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Poutine – Il est impossible de résoudre le conflit du Donbass par la force

Lors de sa grande conférence de presse annuelle, qui a eu lieu le 19 décembre 2019, Vladimir Poutine a abordé à plusieurs reprises la situation dans le Donbass, la réunion au Format Normandie qui a eu lieu à Paris 10 jours plus tôt, ainsi que les problèmes de mise en œuvre des accords de Minsk par l’Ukraine.

Perspectives pour les accords de Minsk et le Format Normandie

La première question concernant le Donbass est venue d’un journaliste de Pervyi Kanal (« Première chaîne »), qui a demandé à Vladimir Poutine s’il était justifié d’organiser une nouvelle réunion au Format Normandie dans quatre mois, quelles étaient les perspectives de ce format de négociation, et s’il pensait que les accords de Minsk, et la Formule Steinmeier survivront à ces quatre mois, ou au-delà.

Le Président russe a rappelé l’importance des accords de Minsk et de leur mise en application. Il a aussi exprimé ses craintes concernant certaines déclarations des officiels ukrainiens après la réunion au Format Normandie.

«  Il n’y a rien de plus important que les accords de Minsk. Bien sûr, j’ai été préoccupé par la déclaration faite par le président Zelensky après son départ de Paris, selon laquelle ils pourraient être révisés. Si nous révisons les accords de Minsk, le processus de règlement sera dans une impasse, car l’élément principal des accords de Minsk est la loi sur le statut spécial du Donbass, qui doit être inscrite officiellement dans la Constitution ukrainienne. Elle a été prorogée d’un an, mais pas de manière permanente, bien que nous continuions à dire – non seulement moi, mais aussi les autres dirigeants du Format Normandie – que la loi doit avoir une durée illimitée et que sa formule doit être incorporée dans la Constitution. Toutefois, il semble que ni le précédent ni l’actuel dirigeant ukrainien ne le souhaitent. Mais il n’y a pas d’autre solution  », a déclaré Vladimir Poutine.

Il a aussi tenu à rappeler que la résolution pacifique du conflit impliquait un dialogue direct entre l’Ukraine et les Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk (RPD et RPL), et que les amendements sur la décentralisation, actuellement discutés à la Rada, ne sont pas conformes à l’obligation de coordination avec les républiques du Donbass.

«  Il doit y avoir un dialogue direct avec le Donbass. Il n’y en a pas pour l’instant. Il a été annoncé que des amendements concernant la décentralisation seront apportés. C’est une bonne chose. Mais cela doit-il remplacer les accords de Minsk ? Ou la loi sur le statut spécial du Donbass ? Pouvez-vous imaginer cela ? Oui. Mais les Accords de Minsk disent que toute action concernant le Donbass doit être coordonnée avec le Donbass. Cette initiative n’a pas été coordonnée avec lui. C’est, bien sûr, alarmant » a ajouté Vladimir Poutine.

«  Quant à la prochaine réunion, par exemple, en avril, elle ne sera pertinente que si nous constatons un changement positif. Y a-t-il eu des changements positifs ? Oui, c’est un fait objectif. Tout d’abord, la loi sur le statut spécial a été étendue, et donc la base d’un règlement n’a pas été détruite. Deuxièmement, les troupes se sont retirées dans plusieurs zones vitales, bien que nos partenaires ukrainiens soient opposés à un désengagement sur toute la ligne de contact. Je pense qu’ils font une erreur, mais c’est leur position. […] Le nombre d’attaques d’artillerie a diminué, ce qui est une autre réussite, même si, malheureusement, elles n’ont pas complètement cessé. Il y a des choses positives et des choses alarmantes. Tout cela doit être discuté. Dans l’ensemble, il est souhaitable de poursuivre les réunions au Format Normandie,  » a conclu le Président de la fédération de Russie.

Passe d’armes avec un journaliste ukrainien concernant la RPD et la RPL

Vladimir Poutine a ensuite donné la parole à un journaliste ukrainien de l’agence UNIAN, qui n’a pas manqué de faire des déclarations agressives. Répondant à son collègue de Pervyi Kanal qui avait exprimé l’espoir de pouvoir un jour travailler aussi librement en Ukraine que ses collègues ukrainiens peuvent le faire en Russie, Roman Tsymbaliouk, a répondu en disant que si les chars d’assaut ukrainiens se trouvaient dans le Kouban, peut-être que la Russie traiterait les journalistes ukrainiens comme l’Ukraine traite les journalistes russes.

À cette ânerie sans nom, Vladimir Poutine a répondu par une boutade en demandant s’il s’agissait de T-72 ou de T-34 (char d’assaut de la Seconde Guerre Mondiale), ce à quoi Tsymbaliouk lui a répondu que c’est le T-64 qui est leur principal char de combat. Le président russe lui a alors rappelé qu’il s’agit lui aussi d’un char soviétique. Ce à quoi le journaliste ukrainien lui a répondu que Poutine avait mentionné qu’il venait de l’Union Soviétique. Le président russe lui répond d’un simple « OK », et franchement on ne voit pas bien où Tsymbaliouk veut en venir avec ses bêtises.

