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Présent partout, victorieux nulle part - La meilleure force autodestructrice de l’Histoire

Seize années de guerre depuis les attentats du 11 septembre, des budgets de défense toujours plus colossaux, et pourtant l'armée américaine "projetée" partout n'arrive à l'emporter pour de bon nulle part. Pourquoi ?

William Astore, ancien officier de l'US Air Force et professeur d'histoire, répond. Citoyen américain engagé, il dessine en perspective les risques grandissants de la situation non seulement pour l'armée, mais pour la société américaine toute entière.

L’armée américaine hors limites - Présent partout, victorieux nulle part

Texte original en anglais - William J Astore, Tom Dispatch, 12 septembre 2017

Traduction en français et Notes - Alexis Toulet pour le Noeud Gordien, 29 septembre 2017

Les nouvelles de la « meilleure armée du Monde » sont choquantes. Deux rapides navires de l’US Navy qui sont entrés en collision avec de lents bateaux commerciaux, provoquant des pertes humaines. Une US Air Force qui est continuellement en action depuis des années, et qui pourtant n’a pas assez de pilotes pour ses avions de combat. Des soldats qui se retrouvent à combattre des « rebelles » en Syrie dont l’équipement et l’entraînement ont été assurés par la CIA. Des forces spéciales déjà trop sollicitées qui doivent faire face à des besoins grandissants, alors que leurs taux de détresse mentale et de suicide augmentent. Des forces locales d’appoint en Irak et en Afghanistan qui sont tout sauf fiables, revendant souvent sur le marché noir les armes que l’Amérique leur a fournies, si bien qu’elles se retrouvent dans des mains ennemies. Tout cela et plus encore, alors que les dépenses de défense recommencent à s’élever et alors que l’Etat de sécurité nationale croule sous des financements totalisant près d’un trillion de dollars par an.

Que se passe-t-il ? Pourquoi des navires sophistiqués et hautement manœuvrables se heurtent-ils à de lourds cargos ? Pourquoi une armée de l’air qui n’existe que pour voler et pour combattre est-elle à court de 1 200 pilotes ? Pourquoi les forces spéciales américaines sont-elles déployées partout et victorieuses nulle part ? Pourquoi en un mot l’armée américaine est-elle en train de se battre contre elle-même – et de perdre ?

C'est le rythme des opérations, gros bêta !

Après 16 ans d'une guerre contre le terrorisme jamais achevée et qui continue à s'étendre, les sonnettes d'alarme se déclenchent en Asie, des Corées et de l’Afghanistan jusqu’aux Philippines, tandis que dans le grand Moyen Orient (1) et en Afrique la « dernière superpuissance » est enlisée dans une série de conflits sans fin contre un éventail d’ennemis mineurs, dont peu arrivent à maintenir la liste à jour. Si bien que l’armée américaine à l’esprit si volontariste, engagée dans un nombre effarant de missions, est de plus en plus devenue une armée inefficace.

Trop peu de navires, déployés pendant trop longtemps. Trop peu de pilotes usés par des patrouilles incessantes et par des missions de bombardement et de drone qui se multiplient comme la mauvaise herbe. Les forces spéciales (les « commandos de partout » comme les appelle Nick Turse) sont déployées dans bien trop de pays – rien que cette année, plus des deux-tiers des nations de la planète – et engagées dans des conflits qui n’ont guère de chances de se terminer d’une manière favorable pour Washington. Pendant ce temps, des gens bien informés comme le général à la retraite David Petraeus parlent calmement de « guerres générationnelles », qui pour faire simple ne se termineront jamais. Pour paraphraser un vieux slogan d’une émission sportive de ABC, l’armée américaine en englobant le monde « connaît plus souvent l’abattement de la défaite que l’excitation de la victoire ».

"Guerre Eternelle", un roman de science-fiction... devenu réalité ?

Pour le président Donald Trump (comme pour tant d’autres politiciens à Washington) cette situation peu ragoutante a une solution évidente : gonfler le budget de l’armée, construire plus de navires de guerre, former davantage de pilotes et leur donner une meilleure incitation financière à rester dans l’armée, s’appuyer davantage sur les drones et d’autres « multiplicateurs de force » technologiques pour épauler des troupes épuisées, cajoler des alliés comme les Allemands et les Japonais afin qu’ils dépensent plus pour leurs armées, et faire pression sur des forces d’appoint comme les armées irakiennes et afghanes pour trancher dans la corruption et améliorer les performances au combat.

