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Accueil du site > Actualités > International > Subsistances du Wakhan Afghan. La route vers l’enfer

Subsistances du Wakhan Afghan. La route vers l’enfer

La vie a toujours été très difficile dans le corridor du Wakhan. C'est l'une des régions les plus pauvres d'un des pays les plus pauvres du monde, l'Afghanistan. Cependant, jusqu'à récemment, c'était un endroit sûr et paisible. L'invasion talibane a démantelé le fragile équilibre qui permettait à la population de satisfaire ses besoins quotidiens raisonnables et limités.

Cet article est une traduction du texte de Bernard Grua paru, en anglais, sur le site du "Pamir Institute".

 

Wakhan, photo par Asad Wakhi

 

 

Asad Wakhi est un jeune homme de Qalah e Panja, dans le centre du Wakhan afghan. Il nous a donné un aperçu direct du péril auquel son peuple est confronté.

 

 

Le revenu des éleveurs s'est effondré. Le prix des achats externes explose.

 

Vous devez comprendre que notre économie est basée sur le troc. Ma famille est éleveuse. Nos revenus externes proviennent de notre bétail. L'unité de mesure est le yak. Mais sa valeur a sombré.

L'année dernière, la valeur d'un yak était de 45 000 Afghanis. Elle est désormais de 30 000 Afghanis. L'année dernière, un mouton valait 10 000 Afghanis. Il est maintenant à 5 000 Afghanis. Cette situation est encore pire si vous convertissez en dollars. Auparavant, les prix de notre production se tenaient à un niveau raisonnable, car le surplus était envoyé à Kaboul, au Tadjikistan ou au Pakistan. Aujourd'hui, ce flux est coupé à cause des problèmes de sécurité sur les routes afghanes et à cause de la fermeture des frontières.

Pendant ce temps, les prix des biens achetés font face à une augmentation spectaculaire. L'année dernière, un litre d'huile de cuisine coûtait 100 Afghanis. Il arrive, maintenant, à 250 Afghanis. L'année dernière, un kilo de riz, se vendait 200 Afghanis, on le trouve, aujourd'hui, à 400 afghanis. Le litre d'essence est passé de 40 Afghanis à 80 Afghanis. Ici aussi, le changement de prix vient de la fermeture des frontières et des problèmes de sécurité.

Asad Wakhi, Qala e Panja, 8 octobre 2021

 

Voici un résumé des valeurs données par Asad.

 

Produit

 

Unité

 

2020

 

2021

 

Variation
de prix

 
  Yak Afghanis 45 000 30 000 -33%  
  Mouton Afghanis 10 000 5 000 -50%  
  Huile/litre Afghanis 100 250 150%  
  Riz/kilo Afghanis 200 400 100%  
  Essence/litre Afghanis 40 80 100%  

Évolution des prix selon Asad Wakhi (données originales, non confirmées ou infirmées par d'autres sources)

 

L'impact tragique des variations de prix simultanées et opposées

 

Si l'on combine ces informations liées au bétail « vendu » avec celles relatives aux biens « achetés », on comprend comment la situation est, tout d'un coup, devenue dramatique pour les éleveurs afghans du Wakhan.

 

Comparaison de la valeur du yak par produit troqué entre 2020 et 2021

  Contrepartie par yak   2020   2021   Valeur 
yak
 Multiplication 
des prix par
 
  Huile/litre 450 120 -73% 4  
  Riz/kilo 225 75 -67% 3  
  Essence/litre 1 125 375 -67% 3  
 
 
Comparaison de la valeur du mouton par produit troqué entre 2020 et 2021
 
  Contrepartie par mouton   2020   2021   Valeur 
mouton
 Multiplication 
des prix par
 
  Huile/litre 100 20 -80% 5  
  Riz/kilo 50 13 -75% 4  
  Essence/litre 250 63 -75% 4  
 
 
Le yak a perdu entre 67% et 73% de sa valeur pour ce qui est du troc contre des biens externes. Le mouton, quant à lui, à perdu entre 75 et 80 % de leur valeur.

