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Motor Sich – Les États-Unis dament le pion à la Chine en Ukraine

Après d’intenses pressions des États-Unis sur Volodymyr Zelensky, Washington aurait réussi à damer le pion à Pékin en Ukraine en empêchant (semble-t-il) l’achat de Motor Sich par la Chine. Et tant pis si cela doit fortement dégrader les relations commerciales entre l’Ukraine et la Chine.

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Photo : AP/Andy Wong

Cette histoire n’est pas la première du genre, mais elle montre clairement que l’Ukraine n’est qu’un pion sur l’échiquier géopolitique et économique des États-Unis et non un partenaire. L’Ukraine, déjà mal en point économiquement, ne peut se permettre de perdre un partenaire commercial important comme la Chine. Et pourtant Kiev semble prête à saborder ses relations avec Pékin en refusant de lui vendre la société Motor Sich comme prévu.

La Chine sauve Motor Sich du résultat catastrophique des sanctions contre la Russie

La société ukrainienne Motor Sich fabrique des moteurs d’avions et d’hélicoptères. Avant le Maïdan, environ 80 % de la production de la société était exportée vers la Russie, pour alimenter ses usines aéronautiques. Mais après le coup d’État, en mars 2014, l’Ukraine bannit l’export de ces moteurs vers la Russie sous prétexte de l’agression imaginaire menée par cette dernière.

Il n’est pas besoin d’être un grand économiste pour comprendre qu’une société qui perd un client qui achetait 80 % de sa production d’un seul coup va finir en faillite rapidement si elle ne trouve pas très vite un autre client avec une capacité d’achat similaire.

La Chine a profité de la situation catastrophique de Motor Sich pour conclure avec la société un contrat pour l’achat de moteurs d’avion à des prix très favorables. Il ne s’agissait alors que de moteurs pour des avions civils, comme l’avion d’entraînement L-15. Pas de moteurs pour avions de combat, rien donc qui puisse affoler Washington.

Mais la Chine n’était pas décidée à s’arrêter là. Car malgré les énormes ressources investies dans le développement se son industrie aéronautique, la Chine a échoué à développer des moteurs d’avions de grande capacité. Pour résoudre ce problème, rien de mieux pour Pékin que d’avoir accès aux technologies soviétiques possédées par le fabricant ukrainien.

D’après certains experts, la Chine s’intéresserait entre autre aux moteurs AI-222 des Yak-130 (des avions de combat d’entraînement russes), et aux moteurs équipant les hélicoptères Mi-26 (le plus grand hélicoptère au monde). Malgré tous ses efforts, la Chine s’est avérée incapable de créer des copies conformes de ces moteurs, alors pourquoi ne pas se tourner vers l’Ukraine pour obtenir ce qui lui fait tant défaut ?

Pékin a dû apporter des arguments convaincants pour l’Ukraine, puisqu’en mai 2017, le Vice-Premier ministre ukrainien, Stepan Koubiv a annoncé que Motor Sich et Beijing Skyrizon Aviation Industry Investment Co construiraient ensemble une usine à Chongqing, en Chine. La société chinoise avait aussi obtenu un accord avec Viatcheslav Bogouslayev, le Président et actionnaire majoritaire de Motor Sich, pour acquérir une participation de contrôle dans la société ukrainienne, contre la promesse d’investir 250 millions de dollars dans le développement de la production.

Au vu de l’importance stratégique de la société Motor Sich, l’accord devait être validé par le Comité Anti-Monopole Ukrainien (CAMU). La société chinoise a donc envoyé une requête ad-hoc à l’agence anti-monopole fin 2017. Et c’est là que les choses se sont gâtées.

Les États-Unis font du chantage dans l’affaire Motor Sich

C’est l’envoi de la requête de Skyrizon auprès du CAMU qui a donné l’alerte à Kiev puis à Washington. L’Ukraine et les États-Unis ont alors découvert que Motor Sich, une société ukrainienne industrielle majeure, allait se faire racheter par la Chine. Problème : la production de Motor Sich n’est pas que civile comme nous avons pu le voir plus haut. La société fournit aussi bien des moteurs d’avions et d’hélicoptères civils que militaires. Et c’est là que ça a coincé.