Une option – la plus logique – n’est jamais prise sérieusement en considération à Washington : réduire sévèrement le rythme des opérations militaires en diminuant les dépenses militaires ainsi que la mission globale, en ramenant les troupes à la maison et en les y laissant. Ce n’est pas là un plaidoyer isolationniste. Les Etats-Unis font certes face à des challenges, notamment de la part de la Russie (qui reste une puissance nucléaire majeure) et de la Chine (puissance économique mondiale qui développe sa force militaire régionale). La Corée du Nord, comme toujours, fait un spectacle provocateur de ses essais balistiques et nucléaires. Des organisations terroristes cherchent à déstabiliser les alliés de l’Amérique et à fomenter le trouble même « au pays ».

De tels challenges nécessitent de la vigilance. Mais pas davantage de navires sur les flots, de pilotes dans les airs, ni de bottes de soldats sur le terrain. En vérité, 16 ans après les attentats du 11 septembre, il devrait être évident que continuer la même chose en plus grand a toute chance de produire encore plus de ce à quoi nous ne nous sommes que trop bien habitués : une instabilité grandissante dans des régions étendues de la planète, ainsi que l’avènement de nouveaux groupes terroristes, ou de nouvelles versions de groupes anciens, qui sont autant d’occasions pour des interventions militaires américaines ratées (2)

Il fut un temps lorsqu’il y avait encore deux superpuissances sur la planète Terre. Alors, le déploiement mondial de l’armée américaine avait une justification claire : contenir le communisme (3) Peu après que l’Union soviétique ait implosé en 1991 sous les cris de triomphe et d’orgueil de Washington, le chercheur et ancien consultant de la CIA Chalmers Johnson eut une révélation. Ce qu’il en viendrait à appeler « le Raj américain » (4) une structure impériale globale visiblement construite pour contenir la menace du communisme, n’était pas en train de disparaître juste parce que cette menace s’était évaporée, ne laissant ni superpuissance ni même une puissance majeure comme adversaire à l’horizon. Bien au contraire, Washington – et son réseau « impérial » de bases militaires sur lequel le soleil ne se couche jamais – ne faisait que s’ancrer toujours plus profondément en préparation du long terme. A ce moment, Johnson sous le choc réalisa que les Etats-Unis eux-mêmes étaient un empire et, l’image miroir que lui fournissait son ennemi maintenant disparue, risquait de devenir à lui-même sa propre Némésis.

Il s’avéra que ce n’était pas seulement les Etats-Unis qui avaient contenu les Soviétiques. Eux aussi nous avaient contenu (5) Leur empire une fois disparu, nos chefs s’imprégnèrent du vieux rêve de Woodrow Wilson, même si c'était sous une forme militarisée : refaire le monde à notre propre image (6) – au besoin à la pointe de l’épée.

Depuis le début des années 1990, loin d’être contenus par des rivaux équivalents, les dirigeants américains ont agi comme si rien ne devait les empêcher de faire comme ils l’entendaient sur la planète, c’est-à-dire comme la suite devait le prouver que rien ne les protégeait plus de leur propre folie (7) Nous voyons maintenant les résultats. Des guerres désastreuses qui s’éternisent en Irak et en Afghanistan. Des interventions à travers le grand Moyen-Orient (Libye, Syrie, Yémen et au-delà) qui répandent le chaos et la destruction.

Des attaques contre le terrorisme qui partout ont donné des ailes aux djihadistes. Et récemment, des appels à armer l’Ukraine contre la Russie. Tout cela est la traduction d’une vision stratégique démesurée qui ces dernières années parle sans ironie d’intervention globale, de puissance globale, et de domination de tous les domaines.

Dans ce contexte, il est bon de nous rappeler l'étendue de la puissance militaire américaine. Le monde entier est zone d’intervention – ou zone de départ – pour les soldats américains. Il y a encore environ 800 bases militaires américaines dans des pays étrangers. Les commandos américains se déploient dans plus de 130 pays chaque année. Et même le monde ne suffit pas au Pentagone qui cherche à dominer non seulement la terre, la mer et l’air mais l’espace, le cyberespace et même l’espace privé si l’on tient compte des efforts pour atteindre la « conscience informationnelle totale » grâce à 17 agences de renseignement se chargeant – pour 80 milliards de dollars par an – de récolter toutes les données sur la planète Terre.

