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Accueil du site > Actualités > International > Quand le Japon monétise 100% du PIB de dette publique

Quand le Japon monétise 100% du PIB de dette publique

Dans la doxa dominante, la dette publique, ce serait le mal, qui a justifié de mettre sous camisole les budgets des nations européennes, avec le TSCG Merkel-Sarkozy-Hollande. Mais curieusement, le Japon, endetté à 250% du PIB, n’en a cure : le Premier ministre a même annoncé plusieurs plans de relance depuis 2012. Et si la vision européenne de la dette publique était tout simplement fausse ?

 

Quand l’Etat peut monétiser sa dette
 
C’est un sujet un peu technique, pour qui ne s’y est jamais intéressé, mais dont l’importance est absolument fondamentale. Si l’Etat peut emprunter sur les marchés financiers, à leurs conditions, s’arrêter à ce simple mécanisme est profondément réducteur. Le regretté Jean-Baptiste Bersac avait pointé à quel point l’Etat peut influencer les taux auxquels il emprunte par la fixation des taux directeurs. Mieux, les dix dernières années ont aussi montré qu’une banque centrale peut fortement alléger le poids de la dette publique en créant de la monnaie pour la racheter, réduisant son montant net (la dette brute moins le montant qu’elle détient), tout en faisant aussi baisser ses taux et donc son coût.
 
 
Il y a peu, j’avais déjà pointé cette intervention massive des banques centrales de l’OCDE, qui détiennent entre 10 et 40% de leur dette publique nationale. Où l’on constatait encore une fois que la zone euro se bat avec les bras dans le dos, avec un faible niveau de monétisation, quand la Fed en a racheté 20% et la Bank of England 30%. Le cas du Japon est particulièrement intéressant car il est le plus extrême : non seulement la Banque du Japon a racheté 40% de la dette publique du pays, mais, puisque celle-ci est beaucoup plus importante que les autres en proportion du PIB (250%), cela signifie que la banque centrale nippone détient l’équivalent de 100% du PIB de dette publique.
 
En clair, la dette publique nette du pays (dette totale moins celle détenue par sa banque centrale) n’est que de 150% du PIB. Plus fort encore, trois quarts de la dette rachetée par la banque centrale l’a été depuis 2012, et l’arrivée de Shinzo Abe au pouvoir. En cinq ans, la Banque du Japon a acheté pour l’équivalent de 75% du PIB du Japon de dette publique, soit 15% du PIB par an, permettant un net redressement de l’économie du pays ! A ce rythme, il faudrait 7 ans à la Banque de France pour ne faire de notre dette publique nationale qu’un lointain souvenir. Le rythme de 5% de PIB de monétisation par an inclus dans le programme de NDA en 2012 était plus que raisonnable.
 
Bien sûr, le contexte économique du Japon, pris dans une déflation, est particulièrement favorable, puisque l’inconvénient de la monétisation des dettes publiques, l’effet inflationniste, est, au contraire, l’effet recherché par les autorités publiques japonaises. Et on voit que d’autres pays, comme le Vénézuela ou l’Argentine, en en abusant, ont provoqué une poussée inflationniste excessive. Mais le Japon montre que, dans le bon contexte, et bien utilisée, la monétisation des dettes publiques, est un outil économique extraordinairement puissant, pour qui a encore le contrôle de sa monnaie, ce qui n’est pas le cas dans la zone euro. Ce seul point justifie à lui seul une sortie de la monnaie unique européenne.
 
 
Cette constatation renforce la nécessité d’un débat sur le contrôle de la monnaie, et de sa création, dont le bénéfice revient aux banques privées aujourd’hui dans la zone euro. Une incongruité étant donné que la monnaie est un bien public. C’est un débat qu’avait suggéré Maurice Allais, certains de ces disciplines ou Michel Santi, à travers le concept de monnaie pleine, qui émerge en Islande ou en Suisse.