 Pour les éleveurs afghans du Wakhan, les prix réels des marchandises
achetées ont donc été multipliés par un facteur compris 

entre TROIS et CINQ !

 

Rappelons qu'avant la situation actuelle, l'économie afghane du Wakhan était déjà une économie de survie. Pour subvenir à leurs besoins les plus élémentaires, les éleveurs de Wakhan devront vendre leur capital, le bétail. À court terme, cela signifie simplement qu'ils n'auront aucune source de revenu et aucune nourriture. Même si la chute de Wakhan s'est déroulée presque sans violence, elle risque bien d'avoir la dimension tragique d'une catastrophe humanitaire.

À lire aussi : Comment une région pauvre d'Afghanistan sombre dans la famine sous la férule des Taliban
 

 

L'hiver viendra.

 

La nourriture est un souci. Le froid en sera un autre. Les hivers sont particulièrement rigoureux. Qalah e Panja, au milieu de la vallée est déjà à une altitude de 2 794 m. Le couloir du Wakhan est parcouru de violente brises glacées.

Les vêtements [surtout pour les enfants], sont un autre problème. Nous devons les acheter. Chaque année, beaucoup de neige tombe. Se déplacer d'un endroit à un autre [pour l'élevage du bétail, pour la collecte du combustible, pour la vente ou l'achat de marchandises] représente de grosses difficultés.

Asad Wakhi, Qala e Panja, 8 octobre 2021

 

Une jeune fille de Qalah e Panja avec du bétail en hiver - Photo par Asad Wakhi

 

Malgré les circonstances, une forte détermination pour les études

 

De nos jours, les communications externes sont limitées. Lire : Avec des frontières fermées, le Wahan afghan doit désormais compter sur la solidarité des citoyens tadjiks pour le téléphone et l'internet. Asad est désireux d'étudier et fait des efforts importants pour son instruction. Il a été remarqué par l'Université d'Asie centrale. Il souhaite sincèrement rejoindre cette institution.

University of Central Asia : Marcheriez-vous 80 minutes dans chaque sens pour pouvoir apprendre une nouvelle langue ? Assad Wakhani le fait. Alors que certains d'entre nous ont le luxe d'avoir des informations à portée de main, Assad doit marcher une heure et 20 minutes dans chaque sens pour se connecter à un réseau mobile qui lui permet de rejoindre un cours d'anglais en ligne proposé par la School of Professional and Formation continue (SPCE) à Faizabad. Assad est originaire du district du Wakhan (également connu sous le nom de corridor du Wakhan), la région la plus reculée de Badakhshan, située près des montagnes du Pamir dans le nord-est de l'Afghanistan. Afin de participer au cours en ligne dispensé par Abdul Saboor Farid de la SPCE, Assad doit se rapprocher de la frontière tadjike et utiliser une carte SIM tadjike pour rejoindre le réseau. Il reconnaît que le trajet - un total de 160 minutes vers et depuis la frontière - est difficile. Mais il sent aussi que le sacrifice en vaut la peine et qu'il mérite de recevoir une éducation. « Je suis très heureux de pouvoir avoir une telle opportunité. Il n'y a pas de différence entre les cours en ligne et hors ligne, [en fait, en ligne] vous avez plus de temps pour partager vos réflexions, être plus actif et en apprendre davantage », dit-il. « Je tiens à remercier tous ceux qui travaillent et soutiennent de tels programmes dans le Badakhshan. » L'histoire d'Assad ne vous inspire-t-elle pas et ne prouve-t-elle pas que rien n'est impossible si vous y mettez tout votre cœur ?

 

Cependant, le rêve d'instruction d'Asad semble devenir inatteignable. Au cours des étés précédents, il a pu guider des voyageurs étrangers dans le paisible Wakhan afghan et dans le Pamir. Cela l'a aidé à vivre et à étudier à Fayzabad. En 2021, compte-tenu des événements, il n'y a eu aucun visiteur. Par ailleurs, sa famille, qui lutte déjà pour survivre, ne peut être, de nos jours, d'aucun soutien.

