• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Médias > Communication politique et communication syndicale, la révélation du (...)

Communication politique et communication syndicale, la révélation du Playmobil... (analyse d’un éclat télévisuel)

 

Communication politique et communication syndicale, la révélation du Playmobil...

(analyse d'un éclat télévisuel)

JPEG - 201.8 ko
Sur le plateau de LCI avec O.MAZEROLLE journaliste

 

Les expressions politiques et syndicales dans les grands médias nationaux télévisuels et radiophoniques sont des occasions idéales pour mesurer méthodes, vocabulaires, langages oraux et visuels des intervenants.

"L'affaire du Playmobil" est un modeste épisode de télévision qui permet d'analyser deux genres d'expressions médiatiques qui comportent des ressemblances et des différences. C'est l'exemple d'une élue politique (députée LREM) et d'un dirigeant syndicaliste (CFDT Cheminots) au cours d'une émission de la chaine LCI le 14 décembre 2019 à 10h30. A noter que les deux débatteurs se retrouveront le même jour sur le plateau de BFM TV (14h10).

 

Quel contexte ?

Nous sommes le 14 décembre 2019, sur le plateau de LCI. Le bandeau de LCI titre "Retraites : Delevoye fragilisé ?" avec un point de ponctuation "ironiquement" difficile pour Madame Marie-Christine Verdier-Jouclas Député LREM du département du Tarn (1) en charge de défendre la politique du gouvernement.

La veille de cette émission, la presse française s'abat telle la foudre sur les soutiens du gouvernement. Une affaire politique est née : le scandale Delevoye. Les français apprennent avec stupéfaction la multitude de responsabilités détenues par le Haut Commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye. A chaque heure qui passe une information surgit pour faire apparaitre une nouvelle mission rémunérée (ou non) pour cet homme politique réputé. Un brin gênant pour les organisations patronales et syndicales qui ont reconnues jusqu'alors des échanges courtois avec lui. Mais le pays apprend une vingtaine de responsabilités en tout genre pour Monsieur Delevoye qui devient un sujet de moquerie. Tout ceci alors que le haut-commissaire (avec rang de ministre) diffuse ses propositions visant objectivement à un allongement de la durée de vie au travail et la réduction du montant des pensions pour celles et ceux qui voudraient partir à l'âge actuel.

Pour les français qui ont cru à une nouvelle façon d'appréhender la politique en rassemblant les bonnes volontés de droite comme de gauche, en usant du "en même temps" macronien, l'actualité fait tâche. Chacune et chacun se demande comment un président de la république et un premier ministre ont pris si peu de précaution quant au choix des responsables gouvernementaux. D'autant que l'exemple cataclysmique du ministre socialiste Jérôme Cahuzac aurait dû servir de leçon pour tous.

En juin 2019, sur 35 membres du gouvernement, 21 font l'objet d'une rectification fiscale plus ou moins importante. La "république en marche" qui se proclamait éthique et si différente de l'ancien monde ressemble étrangement à celui d'hier et surtout d'avant-hier.

Lorsque commence en ce matin du 14 décembre 2019 l'émission de LCI, la députée LREM est soumise aux questions pressantes des journalistes qui , comme tous les français, ne comprennent pas ces incroyables révélations en cascade.

Précisons que si Jean-Paul Delevoye a échangé pendant un an avec le patronat et les syndicats, il diffuse ses propositions en commettant la faute politique majeure d'afficher rapidement ses "préférences". Cela ne manquera d'agacer les interlocuteurs les plus patients et les acteurs les plus ouverts au processus de négociation (confédération CFDT, l'UNSA et la CFTC).

https://www.lci.fr/social/video-remi-aufrere-privel-ces-concertations-servent-a-exprimer-les-opinions-de-chacun-mais-la-problematique-c-est-que-le-gouvernement-n-a-pas-de-position-2138669.html

Côté cheminots, le syndicat CFDT s'est distingué dès la mi-novembre 2019 en faisant le choix plutôt audacieux de ne pas rejoindre l'unité syndicale avec un préavis de grève commun à la CGT, à SUD Rail et à l'UNSA (même si cette dernière affiche avec vigueur son "réformisme").

La stratégie oppositionnelle frontale de CGT, SUD suivie par l'UNSA (dans un premier temps) est assez claire : abattre toute volonté gouvernementale de remettre en cause le régime spécial des cheminots de la SNCF.

