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Lula, un héritage convoité !

Incarcéré depuis 5 mois, l’ex-président Luiz Inácio Lula da Silva, o Lula du Parti des Travailleurs (PT), représente 40% des intentions de vote à un mois et demi du scrutin le plus controversé et le plus imprévisible que le Brésil n’ait jamais connu. Un pactole dont nombre de partis politiques voudrait bien s’approprier.

Un récent entrefilet sur Arte, Brésil : la campagne compliquée de Lula, le soulignait ce week-end (25/08), tout comme un article du Point le 24/08/2018, ou celui-ci, du 21/08 : les élections présidentielles brésiliennes s’annoncent chaudes. Qui plus est, alors que cette bataille électorale singulière s’engage, on voit, à gauche, une course à l’héritage de Lula.

D’un côté, on trouve Ciro Gomes, du Parti Démocratique Travailliste (PDT), le parti de la rose qui intègre l’Internationale Socialiste, et qui se veut l’héritier politique de Leonel Brizolla, une des plus grandes et des plus respectées figures politiques brésiliennes, fondateur du PDT. Il a choisi opportunément comme vice-présidente la sénatrice Katia Abreu, propriétaire terrienne et ex présidente de la Confédération Nationale de l’Agriculture qui rassemble les « ruralistes », ceux-ci formant le groupe le plus important et le plus actif du Parlement, résolument à droite.

De fait, sous couvert d’un décor progressiste qui associe l’image de Lula à la sienne, le programme ‘ciriste’, crédité de 5% des intentions de vote, est une version populiste du programme néolibéral où l’on ménage la chèvre et le chou pour récupérer des votants de tous bords. L’autre jour, après une tentative infructueuse auprès du groupe centriste, le candidat Ciro faisait la une des journaux pour avoir requis auprès de la Justice une autorisation de visite à son ‘ami’ Lula en prison. À ce stade, on peut s’interroger sur les raisons profondes de cette demande, car en associant son nom à celui de Lula, les algorithmes des réseaux sociaux se sont emballés sur ce fait qui aurait pu être anodin en toute autre circonstance.

De l’autre, on a l’Extrême-gauche qui, bien que n’alignant pas de candidat au poste suprême de l’État, mène une campagne d’usure contre les membres les plus emblématiques du Parti des Travailleurs. De plus, tout en resservant à ses militants un discours suranné sur la lutte des classes, le président du directoire du Parti de la Cause Ouvrière (PCO) exhorte à l’abstention au cas où Lula lui-même serait empêché de participer librement au scrutin, tout en fondant sa campagne sur la libération de Lula avec pour slogan : « C’est Lula ou Rien ».

Or, il est tout à fait possible, et certains disent probable, que le leader progressiste reste prisonnier de la machination juridique dont il est l’objet, malgré toutes les tentatives de ses avocats d’en appeler à la Constitution nationale et même avec la récente décision de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU qui rappelle au gouvernement brésilien ses engagements internationaux.

Il se trouve que l’abstention, on l’a connue en France, est la voie royale pour profiter à l’adversaire. Compte tenu du fait que le PT est actuellement le seul parti à même de contrer le coup d’État dont il a été l’objet et remettre le pays sur la voie progressiste dont Lula a été l’artisan incontesté, son absence au second tour du scrutin verrait immanquablement l’élection d’un candidat de droite et la continuité politique, économique et sociale néolibérale déjà mise en œuvre par le gouvernement illégitime de Temer.

Alors on se demande pourquoi cet acharnement à diviser la gauche dans un moment de telle instabilité et face à un tel danger, alors que les sondages sont unanimes pour donner le PT gagnant aux élections. Gagnant, si toutefois il y a union autour de sa candidature et participation sans faille au scrutin. On navigue malheureusement en eaux troubles et on n’a pas de réponse pour l’instant.

Sur ce sujet particulier, j’ai eu le plaisir de voir publié un de mes articles, ce mardi 28/08, sur GGN, un des sites les plus renommés de la blogosphère brésilienne. 

Parmi les fronts de gauche se trouve aussi le PSOL, le Parti Socialisme et Liberté, fondé en 2004 sur dissidence du PT, qui présente aussi son candidat avec quelque 1% d’intentions de vote. On comprend, bien sûr, le jeu démocratique et le besoin de représenter et de défendre son point de vue et ses divergences, mais on peut regretter que dans une situation d’exception où l’ordre démocratique a été balayé, il n’y ait pas une union tout aussi exceptionnelle. Toutefois, quand on sait que Lula est, à l’heure actuelle, un étendard qui unit 40% de l’électorat brésilien, on peut comprendre que nombreux sont ceux qui visent cet héritage. « Bonsoir Président Lula ! » a lancé Guilherme Boulos, le candidat du PSOL à la présidence, lors du premier débat télévisé, alors que celui-ci était évidemment absent sur le plateau. Toutefois, tout porte à croire que leur consigne de vote au second tour sera en faveur de Lula dont Boulos est assez proche.

Malgré les déchirements d’une gauche immature, voire opportuniste, et les manœuvres sournoises d’une droite putschiste, du fond de sa cellule c’est quand même Lula qui écrit l’Histoire.


