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Visite de Zelensky aux États-Unis – L’Ukraine va-t-elle aider à renflouer la société d’énergie nucléaire américaine Westinghouse ?

La visite de Volodymyr Zelensky aux États-Unis, et sa rencontre avec Joe Biden, s’est soldée par des déclarations creuses, et un mémorandum de coopération entre la société ukrainienne Energoatom et la société d’énergie nucléaire américaine Westinghouse pour la construction de nouveaux réacteurs, que l’on peut résumer comme étant le renflouement de cette société au bord de la faillite aux frais du contribuable américain et de l’Ukraine.

Malgré l’exultation de Zelensky d’avoir enfin réussi à rencontrer Joe Biden (après deux reports de date), le moins que l’on puisse dire c’est que le résultat de cette visite est loin d’être transcendantale : 60 millions de dollars d’aide militaire incluant des missiles antichars Javelin, des déclarations creuses sur l’importance de défendre l’intégrité territoriale de l’Ukraine, et un mémorandum entre la société ukrainienne Energoatom et la société américaine Westinghouse (qui était en faillite il y a peu) pour la construction de réacteurs nucléaires pour 30 milliards de dollars.

Et c’est ce mémorandum qui est – et de loin – le point le plus bizarre de cette visite de Volodymyr « Lewinsky » (comme l’a appelé le média C-SPAN, qui dans un lapsus révélateur, a ainsi assimilé le Président ukrainien à celle qui fut célèbre pour les « gâteries » qu’elle faisait à Bill Clinton : Monica Lewinsky) à Washington.

President Lewinsky

En effet, tant Zelensky que les médias ukrainiens se gargarisent de ce mémorandum avec Westinghouse, clamant haut et fort que cela représente une possibilité d’investissement des États-Unis allant jusqu’à 30 milliards de dollars dans l’industrie de l’énergie nucléaire en Ukraine.

« La mise en œuvre du mémorandum permettra d’attirer des investissements pour la construction de réacteurs [nucléaires] d’une valeur pouvant atteindre 30 milliards de dollars. Outre les investissements directs, une partie de la production sera localisée et le budget bénéficiera de recettes fiscales supplémentaires  », indique le communiqué sur le site du Président ukrainien.

Mais lorsqu’on lit le communiqué d’Energoatom, on comprend que les 30 milliards représentent le coût du projet commun avec Westinghouse, et il n’y est pas question d’investissement.

« Le mémorandum prévoit la participation de Westinghouse à l’achèvement du réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Khmelnitski en utilisant la technologie AP1000, ainsi que de quatre autres réacteurs d’autres centrales nucléaires en Ukraine. Le coût total du projet est estimé à environ 30 milliards de dollars américains  », peut-on lire dans le communiqué.

La société américaine va fournir sa technologie de réacteur AP1000 et le carburant qui va avec. Mais il va bien falloir payer pour tout cela.

Et ce n’est pas Westinghouse, qui était en faillite en 2017, et qui a dû être rachetée par Brookfield pour sortir de ce statut (et être restructurée), qui risque d’investir dans le nucléaire en Ukraine !

Car si Westinghouse est officiellement sortie de la faillite, la compagnie américaine avait toujours 3 milliards de dollars de dette l’an passé, et son rating auprès des agences de notation est « B » (en clair la société est toujours à risque de refaire faillite si les conditions économiques sont défavorables, ses actions sont considérées à risque, tout comme le fait de lui accorder un crédit).

On voit donc mal comment Westinghouse (qui risque toujours la faillite car elle n’est pas compétitive face aux concurrents russes et chinois, et qui doit compter sur des barbouseries comme en République Tchèque pour éliminer ses concurrents des appels d’offre) pourrait investir quoi que ce soit dans le domaine du nucléaire en Ukraine.

Russie et Chine dominent le marché de l'énergie nucléaire

La Chine et la Russie sont de loin les plus gros fournisseurs mondiaux de réacteurs nucléaires

Qui va donc devoir sortir les 30 milliards nécessaires à ce chantier pharaonique ? Les investisseurs étrangers ? Qui ira investir une somme pareille en Ukraine après que les investisseurs chinois aient été dépouillés de leurs biens lorsque Kiev a appliqué les ordres de Washington et bloqué la vente de Motor Sich ?

Même la Présidente estonienne, qui est un soutien fidèle de l’Ukraine post-Maïdan, a récemment déclaré qu’elle appelait ses concitoyens à ne pas investir en Ukraine, car ils pourraient perdre leur investissement !

Donc ni les investisseurs chinois, ni les investisseurs européens n’iront placer de l’argent dans ce projet. Les investisseurs russes sont persona non grata en Ukraine, donc cette option n’est pas envisageable non plus. Et on voit mal comment l’Ukraine pourrait financer un tel projet, dont le montant est presque équivalent à un an du budget total de l’État (environ 39 milliards de dollars) !

Donc soit Westinghouse s’expose manifestement à une nouvelle catastrophe, comme celles des projets de réacteurs nucléaires AP1000 à moitié finis en Géorgie et en Caroline du sud, qui lui ont valu de finir en faillite en 2017, soit il y a une magouille.

La réponse vient au détour d’un article de Bloomberg sur la façon dont les États-Unis ont modifié leur législation pour permettre à Washington de financer des projets de réacteurs nucléaires que les sociétés américaines remportent à l’étranger, et ainsi fausser la concurrence face à la Russie et à la Chine !