La CFDT cheminots revendique "la clause du grand-père". Cette formule signifie que les personnels statutaires conservent l'intégralité de leurs droits (mode de calcul notamment) nonobstant des évolutions concernant tous les salariés en France (comme avec les réformes précédentes). Pour rappel, l'âge d'ouverture des droits à la retraite des cheminots a été repoussé par étapes successives pour les personnels statutaires SNCF (pour les conducteurs de 50 ans à 52,5 ans et pour les sédentaires de 55 ans à 57,5 ans puis au-delà).

Depuis une déclaration du président Macron en octobre 2019 qui affirme "comprendre les inquiétudes des cheminots" qui ont été embauchés (aussi) pour leurs conditions de retraites, l'organisation cédétiste considère que le maintien du régime spécial pour les cheminots statutaires embauchés jusqu'au 31 décembre 2019 est tout à fait possible. Il s'avère que ce mot présidentiel devra être compris comme un nouvel atermoiement devant les difficultés pour construire un régime à points universel.

Quand au nouveau président de la SNCF Jean-Pierre Farandou (au 1er novembre), il se serait bien passé de ce baptême du "feu social". Il considère probablement que l'obtention de la "clause du grand-père" réduirait le conflit cheminot à ...quelques jours. En raison de l'affirmation publique dès novembre, de la CFDT (4ème syndicat cheminot) à ne pas s'engager dans une grève reconductible avec l'UNSA ferroviaire (second syndicat à la SNCF) à sa suite.

Les syndicats CGT, SUD Rail et UNSA partent dans la grève dès le 5 décembre 2019. La CFDT cheminots déclare qu'elle y est contrainte par le gouvernement. En outre, les préférences affichées par le haut-commissaire aux retraites sont gênantes pour envisager une négociation ouverte. En ce week-end du 14 décembre 2019, Jean-Paul Delevoye est discrédité dans l'opinion publique mais aussi auprès des syndicats avec ses cumuls d'emplois et de fonctions (et rémunérations) alors qu'il prône responsabilité et..rigueur pour tous les futurs retraités.

Après le lancement de la grève (avec deux préavis distincts, l'un porté par CGT-UNSA-SUD Rail, l'autre par la CFDT cheminots), l'analyse syndicale commune sur l'attitude du gouvernement est logique : ce dernier joue le pourrissement du conflit avec objectif la colère des français et le découragement des salariés grévistes à la SNCF et ailleurs. Cette stratégie s'applique dans tous les services publics de transports essentiels à l'économie nationale et au-delà.

https://www.bfmtv.com/politique/gouvernement/remi-aufrere-privel-cfdt-cheminots-la-clause-du-grand-pere-doit-etre-applicable_VN-201912110171.html

En coulisse, certains s'agitent utilement pour rappeler que la "clause du grand-père" n'est que le respect des conditions contractuelles essentielles des cheminots comme pour d'autres professions.

Le 12 décembre 2019, le ministre de l'intérieur accorde la principale revendication des syndicats de policiers. Il s'agit du maintien de l'annuité supplémentaire de cotisation pour cinq années travaillées pour raisons de "spécificités" (abordées par le rapport Delevoye). L'opération de division des salariés en colère s'opère facilement par la préoccupation ministérielle (et présidentielle) du maintien de l'ordre public. Il faut bien encadrer et limiter les manifestations de colère qui s'amplifient (y compris dans la police nationale).

 

Le dessous des cartes par Rémi AUFRERE-PRIVEL (ancien Secrétaire Général Adjoint de la CFDT Cheminots 2012-2020)

Au matin de l'émission du 14 décembre 2019 (animée par Marie-Aline Meliyi avec Olivier Mazerolles), quel est votre état d'esprit lorsque vous arrivez chez LCI ?

Très agacé, parce que nous ne sommes pas dupes à la CFDT cheminots de la stratégie du gouvernement même si la cohésion au sein de LREM n'est pas solide. Nous savons que le ministre des transports avec qui nous avons toujours eu des rapports sincères et directs n'est pas défavorable à la "clause du grand-père". Mais Bercy en fait un vrai casus-belli avec Matignon où les directeur et directeur adjoint du cabinet d'Edouard Philippe adoptent une position de totale fermeture.

L'avenir des retraites se joue dans les mains de quelques personnes manifestement pour une question idéologique. Cette situation est effrayante. Elle brise tous les fonctionnements habituels et plus ou moins coopératifs que nous avions connu avec des ministères de droite comme de gauche où les discussions connaissent des hauts et des bas tout en conservant une sincérité réciproque et un minimum d'écoute.