C’est Kiev qui fut la première à réagir. Quelques mois après l’envoi de la requête de Skyrizon auprès du comité anti-monopole, début 2018, le SBU a lancé des poursuites contre l’exportation d’une partie de l’équipement de Motor Sich vers la nouvelle usine de Chongqing, empêchant l’accord d’être appliqué.

Puis, après un statu quo de plus d’un an, à l’été 2019 le département d’État américain a soudainement réagi en produisant un rapport déclarant que la Chine voulait transformer son armée en machine de guerre de premier plan capable de tenir tête à l’armée américaine, voire d’envahir Taïwan. Pour empêcher une telle menace de se réaliser, les États-Unis devaient damer le pion à la Chine en Ukraine, et l’empêcher de racheter Motor Sich.

Sauf que malgré la réaction du SBU en 2018, l’Ukraine n’avait pas trop envie d’aller jusqu’au bout de cette démarche, afin d’éviter de perdre un partenaire commercial important. Alors les Américains ont décidé de « tordre le bras » de Kiev pour l’obliger à faire ce que Washington voulait.

Les États-Unis ont ainsi gelé le programme d’aide militaire de 391 millions de dollars destiné à l’Ukraine et repoussé sans fin la livraison de licences pour la fourniture d’armes et de munitions, pour lesquelles Kiev avait déjà payé 30 millions de dollars.

D’après un officiel ukrainien de haut-rang cité anonymement par BuzzFeed les États-Unis aurait clairement mis dans la balance l’aide militaire promise à l’Ukraine et la vente de Motor Sich à la Chine.

Quelques jours après la visite de John Bolton (alors conseiller du président américain) en Ukraine en août 2019, le SBU a ouvert une enquête contre Motor Sich pour « suspicion de préparation de sabotage et haute-trahison de l’entreprise  ». Pour dire les choses plus simplement, Motor Sich a été suspectée d’exporter illégalement ses produits vers la Russie.

D’après les sources citées par BuzzFeed, l’officialisation de l’annulation de l’accord entre l’Ukraine et la Chine concernant Motor Sich devrait être annoncée en mars 2020 par le comité anti-monopole, sous prétexte de potentielles violations de la loi et de problèmes géopolitiques posés par cet accord. Il semble donc que les États-Unis ont gagné la partie.

Une société américaine proposée pour prendre la place de la société chinoise évincée

Si Washington peut sortir le champagne, Motor Sich elle se trouve désormais dans une situation encore plus catastrophique : non seulement la société a perdu un repreneur, mais aussi le client qui avait compensé la perte du marché russe.

Alors les États-Unis ont décidé de trouver un autre repreneur « de confiance » pour Motor Sich afin d’éviter une répétition de ce qui s’était passé avec les Chinois. C’est là que l’administration de Trump a sorti de son chapeau la société Oriole Capital Group, dont le directeur général, Hossein Mousavi a confirmé qu’il va acheter Motor Sich.

Le problème c’est qu’Oriole Capital Group n’est pas une société inconnue des Ukrainiens. En 2017, cette société avait promis d’investir 150 millions de dollars dans l’usine aéronautique d’État de Kharkov (KSAZ), pour terminer la construction d’avions AN-74, qui avait été commandés par le défunt chef d’État libyen, Mouammar Khadhafi.

Oriole Capital Group avait balayé d’un revers de main les craintes de plusieurs experts soulignant qu’il n’y avait pas de clients pour acheter ces avions, en disant que la société s’occupait de tout.

Sauf que ce contrat a fait un flop, « à cause de manque de garanties » de la part de l’Ukraine, à en croire Hossein Mousavi.

