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Le journaliste ukrainien Iouri Boutoussov se filme en train de tirer avec un obusier de 152 mm sur les « occupants russes »

Le 27 novembre 2021, le journaliste ukrainien et rédacteur en chef de Censor.net, Iouri Boutoussov, a publié sur son mur Facebook une vidéo, où on le voit tirer à l’obusier D-20 de 152 mm sur les « occupants russes » (c’est-à-dire dans le Donbass) en guise de commémoration pour le jour de mémoire de l’Holodomor.

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« Aujourd’hui, le jour de la mémoire des victimes de l’Holodomor, je dois avouer qu’il est possible que je sois impliqué dans la mort de certaines personnes dans le Donbass – mais uniquement dans la mort des occupants russes, des terroristes et des assassins du peuple ukrainien. Et la vidéo du Bayraktar et d’autres données sur la guerre d’indépendance ukrainienne me sont transmises par les défenseurs de l’Ukraine, qui me font confiance, car ils ne font pas confiance aux agents russes au pouvoir, qui tentent « d’énerver » le Donbass. L’Ukraine mène une guerre pour l’indépendance, et nous allons gagner dans cette guerre, parce que ceux qui se battent pour la liberté ont une bonne mémoire. Jamais personne ne mettra à genoux des hommes libres en Ukraine-ni le serviteur d’un oligarque, ni le serviteur de Poutine. Par conséquent, aujourd’hui à 16.00, nous allumons des bougies », a-t-il écrit dans le post d’origine.

Sous ce post, se trouve la vidéo, montrant Boutoussov en uniforme avec gilet pare-balles et casque, en train de tirer avec un obusier D-20 de 152 mm sur les «  occupants russes  », ce qui sous-entend qu’il est dans le Donbass, en train de violer le cessez-le-feu.

Chose confirmée par le texte de son poste où il dit sans ambage qu’il est possible qu’il soit « impliqué dans la mort de certaines personnes dans le Donbass – mais uniquement dans la mort des occupants russes, des terroristes et des assassins du peuple ukrainien  ».

Sauf qu’un journaliste n’a pas le droit de tirer sur l’ennemi avec un obusier comme s’il était un soldat ordinaire ! Un journaliste a le droit de se défendre s’il est en danger, mais là nous ne sommes manifestement pas dans ce cas de figure.

En violant ainsi la frontière entre le journaliste et le soldat, Boutoussov met en danger tous les reporters de guerre dans le Donbass, qui étant dès lors assimilés à de potentiels combattants, peuvent être abattus en violation des conventions protégeant les journalistes.

En effet, la protection accordée aux journalistes par la convention de Genève vient du fait qu’ils sont des civils ! Un reporter de guerre qui accompagne une armée pendant un conflit, sans en faire partie, reste un civil. Mais s’il se met à tirer sur l’ennemi alors qu’il n’est pas en danger, comme l’a fait Boutoussov, alors il devient un participant au conflit, et il n’est plus protégé par le droit humanitaire international. Il devient alors une cible légitime pour l’ennemi !

L’article 51.3 de la convention de Genève dit clairement que les « civils bénéficient de la protection de cette section [sur la protection des civils – NDLR] sauf s’ils prennent directement part aux hostilités et ce, pendant la durée de cette participation ».

Un statut confirmé pour ce qui est des journalistes par l’article 79, qui dit clairement que « les journalistes engagés dans des missions professionnelles dangereuses dans des zones de conflit armé seront considérés comme des civils  », mais qu’ils ne seront protégés en tant que tels qu’à « condition qu’ils ne prennent aucune mesure portant atteinte à leur statut de civils, et sans préjudice du droit des correspondants de guerre accrédités auprès des forces armées  ».

Déjà que l’armée ukrainienne ne respecte pas la convention de Genève en matière de protection des civils et des journalistes, mais si en plus les journalistes ukrainiens en rajoutent une couche, on n’est pas sortis du sable.

Je rappelle qu’en avril 2015, le politologue ukrainien Iouri Romanenko avait écrit sur son mur Facebook, que lors d’un discours prononcé à Harvard, il avait appelé les snipers ukrainiens à tuer les journalistes russes !