Dans le cas du gouvernement Macron-Philippe, nous sommes confrontés ...à un mur bétonné où celles et ceux qui voudraient ré-ouvrir le champ de la négociation souffrent. Au sein des parlementaires LREM, personne ne semble "mandaté" pour une ouverture.

Il faut le soutien du "vieux monde politique" pour illustrer cette auto-restriction du champ politique macronien et faire reconnaitre l'intérêt réel du "fait syndical". C'est ainsi qu'interviendra Bruno Fuch comme ambassadeur des questions retraites, député MODEM du Haut-Rhin qui déploie des efforts pour aider à trouver des solutions équilibrées. Une intervention (et une expérience) très utile pour crédibiliser un vrai débat mais trop tardive...

J'ai rencontré des députés LREM dépités de la gestion catastrophique de cette crise par leur parti avec le mépris affiché du premier ministre et du président de la république. Je veux préciser que j'ai échangé à l'entrée des plateaux télés avec deux ministres du gouvernement qui ont reconnus les erreurs de forme sur les négociations et la communication.

Comme je suis de bonne éducation, je n'ai pas voulu être agressif à leur endroit durant les échanges télévisés. J'ai bien compris qu'ils/elles ne décidaient ...rien du tout et ne participaient même pas au processus décisionnel.

Dès début décembre 2019, et cela s'accélère à compter du 6 décembre (début du mouvement de grève), les médias sont parcourus par quelques parlementaires LREM qui verra leur nombre baisser progressivement et rapidement. Tout observateur constate que ces défendeurs-ses du projet retraites macronien récitent très péniblement des éléments de langage diffusés par le siège national du parti LREM. Mal écrites, mal conçues et ne précisant rien (notamment la prévision budgétaire et la dévolution des droits) ces notes "prêtes-à-réciter" méritent un zéro pointé en terme de clarté.

Pour illustrer ces défaillances sur la forme et le fond de la communication politique, j'apprend que des députés LREM refusent d'aller sur les plateaux médias pour défendre ce qui apparait comme une formidable cacophonie.

Entre fin novembre (dépôt du préavis de grève par la CFDT cheminots) et la mi-décembre 2019, je répète sous différentes formes dans les médias que le syndicat CFDT a bien été contraint à la grève. Et que les cheminots cédétistes défendent (avec leur confédération) un régime universel à points qui corrigerait les inégalités actuelles.

Comment se déroule la première partie du débat ?

Les journalistes de LCI se concentrent sur l'actualité brulante du scandale Delevoye à travers la question simple de comprendre comment et pourquoi ceux qui l'ont nommés (premier ministre et président de la République) ont-ils pu méconnaitre la situation réelle du haut-commissaire.

Chez LREM, l'ordre est donné : évacuer (en minimisant) ce sujet qui fâche. En soldat médiatique consciencieux, l'honorable parlementaire Marie-Christine Verdier-Jouclas s'emploie à dégager en touche le sujet alors que les journalistes s'agacent (notamment l'expérimenté Olivier Mazerolle).

J'avais déjà écouté cette députée dans d'autres émissions avec ses remarques simplistes sur le sujet compliqué et grave que sont les retraites. Cette communication montrait de façon très éclairante les failles considérables du projet en lui-même. Il est difficile de défendre un dossier médiocre dans son contenu avec de surcroit une absence d'écoute comme de pédagogie.

Je ressens qu'un nouvel agacement parcourt le plateau. Devant la récitation de piètre qualité de la parlementaire, je pense que je dois intervenir pour faire entendre vivement une colère réelle. Celle-ci puise sa source dans ma connaissance des pénibilités du travail ferroviaire et de mes opinions pour un progrès social renouvelé.

Et le clash arriva ...

La phrase a murit en quelques secondes. Elle n'a absolument pas été préparée. Elle dénonce l'absence assumée de respect des salariés et d'un langage formaté par des personnes dénuées de connaissance en retraite. Le ton monocorde et les formules vides de la parlementaire ont provoqué ma réplique : "c'est la première fois que je vois un Playmobil faire une pirouette" !

En disant cela, j'affirme que l'expression de Madame Verdier-Jouclas n'est pas sérieuse eu égard au sujet grave que sont les retraites et la situation des salariés grévistes et des français dans un conflit social national. Je connais la pénibilité du "travail réel" avec près de cinq années de travail en horaires décalés (en 3X8 notamment) et je travaille depuis l'âge de ...16 ans. Pour moi, la retraite est un droit essentiel. C'est le temps "libéré" utile et heureux pour finir dignement sa vie. C'est pourquoi je considère ridicule que le gouvernement (et sa majorité présidentielle de droite) n'offrent pas de réponses argumentées et fiables.

