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Venezuela : l’hypothèse du double gouvernement et du conflit prolongé

« Manifestants pacifiques » attaquant les passagers d’un transport en commun à Caracas

Par Marco Teruggi

Le problème de la droite vénézuélienne est de s’être fixé un objectif en l’absence des rapports de force nécessaires. En réalité, les décisions ne sont pas prises au niveau national mais aux Etats-Unis où a été conçu le plan stratégique et opérationnel des actions en cours.

La corrélation nécessaire pour renverser le gouvernement passe par le concours des classes populaires et des Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB). Or, aujourd’hui, à 90 jours de son déclenchement, le cycle de violences se poursuit sans l’intervention d’aucun de ces deux facteurs. Ce qui ne signifie pas que tout travail politique dans cette direction ait été abandonné.

Pour ce qui est des classes populaires, cette droite étant nettement convaincue qu’elle ne réussira pas à les faire adhérer à son appel à renverser le gouvernement, a décidé de les frapper plus durement encore au moyen de l’asphyxie économique. D’où des actions comme l’incendie d’un dépôt de denrées alimentaires – 60 tonnes parties en fumée – qui étaient destinées à des quartiers populaires, l’attaque de camions transportant des vivres pour le gouvernement ou l’augmentation des prix par le secteur privé, majoritaire au Venezuela. Elle cherche à aggraver les conditions matérielles de vie et l’exaspération, ouvrant la voie à des pillages qu’elle-même organise avec ses groupes de choc.

Quant au travail pour diviser les forces armées, la droite a opté pour plusieurs actions simultanées. L’une d’elle a consisté en une série d’attaques armées de la base militaire principale de Caracas, la Carlota, ainsi que de casernes et de bataillons situés dans divers endroits du pays, la dernière en date ayant eu lieu la nuit de mardi dernier à Acariqua ou des armes ont été volées et un soldat tué.

Une autre de ces manoeuvres consiste à démoraliser sans répit la population par le biais des réseaux sociaux, notamment avec l’appui de robots de Twitter.

Troisième élément de cette stratégie, utilisé dès le début du cycle : appeler les forces armées à désobéir aux ordres du gouvernement et à se joindre au Coup d’État. Julio Borges, le président d’extrême droite de l’Assemblée Nationale, un des organisateurs du coup d’État de 2002 contre Hugo Chavez, présenté par « Le Monde » comme une personnalité démocratique (1), vient de le répéter le 5 juillet lors d’une allocution publique, allant jusqu’à offrir l’amnistie automatique aux militaires qui renverseraient le gouvernement élu : 

L’appel au coup d’État lancé le 5 juillet par le président de droite de l’Assemblée Nationale (voir ci-dessus) et les provocations des députés d’extrême droite ont dégénéré en affrontements avec les partisans de la révolution, violences condamnées par le gouvernement. Dans les « médias » européens cela devient : « Des pro-Maduro séquestrent l’assemblée ». Sans la moindre mention de l’appel au coup d’État. (NDLR)

Mais cet ensemble de tactiques n’a pas eu le résultat escompté. N’ayant pas réussi à obtenir le soutien d’acteurs de poids comme les forces armées, ils envisagent une prolongation du scénario et semblent s’y préparer.

L’hypothèse d’un conflit prolongé repose sur deux éléments clés : le facteur politique et le facteur militaire.

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Au début du mois les partis de la droite vénézuélienne ont annoncé qu’ils organiseraient eux-mêmes un plébiscite le 16 juillet.

En ce qui concerne le facteur politique, les partis de droite se sont déjà prononcés : leur plan est de ne pas reconnaître le gouvernement de Nicolas Maduro ni l’Assemblée Nationale Constituante qui sortira des urnes le 30 juillet et d’accélérer la création de nouveaux pouvoirs publics. Ce qui veut dire essayer de mettre en place un gouvernement parallèle. Pour donner une légitimité à ce schéma d’action déjà en cours, ils ont convoqué un « plébiscite » pour le 16 juillet, hors du contrôle du Centre National Électoral et pour anticiper les élections du 30 juillet, où parmi diverses questions sera posée celle de la création de nouvelles autorités et d’un gouvernement d’unité. Leur problème n’est pas de définir si le référendum sera légal ou non, ni le nombre de votants, mais de valider leur stratégie au niveau international, médiatique et diplomatique. Mais lorsqu’ils se seront engagés dans cette voie se présentera la difficulté de donner un poids réel à ces nouvelles autorités. Il ne suffit pas d’énoncer les choses pour qu’elles arrivent, pratique récurrente chez la droite. La réaction des alliances internationales aura son importance, ainsi que l’intensification de la stratégie de violence.

