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Pouchiline : Zelensky, comme Porochenko, ne cherche pas la paix

Denis Pouchiline, le chef de la République Populaire de Donetsk (RPD), nous a accordé une interview sur la politique et la diplomatie de la République, et sur les actions du nouveau président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

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Christelle Néant : Début mars, la République Populaire de Donetsk (RPD) a exprimé sa volonté d’élaborer un Concept de politique étrangère visant à la reconnaissance de la République par d’autres États et à la possibilité pour elle d’entrer dans plusieurs organisations, dont l’ONU. Mais en même temps, cette déclaration comprend un paragraphe sur le fait que les relations avec l’Ukraine doivent être basées sur la stricte mise en œuvre des accords de Minsk, qui prévoient une réintégration de la RPD et de la RPL en Ukraine, après les changements constitutionnels. Et récemment, la RPD a lancé la campagne « Choix du Donbass » qui appelle Zelensky à appliquer les accords de Minsk. Ces deux points (la souveraineté de la RPD en tant qu’État indépendant et la mise en œuvre des accords de Minsk) semblent totalement opposés. Comment les deux pourraient être mis en œuvre en même temps sans se contredire l’un l’autre ?

Denis Pouchiline : Nous avons déclaré à plusieurs reprises que les accords de Minsk sont le seul moyen de mettre fin pacifiquement au conflit du Donbass, sans recourir à la force ni à l’agression armée. Le Paquet de mesures énonce un plan clair, étape par étape, dont la mise en œuvre conduirait à la résolution du conflit armé. Toutefois, à l’heure actuelle, c’est la faute de l’Ukraine si aucun des 13 points signés à Minsk n’a été mis en œuvre.

Nous ne pouvons pas attendre sans fin que Kiev décide de respecter ses engagements, d’autant plus qu’aucune condition préalable n’est apparue à cet égard. Pas plus tard qu’hier à Gorlovka, des unités de l’armée ukrainienne ont bombardé une école en dépit de la trêve déclarée. Dans l’ensemble, la situation militaire reste tendue depuis plus de cinq ans.

De plus, toutes ces années depuis la signature des accords de Minsk, l’Ukraine a délibérément éloigné le Donbass d’elle-même. Non seulement Kiev nous a imposé un blocus économique, mais elle a coupé tout lien politique avec Donetsk et Lougansk, refusant d’engager un dialogue direct avec nous. Pendant cette période, les Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk ont été créées en tant qu’États indépendants qui mènent leur propre politique intérieure et étrangère.

Le Concept de politique étrangère, adopté au début de cette année, définit les orientations prioritaires de la politique étrangère de la RPD dans l’intérêt des habitants du Donbass. Ce document est basé sur la Constitution actuelle de la RPD et vise à protéger les intérêts de notre peuple, en développant des conditions extérieures favorables, y compris l’établissement de relations amicales et de partenariat avec nos voisins. En particulier, nous développons nos relations avec la Russie, et cela ne contredit pas les accords de Minsk, car il y a une clause sur la coopération transfrontalière.

Notre Concept ne concerne pas le présent, mais l’avenir. Alors que nous développons et construisons notre État, nous voulons être représentés dans les organisations internationales, y compris l’ONU.

Nous pensons à l’avenir de notre République, mais nous ne nous détachons pas du monde réel. L’action « Choix du Donbass » est une tentative des habitants des Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk de tendre la main au nouveau dirigeant ukrainien et de mettre fin au conflit dans le calme mais dans des conditions qui conviennent en priorité au peuple des Républiques Populaires. C’est précisément ce que prévoit le Paquet de mesures.

Pendant cinq ans à la tête de l’Ukraine, il y a eu un homme qui n’a pas caché sa détermination à mener une guerre de grande envergure sur notre territoire. Porochenko était prévisible et invariable. Lorsqu’il a été remplacé par Zelensky grâce à de grands discours en faveur de la paix et de la prospérité, les habitants du Donbass ont décidé de lui demander d’appliquer pleinement les accords de Minsk.

Au demeurant, l’absence de réaction de la part du « président du peuple » en dit long. Cela montre que, comme Porochenko, il ne cherche pas la paix.

Cette année, la RPD a lancé deux grands projets politiques : la Chambre civique, basée sur ce qui existe en Russie, et le Parlement des jeunes. Pourriez-vous nous expliquer en détail quelles seront les fonctions de ces deux chambres, si elles suivront strictement ce que font leurs homologues russes, ou si elles auront des rôles spécifiques à la RPD ? Et pourquoi ces projets sont-ils importants pour la République ?