Selon moi, il ne s'agit pas d'une insulte par rapport à la personne de Madame Verdier-Jouclas mais de la dénonciation ironique d'une posture de communication décalée des réalités et méprisantes pour tous les salariés (notamment les cheminots).

Après deux secondes de surprise, la députée réagit vivement. Je réplique immédiatement en indiquant que mon expression lui donne l'occasion de ne pas répondre aux questions que les journalistes lui posent.

Le débat se termine avec une tension qui baisse très vite.

Nous nous retrouvons moins de quatre heures plus tard sur le plateau de BFMTV à 14h05 où nous échangeons courtoisement.

Dès 10h45, je reçois de très nombreux messages de félicitations pour mon "coup du Playmobil". C'est en fin de matinée que je commence à mesurer l'ampleur de ma formule ironique avec la reprise progressive par de nombreux médias et réseaux sociaux à la vitesse d'une trainée de poudre.

Mais parmi tous ces mots de soutien, je perçois quelques remarques moqueuses sur le physique de Madame Verdier-Jouclas qui aurait une coupe de cheveux comme la petite figurine sympathique. Je tiens à couper court à ce genre de propos. J'ai critiqué la forme de la communication de la parlementaire de droite. Je combat toute réflexion autre que cela.

Pour moi, ce morceau de com' est terminé. Enfin, je le croyais...

Quelles furent les suites de ce "buzz" médiatique ?

Selon moi, cet éclat verbal devait passer comme d'autres bons mots sur un plateau de télévision. Mais la députée décide de sur-jouer l'indignation en communiquant sur son compte twitter et en voulant manifestement encourager des réactions de protestations contre moi.

"Le syndicaliste de la @cfdtcheminots, @raufrere, me traite de "playmobil" en plein plateau sur @LCI  ! Quel manque de respect  ! Savez-vous ce qu’est la courtoisie Monsieur  ? A priori non  ! Cela ne vous valorise pas ni ceux que vous représentez  ! #Retraites pic.twitter.com/oBYj2R5mpg — Marie-Christine Verdier-Jouclas (@VerdierJouclas) December 14, 2019"

Je ne pouvais rester sans répondre devant cette expression qui mettait en cause non seulement ma personne mais beaucoup plus largement les adhérents et sympathisants CFDT cheminots. Et ma réplique fut à la hauteur de l'outrage parlementaire ...

"Sur jouer l'indignation pour éviter de répondre est très facile !!\ud83d\ude09
Mes excuses ...aux Playmobils qui eux, ont au final, plus de consistance...\ud83d\ude03
Vous avez aussi agacé O.Mazerolles le chroniqueur !
Bravo madame. @cfdtcheminots @UTP_Fr @cfdt @LCI @SNCF https://t.co/kszx3AWaHq — Rémi AUFRERE-PRIVEL (@raufrere) December 14, 2019"

Et un internaute à l'humour remarqué (@IIlumiReptilien sur twitter) s'amusera à diffuser un morceau du clash en mettant la tête d'un Playmobil à la place du visage de Madame Verdier-Jouclas... .

Ce fut le chapitre comique. A partir de la fin de l'après-midi, je deviens à la fois vedette médiatique que l'on félicite, mais aussi cible privilégiée de quelques fanatiques qui ne tarderont pas à s'identifier eux-mêmes.

Ainsi les "ordures", et autres "sac à merde", voire menaces physiques se comptent par dizaines en quelques heures, la plupart émises et accompagnées souvent du hastag #teamMacron2022 et autres appellations assimilées à LREM, montrant un degré d'hystérie des adorateurs-trices de notre président. 

Comme cela ne suffisait pas, les mêmes ont extraits des photographies de famille de mon profil Facebook, des clichés de voyage et des bouteilles de vieux vins de Bourgogne que j'affectionne en proclamant directement et peu subtilement que je détourne l'argent des syndiqués !

J'ai précisé à quelques-uns de ces malotrus qu'ils avaient plutôt intérêt de supprimer leurs twittos et commentaires en leur rappelant quelques articles de lois. La plupart d'entre eux ont obtempérés. Nombreux collègues et amis m'ont encouragés à faire le recensement des insultes et menaces personnelles pour engager des poursuites devant les tribunaux. J'ai vite renoncé compte-tenu de la charge de travail chronophage pour enrichir une action juridique. Celle-ci avait de sérieuses chances d'aboutir à des condamnations.

La benne à vomissures des supporters de Madame l'honorable députée LREM du Tarn s'est tarie à l'issue de trois grosses journées. Evidemment, il n'a jamais été question de présenter des excuses pour ma formule.

