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Sandino et l’armée des hommes libres

Au cours du XXe siècle, les guérillas civiles en Amérique Latine ont été nombreuses et régulières. Au milieu de celles-ci, émergent certains hommes qui sont considérés aujourd’hui comme des héros intouchables. Le nicaraguayen Augusto Calderón Sandino fait parti de ces monuments dont la côte de popularité a de quoi faire blêmir tout chef d´État au pouvoir.

JPEG Avant que les États-Unis se considèrent comme le gendarme du monde selon le président américain le plus limité intellectuellement avant Donald Trump, la bannière étoilée avait déjà cette tendance à se mêler des affaires internes des autres pays. L´Amérique centrale dont le Nicaragua a pu expérimenté cette tutelle impérialiste pendant une longue partie du XXe siècle. Face à cette situation de nombreux peuples ont risqué de s´opposer à cette situation préférant « mourir en rebelle que de vivre en esclave »selon Augusto Sandino.

Avant et après cette prise de position, la vie du guérillero nicaraguayen a été remplie de luttes politiques et armées.

La vie de Sandino débute par un drame familial. Son père propriétaire terrien l´abandonne lui et sa mère pauvre paysanne à sa naissance. Cet épisode est aujourd’hui interprété par l'historien Aldo Diaz Lacoyo comme sa première humiliation. Une humiliation révélant le statut peu respecter des travailleurs de la terre face à une bourgeoisie non encline à cette mixité. La seconde découle de son état civil. Il nait dans le village de Niquinohomo mais les conservateurs au pouvoir ayant décidé de modifier les noms à forte consonance indigènes ses documents officiels indiquent une naissance à « La Victoria ». Il voit en cet événement une non reconnaissance de tout une partie de sa culture et de celle de son pays. Enfin à 17 ans, il vit de manière très intense l´assassinat commandité par les États-Unis du général Benjamin Zeledon. Il n´en accepte pas cette ingérence sur son territoire.

 

A 25 ans, après avoir tiré sur la cuisse de son beau frère, il fuit le pays. Il va alors voyager et se forger une opinion politique inspirée en partie des révolutionnaires et syndicalistes mexicains rencontrés en chemin. Le regard que ces derniers portent sur la soumission nicaraguayenne est une raison de plus d´agir en son pays. Son petit passage dans la « United Fruit Company » mastodonte Yankees exploitant ressources et guatémaltèques ne participe à embellir la piètre image qu´il a des gringos.

 

De retour au Nicaragua suite à un coup d´état et après un très bref passage au sein du Parti Libéral, il fonde une armée de volontaire. Lors de la première offensive et victoire, ils sont 29...29 ! Sérieusement conduire une révolution avec 30 personnes. Une classe d´école, deux équipes de rugby (ça fait déjà un peu plus crédible), le nombre de personnes qui croient en Europe Écologie Les Verts (oui pas toujours le PS)… et allons y !Allons renverser une grande puissance militaire.

 

Le projet de Sandino s´inscrit principalement dans la lutte contre l´envahisseur et la défense des opprimés. La prise de Jinotega marque d´ailleurs un tournant dans la stratégie de Sandino. D´une guerre civile face aux conservateurs, il réoriente la mire. La libération nationale et la lutte envers l´impérialisme sont au cœur du projet.

Les hommes n´affluent pas en raison de la légère pression exercée par les marines sur le peuple revenant à dire « Êtes ou vous avec nous ou avec lui ? » , « Euh ! ben avec vous monsieur le militaire armé et menaçant ! » mais aussi d´une presse évidemment partiale. Cependant la guérilla s´organise et quelques victoires permettent aux troupes de faire grimper les inquiétudes dans les rangs adverses. Les quelques maintenant 600 hommes participent à une armée dont les principes s´articulent autour de la liberté, la dignité, l´indépendance, la démocratie, l´anti-impérialisme et l´unité de peuple d´Amérique Latine

(voir par ailleurs : https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/bolivar-el-libertador-202048).

 

En 1928, le président Calvin Coolidge affirme face à l´ensemble des nations du continent américain que « Les États Unis n´ont pas de visées impérialiste et n´en auront pas dans l'avenir ». Avant Ronald Reagan, le pays avait donc déjà eu un président comédien.

 

Le retrait progressif des troupes US laisse place à l´armée du général Somoza « un amour de personnage ».

L´investissement relatif à la guerre est si important que la faim et les conditions de vies du pays se dégradent à vitesse éclaire. Sandino de son coté crée une coopérative agricole dont l'objectif est de permettre de le développement rural et de tendre faire l´autosuffisance pour de nombreuses familles paysannes. Cette coopérative ne sera reconnue que bien plus tard par les institutions nicaraguayennes.

 

En Février 1933, après l´élection de Samasa et le retrait important de l´armée américaine il accepte de signer des accords de paix. Ces accords portent principalement sur la non immersion des États Unis dans les finances publiques du pays, le retrait du terme bandit des archives nationales à propos de Sandino et ses hommes et la création d´un département neutre où pourrait s´établir les guérilleros. Les relations entre Sandino et le président Samasa laissent à penser que la situation peut s´améliorer. Cependant le général Somoza a un point de vue radicalement différent. En relation permanente avec les États Unis et leur ambassadeur, il continue la traque et les attaques envers les sandinistes. L´autorité dont dispose le président sur son général est équivalente à l´éthique de Patrick Balkany. En Février 1934, il réussit tout de même à réunir Sandino et Somoza afin d´acter cette fois la paix entre la garde nationale et l´armée des hommes libres. Mais l´intégrité est un principe de vie bien dont le général ne s´encombre pas. Il profite de l´occasion pour mettre en œuvre le contrat signé avec Henri Stimson secrétaire d´état au États Unis. Il ordonne la capture et l´exécution de Sandino et de ses fidèles. Un seul, Santos Lopez réussit à fuir. Aujourd’hui personne ne sait où sont passés les corps des victimes. Selon la version officielle, il auraient été jeté dans des fosses communes. D´autres sources affirment que Sandino a été décapité et que sa tête a été envoyée à Washington comme un trophée et une preuve de sa mort.