En un mot, les soldats américains sont présents partout et victorieux nulle part, un problème que le président américain le plus « gagneur », Donald Trump, ne fait qu’exacerber. Entouré de « ses » généraux, Trump – contre ses propres instincts il l’a récemment prétendu – réengagétroupes et prestige américains dans la guerre en Afghanistan. Il a aussi étendu de manière notable frappes de drone et bombardements américains dans le grand Moyen-Orient, et menacé « feu et colère » contre la Corée du Nord, tout en poussant la dépense militaire.

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Dwight Eisenhower, chef de l'armée américaine en Europe pendant la seconde guerre mondiale et président des Etats-Unis (1953-1960)

"Nous devons empêcher l'acquisition par le complexe militaro-industriel d'une influence illégitime (...) Seuls des citoyens alertes et informés pourront forcer l'énorme machine industrielle et militaire de la Défense à se plier à nos méthodes et nos objectifs pacifiques" (Adresse au peuple américain avant de quitter ses fonctions de président, 1961)

Ce Pentagone croulant sous l’argent, et la promesse d’encore davantage à l’avenir, réduit rarement les missions. Pendant ce temps, ce qui passe pour une pensée originale à la Maison Blanche de Trump, c’est la suggestion d’Erik Prince le fondateur de Blackwater de privatiser la guerre de l’Amérique en Afghanistan (et peut-être ailleurs encore). Les mercenaires, voilà la réponse aux problèmes militaires de Washington, selon Prince. Et les nervis ont bien sûr l’avantage supplémentaire de ne pas être soumis aux règles qui s’appliquent aux membres des forces armées américaines.

De fait, la proposition de Prince, quoique les généraux de Trump s’y opposent, a sa propre logique. Si vous acceptez l’idée que les guerres de l’Amérique ces dernières années ont largement servi les objectifs des entreprises du complexe militaro-industriel, pourquoi ne pas confier les opérations militaires elles-mêmes aux entreprises guerrières qui accompagnent maintenant régulièrement l’armée au combat – supprimant l’intermédiaire, c’est-à-dire l’armée elle-même ?

Cogner sur un nuage de moucherons

Les mercenaires d’Erik Prince devront cependant ronger leur frein pendant que le haut commandement de l’armée continue dans le monde entier à frapper des ennemis insaisissables. De son propre aveu, la force que les récents présidents américains ont vantée comme la « meilleure » de l’Histoire fait face à des ennemis remarquablement « asymétriques » et protéiques, y compris les quelques 20 organisations terroristes du théâtre d’opérations Afghanistan – Pakistan. Frappant des ennemis relativement si insignifiants, les Etats-Unis font penser au puissant Thor, le fameux super-héros frappant violemment de son marteau… un nuage de moucherons. Bien sûr, certains moucherons meurent, mais le résultat est toujours un super-héros épuisé, et encore davantage de moucherons attirés par la chaleur et le choc de la bataille.

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Thor le super-héros... à l'attaque des moucherons !

J’ai rencontré pour la première fois la phrase « utiliser une masse d’armes pour tuer des moucherons » en étudiant l’histoire de la puissance aérienne américaine pendant la guerre du Vietnam. Les raids de B-52 « Arc Light » lâchaient un tonnage record de bombes sur des régions du Sud Vietnam et du Laos dans des efforts largement sans effet pour tuer des guérilleros dispersés et couper par le feu les voies logistiques issues du Nord Vietnam. Un demi-siècle plus tard, l’armée de l’air vante périodiquement la précision bien meilleure de sa puissance aérienne avec ses bombes guidées au laser ou au GPS. Cependant, dans un pays après l’autre, les Etats-Unis utilisant ces armements se sont livrés à des frappes trop brutales en série. En Afghanistan, c’est l’utilisation récente de la MOAB la « mère de toutes les bombes », la plus grande arme non-nucléaire jamais utilisée au combat, contre un petit groupe de combattants de l’E.I. De même, la guerre aérienne américaine en Syrie a dépassé les Russes et même le régime d’Assad pour ce qui est des effets meurtriers sur les civils, surtout autour de Raqqa, la « capitale » de l’Etat islamique. Ce genre de déluge de violence est évident aussi à terre, avec des raids de forces spéciales qui rien que cette année ont tué des civils du Yémen à la Somalie. En d’autres termes, dans le grand Moyen-Orient tout entier, la généreuse machine à tuer de Washington crée encore un désir de vengeance dans la population civile, dont un grand nombre, quand ils n’ont pas été tués, ont été déplacés ou envoyés fuir au-delà des frontières en réfugiés de ces guerres. Elle a joué un rôle important pour déstabiliser ces régions, créant des Etats faillis et encore plus de recrues pour les groupes terroristes (8)