Sur ce dernier point, la droite a un avantage et a un problème.

L’avantage est qu’ils ont réussi en bonne partie à donner une légitimité à leur violence, surtout au niveau international grâce à la participation active des grands groupes médiatiques et d’autres rouages de l’Empire. Selon la vulgate construite pour « fabriquer le consentement » international, il n’existerait pas de paramilitaires au Venezuela, ni de groupes de choc organisés, ni de bandes de délinquants payés pour commettre des actes de vandalisme, il n’y aurait que des étudiants, un peuple affamé, des jeunes résistant à la dictature. Les actes violents commis, tel le lancement de grenades depuis un hélicoptère sur le Tribunal Suprême de Justice, la destruction d’aliments, etc., sont qualifiés d’auto-coups d’état réalisés par le gouvernement lui-même.

Le problème est que la légitimité ainsi obtenue ne suffit pas, il s’agit aussi de disposer de forces matérielles sur le terrain. Et si de toute évidence ils ont réussi à déployer des actions de grande envergure dans différentes villes du pays pendant plusieurs jours, ils ne semblent pas réunir les conditions pour soutenir leurs positions selon un plan de « territoires libérés », par exemple.

Ils ont l’avantage de s’être acquis l’opinion internationale, mais au niveau national l’opinion reste indécise. Leur violence les discrédite et provoque le rejet de 80 % de la population, et il semblerait que l’appui de la rue leur fait défaut pour mener à bien un plan d’une telle ampleur.

Le scénario risque donc fort de se prolonger. Ils donneront une identité politique à leurs actions violentes, anonymes jusqu’à présent, et déploieront publiquement leur structure armée – allant jusqu’à se différencier des autres partis d’opposition en établissant une distinction entre la MUD (plate-forme politique des partis de droite) et la Résistance (extrême droite armée et active dans la rue). Ils disposent de deux bases arrière pour alimenter cette organisation armée : l’État de Táchira et la Colombie voisine.

Il est difficile de prévoir comment se terminerait un plan présentant de telles caractéristiques.

Certains dirigeants de droite donnent à entrevoir leurs desseins. Tel le député Juan Requesens, du parti d’extrême droite « Primero Justicia », qui vient d’effectuer un aller-retour aux Etats-Unis pour expliquer dans un forum organisé le 6 juillet à l’Université Internationale de Floride (FIU), centre cofinancé par le Southern Command du Pentagone : « Nous devons passer par cette étape de violences de rue pour en arriver à une invasion étrangère ».

D’autres questions se posent qui trouveront leur réponse dans les semaines à venir. L’une d’elles est : la droite (ou une partie de la droite) inscrira-t-elle ses candidats début août pour les élections de gouverneurs qui auront lieu au début de décembre 2017 ?

Si elle ne le fait pas, ce sera la confirmation d’un point de non retour, de l’impossibilité de résoudre le conflit par le dialogue entre les parties. Dans ce cas, l’hypothèse d’une prolongation du conflit jusqu’à une éventuelle fracture au sein des forces armées ou, à un tout autre niveau, d’une intervention étrangère se confirmerait clairement.

Par contre, inscrire leurs candidats signifierait que la résolution finale du conflit reposera en partie sur les élections.