Vous indiquez avoir reçu de nombreux soutiens ?

Il faut rappeler que Madame Verdier-Jouclas est connue des plateaux télés. Le parti LREM avait décidé de l'envoyer comme contradicteur d'intervenants d'élus LFI, de délégués CGT et SUD. Et qu'elle semblait capable de réciter la note de langage formaté sans sourciller (et avec culot), la parole du parti présidentiel étant sacrée.

Après cet épisode, j'appris deux infos dans la stratégie de communication très erratique du gouvernement : d'une part, les arguments des "experts retraites" du parti LREM sont légers et d'autre part, nombreux sont les parlementaires à refuser de venir dans les studios pour expliquer ce qui était particulièrement difficile à expliciter...

Finalement, Madame Verdier-Jouclas ressemblait fort sérieusement à Madame Nadine Morano pour bon nombre de ses propres collègues et de spectateurs.

J'ai reçu beaucoup de soutien aussi pour cette raison. J'estime que mon trait d'humour méritait moins d'attention. Il correspondait à la volonté de remettre à niveau une porte-parole très décalée.

Au final, la seule critique qui m'a un peu courroucé (sans me surprendre) est venue de ...Laurent Berger, secrétaire général de la confédération CFDT. J'ai vite perçu la raison de son mécontentement. En effet, parmi les fédérations syndicales CFDT les plus importantes, certaines se sont plaintes auprès de lui de la forme soit-disante "insultante" de mon expression avec la "pirouette du Playmobil". Ces responsables nationaux à l'éducation démocrate-chrétienne devaient considérer que l'on ne parle pas ainsi à une parlementaire. Même si cette dernière paraissait très insultante par ses manques de réponses et les mots creux pour ridiculiser le représentant syndical que j'étais. La remarque du leader national cédétiste fut suivie d'une recommandation claire de ne plus m' envoyer comme porte-parole CFDT dans les médias. Judicieusement, cette suggestion ne fut pas suivie.

Je précise qu'à l'occasion de chacune de mes interventions au nom de la CFDT cheminots sur ce mois de décembre 2019, je pris soin de compléter systématiquement mes propos par une affirmation sans équivoque rappelant la ferme nécessité d'une réforme des retraites systémique (non paramétrique) en parfaite conformité avec la résolution du dernier congrès confédéral CFDT.

A la question de savoir si le porte-parole CFDT cheminots que j'étais sortait du principe des messages confédéraux, Laurent Berger ne pouvait que répondre négativement. Par contre, sur la forme d'expression, il fallait faire ..."gentil garçon". Je pensais que certains dirigeants de l'organisation allaient me qualifier de "voyou médiatique".

Que retenez-vous des formes et stratégies de communications politiques et syndicales dans ce conflit politique et social des retraites en décembre 2019 ?

Premier enseignement : connaitre son sujet. Et je dirais plus prosaïquement que pour "savoir où l'on va, il faut connaitre d'où l'on vient". La construction de notre système de protection sociale et notamment celui des retraites, est un processus politique et social historique qu'il faut connaitre et comprendre depuis la première révolution industrielle. Il faut apprendre l'Histoire sociale et politique française pour apprécier les débats et conflits autour des "pensions des travailleurs âgés". Il s'agit d'un système "socialisé" dont les ressources sont surtout basées sur les revenus du travail avec cotisations salariales et patronales. Et préciser que le développement de l'automatisation et de la numérisation a réduit progressivement la part des salaires dans la richesse produite en lien avec le financement du système.

Second enseignement : c'est un débat économique et politique essentiel constituant un choix de société, tout comme l'accès aux services de santé pour toutes et tous.

C'est pourquoi, j'ai rappelé que le débat sur "l'équilibre des retraites" fait souvent l'impasse sur la recherche de financement supplémentaire devant le chômage trop important. Ce qui est en jeu, c'est le rééquilibrage indispensable entre la part du travail et celle du capital dans les ressources pour nos retraites et notre système de soins ainsi que la question de la fin de vie dans la dignité.

Avec la création de la C.S.G. dans les années 80, j'ai précisé que la confédération CFDT avait largement participé avec Michel Rocard, Edmond Maire et d'autres (issus de la "2éme gauche") à ce débat. Cela est très important. J'ai tenu à le rappeler sur les plateaux télés et radios. Il y a un fondement politique et philosophique à mon expression.

Je comprend que sur ces deux points, Madame la parlementaire avec son expérience professionnelle de directrice d'agence bancaire, manque d'ouverture d'esprit, de sérieux comme d'humour.