La Chambre civique et le Parlement des jeunes sont les prochaines étapes de l’amélioration de notre système politique avec pour objectif une meilleure intégration entre la société et les autorités. Bien sûr, nous tirerons pleinement parti de l’expérience russe dans la mise en œuvre de ces projets, mais nous aurons aussi nos propres caractéristiques spécifiques.

En termes de fonctions et d’objectifs, ils sont assez étendus. La Chambre civique, en particulier, est chargée d’assurer un dialogue direct entre la population et les autorités et de mettre en place des mécanismes permettant aux citoyens d’influer directement sur les décisions nationales. Le Parlement des jeunes est aussi un projet social et politique majeur. Il est nécessaire d’impliquer autant que possible les jeunes dans l’administration publique, dans l’élaboration des lois, dans la création et la mise en œuvre de la politique pour la jeunesse. Il est nécessaire de préparer aujourd’hui la réserve de personnel pour le gouvernement de demain.

Les discussions sur l’échange de prisonniers sont au point mort depuis le dernier échange qui a eu lieu en décembre 2017 malgré les quatre prisonniers donnés par la RPD et la RPL à l’Ukraine. Quels sont les points de blocage ? Combien de prisonniers doivent encore être échangés ? Est-il prévu d’inclure les citoyens russes dans le prochain échange ou dans l’échange au format « tous contre tous » ? Et pensez-vous qu’il y a une chance que cet échange ait lieu dans un avenir proche ?

Il y a une possibilité d’échange, et nos représentants à Minsk y travaillent activement. Le principal obstacle est la réticence de la partie ukrainienne à mettre en œuvre l’échange selon le schéma approuvé – « tous ceux listés pour tous ceux listés ». À ce jour, nous avons soumis des demandes officielles d’échange de prisonniers à la partie kiévienne. Nous attendons des réponses.

Nous avons proposé à la partie ukrainienne le programme d’échange suivant. Les parties disposent d’un délai pour le « nettoyage procédural ». Il nous faudra environ un mois pour le faire, et la partie ukrainienne a demandé environ six semaines. Lorsqu’elles sont prêtes, les informations sur la clôture des poursuites pénales contre les personnes à échanger sont communiquées à M. Frisch (coordonnateur du sous-groupe humanitaire, qui représente l’OSCE), qui, à son tour, fait un rapport à ce sujet lors d’une réunion du Groupe de contact trilatéral. Une fois que le respect de tous les engagements pris par les parties aura été confirmé, l’équipe fixera une date précise pour l’échange.

Actuellement, il a été établi qu’il y a 101 personnes à échanger en Ukraine et 50 personnes sur le territoire de la RPD. L’initiative de la RPD sur la nouvelle procédure d’échange a déjà été transmise à M. Frisch.

Depuis le 1er avril 2019, le traité d’amitié et de coopération entre l’Ukraine et la Russie n’est plus valable. Quelles conséquences cela peut-il avoir sur le conflit du Donbass et sur la situation internationale et géopolitique de la RPD et de la RPL ?

En fait, le Traité d’amitié, de coopération et de partenariat entre l’Ukraine et la fédération de Russie a cessé d’être en vigueur beaucoup plus tôt. En avril de cette année, il a tout simplement été officiellement révoqué, le président ukrainien Porochenko ayant signé un décret sur le « non-renouvellement » de cet accord.

Selon les autorités de Kiev, qui ont décidé unilatéralement de mettre fin à son amitié avec la Russie, le Donbass et la Crimée sont devenus des pommes de discorde entre les deux pays frères. Les politiciens ukrainiens ont traditionnellement accusé la Russie de tous leurs maux.

Mais ce n’est pas vrai. Après le coup d’État à Kiev, les habitants du Donbass et de la Crimée ont rompu par eux-mêmes leurs relations avec l’Ukraine, sur base des résultats des référendums qui ont été organisés.

Les destins de ces deux régions sont différents. La Crimée a rejoint la fédération de Russie, et le Donbass a son propre chemin de retour, plus difficile que celui de la Crimée. Néanmoins, notre partenariat avec la Russie se renforce chaque année. Nous travaillons en étroite collaboration avec la partie russe dans divers domaines et organisons des manifestations communes. Grâce à une étroite coopération, un certain nombre de changements ont eu lieu dans le domaine de l’éducation – quatre universités de la République ont déjà obtenu une accréditation d’État en fédération de Russie. Cette année encore, le président russe Vladimir Poutine a publié un décret sur une procédure simplifiée pour l’obtention de la citoyenneté russe par nos citoyens.