 

Écoutons le :

A qui puis-je, s'il vous plaît, m'adresser ?
Il me faut d'aide pour mes études.
J'ai besoin chaque semestre d'environ 150 $ pour mon université.
Et chaque mois d'environ 60 $ pour ma nourriture et mes vêtements.

Si vous voulez faire quelque chose pour Asad, vous pouvez le contacter.
Facebook : Assad Wakhi
Courriel : asadwakhi@gmail.com
WattsApp : +992 501 880 884
Téléphone : +93 792 238 832

 

Mise à jour : 2021/10/09

 

Selon d'autres informations distantes et très locales, le col d'Irshad (4 977 m) n'est pas fermé. Des commerçants pakistanais visitent le Petit Pamir (Afghanistan). Les éleveurs kirghizes sont attendus à l'extrémité de la vallée de Chapursan (Pakistan), d'ici à quelques jours.


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6 réactions à cet article    


  • Schrek Docteur Faustroll 11 octobre 10:16

    Et l’opium, dans tout ça ?

    « En Afghanistan, alors que l’inquiétude croît au même rythme que les champs de pavot, la province du Badakhchan fait figure d’exception. Contrairement à la tendance générale, cette région est l’une des rares à avoir considérablement réduit ses cultures de pavot, avec une baisse de 72 % de sa production cette année. Pourtant, au cœur de ces montagnes isolées, c’est dans une clinique de désintoxication de Khandud, un village situé dans le corridor du Wakhan, que Mubarak Kadam a passé les fêtes de l’Aïd El-Fitr marquant la fin du ramadan. A 49 ans, il a l’air d’un vieillard. Il essaie d’en finir avec vingt ans d’addiction à l’opium. »

    lien


    • Bernard Grua Bernard Grua 11 octobre 13:14

      @Docteur Faustroll Merci pour cet article très intéressant. Il me semble que le Wakhan est à considérer différemment du Badakhchan afghan, dont cette haute vallée serait plutôt une excroissance entre Tadjikistan et Pakistan. De plus il faut distinguer entre consommation et production.
      En 2011 et 2013, je n’ai pas vu de champs de pavots dans le Wakhan. Je ne sais pas si les Wakhis du Wakhan consomment de l’opium. En revanche, cela est largement rapporté pour les Kirghiz du Petit Pamir, au bout du corridor du Wakhan. Le Petit Pamir est impropre à toute culture, y compris celle du pavot.


    • SilentArrow 12 octobre 07:38

      @Bernard Grua

      Le Petit Pamir est impropre à toute culture, y compris celle du pavot.


      Et la quinoa ?

    • Bernard Grua Bernard Grua 12 octobre 12:21

      @SilentArrow
      Je ne connaissait pas la quinoa. D’après wikipedia, cette plante pousserait jusqu’à 3800 m d’altitude. Dans le Pamir pakistanais, ils ont lancé des cultures de pomme de terre à 3500 m d’altitude.
      Le lac Chamaqtin au coeur du Petit Pamir est 4024 m. De plus, les Kyrgyz du Petit Pamir sont des éleveurs et non pas des cultivateurs. 


    • SilentArrow 12 octobre 14:41

      @Bernard Grua

      Le lac Chamaqtin au coeur du Petit Pamir est 4024 m.

      El Alto, l’aéroport de La Paz est à 4061 m d’altitude et, si mes souvenirs sont bons, il y a des cultures de quinoa dans les environs. Et je crois qu’ils alternent avec la culture des pommes de terre. 

      Pour les pommes de terre, justement, il serait bon de se procurer des variétés andines, qui se sentent à l’aise en altitude, surtout celles que l’on peut faire sécher et qui se conservent alors très longtemps.


    • Bernard Grua Bernard Grua 12 octobre 16:21

      @SilentArrow
      Merci pour ces informations

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