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Accueil du site > Actualités > Médias > Gilets Jaunes : les journalistes mal-aimés

Gilets Jaunes : les journalistes mal-aimés

Dominique Rizet, ineffable spécialiste police‑justice BFM TV, s’étonnait de ce que les Gilets Jaunes n’aiment pas les journalistes alors que, disait-il, ils font tout, lui en particulier, pour être impartiaux. Nenni, Monsieur Rizet, comment peut-on penser que les journalistes seraient impartiaux lorsqu’on vous a écouté rendre compte, ces dernières semaines, du mouvement des Gilets Jaunes et plus particulièrement des manifestations. Vos commentaires n’étaient qu’un plaidoyer qui faisait fi de la brutalité policière dont chacun a pu être témoin devant son poste de télévision. Alors que vous expliquiez que le policier qui a sorti son arme de poing pour faire face à des manifestants était en état de légitime défense (l’impartialité aurait voulu disiez : vraisemblablement légitime défense) nous pouvions voir que les manifestants étaient peu nombreux et à une distance certaine du policier, quelques minutes auparavant nous avions vu l’image d’un Gilet Jaune, qui n’avait rien d’un « chien fou », montant paisiblement les marches d’une bouche de métro se faire asperger de gaz lacrymogène par des policiers qui visiblement n’avaient pas fait de sommation. Cette image est relativement anodine par rapport à de très nombreuses brutalités où les policiers se sont montrés d’une violence digne des pays où règnent des dictatures ; combien de fois les a-t-on vus tomber « à bras raccourcis » sur des manifestants qui avançaient les bras en l’air ou qui étaient à terre. Au-delà du discours d’un journaliste c’est la place qui était donnée à la police par les médias, comme si seuls les policiers souffraient, comme s’ils n’étaient pas le bras armé de la violence légitime de l’État, c’est la prime qui leur est octroyée par le président de la République alors que les autres fonctionnaires n’en bénéficieront pas, c’est l’omniprésence des syndicats de policiers sur les antennes de télévision, ces sont les perroquets enrubannés de la majorité présidentielle venant tancer les Gilets Jaunes come ont le ferait à un gamin pris la main dans le sac de bonbons, ce sont ces choses qui créant un contexte quasi délétère renforce le côté négatif du discours. Ainsi le discours journalistique, dans un contexte et avec des mots humiliants, prend un caractère de partialité voire d’iniquité qui, au moins symboliquement, donne un sentiment d’injustice. J’ai développé ce caractère particulier de cette tranche d’information et de l’omniprésence de la police dans mon dernier livre[1] « GILETS JAUNES. Et en même temps ! »

 Laissons là le cas particulier des Gilets Jaunes pour nous intéresser à la façon tout à fait partiale dont les journalistes traitent l’information. Il ne s’agit pas de parler d’objectivité ou d’honnêteté, il est question de l’approximation avec laquelle l’information est traitée qui souvent frise une inexactitude susceptible d’entraîner chez l’auditeur une interprétation totalement erronée des faits. Une journaliste au JT de France 2, voulant rendre compte de la situation salariale des fonctionnaires, annonçait que leur salaire est en moyenne de 2200 € nets par mois entraînant ainsi les gens à penser que la plupart des fonctionnaires gagneraient ce salaire. Bien évidemment ce n’est pas le cas et analyser une situation salariale d’une catégorie socioprofessionnelle à travers le salaire moyen ce n’est pas rendre compte de la réalité des revenus des membres de cette catégorie. Pour avoir une juste image de ce que perçoivent, ici les fonctionnaires, il faut utiliser le salaire médian c’est-à-dire le salaire par rapport auquel 50 % des gens perçoivent moins et 50 % des gens perçoivent plus. Le salaire médian de la fonction publique est de 1760 € par mois, 50 % des fonctionnaires perçoivent donc moins de 1760 € par mois ce qui est loin des 2200 € annoncés par cette journaliste. Pareillement lorsque les journalistes annoncent que les dépenses moyennes par Français pour les fêtes de Noël seront d’environ 565 € ça ne rend absolument pas compte de la réalité que vivent les gens : quelqu’un qui gagne 10 000 € par mois va vraisemblablement dépenser plus de 565 € alors que quelqu’un qui gagne 900 € par mois dépensera certainement beaucoup moins. Je pourrais ajouter l’exemple de ce directeur d’une agence de location de vacances interviewé sur France Info qui annonçait que la baisse de son chiffre de ventes cette année était vraisemblablement due à l’angoisse générée par le mouvement des Gilets Jaunes et que cette angoisse disparaissant il espérait voir augmenter son chiffre. Pour lui il n’y a absolument pas de problème de pouvoir d’achat puisque le pack moyen acheté est supérieur à ceux qui s’achetaient l’année dernière. Mais qui achètent des séjours de vacances : les riches ou les pauvres ? Le discours de se directeur d’agence de location de vacances ne rend absolument pas compte de la réalité socio-économique des Français. Il en va de même lorsqu’on nous annonce sur les chaînes de télé et dans les médias en général que le pouvoir d’achat des Français a augmenté. D’abord les chiffres de l’INSEE sont contestables puisqu’ils ne prennent pas en compte le prix du logement, mais surtout la moyenne qui permet d’annoncer cette augmentation ne rend pas compte de la dispersion des réalités vécues par les gens ; il est incontestable que les plus aisés des Français ont vu leur pouvoir d’achat augmenter notamment les actionnaires des grandes entreprises, c’est beaucoup plus discutable pour l’autre extrémité de l’échelle voir pour certaines catégories c’est absolument erroné que de dire que leur pouvoir d’achat a augmenté.

