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Au royaume des Arguties

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Pinailleurs et ergoteurs en sont les Princes

Ils sont tous là, sur leur trente et un, un score bien éloigné pourtant du leur. Ils ont tous la mine réjouie, enfin presque tous. Il se trouve parfois un ou deux personnages sincères, à la mine déconfite, osant avouer leur déception, plus rarement leur défaite. Il est vrai que dans ce monde des décideurs, des beaux parleurs, des vaniteux et des présomptueux, l’idée même de l'insuccès est intolérable. Tous ces premiers de classe, ces collectionneurs de diplômes et de grandes écoles n’ont jamais su admettre l’échec et encore moins la déroute. On les a nourris au lait de la victoire, fut-elle amère et aigre. Ils ont appris à tirer le positif de toute chose, y compris quand se dressent face à eux, les pires calamités.

Leur seule arme, à l’encontre des faits qui bien que têtus ne résistent jamais à leurs doctes analyses, sont les mots qu’ils ont rendus si abscons, si creux, si malléables qu’ils les façonnent devant nous à leur seul profit. Ils ergotent, ils pinaillent, ils ratiocinent, ils jaspinent souvent pour ne rien dire si la situation est plus désastreuse que prévue, pour dépeindre le champ de bataille après la déroute en une vaste prairie bucolique. Ils sont les princes et les princesses de l’argutie verbeuse, de la circonlocution oiseuse, de la pirouette scabreuse, de l’argument vaseux.

Ce serait un bonheur de les écouter, jouer ainsi du « ripolignage » sur les murs lézardés d’une démocratie aux abois si la situation n’était pas aussi calamiteuse. Pourtant, eux, ils se réjouissent, c’est un préalable, l’incontournable introduction, une sorte de mise en bouche obligatoire. Qu’importe de quoi, l’essentiel est d’avoir un sujet ou à défaut un objet de satisfaction. Leur vocabulaire est riche de sursauts, regains, prises de conscience, promesses, tendances favorables, inversions des courbes qui annoncent immanquablement des lendemains qui chanteront la gloire de leur pré-carré. L'essentiel alors est d’aller trouver le détail, le petit indice qui autorise ce propos liminaire indispensable.

Puis, assez curieusement, ils dénoncent le procédé quand il vient d’un des camps adverses. Ils s’indignent, coupent la parole, le plus sûr moyen de rendre limpide un débat qui en devient si transparent qu’il ne sert en définitive à rien d’autre que sacrifier au rituel des soirées électorales. Ce sont alors les jeux du cirque sans la mise à mort car en définitive, ils sont tous complices, amis et tous issus des mêmes moules à fardeaux.

C’est alors le temps de l’analyse circonstanciée. Il convient surtout de ne pas évoquer le présent mais d’aller puiser dans le passé, dans les précédentes consultations, des données qui seront malaxées afin de démontrer un profond changement, une modification du corps électoral, un score qui est de nature à annoncer de belles promesses dont ils auront prochainement à se féliciter. Ils sont virtuoses dans l’art de plier les pourcentages à leur service tout en faisant des grands nombres un système cohérent et personnifié.

Car ils évoquent les citoyens dans leur diversité, leur différence, leurs spécificités locales ou sociales comme une donnée susceptible d’être synthétisée sous le vocable d’électorat. C’est alors que nous découvrons, surpris d’abord puis parfaitement outrés ensuite quelles sont les motivations, les pensées, les stratégies que nous avons collectivement employées afin de nous exprimer de la sorte. Si parfois nous ne savions pas pourquoi nous avions voté de la sorte, ils nous l’apprennent le soir même pour notre plus grande édification. Ils sont tellement plus intelligents que nous ! Ils nous attribuent une volonté commune de pédagogie à l’échelle du pays, comme s’ils abolissaient l’isoloir et la complexité de notre choix.

Malgré tout, nous devinons leurs mensonges, nous percevons leurs simagrées, nous découvrons leurs grimaces et finissons par ne plus les écouter. Ce qui nous navre alors est la passivité devant cette farce de ceux qui sont censés organiser, diriger l’émission. Complices de ce médiocre personnel politique, ils méritent eux aussi cet adjectif sans doute en dessous de le réalité. Nous allons nous coucher, désabusés et contrariés qu’en dépit du renouvellement de l’espèce, les hommes et femmes politiques ne changent guère, pratiquent sans virtuosité aucune l’art oratoire pour ne rien dire de sincère et de pertinent.

Désespérement leur.

 


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3 réactions à cet article    


  • gaijin gaijin 29 mai 13:30

    " renouvellement de l’espèce,

    "

    s’cuse moi partner il ne s’agit pas de renouvellement mais de reproduction ....

    donc on se reproduit et on reproduit des produits .....


    • juluch juluch 29 mai 21:42

      bien dis !


      • UnLorrain 29 mai 22:46

        @juluch

        Je le crois aussi. Mais Nabum ne m’en tiendra pas rigueur mais son pamphlet n’égale pas ce chapitre ( le livre entier est trės bien aussi ) qu’il faut lire du livre de Mirbeau Les 21 jours d’un neurasthenique. Le chapitre 17 si j’ai bonne mémoire-qui pourrait s’intituler anthropologie de l’homme de pouvoir- Octave est sidérant. ..je m’amuse a imaginer cet homme de pouvoir écoutant Mirbeau. ..l’homme aurait sa crise de tétanie assurément hé hé.

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