Je déplore que le gouvernement et le parti présidentiel macroniens aient choisit comme porte-parole des personnes qui réagissent de la même façon simpliste que celles et ceux qui s'opposent au principe même de la réforme systémique. C'est un affrontement très stérile. Quand on s'affirme "moderne", il faut former ses communicants et s'adapter à ses contradicteurs-trices syndicaux et patronaux. Là encore, c'est l'inconsistance et le mépris qui ont prédominés. 

Vous tenez des propos durs sur les parlementaires et ministres qui défendaient le projet de réforme. Ne sortez-vous pas de votre responsabilité de syndicaliste "réformiste" CFDT en tenant de telles critiques ?

Permettez-moi d'être passionné par ce que je défend. Même si je me questionne sans cesse sur la viabilité -non pas d'une réforme systémique que je crois absolument nécessaire- mais de l'assurance qu'un régime "à points" devra prendre en compte toutes les réalités du travail vécu. J'ai porté un mandat. J'ai des doutes qui me permettent de chercher toutes les solutions dans le seul et unique objectif de construire une retraite digne pour tous.

Pour cela, j'écoute les arguments nouveaux et les opinions différentes de la mienne. Je constate -sans surprise- que Madame Verdier Jouclas déclarait à peine deux mois après l'épisode du Playmobil qu'elle a "appris à ne plus écouter l'opposition". Elle faisait référence à un autre scandale qui montait avec la démission d'Agnès Buzyn. Ministre de la santé, elle annonçait sa démission pour candidater comme maire de Paris. Tout cela alors que des alertes apparaissaient sur la crise sanitaire en Chine et se rapprochait de notre pays comme Agnès Buzyn le précisera moins de trois mois plus tard en juin 2020.

La communication politique en temps de crise est un art difficile avec ses outils et ses méthodes.IL y a aussi une part de théâtralité (qui inclus l'expression syndicale). Constatons que la communication syndicale est souvent en réaction aux propositions gouvernementales même si certaines organisations veulent s'inscrire dans une autre méthode que celui de la confrontation basique et brute.

Le porte-parole syndicaliste ne doit pas sombrer dans la caricature. Pour autant, il est judicieux qu'il parle fort, avec la passion de ce qu'il croit juste. A défaut de charisme, les citoyens consommateurs de médias que nous sommes toutes et tous, peuvent ne plus écouter un syndicalisme qui veut être -non un "partenaire"- mais un co-constructeur d'un dialogue social réel et donc durable.

A défaut de reconnaissance par le président de la république de l'utilité des "corps intermédiaires" (comme les syndicats avec leur pluralité) qui participent au débat démocratique républicain, l'expression politique de l'actuelle majorité risque de se résumer à l'insoutenable vanité de détenir - à lui seul- la vérité des solutions.

Quelle est votre analyse succincte de la communication syndicale à la SNCF ?

Sur la forme, concernant la communication "externe" à destination des salariés, presque toutes les organisations syndicales disposent d'un organe de presse généralement trimestriel en mode revue vitrine diffusée aux adhérents et avec un tirage en nombre supérieur pour distribuer aux sympathisants. C'est "Le Mag" (UNSA Ferroviaire), le "cheminot de France" (CFDT), "cheminots" (CGT), le "rail syndicaliste" (FO) avec une exception pour SUD Rail qui préfère nettement ses bulletins d'infos "liaisons" et autres publications strictement internes telles que la "lettre économique".

Côté CGT, il y a une pluralité de publications très ciblées assez "léchées" dans leur fabrication comme "le cactus" (administrateurs CGT des Conseils d'administration), "la vie de sections", "la vraie info" qui prend le contrepied de "l'info" de la Direction du Groupe SNCF, "cadres libres" et "cadres en action" (dernières parutions ponctuelles 2018 et 2015), ainsi que ... "Rouge 2 rage" (dernier sortie 2018), cette dernière marquante de l'empreinte idéologique communiste de la fédération CGT cheminots. En grande partie, ces supports n'ont pas de parution régulière. Ce sont des outils pratiques de la stratégie de communication cégétiste selon les périodes d'interventions du législatif dans le domaine ferroviaire et des campagnes électorales professionnelles SNCF.

