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La visite de Pelosi à Taiwan et l’ampleur de la crise

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Les experts en relations internationales ne peuvent être en désaccord sur la sensibilité de la Chine à la question de Taïwan. Les États-Unis en sont bien conscients. Ils l’abordent en fonction de leurs objectifs et de leur vision stratégique.

Ainsi, la récente visite de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, à Taïwan n’est pas une coïncidence. Elle ne peut pas être considérée dans le cadre du mouvement offert par les législateurs américains. Pelosi est une démocrate pour qui la politique et le travail parlementaire n’ont rien de nouveau.

Elle est l’un des poids lourds de la politique américaine, surtout ces dernières années, et occupe la troisième place dans la hiérarchie du pouvoir américain après le président et le vice-président. Pelosi est déjà connue pour sa position très dure à l’égard de la Chine.

Je pense que la visite de Pelosi à Taïwan est perçue avec plus de facilité que sa visite en Chine en 1991, lorsqu’elle s’était délibérément rendue sur la célèbre place Tiananmen, un endroit si sensible pour les dirigeants du Parti communiste chinois. En outre, de nombreuses autres positions reflètent son attitude intransigeante à l’égard de la politique chinoise. Mais sa récente visite à Taïwan est différente.

La Chine d’aujourd’hui ne ressemble pas à la Chine des décennies passées, dans laquelle Pékin acceptait les comportements qui encouraient sa colère. Les États-Unis eux-mêmes n’occupent plus un perchoir suprême dans l’ordre mondial qui permet à leurs politiciens de faire ce qu’ils veulent envers les autres pays.

Le moment de la visite lui-même semble très surprenant car les États-Unis ne peuvent pas se permettre d’aggraver les tensions avec une autre puissance internationale que la Russie. Pékin et Moscou sont d’accord, ne serait-ce que tactiquement, pour contrer la pression occidentale menée par les États-Unis. La visite de Pelosi à Taïwan, la première d’un haut responsable américain depuis le milieu des années 1990, soulève de nombreuses questions.

Le président Biden a laissé entendre il y a près de deux semaines que le Pentagone ne pensait pas que cette visite était une bonne idée. Biden lui-même n’a donc pas soutenu le projet de visite de son alliée démocrate à Taïwan. Mais il n’a pas réussi à la convaincre de faire marche arrière.

Cela a permis de contenir la réaction et la colère de la Chine, car la visite n’était pas conforme à la position de la Maison Blanche ou à la politique étrangère américaine en général. La question principale ici est la position de la Chine et la portée de sa réponse éventuelle. Pékin a utilisé un langage politique cru sur la visite prévue de Pelosi à Taïwan en espérant que la présidente de la Chambre des représentants fasse marche arrière.

Pékin a même brandi la carte de l’APL dans le cadre d’une réponse possible à la visite. Mais en réalité, la visite elle-même a tourné à l’épreuve de force entre Washington et Pékin.

La Maison Blanche, qui avait critiqué la visite, n’a pas fait assez pour inciter son allié démocrate à annuler ou même à reporter la visite, apparemment par un désir caché d’exploiter l’espace entre les pouvoirs législatif et exécutif et selon l’idée que la visite serait dans l’intérêt de Biden, pour maximiser la pression sur Pékin sans coût politique tout en évitant la responsabilité d’une crise potentielle dans les relations sino-américaines.

Les responsables américains sont susceptibles de considérer la visite comme un inventaire préventif de la réponse de la Chine à toute assistance militaire future à Taïwan. De son côté, Pékin a bien compris les calculs de la Maison Blanche. Elle savait que Biden critiquerait publiquement la visite sans prendre la peine de désamorcer la crise potentielle qui pourrait en résulter.

Cela explique le dépit de Pékin face à la manœuvre politique qu’implique cette visite. Il est peu probable que la Chine laisse cette visite sans réponse. Ce qui est en jeu maintenant, c’est l’image internationale de la Chine et la crédibilité de ses menaces, qui sont généralement faites de manière soigneusement calculée ou parce qu’elle veut envoyer un message fort sur Taïwan aux responsables américains également.