MOAB.jpg

La "Mère de Toutes les Bombes" - 10 tonnes, 16 millions de dollars pièce

Laissant de côté les avancées technologiques, peu de choses ont changé depuis le Vietnam. L’armée américaine se repose toujours sur une puissance de feu énorme pour tuer des ennemis insaisissables tout en limitant les pertes (américaines). En tant qu'instrument de victoire, elle n’a pas fonctionné au Vietnam, et pas davantage en Irak ou en Afghanistan.

Mais qu’importent les leçons de l’Histoire. Le président Trump affirme que sa « nouvelle » stratégie afghane – dont les détails suivant un porte-parole militaire ne sont « pas encore disponibles » – mènera à davantage de terroristes (de moucherons) morts.

Depuis le 11 septembre, les dirigeants américains, Trump inclus, n’ont que rarement cherché les moyens d’éviter ces moucherons, tandis que les efforts pour « assécher le marais » dans lesquels ils prolifèrent n’ont servi qu’à les élargir encore. En même temps, les efforts pour recruter des « moucherons » indigènes – des forces supplétives locales – pour qu’elles continuent le combat ont été fort décevants. Comme au Vietnam, les Etats-Unis se sont avant tout employés à développer des marteaux meilleurs et technologiquement plus avancés (ce qui signifie plus coûteux), tout en continuant à faire des moulinets dans le nuage des moucherons – une entreprise aussi vaine que contre-productive.

La plus grande et la meilleure force autodestructrice de l'Histoire

La guerre incessante représente la fin de la démocratie. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est James Madison (9)

Je suis cependant fermement convaincu, comme le disait le président Eisenhower, que « seuls les Américains peuvent blesser l’Amérique ». Alors, comment soigner la blessure ? Il faut commencer par mettre l’armée sous contrôle. Une armée permanente n’existe – ou plus précisément ne devrait exister – que pour soutenir et défendre la Constitution et notre pays contre les menaces immédiates à notre survie. Des attaques sans fin contre des ennemis novices dans les arrière-cours de la planète sont loin de s’inscrire dans cette mission. En fait, plus ces attaques usent l’armée, plus elles mettent en danger la sécurité nationale.

Un ami à moi, capitaine dans l’armée de l’air, m’a dit un jour : "Longues études, fausses études". C’est un sentiment qui est particulièrement pertinent quand on l’applique à la guerre : combats longtemps, combats faussement. Pourtant, aussi usantes qu’elles puissent être pour les armées, les longues guerres sont encore plus dévastatrices pour les démocraties. Plus longtemps notre armée fait la guerre, plus notre pays se militarise, abandonnant ses valeurs et ses idéaux démocratiques.

A l’époque de la Guerre froide, les régions où l’armée américaine est aujourd’hui à la peine étaient considérées comme les « zones d’ombre » où des agents secrets à la John Le Carré envoyés par les deux superpuissances faisaient assaut de coups fourrés dans des conflits ténébreux. Après le 11 septembre, ayant « enlevé les gants » (10) et cherchant à mettre KO ses ennemis, l’armée américaine est entrée en force dans ces mêmes zones d’ombre. Sans surprise, elle n’y arrive souvent pas à distinguer l’ami de l’ennemi.

Une nouvelle stratégie pour l’Amérique, cela signifierait sortir de ces zones d’ombre de guerres sans victoire. Mais non, l’armée américaine en expansion continue d’aggraver les erreurs stratégiques des 16 dernières années .Cherchant à dominer partout mais ne gagnant nulle part pour de bon, elle pourrait pourtant s’effondrer comme la plus grande et la meilleure force autodestructrice de l'Histoire.

 

1 - L'expression américaine "Grand Moyen-Orient" ajoute l'Afrique du Nord au Moyen-Orient proprement dit

2 - Était-ce analyse intelligente, ou même une stratégie pensée à l'avance ? Oussama Ben Laden remarquait dès son discours de 2004 :

Al-Qaida a dépensé 500 000 dollars (pour réaliser les attentats du 11 septembre) tandis que l'Amérique, dans l'incident et ses suites, a perdu dans les estimations les plus basses plus de 500 milliards de dollars.