Les syndicats cheminots conçoivent régulièrement des éléments de liaisons spécifiques aux lignes "métiers" (bulletins à la parution plus ou moins régulière) avec des positions et infos diffusées par voie de "tract" plus traditionnels. L'octroi par la Direction de la SNCF d'une newsletter par internet (système DIVA) permet à chaque organisation syndicale de diffuser à l'ensemble des salariés du groupe des informations régulières. Chaque cheminot dispose du droit de refuser explicitement de continuer à recevoir ces newsletters selon ses choix. Cela respecte les règles de la RGPD.

Sur le fond des sujet et le mode d'écriture, il y a peu de surprise. Côté CGT cheminots, le ton est empreint de l'idéologie marquée très à gauche avec des éléments d'explication en mode pédagogie (très ...dirigée). Les infos et analyses économiques sont assez consistantes et marquent la volonté de cette organisation d'être sérieuse dans les explications de son orientation politique claire. Elle est largement argumentée par les nombreuses études et rapports votés et réalisés par des cabinets proches du syndicat pour le compte de certaines I.R.P. (CCGPF, CSE, etc.).

L'UNSA ferroviaire dispose aussi d'une expression assez large avec le souci de l'argumentation, tout en usant d'une forme simplifiée d'expression dans ces tracts facilitant une lecture rapide avec titres plutôt courts et textes clairs par ses tailles limitées. Un format qui est plutôt efficace au vu du temps consacré à la lecture de la propagande syndicale par le salarié lambda.

Depuis 2016-2017, la CFDT cheminots a remarquablement amélioré la qualité du maquettage de ses supports de communication écrits avec une ressource interne technique d'un haut niveau professionnel. Mais simultanément, les écrits (notamment) de sa revue trimestrielle (à la parution moins régulière ces dernières années) sont souvent affublés de titres longs (comme dans les tracts de l'organisation). Certains articles sont d'une longueur imposante et/ou un nombre conséquents de pages (3 voire 4) en mode "dossier". Cela qui ne favorisent pas une lecture intégrale. Les textes en mode interview (ou questions-réponses) sont beaucoup plus lisibles et lus.

Le fond est très explicatif, voire pédagogique soulignant l'orientation du syndicat. Le revers est un style très intellectualisé qui laisse sur le bord de la première page de nombreux lecteurs. Conséquence directe : la distribution militante des exemplaires au-delà des adhérents est parfois délaissée par les sections locales. En effet, les réponses des militants diffuseurs sont difficiles à produire devant la complexité des textes publiés.

Cette écriture assez subtile est le reflet d'une orientation nationale politique et assez unidirectionnelle favorisant les sujets de négociation de la branche ferroviaire et de défense plutôt ciblée vers les salariés contractuels du groupe SNCF. Ces derniers forment, depuis le 1er janvier 2020, l'unique type de recrutement (suite à la dernière loi de réforme ferroviaire de la présidence Macron). L'effet loupe sur ces deux sujets est une prise de risque en terme de communication et de syndicalisation puisque près de 9 cheminots sur 10 relèvent encore des dispositions du Statut. Le basculement vers une majorité de salariés contractuels n'est envisagé que d'ici 10 à 12 ans (soit bien au-delà de 2026 second scrutin professionnel CSE après celui de 2022).

Comme pour les autres syndicats, la communication CFDT est complétée par des tracts et infos sur les sujets "transverses" (temps de travail, salaires, dialogue social, logement, tickets restaurants, accords de groupe etc....) et spécifiques "métiers" avec une dynamique particulière liée à l'histoire récente de l'organisation sur les conducteurs de trains (la FGAAC ayant rejoint la CFDT en 2008 permettant au syndicat de maintenir sa représentativité aux élections de Mars 2009).

Pour toutes les organisations, l'évolution de l'usage des outils de communication par le réseau internet est notable et suit l'usage général. Cela a commencé il y a plus de vingt ans par la construction de sites internet plus ou moins dynamiques aujourd'hui. Ils apparaissent maintenant comme des espaces "bibliothèque" où n'importe quel usager du net peut télécharger tracts et publications du syndicat. Peu d'organisations syndicales ont créés des espaces sécurisés accessibles aux seuls-es adhérents-es et responsables. Sur ce point, la différence se fait surtout au niveau des confédérations, la CFDT étant la plus dynamique en matière de services à l'adhérent accessibles par le net, services particulièrement appréciés notamment l'usage de la C.N.A.S. (fond confédéral de grève sous conditions précises).

Les syndicats cheminots sont très actifs sur les réseaux sociaux virtuels comme Twitter et Facebook (un peu moins présents sur Instagram). Le réseau Linkedin n'est que très peu utilisé par les syndicats. Mais les responsables syndicaux sont présents sur ce réseau professionnel. La parole syndicale est indifféremment diffusée par des comptes personnels de militants syndicalistes et par des fils twitter et profils facebook identifiés comme tels par le syndicat en mode officiel.

