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Robert Mugabe, l’anti-Mandela du Zimbabwe

« C’est toujours sur une démission collective que les tyrans fondent leur puissance. » (Maurice Druon, 1965).

Robert Mugabe

C’est dans un hôpital de Singapour où il était entré il y a quatre mois que l’ancien dictateur du Zimbabwe Robert Mugabe est mort, ce vendredi 6 septembre 2019, à l’âge de 95 ans (il est né le 21 février 1924). Aucun hôpital de son pays ne l’aurait accepté, tant le système de santé est désastreux, conséquence de ses très longues années au pouvoir.

En effet, Robert Mugabe aurait pu être, dans les années 1990, le Nelson Mandela du Zimbabwe, de l’ancienne Rhodésie du Sud. Il n’a finalement été qu’un simple tyran africain, comme il y en a eu de très nombreux, hélas, au moment de l’indépendance du continent. Robert Mugabe a monopolisé le pouvoir quasiment pendant quatre décennies : Premier Ministre du 18 avril 1980 au 31 décembre 1987 et Président de la République du 31 décembre 1987 au 21 novembre 2017, il poussa le pays dans une catastrophe humaine, sociale, politique et économique.

Communiste, Mugabe avait voulu fonder une république communiste avec parti unique, le sien, le ZANU-PF (le Front patriotique), mais son projet allait à contresens de l’histoire mondiale alors qu’il a pris le pouvoir suprême peu avant la chute du mur de Berlin.

Il avait pourtant eu la possibilité d’une réconciliation nationale, malgré déjà un passif très lourd. Sa énième "réélection" du 27 juin 2008 (quatrième "élection"), comme les précédentes, fut très contestée, avec des manifestations très nombreuses. Soutenu par l’armée, Mugabe continua dans la répression politique.

Malgré tout, le candidat de l’opposition Morvan Tsvangirai considérait qu’il avait gagné dès le premier tour du 29 mars 2008 avec 50,5% des voix. Mais les résultats officiels, proclamés le 2 mai 2008, ne lui ont donné que 47,9% et 43,3% à Robert Mugabe. Une vague de violences ensanglanta le pays (plusieurs centaines de personnes ont été assassinées à cette occasion).

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Considérant que l’élection n’était pas sincère, Morvan Tsvangirai a renoncé à aller au second tour qui donna officiellement 90,2% à Robert Mugabe le 27 juin 2008. Le 22 juin 2008, en effet, Morvan Tsvangirai déclara : « Nous ne pouvons pas leur demander de voter le 27 juin en sachant que voter pourrait leur coûter leur vie. Nous avons décidé que nous ne participerons plus à cette simulation de processus électoral, violente et illégitime. Nous ne jouerons pas le jeu de Mugabe. ». Le vote n’était pas libre, les électeurs devaient montrer leur bulletin de vote à un sbire de Mugabe avant de le glisser dans l’urne…

Parallèlement, le 29 mars 2008 ont eu lieu également des élections législatives qui ont conforté l’opposition à Mugabe : en effet, dans les résultats officiels proclamés le 29 avril 2008, l’opposition, dominée par le MDC, le parti de Morvan Tsvangirai, a obtenu 110 sièges sur 210 et le parti de Mugabe, le ZANU-PF, seulement 99 sièges.

L’Union Africaine n’a pas reconnu le résultat du second tour de l’élection présidentielle du 27 juin 2008 et a appelé à un partage de pouvoir, ce que Robert Mugabe a été contraint d’accepter en confirmant son élection comme Président de la République, mais en acceptant le rétablissement du poste de Premier Ministre offert à son opposant, Morvan Tsvangirai. Cette solution a été trouvée après des discussions au plus haut niveau sous l’égide du Président sud-africain Thabo Mbeki (l’accord a été signé le 15 septembre 2008). La répartition des pouvoirs se faisait ainsi : l’armée sous contrôle du ZANU-PF et la police sous contrôle du MDC. Car les seuls arguments qui comptaient, c’étaient l’armée et la police.

Cette cohabitation politique peu conciliante a eu lieu du 11 février 2009 au 11 septembre 2013. Avec une nouvelle Constitution instituant un régime présidentiel (suppression du poste de Premier Ministre), approuvée par référendum le 16 mars 2013, Robert Mugabe a réussi à reprendre la totalité des pouvoirs lors des élections générales du 31 juillet 2013 : Robert Mugabe fut officiellement réélu (à l’âge de 89 ans) avec 62,8% des voix et son parti, le ZANU-PF, a retrouvé une large majorité des sièges de la Chambre d’Assemblée, 197 sièges sur 270. Ces résultats furent contestés par Morvan Tsvangirai qui se retrouva dans l’opposition. L’Union Africaine a cependant reconnu les résultats.

Au lieu de chercher à maintenir systématiquement le pouvoir, Robert Mugabe aurait eu l’occasion, entre 2008 et 2013, de faire la réconciliation nationale. Non seulement il a cherché à conserver son pouvoir, mais à un âge avancé totalement surréaliste.

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Se sachant cependant mortel, à l’âge de 93 ans, Robert Mugabe envisagea de ne pas se représenter à l’élection présidentielle de 2018 (même si constitutionnellement, il en avait encore la possibilité, malgré la limitation à deux mandats). Les préparatifs de la succession ont été largement influencés par son ex-secrétaire et épouse (depuis 1996), Grace Mugabe, née en 1965 (elle pourrait être sa petite-fille !).