(...) Quant à la taille du déficit économique, il a atteint des chiffres astronomiques record estimés à un total de plus d'un trillion de dollars.

Encore plus dangereux et amer pour l'Amérique, les saints guerriers ont récemment forcé Bush à recourir à des fonds d'urgence afin de continuer le combat en Afghanistan et en Irak, ce qui montre bien le succès du plan saigner-jusqu'à-banqueroute, avec la permission de Dieu.

Il n'est pas interdit de remarquer que les djihadistes sont des ennemis cruels, mais il ne faut surtout pas s'imaginer qu'ils seraient stupides...

3 - Le spécialiste soviétique de l'Amérique Georgi Arbatov avait prévenu les Américains vers la fin des années 1980 : "Nous allons vous faire quelque chose de terrible. Vous n'aurez plus d'ennemi"

4 - Décalque de l'expression "Raj britannique" désignant le régime colonial imposé aux Indes entre 1858 et 1947

5 - Dès les années 1960, De Gaulle remarquait que c'était une excellente chose que les Etats-Unis soient là pour contenir l'Union soviétique. Et l'Union soviétique, pour contenir les Etats-Unis.

6 - Pourtant, s'il faut en croire la Bible, seul Dieu peut créer "à son image" (Genèse, 1, 27) - une mise en garde contre toute entreprise humaine de refaire l'autre "à son image" ?

7 - Le dialogue suivant vaut d'être cité in extenso, tant il est significatif. A un journaliste critiquant l'intervention militaire en Irak au nom des "réalités", le consultant du président américain Karl Rove répondait en 2004 :

"Ce n'est plus ainsi que le monde fonctionne en réalité. Nous sommes un empire maintenant, et quand nous agissons nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez cette réalité - avec justesse j'en suis sûr - nous agirons encore, créant encore d'autres réalités, que vous pouvez étudier aussi, et c'est comme ça que les choses se passeront. Nous sommes les acteurs de l'Histoire... et vous, vous tous, il ne vous restera qu'à étudier ce que nous faisons."

8 - Il faut toutefois souligner que si l'effet pointé par William Astore est bien réel, c'est encore pour bien d'autres raisons que des Etats s'effondrent, de la Somalie depuis un quart de siècle à la Syrie plus récemment, et bien d'autres. Imaginer que les interventions militaires de l'Amérique sont la principale cause de toutes ces Etats faillis serait illusoire, ce n'est guère vrai que pour l'Irak et la Libye - et la France a d'ailleurs une large part à ce dernier cas.

9 - Architecte de la Constitution des Etats-Unis. Voici la citation complète :

De tous les ennemis de la véritable liberté, la guerre est peut-être le plus redoutable, parce qu'en lui se trouve le germe et le développement de tous les autres. La guerre est mère des armées, d'où procèdent dettes et impôts, et armées comme dettes et impôts sont les instruments qui permettent d'amener la multitude sous la domination de quelques-uns. A la guerre encore, le pouvoir discrétionnaire de l'Exécutif est agrandi, son influence pour attribuer places, honneurs et émoluments est multipliée, et tous les moyens de séduire les esprits s'ajoutent à ceux de subvertir la force du peuple. La même force maligne dans le républicanisme trouve sa source dans l'inégalité des fortunes et les occasions de fraude qui découlent d'un état de guerre, et dans la dégénérescence des manières et de la morale qui découlent des deux. Aucune nation ne peut préserver sa liberté au milieu d'une guerre sans fin.

10 - Il s'agit là d'une allusion à la torture


Moyenne des avis sur cet article :  4.41/5   (27 votes)




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24 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 30 septembre 08:53

    la seule armée victorieuse sera c’est celle du réchauffement planétaire , quoi que l’on fasse elle va nous balayer tel un tsunami .....


    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine7 30 septembre 11:10

      @zygzornifle


      Le réchauffement planétaire, c’est comme le miroir de la planète. A son image. S’attaquer au conséquences est totalement inutile (perte d’énergie). La seule manière de contrer le réchauffement est de s’attaquer aux vraies causes du mal : NOTRE PRINCIPE D’ENTROPIE, NOS LACHETES, NOS DENIS.

    • JC_Lavau JC_Lavau 30 septembre 15:23

      @zygzornifle. A condition d’exister. Condition dont tu ne t’es assuré.


    • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 30 septembre 10:01

      La « stratégie du chaos » n’a pas comme objectif la victoire, mais la destabilisation et la réduction à l’état de jungle de cette partie du monde qui n’est pas américaine mais fournit matières premières et constitue encre un marché...


      Les limites de ce système qui a commencé bien avant le 11 septembre mais après la fin de la seconde guerre mon diale a permis aux US de piller une bonne partie de la planète qu’ils ne veulent surtout pas « conquérir » mais uniquement contrôler. Les limites du système sont en effet l’auto-destruction puisqu’ils scient la banche sur laquelle ils sont assis en retirant aux clients de leurs industriels le pouvoirs d’achat qui a permis à ces derniers de s’enrichir.

      Acheter pas cher (ou voler) puis vendre très cher est une stratégie simple, mais il faut avoir dses clients !

      Le problème est que cette auto-destruction passe par la destruction tout court de pays et de peuples qui n’ont rien demandé.


      • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine7 30 septembre 11:03

        J’aime les articles qui commencent par : POURQUOI ?


        • Daniel Roux Daniel Roux 30 septembre 12:48

          Quand on sait le nombre de morts, de blessés, l’ampleur de la misère qu’ont engendré les guerres entre nations pour gagner et perdre et regagner des bouts de territoires, on ne peut que s’asseoir et pleurer sur la bêtise humaine.

          L’Alsace et la Lorraine, sont les exemples les plus vivaces de cette bêtise inscrite dans nos gênes.

          Il n’y a rien à faire, ni l’intelligence,ni la philosophie, ni la connaissance de l’histoire et de la vanité des conquêtes militaires, ne parviennent à détourner ceux qui détiennent le pouvoir de cette folie.

          Il apparaît que les forts finissent toujours par attaquer les faibles pour les dépouiller de leurs richesses. Les tentatives pour remédier à cette folie ont échoué. Ni les Traités, ni la Société des Nations et l’ONU, n’ont pu empêcher les guerres.

          Y a t-il une solution ? L’Histoire montre que la seule stratégie qui fonctionne, c’est l’équilibre de la terreur, la dissuasion par la menace de destructions apocalyptiques en cas d’agression.

          Ne jamais baisser la garde ou faire montre de faiblesses. A bon entendeur..


          • lloreen 30 septembre 16:06

            @Daniel Roux
            « Y a t-il une solution ».
            Certainement. Il s’agit de voir la réalité en face et de comprendre que l’argent n’existe pas.


          • nenecologue nenecologue 30 septembre 13:18

            POURQUOI ?


            Parce que la mafia khazar a compris et appliqué depuis des siècles le vieux principe :

            DIVISER POUR MIEUX REGNER !

            Et bonne nouvelle l’un de leurs pions est à la tête de la France ...

            • lloreen 30 septembre 15:08

              @nenecologue
              « 

              Parce que la mafia khazar a compris et appliqué depuis des siècles le vieux principe :

              DIVISER POUR MIEUX REGNER ! »

              S’il n’y avait que la mafia khazare ce serait un moindre mal...Le problème est malheureusement bien plus vaste que cette engeance servile et malfaisante.

            • sarcastelle sarcastelle 30 septembre 13:28

              Il manque 1200 pilotes à l’US Air Force ? Il ne lui en manquerait que 1199 s’ils acceptaient ma candidature ; je sais piloter un ulm au réel ; j’ai 1500 heures de vol sans parler de 160 sauts en charapute ; je sais piloter au simulateur un Thunderchief, un Starfighter, un Phantom II, un Crusader, un Corsair II, un Intruder et un Skyhawk. Ma transition sur machine opérationnelle serait l’affaire de quelques tours de double. 

              .
              Mais ils vont me répondre que je suis trop vieille, vous verrez. Ils préfèrent perdre la guerre. 

              • Pyrathome Pyrathome 30 septembre 14:31

                @sarcastelle

                Il manque 1200 pilotes à l’US Air Force ?

                Ben oui c’est vrai quoi, avec un budget de « misère » supérieur à tous les autres budgets militaire réunis de la planète, ils ne peuvent plus se payer des pilotes...
                Budget : 700 milliards officiels, mais certainement beaucoup plus avec les « black projets » par définition « top secret » et donc inexistants dans les comptes......
                Quand Adolf et Joseph s’armaient, c’était pour faire plaisir à la « petite soeur des pauvres » ? Chez les impérialistes, on ne transige pas avec « l’espace vital » et les « guerres préventives »....Et ce n’est pas l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Syrie, le Yemen actuels.....etc... etc qui me diront le contraire.... 

