toujours aux mains des groupes armés et milices, agissant en qualité de « sous-traitants », sont les « symptômes » d’une « pathologie » connue qui nécessitent une « thérapie de choc »[41] dans la logique de l’école de Chicago et ce, au grand dam de la population congolaise afin d’amorcer ce « basculement », en douceur, vers la balkanisation du pays.

La thèse de Naomi KLEIN sur le capitalisme du désastre est confirmée, si besoin en était, et de manière magistrale, dans le cas de la RD Congo, par l’excellente étude de Vincent HELLUY, du Réseau d’experts en Intelligence économique (2008), sur la « Guerre du Coltan en RDC », qui met en exergue justement les enjeux financiers de ce juteux trafic dans cette guerre de type nouveau et démontre, comment les principales multinationales occidentales s’affrontent en RDC, via les milices et groupes armés, pour l’exploitation illégale des minerais rares, dont le coltan et ce, au mépris du droit international.

En d’autres termes, ces multinationales utilisent ces milices et groupes armés pour s’assurer du contrôle des mines et ainsi mieux organiser le trafic étant donné que pour elles, l’Etat n’existe pratiquement pas dans cette partie du territoire, en l’occurrence l’Est de la RDC.

Aux Etats-Unis, depuis 2001, une bonne partie de l’administration du Pentagone a été privatisée, c’est-à-dire, dépouillée de ses fonctions jugées « non-essentielles » et confiée aux entreprises privées parce que plus performantes et compétitives. Ainsi, on procéda à une réduction de l’effectif de son administration, dans le cadre de cette privatisation et deux modèles avaient vu le jour aux USA, notamment le modèle Nike et le modèle Microsoft[42] depuis les années 1990, d’après Naomi KLEIN (2008), où l’on découvre des entreprises qui fonctionnent « sans usine » ou des entreprises où l’essentiel de leurs activités est « externalisé ».

En Afghanistan, par exemple, le Pentagone a « privatisée » cette guerre dans un certain nombre de domaines, dont celui de la « sécurité et de la logistique en les confiant au secteur privé qui en assure, désormais, tous les services y compris en créant l’infrastructure tout entière des opérations militaires à l’étranger et l’armée n’avait plus qu’à se charger des soldats et des armes[43] ».

Ceci n’est pas un phénomène nouveau car, déjà à l’époque de la guerre des Balkans, dans les années 1990, les forces de la coalition internationale avaient bénéficié des services « cinq étoiles » leur fournis par le seul et unique secteur qui vaille, c’est à dire, le secteur privé.

Ainsi, nous appuyant sur ces situations, peut-être allons-nous assister dans le courant de ce siècle, à l’apparition des Etats « sans administration » ou encore, des Etats « coquille vide », à l’instar des entreprises « sans usine » comme on en trouve actuellement aux USA, Etats dans lesquels certaines fonctions régaliennes, c’est-à-dire relevant de la souveraineté de ces derniers, seront tout simplement sous-traitées ainsi que certains services sociaux de base et donc, confiés au secteur privé parce que « porteur » par excellence de croissance !

A ce sujet, le travail que font certaines Organisations Non Gouvernementales, (ONG), dans les pays sous-développés et même dans les pays développés, avec les organismes caritatifs, n’est rien d’autre qu’un travail de substitution de l’Etat dans les domaines où il a « failli ». Le temps de l’Etat-Providence est bel et bien révolu !

D’ailleurs, le travail d’accompagnement que fait la MONUSCO en RDC dans le processus démocratique et électoral, la consolidation de la paix et le renforcement de l’Etat ainsi que dans la protection des civils, pour ne citer que ceux-là, n’est-il pas un travail de sous-traitance qu’elle fait pour le compte de cette dernière ? D’autant que dans un certain nombre de domaines, relevant du pouvoir régalien de l’Etat, et dans certaines régions du pays, elle se substitue carrément à l’Etat.

Ceci vaut aussi pour les nombreuses ONG qui œuvrent en RDC dans la fourniture de certains services sociaux de base à la population complètement démunie et déplacée.

Ainsi donc au final, la MONUSCO en RDC joue un double rôle, à savoir : à la fois, celui de « sous-traitant » et aussi de « gendarme », dans la mesure où elle émet régulièrement des jugements sur la « conformité » et la « régularité » de certaines actions du gouvernement et va même jusqu’à donner ses « avis » sur ces dernières et à faire des recommandations.

 

  MAYIFILUA N’DONGO

 

  Chercheur

 

 

 

 

  1. PRINCIPALES REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
  1. G7+

Note du G7+ sur le Baromètre de la Fragilité présentée à Kinshasa, le 27 novembre 2013.

  1. Vincent HELLUY

 Le réseau d’experts en Intelligence économique (AEGE)

« Guerre du Coltan en RDC »

11/2008

  1. Naomi KLEIN

« La stratégie du choc : la montée du capitalisme du désastre »

Editions Leméac/Actes Sud, 2008

  1. Concertations nationales

Rapport final

Kinshasa, octobre 2013

  1. Conseil de sécurité

Rapport du Groupe d’experts onusiens (S/2012/348)

Juin 2012

  1. CRG/BERCI

Enquête d’opinion réalisée de mai à septembre 2016

« Impasse in the Congo : What do the people think ?”