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17 réactions à cet article    


  • JL JL 9 décembre 2017 10:28

    Le fait est que la dette japonaise, au contraire de la notre, est détenue en majeure partie par des nationaux. Et il me semble que cela fait une grosse différence. Quand elle s’accroit elle permet de creuser les inégalités ; en sens inverse, e les résorber.
     
    Je dirai que cette affaire de dette est pour les Japonais un jeu à somme nulle, au contraire des Français (et des autres Européens, mais ça ne me concerne pas) pour qui elle est perçue comme une source d’hémorragie de leur richesse et pouvoir d’achat.


    • Onecinikiou 10 décembre 2017 01:42

      @JL


      Tout est toujours question de rapport de force. 

      Pour une puissance digne de son statut - c’est à dire de ses moyens et périmètre d’actions et de coercition - peu importe que la part majoritaire de sa dette souveraine soit détenue par des agents étrangers : elle conserve toujours la possibilité de renverser la table en cours de partie, soit de s’en défausser quand bon lui semblera ou qu’elle y sera contraint. 

      Là question n’est donc pas tant économique que géopolitique, ce que les tenants du primat de l’économie tels les libéraux aveugles aux réalités sont incapables d’appréhender ; et un faux problème, en première approximation, pour une puissance qui plus est nucléaire. 

      Les Français quant à eux sont des veaux comme l’avait parfaitement compris l’illustre Général. Ils sont pétris de contradiction, et croient sans peine pouvoir protéger leur bas de laine, leur pouvoir d’achat et leur emploi, tout en souhaitant conserver et l’euro, et l’Union européenne, et le libre-échange, alors qu’ils en crèvent.

      Ce dont ils crèvent en première instance est de leur abyssale crétinerie et insondable lâcheté. 

    • popov 11 décembre 2017 10:25

      @JL


      Le fait est que la dette japonaise, au contraire de la notre, est détenue en majeure partie par des nationaux.

      Exact, le Japon emprunte à ses habitants qui, contrairement aux Européens, épargnent une partie de leurs revenus, ce qui est le contraire de vivre au-dessus de ses moyens.



      • pallas 9 décembre 2017 11:02
        Laurent Herblay

        Bonjour,

        Le Japon contrôle mieux sa monnaie, mais c’est une société de type dictature douce.

        De nombreuses observations ont été fait la dessus.

        Les trucs roses bonbon et des smileys partout, la télévision encore plus abrutissante que la notre, et d’un coté les pauvres laissés à eux même.

        L’Harmonie parfaite en quelque sorte d’un univers Orwelliens d’une société étouffante ou l’individu est une tare.

        La monnaie n’est pas tout, cette nation est extrême et l’inverse opposé est la notre qui est aussi extrême mais de manière ultra individualiste.

        Aucunes de ces sociétés (Japon et France) sont fiables et n’y viables à long terme, la réalité le démontre froidement.

        Salut


        • Onecinikiou 10 décembre 2017 01:29

          @pallas


          La menace la plus grave parce qu’existentielle pour la France et plus largement le continent européen concerne le processus en cours et s’accélérant de submersion migratoire et à terme de supplantation. 

          Cette menace objective n’existe pas au Japon, qui je crois a accueilli moins de 100 réfugiés sur son sol ces cinq dernières années. L’intégrité de son peuple est par conséquent totale car préservée, et de haute lutte. 

          A ce rythme dans mille ans le Japon et son peuple - l’un étant indissociable de l’autre (valable pour toute nation sans exception) - existeront toujours, alors que la France et les Français, méthodiquement trahis par ceux théoriquement en charge de les protéger (et qu’ils ont élus...), auront disparu dans les limbes depuis déjà neuf siècles !

          La pulsion de mort en occident est prégnante et n’a pas contaminé les asiatiques, qui souhaitent eux survivre.