              • lloreen 30 septembre 15:04

                La guerre éternelle n’est pas de la science-fiction mais elle restera encore longtemps la réalité si les populations ne comprennent pas une bonne fois pour toutes que l’argent n’ EXISTE PAS et par voie de conséquence, que la dette n’est qu’une illusion instrumentalisée par des parasites pour spolier l’humanité et ses richesses.

                Les guerres, les crises et les pénuries n’ont aucune raison d’exister sauf dans certains esprits pervers qui ont trouvé dans la (pseudo) dette le moyen de réduire les populations en esclavage. La « raison d’être » n’est guère est de créer la dette des états et de recouvrir à la masse laborieuse condamnée à payer des « intérêts » qui ne peuvent même pas être exigibles puisque la dette elle-même est fictive.

                La victoire n’est qu’une illusion supplémentaire et il suffit de considérer la réalité pour en avoir la preuve.Si les guerres s’arrêtaient à la victoire des belligérants cela se serait remarqué, depuis le temps qu’elles durent...
                Mais tout le monde a bien compris que ce n’est pas le but de l’opération, celui-ci étant de créer ad vitam aeternam une pseudo-dette pour condamner les populations à payer des intérêts et à s’approprier le fruit de leur travail et les ressources des territoires agressés.


                • lloreen 30 septembre 15:10

                  pardon : la « raison d’être » n’est guère une hypothétique victoire mais elle est de créer la dette (...).


                  • genrehumain 30 septembre 16:57

                     La grande figure prophétique du dix-neuvième siècle, Baha’u’llah dont c’est le bicentenaire de la naissance cette année, nous avait rappelé avec raison l’absurdité de nos guerres quand il déclarait.

                      « La terre n’est pas la demeure de l’homme mais sa tombe, c’est donc pour leurs tombes que les hommes se battent »


                    • adeline 30 septembre 18:08

                      le concours de quéquétes n’a jamais produit d’effet, les bombes, quelles qu’elles soient ont toujours un effet limité, seule une attaque sur le système électrique d’un pays peut le mettre instantanément à genoux.


                      • Matlemat 30 septembre 18:12

                        Je remarque qu’on ne remet pas en cause ici la version officielle du 11 septembre qui est loin d’être une version irréfutable. L’histoire est écrite par les vainqueurs c’est bien connu. Consernant Oussama le mieux pour éviter les doutes aurait été un procès. Le seul élément mettant en cause Oussama pour la justice américaine est un témoignage obtenu sous la torture, on fait mieux comme preuve.


                        • UnLorrain 30 septembre 23:11

                          Trois documentaires tv,il y a 30 ans environ,il y fut dit ceci par le commentateur « le rouleau compresseur américain aurait fini par gagné mais l’opinion du peuple américain influença dans le sens de cesser de guerroyer » ( ça ressemble a ce qu’il se passa pour l’Algérie je trouve ) Dans un de ces docus on peut y voir cet avion hercule C130 sa mission est de tournoyer au dessus d’un village qui doit être détruit,pour cela l’avion a comme chargement uniquement des caisses de balles calibre 12,7 et des mitrailleuses multitubes genre canon Vulcain 4000 cps/min ...ça en fait des pruneaux. Qu’est ce qui permettrait une victoire si ce n’est autre chose que la disparition de la race du vaincu ? Combien de MOAB ou de tonnes de caisses de balles pour ce faire ?


                          • Michel Maugis Michel Maugis 1er octobre 02:44


                            @l’auteur

                            Vous faites une très grave erreur.

                            Le but de ces ordures n’est pas de gagner ou perdre les guerres.


                            C’est de foute la merde par les guerres qu’ils fomentent, qu’ils alimentent, qu’ils financent . sans les faire réellement, dans le but de rester la seule super puissance qui consomme 20% des ressources terrestre tout en ayant 5% de la population mondiale. Ils l’ont dit.

                            C’est d’empêcher le développement des pays hors de la « communauté internationale » c’est à dire de l’Otanazie.

                            • lloreen 1er octobre 10:18

                              @Michel Maugis
                              « C’est de foute la merde par les guerres qu’ils fomentent, qu’ils alimentent, qu’ils financent . »

                              Vous faites erreur sur le dernier point.Ils fomentent, ils alimentent et vous financez.