« Les forces armées ukrainiennes doivent détruire de manière sélective et complète les journalistes russes qui rendent compte de la situation dans le Donbass. Nous devrions indiquer aux snipers des FAU que les personnes portant des casques avec l’inscription Press sont à détruire en priorité  », a-t-il écrit, en disant que même si Human Rights Watch hurle face à de telles méthodes, la mauvaise publicité sur l’Ukraine reste de la publicité, et qu’ils en ont besoin.

C’est à cause de l’application par l’armée ukrainienne des « principes » énoncés par Romanenko et d’autres, que les reporters de guerre travaillant dans le Donbass, dont moi-même, avons été obligés d’enlever les mentions « Press » de nos casques et gilets pare-balles pour éviter de nous faire tuer !

Alors quand Boutoussov s’est montré en vidéo en train de violer totalement son statut de journaliste en tirant avec un obusier, les reporters de guerre russe l’ont vertement critiqué sur les réseaux sociaux.

En prime, cette vidéo prouve non seulement que l’armée ukrainienne viole le cessez-le-feu, et que Boutoussov a un goût assez douteux en matière de « commémoration » d’une tragédie, mais elle montre aussi que n’importe qui peut venir faire un « safari » sur le front du Donbass côté ukrainien, et tirer, y compris avec des armes lourdes interdites par les accords de Minsk, sur la RPD et la RPL (Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk), au risque de blesser ou de tuer des soldats de la milice populaire ou des civils (parce que contrairement à ce que raconte Boutoussov il n’y a pas d’occupant russe dans le Donbass, il a tiré sur ses anciens concitoyens).

Dans les commentaires sous son post Facebook plusieurs personnes lui ont rappelé qu’un journaliste n’a pas le droit de tirer avec une arme sur le front, d’autres ont vertement critiqué l’armée pour avoir laissé Boutoussov tirer, ou la volonté de ce dernier de faire du battage médiatique à tout prix.

Face aux critiques, Boutoussov a alors mis à jour son post, expliquant qu’en fait la vidéo aurait été filmée il y a très longtemps sur polygone, et qu’il n’a donc pas violé les conventions internationales.

Sauf que cela ne colle pas. S’il était sur polygone, pourquoi avoir écrit – et ne pas avoir effacé – la partie où il dit être potentiellement impliqué dans la mort « d’occupants russes » dans le Donbass ? Comment Boutoussov aurait pu tuer des « occupants russes » en tirant avec un obusier sur polygone ? J’aimerais bien avoir une explication, parce que je vois assez mal comment cela serait possible.

Je crois surtout que Boutoussov a voulu jouer les fiers à bras pour redorer son image de patriote défendant l’Ukraine après l’altercation qu’il a eu avec Zelensky. En effet, lors de sa conférence de presse marathon, Boutoussov l’a vivement critique pour la nomination de Rouslan Demtchenko comme conseiller à la sécurité nationale, en le traitant « d’agent russe ». Zelensky a alors blâmé Boutoussov pour la publication de la vidéo prise depuis un drone Bayraktar, utilisé au combat dans le Donbass fin octobre 2021.

« M. Boutoussov, vous parlez de responsabilité pour la vie des gens, pour la mort des gens. Grâce à vous, j’ai eu deux ou trois conversations internationales par jour au cours de la semaine écoulée, notamment avec les dirigeants de l’UE, des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne. Dois-je vous dire pourquoi ? Vous êtes le premier à avoir montré des informations sur la réponse de nos drones ukrainiens aux forces armées illégales dans le Donbass temporairement occupé. […] Vous avez la mort de personnes sur votre conscience. Après cela, combien d’attaques et de bombes ont été larguées sur nous par des drones ! », a déclaré Zelensky.

En tout cas, le Bureau d’Enquête d’État ukrainien ne semble pas avoir pris la vidéo de Boutoussov à la légère et a décidé d’ouvrir une enquête pour « violation des règles d’utilisation d’armes » et « planification, préparation, déclenchement ou conduite d’une guerre d’agression ». Même le ministre ukrainien de la Défense a vertement critiqué la vidéo de Boutoussov, en disant que cela pourrait offrir un prétexte à la Russie pour accuser l’Ukraine de violer les accords signés, et de ne pas contrôler l’utilisation des armes dans les unités de l’armée ukrainienne.

J’espère que la justice ukrainienne fera son travail, et rappellera à Iouri Boutoussov, comme à tous les autres journalistes ukrainiens, qu’il n’est pas acceptable qu’un journaliste tire avec un obusier sur la ligne de front, en pleine escalade du conflit du Donbass, juste pour faire parler de lui.