Investigate Report n° 2, p. 48

Kinshasa and New-York, October 2016

  1. CRG/BERCI

« Transition troublée en RDC »

Enquête d’opinions réalisée de février à avril 2017, 38 p.

Kinshasa et New-York, avril 2017.

  1. HUMAN RIGHTS WATCH

Rapport mondial sur les droits de l’homme, p. 252

Janvier 2017

  1. Thomas POULIN

Réseau de recherche sur les opérations de paix

« Historique de l’opération MONUSCO »

Avril 2013

  1. Ministère du Plan et Révolution de la Modernité/PNUD

Institut National de la Statistique (INS)

Annuaire statistique 2014

Kinshasa, juillet 2015

  1. Georges BERGHEZAN

Groupe de Recherche sur la Paix et la Sécurité (GRIP)

« Est du Congo : à qui profite la prolifération des groupes armés ? »

« Les Grands Dossiers de Diplomatie » n° 42

Décembre 2017/janvier 2018

  1. Groupe de Recherche sur la Paix et la Sécurité (GRIP)

Xavier ZEEBROEK, Marc MEMIER et Pamphile SEBAHARA

« Bilan d’une décennie de maintien de la paix et perspectives »

Bruxelles,

  1. Hubert KABUNGULU-NGOY KANGOY

“Le mandat de la MONUC et l’Accord de Lusaka”

CONGO-AFRIQUE XXXXème année-N° 349

Novembre 2000

  1. Thierry VIRCOULON
  • « RDC : la démocratie/ sans démocrate »

Politique étrangère 2006/3, p.569-581

  • interview in Afrikarabia sur « les scénarios d’après le 19 décembre 2016 en RDC ».
  1. PNUD/Ministère du Plan et Révolution de la Modernité

Rapport national sur le processus de New Deal en RD Congo

Kinshasa, 2016

  1. Conseil de sécurité

Rapport du Secrétaire général de l’ONU sur la MONUSCO

S/2017/824 du 2 octobre 2017

New-York, 2017

  1. Conseil de sécurité

Rapport du Secrétaire général de l’ONU sur la MONUSCO

S/2017/826 du 29 septembre 2017

New-York, 2017

  1. Conseil de sécurité

Rapport du Secrétaire général de l’ONU sur la MONUSCO

S/2017/565 du 30 juin 2017

New-York, 2017

  1. ONU

Département des opérations de maintien de la paix

Département de l’appui aux missions

Opérations de maintien de la paix des Nations Unies

Principes et orientations, p. 57

New-York, 2008

  1. OCDE

« Les Etats de fragilité 2015 :

Réaliser les ambitions de l’après 2015 »

Comité d’aide au Développement (CAD), p.16

Paris, 2015

  1. Jeune Afrique Business, du 28 décembre 2017.

 

 


[1] Résolution 2360 (2017) du Conseil de sécurité du 21 juin 2017.

[2] La RDC, la république Sud-africaine, l’Angola, le Burundi, la Centrafrique, le Congo-Brazza, l’Ouganda, le Rwanda, le Sud Soudan, la Tanzanie et la Zambie.

[3] Hubert KABUNGULU-NGOY KANGOY

“Le mandat de la MONUC et l’Accord de Lusaka”

CONGO-AFRIQUE

XXXXème année-N° 349, Novembre 2000

[4] Thomas POULIN

Réseau de recherche sur les opérations de paix

« Historique de l’opération MONUSCO »

Avril 2013

[5] Massacres qui ont fait des milliers de morts dans le conflit entre les communautés Hemas et Lendus.

[6] Thierry VIRCOULON

« RDC : la démocratie sans démocrates »

Politique étrangère 3/2006 (Automne), p.569-581

[7] GRIP

Xavier ZEEBROEK, Marc MEMIER et Pamphile SEBAHARA

« Bilan d’une décennie de maintien de la paix et perspectives »

Bruxelles,

[8] Xavier ZEEBROEK et al. Op. cit.

[9] Dans une enquêté d’opinions réalisée par CRG/BERCI du 19 février au 28 avril 2017, le Vice-premier ministre congolais SHE OKITUNDU, ce dernier déclare en date du 21 mars 2016 : « Il est inacceptable que la MONUSCO ait été incapable de mettre fin à la crise en RDC après plusieurs années. Aucun élargissement de son mandat n’est allé dans le sens des aspirations du peuple congolais  ».

[10] Pays du G7+ à la création : Afghanistan, Burundi, République centrafricaine, Tchad, Côte-d’Ivoire, RD Congo, Haïti, Liberia, Népal, Iles Salomon, Sierra Leone, Sud Soudan et Timor Leste.

[11] Conseil de sécurité

Rapport du Groupe d’experts onusiens (S/2012/348)

Juin 2012

[12] Conseil de sécurité lors de sa réunion du xxx janvier 2018 et déclaration de l’Union européenne.