Il est assez curieux, pour le moins, de proposer comme repreneur pour sauver Motor Sich une société qui a déjà échoué une fois à tenir ses engagements envers une autre entreprise ukrainienne.

L’Ukraine va payer les pots cassés

L’autre problème, c’est que d’après plusieurs experts ukrainiens, la seule façon d’empêcher légalement la vente de Motor Sich à la Chine serait de nationaliser la société, et l’Ukraine devrait alors payer des compensations qui pourraient aller de 500 millions à 2 milliards de dollars à Pékin, pour éviter de se la mettre définitivement à dos.

Et c’est là que ça coince. L’Ukraine étant dans une situation économique catastrophique, Kiev n’a pas les moyens de nationaliser Motor Sich, et encore moins de payer de telles compensations à la Chine. C’est tout simplement impossible. Le seul espoir réside dans la possibilité qu’Oriole Capital Group puisse allonger une telle somme.

L’autre point de blocage c’est que si la Chine refuse de se retirer de cet accord, les États-Unis imposeront des sanctions contre les comptes de Motor Sich à l’étranger, asphyxiant ainsi totalement la société qui ne vit plus que de ses exportations (qui lui sont payées via des banques occidentales), puisque le complexe militaro-industriel de l’Ukraine ne lui passe plus de commandes.

Ces sanctions viseraient à contraindre la Chine à accepter une faible compensation en échange de leur renoncement à acheter la société Motor Sich. Mais que se passera-t-il si Pékin décide d’exiger le maximum pour se défouler sur Kiev de cet échec cuisant ? Ça tout le monde s’en fiche, Washington la première.

Si la Chine refuse de reculer sur cet accord d’achat, pour empêcher la victoire des États-Unis sur ce dossier, l’Ukraine et la société Motor Sich pourraient se retrouver dans une situation catastrophique. Car au vu de l’échec d’Oriole Capital Group dans le dossier de l’usine aéronautique de Kharkov, il y a de fortes chances que Kiev doive payer les pots cassés dans cette confrontation géopolitique entre les États-Unis et la Chine.

Soit Motor Sich va couler, et l’Ukraine va perdre encore un de ses fleurons industriels pour avoir suivi la politique russophobe voulue par les États-Unis, en plus de perdre un de ses plus gros partenaires commerciaux (la Chine). Soit l’Ukraine va couler financièrement en essayant de sauver Motor Sich de la noyade.

Dans les deux cas, l’Ukraine va se retrouver dans une situation économique encore pire que maintenant et se rapprocher de plus en plus du défaut de paiement. Cet accord d’achat de Motor Sich par la Chine saboté par Washington montre clairement que l’Ukraine post-Maïdan n’a rien d’un pays indépendant, et qu’elle est en réalité une simple colonie des États-Unis. Ça valait bien la peine de faire une « révolution de la dignité » pour en arriver là…

Christelle Néant

Voir l'article sur Donbass Insider


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12 réactions à cet article    


  • Guy19550 Guy19550 29 février 18:22

    C’est un excellent article. Je ne sais pas tout confirmer mais bien des choses quand même. Je me souviens du Bolton à Kiev par exemple qui disait de ne pas faire des affaires avec la Chine du fait que les chinois ne respectent pas la propriété intélectuelle. Cela est vrai, mais les cowboys ne respectent pas non plus la propriété intélectuelle quand cela leur convient mieux. On a vu cela avec le « veto » d’Obama dans l’affaire Eastman Kodak pour ce qui est des licences. Kodak avait des droits certains que Obama a renié. Cela a provoqué la liquidation de Kodak à l’avantage de Apple. Des choses similaires on pu être constatées avec General Motors un peu avant sauf que dans ce cas là, le problème des licences a été caché, mais les boches ont négocié la chose avec les américains pour conserver les productions européennes.

    L’Ukraine aurait du faire la même chose mais Sam s’y est opposé. 

    J’aime assez votre conclusion du reste, lol.