La multiplication des "groupes Whatsapp" semble dynamique. Mais cette forme de communication large et immédiate montre des limites et des dangers. D'abord, il est difficile d'édicter des règles strictes pour éviter les coups de gueules individuels ou collectifs à l'encontre d'autres membres du groupe. L'autodiscipline est quasi impossible. Ensuite, la communication instantanée (donc sans réflexion préalable) provoque l'inflation d'émotions et de réactions passionnelles individuelles qui ne peuvent former une cohésion d'équipe. Bien au contraire, ces expressions plurielles provoquent l'éclosion de revendications très individualistes. Ces dernières favorisent certaines colères et des opinions qui remettent en cause le respect entre chaque salarié, l'efficacité collective et la neutralité par rapport aux expressions religieuses et politiques. L'exemple de certains sites cheminots CFDT et SUD Rail en région francilienne en sont des exemples.

D'où la réflexion constructive chez certains leaders syndicaux de limiter l'usage des groupes whatsapp aux informations relatives au seul fonctionnement organisationnel (calendrier, compositions délégations...) en évitant les débats de fond revendicatif. Sur les fils whatsapp qui structurellement limitent les longues argumentations, les échanges de cette nature apparaissent vite contreproductifs voire dangereux pour la cohésion de l'équipe militante.

Enfin, comme ce qui m'est arrivé dans l'affaire du Playmobil, tout syndicaliste qui s'exprime dans les médias grand public, est soumis aux défis et dangers de répliques sympathiques et d'invectives voire de menaces (virtuelles et physiques) et autres propos et actes diffamatoires visant à briser l'équilibre psychologique du porte-parole. La manipulation de photographies personnelles et familiales trouvées sur les réseaux sociaux est aussi un acte revanchard courant.

D'où la nécessité d'être formé à ces risques réels et aux conséquences concrètes ce qui est rarement le cas. Et d'être expérimenté (et soutenu à tout niveau) dans la communication publique du syndicat. Au fil des années, la communication externe est devenue un vrai axe stratégique (plus ou moins pensé et organisé) dans les syndicats cheminots comme dans tous les autres secteurs économiques.

 

liens médias

https://www.ozap.com/actu/-c-est-moi-que-vous-traitez-de-playmobil-gros-clash-entre-un-syndicaliste-et-une-deputee-lrem-sur-lci/586996

https://www.ladepeche.fr/2019/12/14/retraites-une-deputee-lrem-du-tarn-se-fait-traiter-en-direct-de-playmobil-par-un-cheminot,8604557.php

https://www.youtube.com/watch?v=GBFQX3MN500

https://www.dailymotion.com/video/x7p5oze

https://www.bfmtv.com/politique/gouvernement/remi-aufrere-privel-cfdt-cheminots-la-clause-du-grand-pere-doit-etre-applicable_VN-201912110171.html (débat BFMTV avec Martinez, Djebarri, Schiappa...)

https://www.lci.fr/social/video-remi-aufrere-privel-ces-concertations-servent-a-exprimer-les-opinions-de-chacun-mais-la-problematique-c-est-que-le-gouvernement-n-a-pas-de-position-2138669.html

https://www.youtube.com/watch?v=UsGUFjJWhrI

https://www.rfi.fr/fr/video/20200217-marie-christine-verdier-jouclas-j-ai-appris-%C3%A0-plus-%C3%A9couter-opposition


Moyenne des avis sur cet article :  2.33/5   (6 votes)




Réagissez à l'article

3 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 23 novembre 2020 12:08

    En fin de compte, ce qu’on appelle aujourd’hui « communication » est une technique de conviction qui a tellement emprunté de savoir-faire à la publicité qu’elle est devenue la même chose.

    La publicité, c’est en fait le registre de la propagande, qu’elle soit politique ou commerciale. Elle cherche à enfermer dans une communication superficielle, fondée sur le martelage de slogans et d’images. Elle veut engendrer des "conduites réflexes" (et des « gestes-barrières) et repousser le discours de la raison. Elle est en fait l’antithèse d’une volonté de communiquer une réflexion réelle cherchant à dépasser les apparences ou les émotions.


    • Jeekes Jeekes 23 novembre 2020 16:41

      Ouais, la CFDT...

       

      Bof Bof !

       


      • berry 23 novembre 2020 19:24

        aucun intérêt

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON



Publicité



Les thématiques de l'article


Palmarès


Derniers commentaires


Publicité