 

Peu de temps après, Somoza prend le pouvoir de force. Le jour de son investiture, le Président Roosevelt comme pour insister sur le fait que le Nicaragua est contrôlé par son pays que « Somoza est un fils de pute mais qu´il est notre fils de pute ». La dictature et dynastie du fils de pute et ses descendants durera jusqu´en 1979. Un autre exemple de son humanisme (ou fils de puterie). Alors que le Nicaragua reçoit de nombreux dons internationaux suite à un tremblement de terre si terrible que les gens en parlent encore aujourd’hui avec les larmes au yeux. Il détourne des sommes d´argent considérable pour sa fortune personnelle.

 

Si Sandino est mort et assassiné, ses idées et sa pensée restent présentes.

En 1961, Carlos Fonseca et d´autres fondent le FSLN (Front Sandiniste de Libération Nationale). L´objectif premier du mouvement et de lutter et de faire tomber la dictature de Somoza. Les combats entre la garde nationale dotée de tanks, hélicoptères et autres armes lourdes face à des guérilleros en revolvers et fusils semblent légèrement déséquilibrée.

Pourtant, le 21 juillet 1979, les troupes du FSLN entrent triomphalement a Managua, le dictateur est obligé de fuir pour les États-Unis. Pendant 18 ans la guerre civile aura ravagé le Nicaragua faisant plus de 50000 morts. Au delà de la volonté d´exclure Somoza, le FSLN se dote en 1969 d´un programme politique se composant de 14 points dont : une révolution agricole, une nouvelle législation du travail, la mise en place d´un gouvernement révolutionnaire et d´une administration honnête, l´émancipation de la femme, le respect des croyances religieuses, politique extérieur indépendante , la suppression de la garde nationale et l´unité de l´Amérique centrale.

Un vaste programme inspiré de leur leader mais aussi des différentes révolutions communistes et socialistes.

 

Environ 40 ans après la fin de la guerre civile, même si le Nicaragua reste un des pays les plus pauvres du monde, la situation du pays a beaucoup changé. Les sandinistes ont été et sont actuellement au pouvoir dans un état considéré comme l´un des plus sécuritaires de cette partie du monde.

Des programmes d´éducation et de santé gratuits existent. Des mesures spécifiques permettent aussi aux élèves de poursuivre leur scolarité pendant la récolte du café (moment incontournable de la vie de grand nombre de familles). Le ministère met en place des professeurs sur les lieux de récoltes pour les familles qui vont y vivre pendant cette saison. Le taux d´analphabétisation est passé de 53% a 12%. Quant à la place des femmes même si les familles restent très traditionnelles, il existe des lois sur la parité homme et femme dans la vie politique. Par exemple si le maire est un homme, le vice-maire est une femme. Dans ce domaine on peut aussi souligner le fait que le chef des polices est une femme et qu´elle est une des personnalités préférées des nicaraguayens. Les relations avec les États- Unis se sont améliorées se qui permet aussi d´envisager de nouveaux échanges commerciaux et de s'ouvrir à un plus grand nombre de touristes. Pendant ce temps là, l´ombre de Sandino n´est jamais loin ! 


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5 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 17 mars 16:37

    Quelle pudeur quant aux résultats du FSLN depuis 1979...
    Pas un mot sur le régime désastreux de Daniel Ortega... devenu « démocrate »...


    • sls0 sls0 17 mars 17:23

      @Jean-Pierre Llabrés
      Si c’est désastreux c’est mieux qu’avant.

      Entre nous avoir les USA avec leur puissance qui vous a dans le pif ne vous aide pas trop coté développement. Ceci dit chez moi on trouve des productions de ce pays, le blocus n’est pas étanche.

    • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 18 mars 10:31

      @sls0

      Il n’y a jamais eu de blocus ou d’embargo US contre le Nicaragua.
      Ni contre Cuba : il s’agissait d’un embargo...

    • sls0 sls0 17 mars 17:18

      Il arrive parfois que dans la rue on me dise « he gringo », je réponds « pas d’injure je viens d’Europe ». J’ai droit à un franc sourire.

      Comme les USA se sont focalisé quelques décennies coté moyen Orient, il ont levé la pression coté Amérique au sud. Les esprits se sont libérés.
      La presse est encore soumise à l’oligarchie et au USA à 95% via le SIP mais la façon de penser à changé.
      Je ne regarde pas la télé mais le peu que je vois c’est un patchwok de tout les pays d’Amérique latine, ça crée un lien, maintenant ce sont plus des latinos avec beaucoup en commun, c’est plus difficile pour le gringo à imposer sa vision.

      • benjamin LAMBERT 17 mars 17:19

        L’idée était principalement de parler de Sandino. Mais il est vrai que j aurais pu évoquer davantage la situation récente. Je prend note. 

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