[13] Thierry VIRCOULON op. cit.

et l’interview in Afrikarabia sur « les scénarios d’après le 19 décembre 2016 en RDC ».

[14] Georges BERGHEZAN du GRIP

« Est du Congo : à qui profite la prolifération des groupes armés ? »

Dans « Les Grands Dossiers de Diplomatie » n° 42

Décembre 2017/janvier 2018

[15] PNUD/Ministère du Plan et Révolution de la Modernité

Rapport national sur le processus de New Deal en RD Congo

Kinshasa, 2016

[16] BOPENDA BO-NKUMU L. (Justice) ; LOKA Francis (Revenus et services) ; MAYIFILUA N’DONGO (Politique inclusive) ; MATUNGULU Jules (Fondements économiques) et MPAKA Smith (Sécurité).

[17] Note du G7+ sur le Baromètre de la Fragilité présentée à Kinshasa, le 27 novembre 2013.

[18] L’équipe était constituée de Mrs Georges TSHIONZA et Jules MATUNGULU.

[19] Georges BERGHEZAN du GRIP, op. cit.

 

[20] Vincent HELLUY

 Le réseau d’experts en Intelligence économique (AEGE)

« Guerre du Coltan en RDC »

11/2008

[21] Naomi KLEIN

« La stratégie du choc : la montée du capitalisme du désastre »

Editions Leméac/Actes Sud, 2008

[22] Rapport de Human Rights Watch (HRW) du 4 juin 2012 et dans l’annexe au rapport annuel du Comité des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU, par Karim LEBHOUR, le 4 juillet 2012 (site de l’ONU).

[23] Thierry VIRCOULON

« RDC : l’histoire risque de se répéter", in « Le Monde » du 19 décembre 2016.

[24] Rapports MONUSCO n° S/2017/565 de juin 2017 et n° S/2017/826 de septembre 2017.

[25] Appelée couramment « aile Monkoto », qui est la principale dissidence de l’Eglise kimbanguiste suite au schisme intervenu.

[26] Rapport de la MONUSCO n° S/2017/565 de juin 2017.

[27] Ministère du Plan et Révolution de la Modernité/PNUD

Institut National de la Statistique (INS)

Annuaire statistique 2014

Kinshasa, juillet 2015

[28] Georges BEREGHEZAN op. cit.

 

 

 

[29] Dans la foulée de l’affaire Weinstein, du nom du célèbre réalisateur américain accusé de harcèlement et d’abus sexuels par certaines actrices, et des mouvements des femmes comme Time’s Up et =metoo, des célébrités comme Wood Allen, metteur en scène américain, ont également été citées et seront certainement traduites en justice.

[30] Lire à ce sujet, l’excellente étude d’Hubert KABUNGULU-NGOY KANGOY op. cit. , ainsi que celle de Vincent HELLUY du Réseau d’experts en Intelligence économique (2008).

[31] Trésor KIBANGULA, « les trois grands chantiers de Leila ZERROUGUI à la tête de la MONUSCO »,

in Jeune Afrique Business, du 28 décembre 2017.

[32] Rapport MONUSCO n°S/2017/565 de juin 2017.

[33] Rapport MONUSCO n° S/2017/565, op. cit.

[34] Capstone Doctrine : « Document de codification des principales leçons tirées des opérations de maintien de la paix des Nations Unies (NU) durant les 6 dernières décennies. Il vise à aider le personnel des NU à mieux comprendre les principes et les concepts de base devant régir la conduite des opérations de maintien de la paix des NU contemporaines, ainsi que leurs atouts et faiblesses intrinsèques ».

[35] X. ZEEBROEK et al. Op. cit.

[36] X. ZEEBROEK et al. Op. cit.

[37] CRG/BERCI

Enquête d’opinion réalisée de mai à septembre 2016

« Impasse in the Congo : What do the people think ?”

Investigate Report n° 2

Kinshasa and New-York, October 2016

[38] Conseil de sécurité

Rapport du Secrétaire général des Nations unies sur la MONUSCO,

S/2017/824 du 2 octobre 2017

New-York, 2017

 

[39] X. ZEEBROEK et al. Op. cit.

[40] MAYIFILUA N’DONGO, « les rébellions modernes d’Afrique », in AgoraVox, le média citoyen du 2 décembre 2009. 

[41] Naomi KLEIN, op. cit.

[42] Modèle « Nike » consiste à se débarrasser de ses usines, faire fabriquer ses produis par un réseau complexe d’entrepreneurs et de sous-traitants et investir ses ressources dans le design et le marketing.

Par contre, le modèle « Microsoft » consiste à conserver un étroit centre de contrôle où les actionnaires-employés se chargent des « compétences essentielles » de l’entreprise et confier le reste à des intérimaires, de la gestion de la salle du courrier à la rédaction des codes informatiques.

Certains qualifièrent ces entreprises de « coquilles vides ».

[43] Naomi KLEIN, op. cit. 

 


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