Le scénario se modifiera aussi en fonction des résultats de l’élection à l’Assemblée Constituante du 30 juillet : une forte participation apportera une légitimité et une base politique solide au chavisme. Dans le cas contraire, la confrontation s’aggravera. La droite a annoncé qu’elle fera tout son possible pour que les élections ne puissent pas se dérouler et il est fort probable qu’un blocage des centres électoraux, des routes et des moyens de transport sera organisé avec l’utilisation de leurs organisations armées et la façade publique de leur nouvel instrument en cours d’élaboration : les Comités de Sauvegarde de la Démocratie.

Le Conseil National Électoral a déjà annoncé qu’il protègerait chaque bureau de vote.

Le scénario qui s’est ouvert au début d’avril 2017 ne semble pas prêt de s’arrêter. Les Etats-Unis ont décidé de pousser le Venezuela dans ses derniers retranchements, aux niveaux politique, social, culturel, communicationnel et militaire. Ils veulent reprendre le pouvoir politique par l’intermédiaire de la droite présente dans le gouvernement, assujettir l’économie à leurs propres intérêts et prendre une revanche massive sur un mouvement historique. Le chavisme affronte une guerre complexe et totale à laquelle il doit répondre de manière intelligente et en faisant preuve d’ un engagement ferme face à un peuple fort et créatif, comme a su le faire Hugo Chavez.

M. T.

Note :

(1) Lire « Le Monde » lâché par la BBC : Stephen Sackur démasque la droite vénézuélienne et ses rêves de coup d’État, https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/25/le-monde-lache-par-la-bbc-la-droite-venezuelienne-revele-son-objectif-dun-coup-detat/

Source : https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/07/07/la-hipotesis-del-doble-gobierno-y-el-conflicto-prolongado/

Traduction : Frédérique Buhl

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2Rn


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11 réactions à cet article    


  • Neldemir 13 juillet 15:17

    Encore la propagande de maduro sus les pages d’AgoraVox

    C’est incroyable comme tout ce que vous dites de mon pays est faux et de la propagande pro dictature rien que pour ne pas laisser salir le nom de votre petite « religion rouge », le marxisme. Vous insultez tout un pays la lutte des peuples contre la tyrannie. Mais c’est maduro en détruisant le pays qui a démontré encore une fois que ce modèle n’est utile que pour les dictateurs et ceux qui s’en bénéficient du pillage des pays par ses faux «  socialistes ».

    C’est franchement dégueulasse de voir sur ce site un, VRAIE rébellion populaire se faire appeler un truc si ridicule par un site comme AV (comment il se place si haut dans les résultats des recherches ??). C’est pas juste pour tout ces gens qui ne trouvent plus a manger ou des médocs et puis qui sortent manifester pour se faire tuer comme des animaux par une armé qui a juré les défendre...


    • sls0 sls0 13 juillet 19:36

      @Neldemir
      Tiens un petit nouveau qui n’intervient qu’au sujet Venezuela.

      Il y a pas à dire, dès qu’il y a du pétrole le département d’état US y met des moyens.

    • Lugsama Lugsama 14 juillet 00:06

      @Neldemir

      En même temps l’auteur nous expliquait l’autre jour que 95% des vénézuéliens étaient noir ou metisse africains, c’est dire a quel point il connait son sujet smiley


    • tSbeNjY tSbeNjY 13 juillet 15:52
      Renommez-vous VenezuelaIntox, même la PRAVDA était plus objective que vos tissus de conneries, mensonges et propagandes infectes.

      • JP94 13 juillet 17:41

        Merci pour cet article excellemment informé et argumenté, qui gêne visiblement quelques trolls fachos, ou peut-être aussi les lecteurs du Monde ou d’El Pais, voulant encore se rassurer, en se disant que certes notre UE n’a guère de vertus démocratiques, mais que la vraie Gauche aspire à une dictature ...


        Le problème qui se pose aux « démocraties occidentales » est le suivant. Vont-elles continuer de cautionner des coups d’Etats fascistes orchestrés par les Etats-unis comme en Ukraine ou au Venezuela , ou ailleurs ? 
        C’est extrêmement grave et on doit juger aussi nos dirigeants pour ce que signifie cette allégeance totale aux puissances d’argent étatsuniennes. 