        • Lugsama Lugsama 12 décembre 2017 01:53

          @Onecinikiou

          « La pulsion de mort en occident est prégnante et n’a pas contaminé les asiatiques, qui souhaitent eux survivre. »

          C’est bien mal connaitre le Japon. Sinon le Japon ne sait pas quoi faire pour changer sa société qui ne se reproduit plus, et de moins en moins. Alors c’est bien beau de fantasmer sur l’immigration, encore faut-il faire des enfants..

        • Onecinikiou 27 décembre 2017 09:48

          @Lugsama


          Précisément non : le Japon peut tout à fait tolérer - et de fait il le tolère - de ne pas faire d’enfants et voir sa population naturellement baisser (compensée par une certaine automatisation et robotisation), pendant que dans le même laps de temps il n’est pas victime d’une immigration massive. Il n’y a aucune contradiction. Et c’est vous qui êtes mal comprenant à ce sujet.

          Au contraire des nations européennes qui voient leur population d’origine européenne supplantée par une immigration extra-européenne pour la double raison d’un accroissement naturel nul voir déficitaire dans un certain nombre de pays simultanément à une immigration massive qu’elles sont amenées à subir, et qui est assimilable à un suicide démographique à terme.

        • Spartacus Spartacus 9 décembre 2017 11:14
          Au japon tu laisses ton portefeuille tomber, les gens se précipitent pour te le rendrent.
          En France tu laisse ton portefeuille tombe, les gens se précipitent pour se partager les billets...

          C’est juste la raison pour laquelle la confiance dans la dette publique existe..

          Demain tu laisses le budget de l’état géré par des fonctionnaires souverainistes comme l’auteur le droit d’émettre de la monnaie.
          Tous des fonctionnaires statutaires, comme leur président en « disponibilité », clientélisme, corporatisme, interventionnisme et que pour leur geule et leur intérêts de castes.

           « la monnaie est un bien public » Vaste blague de groupes proches de la gamelle de l’état qui vendent la souveraineté car à titre individuel ils savent que dans ce cas, leur caste mieux placée en profitera sur le dos des autres...
          Gérée par des souverainistes elle serait un malheur public !


          • pallas 9 décembre 2017 11:27

            @Spartacus

            Bonjour,

            De votre phrase :

            « Au japon tu laisses ton portefeuille tomber, les gens se précipitent pour te le rendent. »

            C’est chose totalement faux, un mythe, les étrangers pensent que nous Français roulons en 4 L et mangeant des croissants tous les matins dans une ville de Paris champêtre et tous des artistes et peintres, c’est d’un ridicule le fantasme de croire que l’herbe est plus verte ailleurs.

            Des contes de fées et rien d’autre.

            Salut


          • jjwaDal jjwaDal 9 décembre 2017 18:49

            @Spartacus
            En 2017 le budget de l’Etat est de facto décidé puis contrôlé par des fonctionnaires de l’UE, des bureaucrates élus par personne, c’est plus prudent.
            Je vois par ailleurs que la souveraineté (qui n’est qu’une facette du droit des peuples à choisir leur mode d’organisation sociale, un autre nom de la démocratie) irrite de plus en plus au point de nécessister un néologisme en « isme » pour, par amalgame, peut-être faire penser, quelle horreur, à du populisme...
            Qui détient le droit de création monétaire dispose d’un formidable pouvoir de chantage sur les Etats et les peuples on l’a vu en 2008. L’explosion de la dette souveraine date de 2008 par ex, même si elle a débuté au début des années 1970, prétexte pour obliger les Etats à se faire rançonner sur les marchés financiers pour éviter que 40 ans plus tard les Etats se retrouvent avec une dette dépassant 100% du PIB après avoir trop taquinée la planche à billet. On voit que ça a été efficace dans des économies aussi différentes que celles de l’UE, des USA, du Japon ou de la Chine. Ce remède miracle sortis du chapeau que se faire rançonner au casino amènerait une convergence des économies vers la modération financière ne serait-il pas au contraire un de nos maux ? Il suffit de voir que des emprunts sans intérêts sur 50 ans nous auraient quasiment affranchis de toute dette pour douter du remède miracle.
            La création monétaire est gérée par des gens dont le soucis du bien commun n’a jamais effleuré l’esprit, sinon le retour à une répartition des patrimoines et revenus rappelant les années 1920, ne serait pas si visible (voir Piketty).
            Un aveugle verrait nos surcapacités de production mondiale conséquence du fait, qu’on ne manque ni de chefs d’entreprises, ni de salariés compétents, ni d’énergie, ni de matières premières, mais de pouvoir d’achat au niveau planétaire, donc de salaires pour l’essentiel.
            Mais quand il faut se saigner pour rémunérer un privilège imbécilement consentis (imprimer des billets ne coûte quasiment rien) on a ça...