                            • Marignan Marignan 1er octobre 10:30

                              Au traducteur.
                              Pourquoi ? parce que la guerre est un moyen de profit et de pouvoir (détourner les impôts, piller les autres nations) pour les industriels et les banquiers qui nomment le gouvernement états-uniens, et non pas une fin politique.
                              Parce que toutes ces guerres à vocation économique ne sont motivées par aucune morale (ce qui galvanise les troupes), elles sont donc perdues d’avance, même si cela peut nécessiter beaucoup de temps, face à des adversaires qui luttent contre cet envahisseur étranger.
                              Parce que le modèle de paille du jeune colosse au pied d’argile sans colonne vertébrale s’est effondré en 1929 et il ne s’est relevé artificiellement que grâce à l’industrie de guerre mise en œuvre dans les années 1940. Depuis, aucune autre stratégie de développement économique sérieuse ne l’a détourné de ce modèle de l’économie de guerre.
                              Parce que cette armée qui ne s’attaque jamais qu’à des nains militaires (la Grenade, l’Afghanistan, l’Irak désarmée), et encore par la traitrise (Libye, Syrie), a déjà du mal à les défaire militairement. Lorsqu’elle s’est frottée à des troupes aguerries (bataille de Normandie, Ardennes, Vietnam), il lui en a cuit (sans l’armée rouge écrasant la Wehrmacht à l’Est, pas de Jour J à l’Ouest).
                              Il est temps que ce pays initialement peuplé par les âmes perdues de l’Europe commence vraiment sa construction auto-centrée avant de vouloir figurer comme un modèle pour le reste du monde. Bâti sur du sable, cet empire disparaît déjà sous nos yeux et contrairement à l’empire romain, il ne laissera rien de son passage car il n’avait rien d’autre à apporter à la civilisation que son arrogance et le vide de sa pensée.



                                • Jean Keim Jean Keim 1er octobre 15:08

                                  Est-il possible d’envisager les activités guerrières de la planète sous un autre angle que celui de l’analyse classique dont les développements très honnêtement ne sont pas très évidents, il faut être conscient qu’une analyse s’appuie sur des données et donc un savoir inhérent à la chose analysée, l’analyse sera donc le reflet de ce savoir, sous d’autres cieux l’analyse sera différente mais d’un certain point de vue tout aussi pertinente.


                                  La bombe MOAB coûterait 16 millions de $ pièce, il y a de cela déjà pas mal d’années, on lançait des flèches et chaque arc avec ses flèches lancées étaient source de profit pour l’économie de l’époque, et depuis cette époque et celles qui ont précédé, nous seulement la guerre n’a pas disparu, ce qui en dit long sur notre évolution, mais elles sont toujours plus meurtrières et plus sophistiquées, alors si la guerre est toujours là, c’est que ses avantages l’emportent et de très loin sur tout le reste et le « plus jamais ça » prononcé dans une hypocrisie absolue, la main sur le cœur, par ceux qui font leur beurre avec cette activité, pensent en fait que la paix serait une catastrophe qu’il faut à tout prix combattre.

                                  Donc la guerre est depuis toujours une activité économique lucrative, la guerre c’est du bizness, la Finance avec toute la puissance extraordinaire de sa tutelle planétaire est dans le coup, espérer voir disparaître le fléau des conflits est totalement inimaginable.

                                  Et pourtant si une majorité d’êtres humains refusent d’y participer, la guerre disparaitra... c’est trop simpliste ? Oui, oui je sais ! 

                                  Affaire à suivre.

                                  • BOBW BOBW 2 octobre 09:52

                                    @Jean Keim :Bien Vu : plus de 72 ans après les nazis avec leur bombes robots les V1 ,les USA utilisent couramment ces « saloperies de drônes » qui permettent de massacrer confortablement sans risques à l’abri et bien assis tranquilles dans un fauteuil !!...


                                  • Olivier MONTULET Olivier MONTULET 2 octobre 17:52

                                    Les USA n’ont gagné que deux guerre dans leur triste histoire terriblement ravageuse. Ce sont celles contre le Japon et contre la minuscule Grenade. Même la guerre contre les nazis, ce n’est pas la coalition occidentale qui fut victorieuse (ou du moins déterminante dans la victoire) mais bien la Russie (ce que l’on occulte complètement aujourd’hui).

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