        Précisons quand même aux petits fachos( qui s’ignorent ou non) que l’accès à la Santé gratuit pour les pauvres au Venezuela est un plan du gouvernement Chavez puis Maduro qu’il se fait avec l’appui des médecins cubains ( en échangeant des services) et que ce droit à la santé est aussi combattu par les putschistes et la droite : autant dire que lorsque les médias occidentaux veulent nous vendre un Maduro qui affame sa population, il faut plutôt se demander pourquoi ces médias soutiennent le démantèlement du droit à la Santé et les appels au crime contre les médecins cubains, qui soignent les Venezueliens gratuitement ! 

        La présence des médecins cubains est dénoncée comme s’il s’agissait d’une intervention militaire tandis que les projets d’intervention militaire US sont eux légitimés ... 
        La Démocratie occidentale a de bien curieuses conceptions.

        Précisons qu’à Cuba existe un vaccin anti cancer et un traitement anticancer ( Vidatox) gratuit pour les Cubains, reconnus comme très efficace par l’OMS ( et sans effets secondaires) mais interdit aux Occidentaux par ... les Etats-unis : sympa, cet allié ,qui préfère voir crever et souffrir la population occidentale tout ça pour que Cuba ne puisse vendre ses médicaments ici, et gagner quelques devises .

        • Ad Honorem 13 juillet 23:45

          @JP94
          Chavez,Khadafi,Mandela.Quand on se penche un peu sur ces Hommes providentiels on se rend bien compte a quel point nous avons étaient dupé.Des dictateurs qu’ils vot nous dire ;) Ils n’ont qu’a déjà voir ce qu’il y’a devant la porte ces faux jetons ! C’est sur que ça met plus de temps a venir dans les cervelles lobotomisés et boboifiés des trolleux.En général quand ils se rendent vraiment compte il est trop tard.


        • Lugsama Lugsama 14 juillet 00:03

          @JP94

          « argumenté » MDR


        • Lugsama Lugsama 14 juillet 00:15

          @Ad Honorem

          Que viens faire Mandela qui a sacrifié sa vie pour liberer son pays du fachisme avec un démago et un dictateur qui s’en sont servie pour s’engraisser ?


        • Lugsama Lugsama 14 juillet 00:02

          Le débile de service nous sort son petit article de propagande quotidien en voulant faire passer l’opposition democratique pour de méchants de droite.. wouahouu. J’attend avec impatience les arguments et la tête de l’auteur quand Maduro va se prendre sa raclée qu’il essaie de retarder..


          • sls0 sls0 14 juillet 15:00

            @Lugsama
            Au sujet du mot service :

            A voir vos écrits vous êtes au service du département d’état US, question de style.
            Je l’ai déjà écrit vu ma proximité géographique des vénézuéliens j’en vois dont certains n’apprécient pas trop Maduro et consorts.
            Ils ont quand même un discours moins propagande que vous.
            Bon eux pour avoir des nouvelles du pays ils ont skype et des interlocuteurs vivants au pays ce qui leur évite de passer par le département d’état US, la MUD ou les informations du groupe SIP qui sert de support médiatique aux révolutions à l’ukrainienne en Amérique latine.

            Vous employez le mot service associé au mot débile.
            Ce n’est qu’une injure, pas une preuve.
            L’emploi d’injure c’est discourtois et c’est aussi une preuve que l’on est à court d’arguments qui tiennent la route.


          • Lugsama Lugsama 15 juillet 00:35

            @sls0

            Ma fiancé (et toutes sa famille..) est vénézuélienne, seul une de ses sœur est en Europe. Nous avons donc des nouvelle quotidienne de ce qui se passe au Vénézuéla, avec de nombreuses personnes vivantes également, vu que l’on ne parle pas encore aux morts.
            Et pas seulement sa famille, mais également de la nombreuse diaspora installé en Espagne qui a fuit le régime chaviste ces dernières années, la culture ça rapproche.

            Par contre on utilise quand même beacoup plus Watsapp que Skype..

            Après si vous pensez que des services spéciaux américains viendraient infiltrer Agoravox.. j’espère pour vous que c’était une boutade qui m’a échappé, sinon faut penser à consulter.

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