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Le premier octobre 1990 : déclenchement des « Guerres Mondiales d’Afrique Centrale »

Ce 1er octobre 2017 il y aura 27 ans que des éléments de l'armée régulière Ougandaise "entraient" sur le territoire du Rwanda. Ces éléments étaient composés, pour ce qui est des officiers, d'Ougandais d'origine tutsie rwandaise, réfugiés en Ouganda suite à la révolution rwandaise de 1959-1962. Le gros des troupes était majoritairement composé de militaires ougandais de la deuxième génération de ces "réfugiés" de 59-62, d'un certains nombre de mercenaires somalis et éthiopiens, et de quelques "enfants soldats" ougandais de la triste tradition "Kadogo"[1]. En fait, il s'agissait de la première invasion du territoire "national" rwandais à partir de l'étranger et ce, de toute l'histoire de ce pays

Cette histoire, vieille de 800 à 1.000 ans selon les auteurs[2], n'a jamais fait état d'une telle situation d'agression. Bien entendu, au cours de cette histoire, il a fallu qu'une unification fondatrice se produisit, il y a +/- 500 ans. A partir de cette époque, il était normal que dans un régime féodo-monarchique, des vassaux, aux marches plus ou moins matérialisées du territoire, devaient se voir remis à l'ordre, manu militari, quand ils manifestaient une velléité d'indépendance par trop prononcée. Il est évident qu'aux frontières relativement floues du royaume des razzia et des contre razzia se produisaient régulièrement. Il fallait aussi de temps en temps mater les rebellions de serfs insoumis[3]. Le code ésotérique de la dynastie ne prévoyait-il pas tous les quatre règnes, un monarque "guerrier" ? Il y avait aussi des tensions internes aux cercles du pouvoir (dont celles, particulièrement sanglantes, qui ont débouché sur le "coup" de Rucunchu de 1896 où tous les membres de la "Maison Royale" furent massacrés[4]). Mais jamais les caravanes d'esclavagistes ne sont entrées au Rwanda pour se fournir en "Bois d'ébène". Livingstone dans sa traversée d'Ouest en est de l'Afrique centrale est passé par le Burundi en 1871, sans entrer au Rwanda. (Il avait cependant bien découvert que la Rusizi n'était pas un émissaire du Lac Tanganyika, mais en était bien un tributaire sans savoir que cette rivière était l'exutoire du Lac Kivu, encore inconnu). Stanley (en 1876) s'est vu arrosé d'une pluie de flèches sur une île du lac Hiéma (Akagéra)[5] et n'a pas non plus pénétré, plus avant, au Rwanda.

Les premiers explorateurs Allemands (suite à la découverte du Rwanda et du lac Kivu[6]) sont entrés en contact avec le Mwami et ont ensuite convenu avec celui-ci, un accord de protectorat (cette "stratégie" ayant été convenue et arrêtée préalablement à cette rencontre, entre les puissances européennes à la conférence de Berlin de 1884-85). Ce n'est qu'en 1918 que la "Belgique agressée" par l'Allemagne, au Kivu, s'en est "prise" à l'armée de ce protectorat allemand. Après les victoires belges de Rubavu (à la frontière entre le Rwanda et le Congo belge) et surtout celle de Tabora (Tanganyika, +/-Tanzanie actuelle), la Belgique (malgré des prétentions territoriales bien plus étendues) a dû se "contenter" de se voir attribuer par le Traité de Versailles et la Société des Nations, un mandat sur le Rwanda et le Burundi en 1923. Il ne s'agissait pas d'une conquête militaire à proprement parler, car quand la défaite allemande fût consommée, le Mwami "accepta le mandat belge". Celui-ci s'est exercé, comme l'Allemagne l'avait fait, suivant le principe de l'"administration indirecte", cela ne signifiant pas que les "méthodes coloniales" utilisées dans le territoire du "Congo belge voisin" n'étaient pas d'application au Rwanda (et au Burundi).

Au moment de la révolution dite "sociale" (1959) le régime féodo-monarchique a été renversé et la république proclamée (1961). Cela ne s'est pas fait sans une "coopération" étrangère ... mais qui n'avait rien à voir avec une occupation militaire imposée de force. Des pogroms ont malheureusement accompagnés cette révolution et ont provoqué l'exode des Tutsi monarchistes et de leurs fidèles. Certains parmi les exilés nostalgiques de l'ancien régime n'ont jamais abandonné l'idée d'une "restauration", comme cela a été les cas dans la plupart des révolutions de par le monde. Ces "royalistes", ont fait des incursions à caractère terroriste pendant presque toute la durée des deux premières républiques rwandaises (Kayibanda et Habyarimana). Ils se sont appelés eux-mêmes "INYENZI" c'est à dire : "ingangurarugo yiyemeje kuba ingenzi"[7] ("combattants de la milice Ingangurarugo qui se sont donnés pour objectif d’être les meilleurs"). La traduction en français du mot Inyenzi est bien entendu "cafard" ... mais jamais ceux qui se sont donnés ce nom ne voulaient lui donner le sens péjoratif contenu dans l'acceptation qu'en font les européens. Le seul vrai point commun entre l'appellation et le mot est le fait que la tactique des Inyenzi, consistait à attaquer de nuit et à "disparaître" le jour.