 Pour terminer avec la partialité avec laquelle les journalistes donnent des informations je citerai la façon dont ils ont fait reposer leurs commentaires à propos du mouvement des Gilets Jaunes exclusivement sur les chiffres donnés par le ministère de l’Intérieur. Pire les premières semaines ils n’annonçaient même pas que les chiffres étaient ceux du ministère de l’Intérieurs. Aujourd’hui ils le font mais la tromperie demeure dans la mesure où ils ne font reposer leurs analyses quant à la vitalité du mouvement des Gilets Jaunes que sur ces chiffres qui bien évidemment ne peuvent pas être qualifiés de favorables au mouvement.

Une analyse minutieuse et quotidienne des informations distribuées par les médias, plus particulièrement par les télévisions et les radios en continu, montrerait l’absence véritable de recueil d’informations et d’analyse des situations. On expliquera cela par le fait qu’aujourd’hui il faut aller vite, il faut distribuer l’information avant même qu’elle n’existe. Alors adieu le journalisme d’investigation, adieu les analyses des experts, vive le journalisme qui théâtralise le moindre fait en le rendant le plus croustillant possible pour un auditoire dont on présuppose qu’il ne serait qu’avide de sang et de sensations fortes. L’élévation des journalistes au grade d’expert, la quasi disparition des chercheurs dans certaines émissions comme C’dans l’air », ou encore parce qu’on ne peut pas totalement les évincer l’extrême réduction du temps de parole accordé aux chercheurs montrent à quel point les journalistes se sont constitués comme les mentors de la pensée moderne. Ce faisant le journalisme n’est plus un contre-pouvoir dans un État démocratique, il est un pouvoir au service des tenants du pouvoir.

 Les gens n’étant pas aussi stupides que les journalistes et les politiciens le pensent, comment peut-on envisager qu’ils puissent apprécier un travail journalistique qui, plus particulièrement dans le cas des Gilets Jaunes, les rabaisse au rang de « simples bouffeurs d’images » incultes et pas loin d’être déficients intellectuels ? Les gens du peuple, ceux du « Parlement des invisibles » ne font pas plus confiance aux journalistes qu’aux hommes politiques, et ils montrent aujourd’hui clairement leur hostilité envers ces deux castes qui les malmènent et les humilient.

 

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16 réactions à cet article    


  • math math 24 décembre 2018 08:15

    Gilets jaunes..le monde du bon sens...

    Médias..le monde des collabos...


    • L'Astronome L’Astronome 24 décembre 2018 11:55

       

      Gilets jaunes ou pas, il faut asperger les manifestants de gaz lacrymo. Ça aura un effet dissuasif, doivent supposer les têtes pensantes du ministère de l’Intérieur. J’avais suggéré ailleurs de remplacer le gaz lacrymo par du protoxyde d’azote (« gaz hilarant »). Au moins, ça aurait un effet marrant.

       


      • zygzornifle zygzornifle 24 décembre 2018 13:19

        On ne dit plus journalistes mais journalopes , ce sont les lèche fion des gouvernements passés présent et a venir .

        Comme disait Coluche , les journalistes savent que les politiques mentent mais ils répètent ....


        • xana 24 décembre 2018 14:01

          Je crois que tout le monde a compris.

          D’un côté, le peuple, représenté ici (pour le meilleur et pour le pire) par les Gilets Jaunes.

          De l’autre, le Pouvoir : Policier (pas tous), politiques, gens du côté du manche. Et les médias. Tous, comme un seul homme.