          • Spartacus Spartacus 10 décembre 2017 10:26

            @pallas
            Pour avoir été au Japon et parcouru de long en large.

            Les vol est quasi inexistant. 
            Ils ne croient pas que les Français roulent en 4L et ils y a pas de vols et d’insécurité comme à Paris.
            C’est d’ailleur vrai dans d’autre pays asiatiques comme la Taïlande.

            Si il y a des voleurs, ce sont des étrangers au pays.

          • popov 11 décembre 2017 10:42

            @pallas


            Des contes de fées et rien d’autre.

            Un jour, j’ai crevé un pneu sur une autoroute du Japon. Je m’arrête sur la bande de secours et me prépare à changer la roue. C’était une voiture de société à laquelle je n’étais pas habitué. Je ne parviens pas à trouver le cric.

            À ce moment une voiture de police s’arrête et me demande de dégager immédiatement. Je leur explique que je n’ai pas de et je leur demande de me prêter le leur. 

            Ils ne me l’ont pas prêté, ils ont changé ma roue eux-mêmes. 

            Ils auraient pu appeler une dépanneuse et me faire perdre une demi-journée.

            Des histoires de portefeuilles rendus, j’en ai entendu quelques unes de témoins directs.


          • Lugsama Lugsama 12 décembre 2017 01:44

            @pallas

            Au Japon il n’y a quasiment pas de criminalité, et les affaires vols sont résolu par la police à plus de 75%.. la-bas il est tout à fait normal pour les très jeunes enfants de faire 2h de trains seul pour se rendre à l’école par exemple. 

            Sinon le coup du portefeuille ça m’est arrivé en Espagne, en Europe donc, faut pas non plus tomber dans la psychose..

          • Tom France Tom France 9 décembre 2017 15:45

            C’est clair qu’il faudrait retrouver l’usage public de notre planche à billet avant de parler de démocratie ou je ne sait quoi d’autre encore. Un pays privé du pouvoir de battre monnaie n’est pas libre, tout le reste ne comptant plus vraiment !


            • Eric F Eric F 9 décembre 2017 17:55

              La dette publique cumulée de la zone euro est 7000 milliards d’euros, la BCE en a racheté 1000 milliards en 2016, 70 milliards chaque mois jusque fin 2017 semble-t-il. Ceci étant, elle en rachète aux banques, et ne l’annule pas pour autant, le cash versé aux banques censé alimenter l’investissement et le crédit à la consommation. alimente surtout le marché boursier, et s’évaporera au prochain crack. Mais même en créant de la monnaie, cela ne dévalorise quasiment pas le cours, et ne crée aucune inflation, c’est la preuve que cet argent ne va pas à l’économie mais alimente surtout le marché boursier, et s’évaporera au prochain krach.


              • Jean Keim Jean Keim 9 décembre 2017 22:21

                Je ne connais pas grand chose à l’économie, néanmoins il y a une question à poser : à qui profite le crime, autrement dit qui sont les bénéficiaires de la situation actuelle ? 

                Autre question : sont-ce les mêmes où des affidés qui pourraient changer les règle, ce qui serait contraire à leurs intérêts ?

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