Jamais, la diaspora Tutsi ne s'est unifiée. Elle est restée disparate, minée par des conflits internes (Abayinginya versus Ababega.) et de ce fait, sans force réelle. Par contre, les Tutsi rwandais d'Ouganda ont pris une part de plus en plus importante dans le pouvoir militaire du Président Musévéni (en collaborant à sa victoire sur Obote 1986). Musévéni était devenu, vu le déclin de Mobutu du Zaïre (incontrôlable par la CIA et malade en phase terminale), le nouveau "our boy" des USA dans la région. Mais ni les réfugiés Tutsi du Burundi, du Zaïre ou de Tanzanie ne sont ligués avec ceux de l'Ouganda pour planifier un retour par la force au Rwanda. Fred Rwigéma et Paul Kagamé, officiers ougandais faisant partie du groupe de Tutsis d'origine rwandaise, ont reçu, en 1989, l'accord et l'intendance de Musévéni pour attaquer le Rwanda. Musévéni, lui, a écarté en juillet 1990, Kagamé (dont il se méfiait de l'"influence" grandissante dans l'armée ougandaise) en l'envoyant à Fort Leavenworth (Texas) pour y suivre une "formation" (dispensée par l'US Army aux officiers Ougandais).

Une fois Kagamé écarté, Rwigéma, devenu le seul poulain de Musévéni (et donc automatiquement "our guy" des USA), "double" Kagamé (forcément absent) et attaque le Rwanda le 01/10/1990. Le lendemain Fred Rwigéma est assassiné sur ordre donné par Kagamé à ses "fidèles". Kagamé avait effectivement pressenti la "conspiration" et le piège que Musévéni avait tramés avec Rwigéma pour l'évincer et le priver de la victoire, en l'envoyant à l'étranger. Il avait déjà préparé sa réponse à la traîtrise de Fred Rwigéma qui, lui, aurait pu prendre le pouvoir au Rwanda. En effet la guerre contre le Rwanda devait être "éclaire". L'armé rwandaise était relativement faible et minée par des infiltrations effectuées à l'occasion de la visite du Pape à Kigali en septembre[8]. Kigali, avec également, quelques complicités interne au régime Habyarimana, pouvait tomber en trois jours. (Nuit des tirs du 04/10) Mais l'armée rwandaise et surtout les paras congolais arrêtent rapidement la colonne ougandaise sur la route entre Kagitumba et Gabiro.

Tout ceci fait bien de la guerre d'octobre 1990 une guerre d'agression et d'invasion d'un pays par un autre, sous couvert d'un retour de réfugiés. Ces militaires ougandais d'origine rwandaise n'avaient plus, de fait, suivant le UNHCR[9], le statut officiel de réfugiés, ayant pris les armes dans le pays d'accueil pour attaquer le pays d'origine[10].

Les pourparlers pour le retour pacifique des réfugiés de 1959-1961 étaient en cours à l'UNHCR. Une initiative militaire n'avait aucun sens.

Dès le lundi midi, 01/10/1990, des informations biaisées commençaient à circuler dans la capitale, Kigali. Si les Rwandais parlaient d'Inyenzi, les expatriés parlaient de "rebelles".

Il ne s'agissait pas de "rebelles" puisqu'on avait affaire à des soldats réguliers de l'armée ougandaise. Dans les milieux des expatriés, les bruits totalement faux selon lesquels les "rebelles" ne "seraient plus" qu'à 80 km de Kigali, étaient sournoisement distillés ..... La Belgique et les autres Membres de la Communauté Internationale, amie du peuple rwandais, refusent d'intervenir dans un conflit "essentiellement interne" au Rwanda, selon leurs argumentations !!!! De plus, un appel au Conseil de Sécurité de l'Onu est refusé car présenté comme une ingérence inacceptable dans les affaires intérieures d'un pays indépendant (et cela malgré les accords de coopération et de défense légalement prévus par la diplomatie internationale tant du côté belge que du côté français).

Et c'est le début des "Guerres Mondiales d'Afrique" avec leurs cortéges de crimes contre la paix, crimes de guerre, crimes contre l'humanité. Ces guerres en Afrique Centrale avec leurs propagandes, leurs "backings" vicieux, leurs cortèges de désinformation, de diabolisation (des uns et des autres, mais des autres plus que des uns) qui généreront et le Génocide des Tutsi du Rwanda (selon l'appellation labellisée), et les deux guerres du Congo et la situation actuelle où tout peut basculer d'un moment à l'autre. C'était il y a 27 ans déjà...Mais qui s'en souvient ? A part les proches des millions de victimes qu'ont causés le déclenchement de cette guerre et la spirale des violences qu'elle a engendrée ..... mais ce ne sont que des "nègres"....alors !.

Pour terminer faut-il rappeler Andrè Guichaoua, dans "Exilés, réfugiés, déplacés en Afrique centrale et orientale" Karthala (P204) ? :

"De tous les pays d'Afrique centrale et orientale, seule le Rwanda présente un cas de figure atypique avec l'installation au pouvoir d'une armée forgée et opérant à partir d'un pays voisin. Partout ailleurs, la lutte pour le pouvoir s'est jouée aux travers d'alliance internes, des enracinements politiques locaux".

Combien liront-ils ce billet ? Combien apporteront-ils des rectifications, des corrections, des commentaires ?

 

[2] Jan Vansina - Luc De Heuch

[3] Ruanda und Deutschland seit den Tagen Richard Kandts - Reinhart Bindseil - Dietrich Reimer Verlag p 66

[6] Adolf von Goetzen fut le premier blanc à être reçu par le Mwami du Rwanda Kigéri IV Kigeli IV, le 29 mai 1894 !


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