Le processus d’intégration du Donbass avec la Russie a commencé en 2014, au tout début de l’existence des républiques, et il s’accélère aujourd’hui. Et la présence ou l’absence d’un accord formel entre l’Ukraine et la Russie ne peut pas affecter ce processus, parce que la décision est maintenant prise par les habitants du Donbass – nous décidons avec qui nous sommes amis, et comment construire notre politique intérieure et étrangère.

Depuis la cérémonie d’investiture de Zelensky, nous ne voyons aucune désescalade malgré ses promesses de paix, au contraire, nous pouvons voir une escalade et une aggravation constantes de la situation. Pensez-vous que cette escalade s’est produite parce qu’il n’avait pas la majorité à la Rada et qu’il ne contrôlait donc pas entièrement l’armée ? Pensez-vous que les choses vont changer maintenant qu’il a obtenu cette majorité après les élections législatives ?

Je ne pense pas que les récentes élections à la Rada auront un impact positif sur le processus de négociation. Toute la rhétorique que Zelensky et son équipe emploient actuellement vise à prolonger le conflit, voire à l’exacerber. Ils ont déjà déclaré publiquement qu’ils n’accorderaient pas au Donbass de statut spécial et que la loi d’amnistie ne serait jamais adoptée. Et c’est une violation directe des accords de Minsk. Le cessez-le-feu, qui était censé être permanent, a été rompu par les forces armées ukrainiennes quelques heures seulement après son entrée en vigueur. Les bombardements continuent, des gens meurent.

Interview faite par Christelle Néant pour Donbass Insider


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10 réactions à cet article    


  • Guy19550 Guy19550 16 août 22:50

    Excellent, mais il faut cependant croire au miracle tout en allant bien sûr de l’avant.


    • Guy19550 Guy19550 18 août 07:26

      Bombardement en LPR samedi soir signalé sur Tass.

      L’entrevue entre Poutine et Macron est pour le 19 selon Tass, donc lundi.


      • Christelle Néant Christelle Néant 18 août 13:31

        @Guy19550
        Je doute que cette entrevue change quoi que ce soit. J’espère me tromper, mais je suis peu optimiste.


      • Guy19550 Guy19550 19 août 00:39

        Beaucouo de liens en parlent pour ne rien dire en fait. C’est la technique des cowboys de noyer Google ainsi. Aucun de ces liens n’apporte de réponse. Il y en a juste un seul un peu différent sur libération.fr, mais lui aussi n’apporte aucune solution visible.



        • Guy19550 Guy19550 20 août 03:05
          C’est Tass qui rapporte, faudra voir ce que disent les autres car il faut d’abord être certain que les autres disent la même chose. Je donne ce lien unique car il contient tout à mon sens, avec également allusion aux propos antérieurs de Poutine. Dans d’ici quelques semaines on fera le point sur la situation et cela implique que l’Ukraine doit encore tout faire pour permettre aux russes d’avoir quelque chose à discuter. Ce qui est déjà acquis, c’est que pour l’heure, les brits et les cowboys sont encore hors jeu. Je me doute que les terroristes de Kiev vont poursuivre leurs relations amicales avec les deux autres sources de terroristes, à savoir les brits et les cowboys.
          https://tass.com/world/1074150

          • Guy19550 Guy19550 23 août 05:41

            Je n’ai personnellement rien vu comme réaction chez le zoulou, j’ai même pensé qu’il était mort ou qu’il ne trouvait pas important d’en parler. Eh bien, il n’est ni mort, ni intelligent. En effet, un jour après, Trump a communiqué son souhait de revoir la Russie au G7 pour faire à nouveau le G8. Là, il a appelé tout le monde pour dire de ne pas ramener la Russie au G8. Donc, quand il s’agit de quelque chose qui le concerne directement, c’est pas un mot ; et quand c’est pour quelque chose qui ne le concerne pas, c’est un pléade de coups de téléphone. C’est l’attitude d’un crétin, d’ailleurs la Russie ne veut pas revenir au G8. Par contre, pour ce qui est de ramener la paix en Ukraine, cela ne le concerne apparemment pas !


            • Guy19550 Guy19550 23 août 05:45

              A mon avis, il veut le G8 mais avec l’Ukraine et pas la Russie, loool


              • Stratediplo 25 août 17:24

                Si le nouveau président malorusse était intéressé par les accords de Minsk, il révoquerait la loi 7163 de reprise par la force des « territoires occupés » par laquelle le régime Maïdan s’est officiellement retiré de ces accords le 20 février 2018.


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