En clair, des pays comme la Roumanie, la Pologne ou l’Ukraine signent des mémorandums avec des sociétés américaines, puis Oncle Sam leur fournit l’argent (sous forme de prêts ou de garanties) pour mettre en œuvre ces projets, via une de ses agences de développement économique des marchés émergents (la DFC – U.S. International Development Finance Corporation).

Cette agence est financée par des fonds publics (alloués sur décision du Congrès américain) et se charge de trouver des investisseurs privés pour fournir les fonds requis pour chaque projet. La DFC se porte garante pour un montant allant jusqu’à un milliard de dollars auprès des investisseurs privés qu’elle attire, pour couvrir les pertes liées aux problèmes de taux de change, d’ingérence gouvernementale, ou de violence politique (y compris le terrorisme).

Jusqu’en juillet 2020, la DFC n’avait pas le droit de financer des projets dans le domaine de l’énergie nucléaire. Mais cela a été modifié afin prétendument de soutenir la transition des pays en développement vers une énergie « plus verte ».

Mais en réalité, ce changement permet un subventionnement déguisé de l’industrie de l’énergie nucléaire américaine (ce qui est prétendument inacceptable dans l’économie de marché libre et non faussée que les États-Unis promeuvent), afin de la rendre plus concurrentielle.

Et qui va payer ces subventions déguisées ? Les Ukrainiens et le contribuable américain. L’Ukraine devra rembourser le prêt (encore un) qui lui sera accordé, vendre tout ce qu’il lui reste à vendre pour payer, et vu qu’elle est insolvable et qu’il y a de bonnes chances qu’elle doive restructurer cette dette à un moment ou à un autre, ou faire tout simplement défaut, c’est le contribuable américain qui épongera le déficit des investisseurs privés qui auront perdu leur argent, avec ses impôts qui financent en partie la DFC, et entre autre la fameuse garantie d’un milliard de dollars.

Le mémorandum conclu par l’Ukraine avec la société d’énergie nucléaire américaine Westinghouse est l’exemple parfait du schéma de corruption internationale permettant de drainer les impôts des contribuables de plusieurs pays vers des sociétés privées qui feraient faillite sans ces subventions déguisées.

Christelle Néant

Voir l'article sur Donbass Insider


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9 réactions à cet article    


  • Guy19550 Guy19550 3 septembre 13:23

    Ils vont encore se planter sur ce coup-là. C’est probable. Il y a eu dans le passé une centrale nucléaire en Ukraine pour laquelle Westinghouse a essayé de remplacer le combustible russe par du combustible américain et cela s’est terminé par un flop et la fermeture de la centrale. Je doute qu’après cela, la Russie veuille encore approvisionner l’Ukraine en combustible. J’ai cherché de plus amples informations à l’époque mais rien de trouvé.


    • amiaplacidus amiaplacidus 3 septembre 13:38

      Un pays en faillite viendrait en aide à une entreprise qui ne vaut guère mieux ?

      Juste pour info, Westinghouse appartient depuis une quinzaine d’années au japonais Toshiba.


      • Christelle Néant Christelle Néant 3 septembre 14:43

        @amiaplacidus
        Hum non justement Toshiba l’a revendue à Brookfield après que Westinghouse a été placée en faillite.


      • amiaplacidus amiaplacidus 3 septembre 17:57

        @Christelle Néant

        Merci du renseignement, je ne le savais pas.

        Comme quoi les Japonais savent se débarrasser des canards boiteux.

        Mais ma remarque est encore plus pertinente : un pays en faillite vient au secours d’une entreprise en faillite (à moins que ce ne soit l’inverse) cela ne peut que donner un fiasco lamentable.
        Bon, dans le système capitaliste, business as usual.


      • Xenozoid Xenozoid 3 septembre 17:59

        @amiaplacidus

        en fait le capitalisme est une religion


      • amiaplacidus amiaplacidus 3 septembre 18:40

        @Xenozoid
        En tout cas, cela a la même capacité que les religions institutionnelles.


      • amiaplacidus amiaplacidus 3 septembre 18:41

        @amiaplacidus
        Lire : la même capacité de nuisance


      • Xenozoid Xenozoid 3 septembre 18:43

        @amiaplacidus

        j’ai fais un article dessus,mais je ne m’appelle pas click bait,le capitalisme est une religion


      • Guy19550 Guy19550 3 septembre 15:33

        C’est pas en 2011 l’histoire de Fukushima ? Et qu’en est-il pour les réacteurs 1 et 2 ?

        Les centrales avait eu une durée de vie prolongée de 10 ans, et on risque encore de rire avec une seconde prolongation de 10 ans. Les problèmes des réacteurs 1 et 2 sont toujours présents du reste, mais cela a été passé sous silence par la loi. Le réacteur 4 a été démonté et le 3 est moins grave que les 2 premiers. Twitter était très utile au moment des faits pour les infos (ne l’est plus du tout maintenant). Pour le 1 ils avaient remplacé une barre de combustible en espérant pouvoir en prendre le contrôle, les gens qui on fait ce travail (en vain) étaient des jeunes et des volontaires pensionnés. Je suppose qu’ils sont morts maintenant, mais le comptage des morts ne tient compte que des morts dont la cause remonte à après cette intervention suicide. Changer une barre d’un réacteur en fusion est en effet suicidaire. Disons qu’il existait une certaine chance de pouvoir reprendre le contrôle mais cela n’a pas marché. Le 2 perd son combustible et le corrium continue de descendre. C’est pas chez les japs qu’il faut prendre l’exemple.

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