Surtout qu’il enchaîne ensuite avec une question des plus stupides. Je vous mets la traduction littérale ici, afin que vous puissiez en juger.

« Dans le prolongement des pourparlers de Minsk, pourriez-vous indiquer la date de votre décision de dissoudre les administrations d’occupation de Lougansk et de Donetsk ? Vous les appelez des républiques, mais elles ne sont pas mentionnées dans les accords de Minsk  », a demandé Roman Tsymbaliouk.

Vladimir Poutine commence par répondre à sa première question en deux étapes. La première concerne le fait que les Républiques sont de facto mentionnées dans les accords de Minsk, puisque leurs représentants les ont signés, à la demande expresse de Petro Porochenko lui-même !

« L’ancien président Petro Porochenko, qui a représenté l’Ukraine aux pourparlers de Minsk, qui ont été suivis par les accords de Minsk, a insisté pour que ce document soit signé par les dirigeants de ces deux républiques non reconnues. Ils m’ont pris à la gorge, tous les trois [Porochenko, Merkel et Hollande – NDLR], et les représentants de ces républiques non reconnues ont refusé de signer. Je vous donne, si je puis dire, les détails de nos discussions à Minsk. Mais nous avons réussi à les persuader et ils ont signé le document. Ainsi, l’Ukraine elle-même a reconnu l’existence de ces autorités. C’est la première partie du Ballet de la Merlaison, pour ainsi dire. La deuxième partie est que des élections ont eu lieu là-bas, et que les gens ont voté. C’est, je crois, une façon très démocratique d’organiser les organes gouvernementaux. Troisièmement, les accords de Minsk eux-mêmes définissent explicitement les droits de ces républiques et ce qu’elles sont en droit de réclamer. Tout y est dit sur la langue, la milice locale, etc  », a rappelé le Président russe.

Pour preuve voici une photo des signatures qui ont été apposées en bas des accords de Minsk. On y voit clairement la signature d’Igor Plotnitski, qui était alors le Chef de la RPL, et d’Alexandre Zakhartchenko, qui était le Chef de la RPD.

Accords de Minsk

Cette demande de dissolution de deux des entités signataires des accords de Minsk est d’une stupidité abyssale, qui a déjà été discutée et abondamment commentée il y a deux mois lorsqu’elle avait été émise par la secrétaire de presse du représentant ukrainien à Minsk.

Non seulement demander la dissolution de deux des signataires d’un accord de paix est hallucinant de bêtise (puisque cela rend l’accord nul et non avenu), mais en prime Tsymbaliouk nous a ressorti son couplet délirant sur les administrations « d’occupation ». Un point auquel Vladimir Poutine a parfaitement répondu en rappelant qu’il y a eu des élections tant en RPD qu’en RPL, ce qui ne colle pas avec le délire ukrainien d’administration d’occupation (une administration d’occupation élue par la population qui subit prétendument l’occupation c’est original !). Poutine ne peut dissoudre des administrations qu’il n’a pas créées, puisqu’elles l’ont été par la population du Donbass !

Le Président russe enfonce ensuite le clou, en revenant à la fois sur la remarque agressive du journaliste sur l’envoi de chars d’assaut ukrainiens dans le Kouban (qui sous-entend que des chars russes sont présents dans le Donbass), et sur le terme « d’occupation », en rappelant qu’il n’y a pas de troupes étrangères ni en RPD, ni en RPL. Difficile dans ce cadre de parler « d’occupation », ni de justifier de maltraiter les journalistes russes en Ukraine.

« Permettez-moi de répondre à la question concernant le retrait des troupes étrangères. Il n’y a pas de troupes étrangères sur place. Oui, il y a des milices locales, des forces d’autodéfense locales composées de résidents locaux. Je reçois des questions tout le temps : Où ont-ils trouvé des chars d’assaut ou de l’artillerie lourde ? Écoutez, des conflits et des hostilités de toutes sortes se déroulent dans de nombreux points chauds du monde, impliquant des chars, de l’artillerie, etc. Où les obtiennent-ils ? Probablement auprès des organismes gouvernementaux qui sympathisent avec eux. Mais permettez-moi de souligner que ces armes sont les leurs, et non des armes étrangères. En ce qui concerne les mercenaires, je viens de dire à Paris qu’il y a des Français et des Allemands qui y combattent des deux côtés. Nous devons aborder la question des mercenaires, mais ils ne sont pas le socle de ces groupes armés, » a rappelé Vladimir Poutine.

Concernant la fourniture en armes des milices populaires du Donbass, je renvoie à ce très bon article du site Les-Crises.fr qui donne des pistes d’explication pour le début de la guerre. Je rappelle aussi que depuis 2014, tant en RPD qu’en RPL des usines de production de munitions et d’armes ont été rouvertes ou créées, sans parler des ateliers de réparation d’armes datant de l’époque soviétique qui se sont créés un peu partout.