Dans un premier temps, Mugabe a limogé sa première Vice-Présidente Joice Mujuru le 8 décembre 2014, alors qu’elle était considérée comme la possible dauphine. Elle fut remplacée quatre jours plus tard par son ministre Emmerson Mnangagwa, considéré comme le fils de Mugabe, homme de grande proximité et des basses œuvres.

Dans un second temps, presque trois ans plus tard, Mugabe a plongé carrément dans le népotisme, sous influence de son épouse. Le 4 novembre 2017, il a fait part clairement de la volonté de voir Grace lui succéder. Deux jours plus tard, il a limogé Emmerson Mnangagwa, qui pourtant contrôlait l’armée. Là était son erreur.

Robert Mugabe pouvait imaginer que le risque de perdre le pouvoir provenait de son opposition traditionnelle, et surtout, de son opposant permanent, Morvan Tsvangirai. Mais ce dernier était très malade (il est mort le 14 février 2018). En fait, il a eu tort. Le risque provient généralement de ses amis.

Inquiète de l’influence grandissante de Grace Mugabe, l’armée a fait un coup d’État le 15 novembre 2017. Pendant cinq jours, la situation fut très tendue. Des dizaines de milliers de personnes ont défilé le 18 novembre 2017 dans les rues de la capitale, Harare, pour demander le départ de Mugabe. Il était temps ! Le 19 novembre 2017, Emmerson Mnangagwa fut élu président du ZANU-PF à la place de Mugabe. L’armée a finalement obtenu que Robert Mugabe annonçât lui-même sa démission le 21 novembre 2017, avant d’être destitué par le parlement. Par la suite, il protesta énergiquement contre ce putsch, considérant Emmerson Mnangagwa comme illégitime.

Le 24 novembre 2017, l’ancien premier Vice-Président déchu Emmerson Mnangagwa fut effectivement désigné Président de la République. Juridiquement, son limogeage du 6 novembre 2017 avait été annulé et donc, il devenait celui qui normalement devait assurer l’intérim. Il ne fallait pas y voir du vent neuf : il avait à l’époque déjà 75 ans ! et était le responsable de toute la violence politique commise pendant les années Mugabe. Emmerson Mnangagwa fut confirmé à la tête du Zimbabwe par l’élection présidentielle du 30 juillet 2018 (élu avec 50,8% des voix pour cinq ans), élection qui, comme les précédentes élections présidentielles, fut contestée dans son déroulement et ses résultats.

Petite anecdote : Robert Mugabe, qui a toujours contesté son éviction du pouvoir, s’est rangé résolument dans l’opposition à son ancien numéro deux, et a soutenu à l’élection du 30 juillet 2018 …la candidature de Nelson Chamisa (41 ans aujourd’hui), candidat du MDC, successeur de Morvan Tsvangirai à la présidence du MDC (après la mort de ce dernier) et ancien ministre entre 2009 et 2013. Nelson Chamisa a obtenu 44,3% des voix.

Tout indique aujourd’hui que l’actuel Président Emmerson Mnangagwa (77 ans dans neuf jours) n’est qu’un Mugabe sans Mugabe. Robert Mugabe, en quittant le pouvoir après trente-sept ans à la tête du Zimbabwe, a laissé un pays exsangue, sans libertés politiques, avec des atteintes répétées aux droits de l’homme, dans une économie effondrée, avec une inflation montreuse et un taux de chômage proche de 90%, bref, une nation profondément divisée et à plat. Emmerson Mnangagwa vient pourtant, ce 6 septembre 2019, de déclarer Robert Mugabe comme un "héros national", après en avoir fait, dès le 27 novembre 2017, le "père de la nation"…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 septembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Robert Mugabe, l’anti-Mandela du Zimbabwe.
Nelson Mandela.
Morgan Tsvangirai.
Zimbabwe : fin de régime chez Pépé Mugabe.
L’inévitable réélection du dictateur Robert Mugabe (28 mars 2008).

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2 réactions à cet article    


  • Oceane 7 septembre 18:10

    L’avis des Africains ne compte évidemment pas. Pourtant, une petite revue de la presse africaine révèle exactement le contraire de cet article.

    Retirez le casque colonial, il restera tout l’esprit colonial. Et c’est cet esprit qui a rédigé cet article.


    • Frederick Potter Frederick Potter 11 septembre 07:31

      C’est limite trop de prose pour un fumier pareil mais je suppose que ça vous a défoulé smiley

      Voila ce qu’était Mugabe : un gros lâche avec un pouvoir qu’il savait usurpé. Il ne s’agit pas de dénier la tragédie personnelle le concernant mais je la laisse à Frédéric Miterrand qui la déclamerait dans le style Images de France qu’on lui a connu (« Au soir de sa vie Robert Mugabe regardait depuis son exil les soubresauts de l’histoire gnagnagnagnagnagna »)

      Psychanalatiquement niveau 1 ce sont des types qui s’accrochent au pouvoir qu’ils ont parce qu’ils angoissent sur l’inconnu de le perdre, sans doute qu’ils ne savent pas faire grand chose de leurs dix doigts, sans doute aussi que leurs crimes seraient bien plus vite connus. S’accrocher pour gagner du temps. 

      Ce type savait pertinemment être passé à côté d’un destin glorieux en raison de ses propres faiblesses mais il avait appris à ne pas laisser transparaitre sa très grande honte, et avait peut-être même pu se convaincre que tout était de la faute de l’Histoire d’avant sa naissance. Si ce n’est à s’exonérer à quoi servirait donc la philo pour les crapules de haut-rang ? 

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