    • Christelle Néant Christelle Néant 29 février 20:31

      @Guy19550
      Cette situation est surtout mauvaise pour les Ukrainiens qui vont payer la note finale de toute cette gabegie du Maïdan....


    • Guy19550 Guy19550 29 février 21:07

      @Christelle Néant
      Je suis bien de votre avis. Les américains préfèrent aussi vendre des moteurs Boeing aux ukrainiens plutôt que de permettre à l’économie ukrainienne de remonter la pente.
      Les ukrainiens sont vraiment très cons en donnant la préférence à des choses comme le nazisme, la corruption, le maidan, l’Otan, ...

      J’ai regardé les nouvelles sur Dan, il y a une bonne nouvelle avec Nathalie mais cela est repris dans un ensemble de mauvaises nouvelles sur le plan militaire. Donc, à vos casques !!!

      Normalement je mets cela sur mon forum, mais j’ai hélas décidé de ne plus y mettre de message tant que les accords de Minsk ne sont pas appliqués. Cela implique à mes yeux que l’Ukraine peut crever, c’est pas moi qui va lever le petit doigt. De plus en plus, je prends la position européenne avec les terroristes, on ne négocie pas avec ce genre d’individus. C’est dommage pour les gens évidemment car eux méritent quand même mieux que cela, mais les terroristes sont parmi ceux qui dirrigent le pays ou ce qu’il en reste. 


    • Christelle Néant Christelle Néant 29 février 21:49

      @Guy19550
      Sauf que si l’économie ukrainienne ne repart pas, je ne vois pas avec quoi ils vont acheter les moteurs Boeing...


    • Guy19550 Guy19550 29 février 23:57

      @Christelle Néant
      Dans l’esprit des cowboys, il y aura l’argent des terres qu’il ne faut surtout pas laisser en Ukraine. C’est du one shot, après restera plus rien.


    • Parrhesia Parrhesia 1er mars 08:32

      @Christelle Néant
      Bonjour Christelle,
      Non seulement votre remarque est juste, mais j’aime énormément son esprit.
      Continuez. C’est vous qui êtes dans le vrai !


    • Christelle Néant Christelle Néant 1er mars 13:57

      @Guy19550
      C’est vrai qu’il y a la vente des terres. Mais comme vous dites c’est un one shot. Après l’Ukraine sera à poil...


    • Christelle Néant Christelle Néant 1er mars 14:02

      @Parrhesia
      Merci du compliment.


    • Guy19550 Guy19550 1er mars 18:51

      @Christelle Néant
      Je vois sur Tass que la « yermacht » voudrait un échange de prisonniers en mars :
      https://tass.com/world/1125361
      Sans doute pour bien se faire voir, mais quand on regarde sur Dan ce qui se passe sur le terrain, je me demande bien ce qui est positif pour un tel article ???
      Pour le moment, je mets cela sur l’humour russe, mais je ne vais pas oublier l’épisode pour autant.

      Quel est le poids d’un tel article par rapport au poids de la menace perpétuelle des bombardements à venir ?


    • Christelle Néant Christelle Néant 2 mars 11:45

      @Guy19550
      Le problème c’est que Kiev pratique le wishful thinking. C’est-à-dire qu’ils passent leur temps à dire ce qu’ils aimeraient mais ils ne font rien pour. Ze a encore dit récemment qu’il voulait la prochaine réunion au Format Normandie, mais ils ne font rien pour. C’est des mots et seulement des mots. Ils veulent ci, ils veulent ca. Ca sert à rien de regarder ce genre de propos. C’est du voeu pieux.


    • Guy19550 Guy19550 29 février 18:31

      Quand je dis que les chinois ne respectent pas la propriété intelectuelle, cela veut dire simplement qu’ils ne suivent pas les règles étabies par les cowboys. Il y a en Chine la loi anti-monopole qui prime sur le reste. 


      • V_Parlier V_Parlier 29 février 22:18

        Il est préférable que la Chine ne soit pas en bons termes avec l’Ukraine, donc tant mieux.

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