Les deux républiques populaires disposent de leurs propres mortiers, fusils, pistolets, lance-roquettes multiples, et des munitions qui vont avec. Elles sont aussi capables de réparer bon nombre de pièces d’armements de l’époque soviétique, pour les rendre de nouveau opérationnelles.

Le Président russe a ensuite rappelé que c’est l’absence de volonté de Kiev de discuter avec les deux républiques populaires qui est responsable de l’absence de progrès concernant la résolution du conflit dans le Donbass.

«  Vous savez quel est le problème principal ? Je vais être tout à fait honnête avec vous. Le problème le plus important est qu’il y a un manque de volonté de résoudre cette question par le dialogue avec la population. Nous n’avons pas encore vu de volonté d’aller dans cette direction, au lieu d’essayer de créer des conditions favorables pour résoudre le problème par la force en utilisant les chars, l’artillerie et la force aérienne. J’ai dit : la force aérienne a été utilisée. Et le président ukrainien actuel a répondu : Quelle force aérienne ? Il ne s’en souvenait même pas ou ne le savait pas. Mais ils ont utilisé la force aérienne, vous voyez ?

Dès que nous, ou plutôt les dirigeants ukrainiens, abandonneront ce que je crois être une approche complètement erronée pour résoudre ce problème et passerons en mode dialogue, c’est à ce moment-là qu’il y aura une voie vers une solution. Il est dit dans les accords qu’ils doivent restaurer les infrastructures économiques et autres, mais au lieu de cela, ils se contentent de couper cette partie du pays du territoire ukrainien en imposant un blocus. Est-ce que c’est Moscou qui a imposé ce blocus ? Ce sont les autorités de Kiev qui l’ont fait », a souligné le Président russe.

Vladimir Poutine a ensuite rappelé les quelques points positifs déjà obtenus récemment, en soulignant que ce n’est pas suffisant, mais qu’il est possible de faire plus. Il a aussi souligné qu’au vu du caractère du peuple du Donbass, il fallait oublier toute résolution du conflit par la force.

«  Si nous partons de cette base et que nous nous concentrons sur la recherche d’un terrain d’entente et la promotion du dialogue, le problème sera résolu. Si les tentatives d’étranglement par la force se poursuivent, je ne pense pas que cela puisse se faire. Il y a un dicton qui dit que les gens du Donbass ne cèdent jamais sous la pression. Il y a certainement un côté rebelle et agressif, mais c’est ce que les gens ressentent au fond d’eux-mêmes. Les gens qui y vivent ont un sentiment de fierté, et il est donc peu probable que ce problème soit résolu par la force  » a-t-il conclu.

La situation en Ukraine, un héritage de Lénine

Répondant à une autre question sur la façon dont Lénine a découpé la Russie en divers pays, sans suivre les lignes de découpage ethnique, Vladimir Poutine est revenu sur l’exemple de l’Ukraine, pour montrer à quel point ces découpages hasardeux ont eu des conséquences catastrophiques après l’effondrement de l’URSS.

«  Tout à l’heure, votre collègue ukrainien et moi-même avons parlé de nos relations. Au moment de la création de l’Union soviétique, des territoires russes à l‘origine, qui n’avaient jamais rien eu à voir avec l’Ukraine (toute la région de la mer Noire et les terres occidentales de la Russie), ont été transférés à l’Ukraine sous un étrange prétexte « d’augmenter le pourcentage du prolétariat en Ukraine », parce que l’Ukraine était un territoire rural peuplé de paysans à l’esprit petit-bourgeois, qui ont été soumis à la dépossession dans tout le pays. C’était une décision un peu étrange. Néanmoins, elle a eu lieu. Nous sommes maintenant confrontés à l’héritage de Vladimir Lénine en matière de construction d’État,  » a déclaré le Président russe.

Il reste à voir si les autorités de Kiev comprendront que cet héritage doit pousser l’Ukraine à ne plus exclure ses minorités ethniques si elles ne veulent pas voir le pays exploser le long de ses lignes de fracture ethniques. Pour l’instant, au vu de l’attitude des autorités ukrainiennes concernant la résolution du conflit dans le Donbass, la discussion et la prise en compte des particularités locales ne semblent pas être à l’ordre du jour.

Christelle Néant

Voir l'article sur Donbass Insider


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3 réactions à cet article    


  • V_Parlier V_Parlier 21 décembre 2019 09:58

    Il est bon que Poutine ait mis les points sur les « i » sur la question du fameux Lénine et de son rôle dans l’assemblage artificiel de l’Ukraine afin d’empêtrer dans leurs contradictions aussi bien les bandéristes d’aujourd’hui et leurs alliés occidentaux réclamant « l’intégrité territoriale de l’Ukraine » (qui d’ailleurs n’a pas été remise en question), que les admirateurs niais de Lénine (quand ce n’est pas de Trotsky) en France qui croient qu’ils rendent service aux Russes.


    • Ouallonsnous ? 22 décembre 2019 13:29

      @V_Parlier

      Que voulez vous dire ?


    • Guy19550 Guy19550 21 décembre 2019 13:31

      Quand un chat s’attaque à un taureau, on a un tel résultat, quoi de plus normal !

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