Christelle Néant

Voir l'article sur Donbass Insider


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8 réactions à cet article    


  • placide21 30 novembre 2021 08:11

     « Lorsque le conflit est inéluctable, frapper le premier ». Poutine


    • Daruma 30 novembre 2021 21:06

      @placide21
      Le conflit dans le Donbass, j’entends non une guerre larvée mais une véritable guerre, est évitable. La Russie s’emploie à l’éviter depuis qu’il a commencé. Pour le moment, la dissuasion est efficace, et elle suffit. Les matamores de Kiev finissent toujours par se heurter au principe de réalité. La Russie n’a nul besoin de frapper la première car, non seulement le conflit est évitable, mais en plus il ne représente aucun danger réel étant donné que le déséquilibre des forces est trop grand en sa faveur. Elle a juste à attendre en espérant que les dirigeants de Kiev ne soient pas assez fous pour franchir la ligne rouge.
      Cela dit une tentative saakashvilesque de la part du régime kiévien n’est pas à exclure. Mais c’est peu probable vu les propos récents de Stoltenberg : l’OTAN apporte son soutien mais n’interviendra pas.
      Kiev a juste besoin d’agiter l’épouvantail de l’imminente agression russe pour distraire son peuple des vrais problèmes qui minent le pays, et d’attirer l’attention du bloc occidental pour continuer à recevoir de l’aide et faire durer la fable des accords de Minsk qu’ils appliqueront, promis juré, quand ils auront été modifiés en leur contraire.


    • Lynwec 30 novembre 2021 08:53

      Traduction pour éclairer la lecture de l’article : « Le propagandiste ukrainien Iouri Boutoussov... »

      Rappel utile : comme l’argent, les pays n’existent pas réellement, ce sont juste des créations humaines destinées à rassembler un troupeau que les plus égoïstes parmi nous souhaitent contrôler . Création le plus souvent réalisée par la violence et qui peut parfois évoluer dans la direction la plus souhaitable pour le bien-être des ses résidents (même si historiquement,c’est relativement rare).

      On peut raisonnablement s’interroger sur la mentalité de ce prétendu journaliste qui utilise comme véhicule de son message le concept de tuer par artillerie interposée, ce qui est de toute évidence une preuve de son courage et de son honneur .

      Si on en était resté au concept du duel personnel, il y aurait nettement moins de donneurs de leçons et de va-t-en guerre . La plupart du temps, ceux-ci se contentent de laisser partir au combat les benêts qui ont gobé leur propagande.



        • cpasmafaute 30 novembre 2021 21:11

          « …Время и место съемки видео журналист пообещал показать « когда-то позже ». Стоит отметить, что Вооруженные силы Украины на Донбассе наносят удары по гибридной армии РФ только в ответ, как того требуют условия перемирия… »



            • Guy19550 Guy19550 1er décembre 2021 00:20

              Franchement ce gars est peut-être journaliste mais en tout cas con à la fois. J’ignorais que cela pouvait exister...


              • JP94 1er décembre 2021 01:16

                A un autre niveau, l’éducation fasciste aujourd’hui commence de bonne heure à Kiev : j’ai reçu une vidéo ( d’abord diffusée chez les fachos) où l’on voit une petite fille de 4 ou 5 ans chanter en ukrainien sa joie de bombarder et brûler le Kremlin et de tuer des Russes ( enfants y compris), et ça se termine par Hourah ! ( la fille brandit un dessin représentant le Kremlin en flamme sous les bombes bandéristes. 

                Aucune plainte de l’UNESCO ni de nos députés de l’UE ( qui aimeraient secrètement qu’on en fasse autant ici).

                A propos : le fils de l’amie d’une amie russe, vivant en Suisse allemande, à l’âge de 8 ans ; a été tabassé très gravement par des garçons de son école pour « se venger que l’URSS ait vaincu leur famille riche qui a tout perdu à cause de cette victoire ».

                Plus tard, les mêmes lui ont provoqué un accident en sport (à l’école) et il a dû être transporté à l’hôpital, membre inférieur brisé et pied cassé ; il a été dans l’incapacité de marcher.

                Grande fierté des fascistes, même en Suisse : le tabassage d’enfants  ! qu’a fait la Police suisse ? je l’ignore... 

                Mais à Kiev, ce sont les valeurs de l’UE, n’est-ce pas ? comme en 43.

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