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11 réactions à cet article    


  • aimable 29 août 14:17
    si Lula est en prison c’est que cela arrange beaucoup de monde en politique , ce Mr rêve d’être vizir a la place du vizir c’est évident .
    Je ne sais pas si Lula pourra se présenter aux élections, si oui et qu’il est élu ils pourraient envisager d’installer la présidence dans la prison et sa cellule serait son bureau et sa chambre a coucher ,
    vous voyez la gueule que cela aurait de recevoir Trump dans sa cellule .

    • V_Parlier V_Parlier 29 août 14:31

      @aimable
      J’ai du mal à saisir où vous voulez en venir.


    • V_Parlier V_Parlier 29 août 14:29

      Un mafieux arrive au pouvoir au Brésil en détournant une loi anticorruption pour virer la présidente en exercice. Puis il met en prison son opposant le plus crédible, et fait remplacer l’opposition par une gauche bobo néo-macroniste. Ca c’est joué de main de maître pour un oligarque larbin de l’empire !


      • V_Parlier V_Parlier 29 août 14:30

        @V_Parlier
        Mais vous aurez remarqué : Sur nos TV, au Brésil tout va bien, ce sont juste quelques querelles de partis...


      • Lucas Matheron Lucas Matheron 29 août 23:32

        @V_Parlier
        Exactement ! Ça a été joué de main de maitre et Lula et le PT essaient de reprendre la main par la voie « légale » d’une manière tout à fait rocambolesque, mais pas moins que le coup dÉtat dont ils ont été l’objet.
        Merci de votre intervention.


      • Lucas Matheron Lucas Matheron 29 août 23:46

        @V_Parlier
        Le coup a été tellement bien monté, jouant sur la Constitution et avec la complicité d’un Parlement vénal. Ce qui fait qu’on peut difficilement faire valoir le coup d’État, vu qu’ils ont un culot monstre et qu’ils s’abritent toujours sous le couvert de cet acte soi-disant constitutionnel.
        Vu qu’ils ont le soutien de l’oncle Sam, de Soros et autres semeurs de zizanie, la presse internationale a été en grande partie noyautée.
        On a maintenant une attente fébrile quant au positionnement des putschistes face à la notification de l’ONU. S’ils la rejettent, l’état d’exception sera mis en évidence, avec un grand point d’interrogation quant à la suite des évènements. S’ils s’y soumettent, Lula participe aux élections et ils vont inventer quelque chose pour bloquer sa prise de pouvoir...
        Dans tous les cas, l’issue est plus qu’incertaine.
        Merci pour vos commentaires !


      • V_Parlier V_Parlier 30 août 17:32

        @Lucas Matheron

        Mais ce fut un plaisir ce commenter smiley
        Tout se passe en effet comme on pouvait le craindre dès que la possibilité de « destitution » de Dilma Rousseff avait commencé à être abordée par nos médias..

      • Odin Odin 30 août 11:46

        « Alors on se demande pourquoi cet acharnement à diviser la gauche »

        La réponse me semble simple. Elle se trouve au nord de ce continent où l’oligarchie financière fera tout pour sabrer une politique pro BRICS.

        De plus, le retour de Lula au pouvoir ferait tomber l’état de siège du Venezuela, donc peu probable qu’il puisse se représenter à moins d’un miracle, mais cela le mettrait dans la position d’un certain JFK. 


        • V_Parlier V_Parlier 30 août 17:37

          @Odin
          Je crois en effet que si Lula et Roussef avaient été des souverainistes conservateurs, même de droite, contre le libéral-mafieux pro-US il en aurait été exactement de même. Le fait est qu’ils sont d’une gauche peut-être trop sincère pour faire de la « gauche moderne » à l’européenne, pleinement acquise aux causes du « monde libre ». Celle qu’on connait bien chez nous.


        • Lucas Matheron Lucas Matheron 31 août 14:43

          @Odin
          En effet, le coup d’État a certainement en partie pour origine l’alliance BRICS qui offrait une porte d’entrée politique à la Chine et la Russie sur le continent américain, mais aussi dû aux gisements de pétrole (pré-sal) découverts vers 2005.
          En revanche, la division de la gauche dont je parle ici est due, d’une part, à des ambitions de certains secteurs de cette gauche qui visent à récupérer une partie de cet électorat ’luliste’. Sous couvert de leur soutien envers le leader emprisonné, leurs positionnements ne sont pas toujours très clairs et laissent des doutes quant à leur sincérité. Une certaine ingénuité de la part des électeurs eux-mêmes aide à propager des discours enflammés, certes, mais souvent dénués de bon sens.
          Merci en tous cas de provoquer cette discussion.


        • Lucas Matheron Lucas Matheron 31 août 14:58

          @V_Parlier
          Il est tout à fait juste de dire de Lula qu’il est « un peu trop sincère » et c’est ce qui permet d’abonder pleinement dans le sens du coup monté contre lui pour le « condamner » et l’enfermer. Ce qui bien évidemment est la meilleure façon de l’empêcher de participer au scrutin de cette année. On souhaite bien sûr que la décision de l’ONU va peser en sa faveur, mais on peut s’attendre à tout de la part des putschistes qui n’ont aucun scrupule. Réponse très bientôt.
          Quant à Dilma, elle est tellement droite et intransigeante qu’il leur a fallu inventer une malversation des comptes, rabachée tant et plus dans les médias qu’elle a fini par convaincre une classe moyenne montée contre le PT via des réseaux sociaux pró-putsch très actifs et obtenant ainsi « le soutien de la rue ». 

          Comme quoi, la sincérité dans le monde politique est encore une gageure.

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