Elle sait que la visite sera finalement un moment décisif dans les relations avec les États-Unis. Le moment de la visite, qu’il soit choisi de manière réfléchie ou par hasard, sera l’un des facteurs décisifs de l’issue de la compétition mondiale pour le statut et l’influence dans le futur ordre mondial post-covide et post-Ukraine.

La visite de Nancy Pelosi marque, à mon avis, une escalade des tensions entre la Chine et les États-Unis. Mais la limite de l’escalade dépend encore des autres positions et politiques américaines, ainsi que des calculs stratégiques de Pékin sur la manière de répondre à la visite, et de l’ampleur de l’impact attendu de toute démarche sur les intérêts immédiats et futurs de Pékin.


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6 réactions à cet article    


  • Clark Kent Séraphin Lampion 10 août 11:54

    « Pelosi est une démocrate pour qui la politique et le travail parlementaire n’ont rien de nouveau. »

    Vous vouliez sans doute écrire : « membre du parti Démocrate » ?

    Ce n’est pas parce qu’il était écrit en grosses lettres « DUBO, DUBON, DUBONNET » sur les vespasiennes parisiennes, avant leur suppression, que c’était de l’apéro qui coulait dedans.


    • Lynwec 10 août 14:33

      @Séraphin Lampion

      Pour ce qui concerne les USA, pour être plus précis, on dit « démoncrate », ce qui se justifie parfaitement vu les causes qu’ils défendent et leurs actions...


    • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 10 août 13:35

      T’as raison, à l’heure ou tout peut se faire en discrétion, là ça passe sur toutes les chaines tv, internet, etc. Si c’est pas voulu. Encore un gros foutage de gueule monté de toutes pièces ^^


      • I.A. 11 août 08:11

        « La visite de Nancy Pelosi marque, à mon avis, une escalade des tensions entre la Chine et les États-Unis. »

        Quelle perspicacité...

        Laissez donc les « experts en relations internationales » dans les cours de récréation, et dites nous plutôt sans finasser que les Cowboys sont des fouteurs de merde internationaux, en bref qu’ils sont LE problème depuis trop longtemps.


        • Djam Djam 11 août 13:13

          Nancy Pelosi c’est bien cette vieille dame à laquelle, si l’on ôte la teinture de sa « pilosité » supérieure, on offrirait bien un EHPAD... luxieux par respect à son grand âge ?


          • yakafokon 18 août 10:52

            Il faudrait que la mère Pelosi sache suffisamment lire, pour comprendre les termes de la résolution de l’Assemblée Générale des Nations-Unies du 25 Octobre 1971 !

            Cette résolution, portant le n° 2758, a été adoptée à la majorité des pays-membres.

            Seuls les Etats-Unis, et leurs esclaves anglo-saxons ont voté contre, mais ont perdu la bataille devant le nombre de OUI ( il y a 292 pays représentés à l’O.N.U. ).

            Cette résolution, appelée « Rétablissement des droits légitimes de la République Populaire de Chine », ordonne l’expulsion immédiate des représentants de Tchang Kaï-chek, qui occupent illégalement un siège à l’ O.N.U.

            La République de Chine ( capitale Taïpeh dans l’ile de Taïwan ) est donc supprimée et remplacée par la République Populaire de Chine ( capitale Beijing ).

            L’île de Taïwan appartient donc bien à la R.P.C., et n’est plus qu’une simple province de la Chine continentale...n’en déplaise aux Etats-Unis qui se cramponnent à Taïwan comme des moules à un rocher !

            Malgré de nombreuses demandes à l’ O.N.U., Taïwan n’a jamais pu obtenir le statut de nation à part entière !

            Si la R.P.C. voulait récupérer Taïwan, militairement, ça ne lui poserait aucun problème, mais je doute fort que ce soit l’intention de Beijing.

            Les chinois ne sont pas américains : ils n’ont pas la guerre ( chez les autres ) dans le sang, bien que leur armée soit très largement supérieure à la flotte américaine, laquelle est très loin de la mère patrie !

            Ils préfèreront de loin le système « un seul pays, deux systèmes » qui apaisera les tensions ( sauf si les anglo-saxons viennent foutre la merde comme à Hong-Kong ).

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