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Sortir à tout prix la RDC du Chaos

En République Démocratique du Congo, après la démission de Samy Badibanga, la nomination de Bruno Tshibala par le président intérimaire Joseph Kabila au poste de Premier ministre ravive les hostilités entre le Rassemblement et la majorité présidentielle. Le peuple congolais doit-il sans cesse pâtir de la mauvaise foi qui caractérise les acteurs politiques directement concernés par l’accord du 31 décembre 2016 relatif à la cogestion en vue des élections transparentes ?

 

Flagrante hypocrisie

 

Le vice-Premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, s’inquiète à juste titre du « fait que les autorités de transition ne disposent pas du large soutien nécessaire ». Mais ses vœux n’ont-ils pas accompagné, quelques mois plus tôt, le gouvernement Badibanga en vue d’« un accord politique pour donner la meilleure chance à une transition pacifique, la plus brève possible, et permettre la tenue d’élections apaisées et crédibles dans l’esprit de la Constitution » ? Qu’est-ce qui a changé entre-temps, alors que la très récente nomination à la Primature de Bruno Tshibala s’est effectuée quasiment dans les mêmes conditions et circonstances que celle de Samy Badibanga, pour que Didier Reynders puisse soudain faire volte-face ?

L’Union européenne fait observer, dans une déclaration, « le manque de consensus » sur la nomination du tout nouveau Premier ministre. Tout en soutenant la nouvelle résolution 2348 que le Conseil de Sécurité des Nations Unies vient d’adopter à l’unanimité, l’UE manifeste « sa grande inquiétude » au sujet de la nomination du nouveau Premier ministre congolais. Mais qu’est-ce qu’une résolution du Conseil des Nations Unies, sans la volonté des acteurs concernés à trouver une issue pacifique et démocratique pouvant soulager la souffrance des populations dont ils sont censés représenter ?

Alors qu’il s’oppose farouchement à la nomination de Bruno Tshibala au poste de Premier ministre, quelle a été la réaction de Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur de l’ex-Katanga, quelques mois plutôt ? « […] Samy Badibanga c’est aussi un ami à moi, avec la crise économique et sociale actuelle, ça va être très difficile pour lui. Le plus important c’est de respecter la Constitution et de réaliser la première alternance pacifique au sommet de l’État. »

Pour le Rassemblement, la nomination de Bruno Tshibala « n’a rien à avoir avec l’accord du 31 décembre », mais il s’agit d’« une conséquence des tripatouillages du Pouvoir en place » mettant « au grand jour la connivence entre la soi-disant dissidence du rassemblement et M. Kabila ».

 

La mauvaise foi

 

L’accord de la Saint-Sylvestre est-il le fruit d’une démarche réellement inclusive ? Pas du tout. Il est important de rappeler que les hommes et les femmes de conviction ne changent guère d’avis, selon qu’il s’agit de leurs amis ou de leurs adversaires politiques, mais de l’avenir d’une Nation et d’un peuple. Il apparaît clairement, dans l'attitude de quelques acteurs politiques congolais, la mauvaise foi qui, d'ailleurs, a mis fin, sans accord définitif, à la médiation que l’église catholique menait depuis plus de trois mois entre le régime de Kinshasa et le seul Rassemblement, et non toutes composantes de l’opposition, pour tenter de sortir la République Démocratique du Congo (RDC) de la grave crise politique engendrée par la fin du mandat du président Joseph Kabila sans élection de son successeur.

 

De l’intérim aux élections apaisées

 

D’aucuns n’ignoraient que l’accord du 31 décembre 2016 ne pouvait qu’être miraculeusement pris au pied de la lettre. Cela arrangeait d’ailleurs le Rassemblement et la majorité kabiliste en vue du statu quo. Compte tenu des arguments avancés ci-dessus, à défaut d’un consensus de patriotes, une solution doit être trouvée dans le meilleur délai afin d’éviter un coup d'État constitutionnel et de sortir de l’impasse politique qui perdure depuis 2001. Dans ce cas précis, l’esprit de l’accord de la Saint-Sylvestre doit permettre la mise en place d’un gouvernement étranger aux luttes intestines entre le Rassemblement et la majorité présidentielle, le peuple congolais ne devant pas être systématiquement l’otage des uns et des autres. La cogestion à la mode accord du 31 décembre 2016 ne pouvant que fragiliser encore plus la République Démocratique du Congo, un vrai gouvernement de transition reste la condition sine qua non en vue du passage tranquille de l’intérim présidentiel aux élections apaisées.

 

Gaspard-Hubert Lonsi Koko


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