          Du moins aujourd’hui la situation est claire.

          Et si le peuple ne se laisse pas berner, il n’aura aucune excuse pour ne pas punir ses ennemis. Même si la législation change et si la guillotine redevient à la mode. Or ce serait une façon plus économique que de consacrer encore des millions à noourrir et loger des détenus irrécupérables.

          Jean Xana


          • Emohtaryp Emohtaryp 24 décembre 2018 14:12

            Bonjour,

            Le comble de tout, vous saviez que toutes ces télés poubelles merdiatiques appartenant à des milliardaires sont subventionnées ?

            https://reporterre.net/Les-journaux-les-plus-subventionnes-sont-ceux-appartenant-a-des-milliardaires . .................

            « Alors que le bilan 2016 des aides versées à la presse pour 2016 a été rendu public la semaine dernière, Médiapart a calculé que quasiment la moitié de ces subsides étaient allés à des journaux détenus par 7 milliardaires et une banque. Ainsi, (Le Parisien, Aujourd’hui en France et Les Échos), journaux possédés par Bernard Arnaud, première fortune de France, touche 12,3 millions d’euros, soit 15 % des aides publiques directes à la presse. Les titres de Patrick Drahi (Libération, le groupe L’Express, BFM-Business, BFT-TV, RMC), ont reçu plus de 7 millions d’euros en 2016. « Les banques [lui] ont prêté près de 50 milliards d’euros pour se lancer dans une folle boulimie d’achat, notamment dans les télécoms », rappelle le journal en ligne. Autre exemple, Serge Dassault, via principalement Le Figaro, a obtenu 6,3 millions d’euros......... »


            • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 24 décembre 2018 14:40

              @Emohtaryp

              50 milliards d’ euros pour Drahi ...le loto international est commique .rire jaune il va sans dire .


            • Emohtaryp Emohtaryp 24 décembre 2018 17:26

              @interrex

              pour l’orthographe çà laisse à désirer.

               smiley L’hôpital qui se fout de la charité.... Dégage, le troll !


            • aimable 24 décembre 2018 19:28

              @Emohtaryp
              Ne le cherchez pas , ses coms comme les miens sont passés a la trappe , peut être que j’ai commis un crime de lèse- majesté ?


            • Michel DROUET Michel DROUET 24 décembre 2018 15:30

              Chaque jour, des vidéos montrant des violences policières, ce qui n’excuse en rien les violences de certains manifestants.
              La rapidité à féliciter les motards de la police « sauvagement agressés » induit que l’enquête diligentée par l’IGPN leur sera forcément favorable alors même que des questions peuvent se poser (l’usage d’une grenade de « désencerclement » alors même que les motards n’étaient pas encerclés, par exemple).
              On peut avoir l’impression que le gouvernement est devenu l’otage des forces de police qui le tiennent à bout de bras et que tous les comportements peuvent être justifiés, même sans enquête.
              Les médias et plus particulièrement les chaînes d’info en continu distillent la pensée dominante et ne font pas honneur au métier de journaliste.
              Le pouvoir vacille et semble de plus en plus se transformer en pouvoir autoritaire et il a besoin désormais de policiers pour faire passer ses « réformes économiques ».
              Jusqu’où cela nous mènera ?



                • placide21 25 décembre 2018 07:10

                  Les journalistes sont les fantassins du système qui brouille la réalité , manipule,aveugle ,et ,discrédite les opposants ,comment peuvent-ils s’étonner d’en subir les conséquences lorsqu’ils exercent ces fonctions ? La caste n’aurait-elle recruté que des idiots pour ses basses oeuvres ? .....Ou des ordures ?...... Des prostitués ?


                  • gaston gaston 25 décembre 2018 08:58

                    Le peuple est plus fort que les journalopes et les gouvernements , ils le savent ,c’est pour cela qu’ils chient dans leur frocs !

                    Ils disent qu’il ne faut pas casser car ils savent très bien quand cas de casse ils vont devoir se mettre à genoux , et c’est à genoux qu’ils sont en ce moment !!!


                    • gaston gaston 25 décembre 2018 09:00

                      Leur rêvent ? supprimer internet ou plus exactement le contrôler pour pouvoir diffuser leur propagande et empêcher les gueux de s’exprimer et de dénoncer leur méfaits !


                      • Philou017 Philou017 25 décembre 2018 15:19

                        L’inflation systématiquement sous-estimée par l’INSEE :

                        https://www.youtube.com/watch?v=GMvzKwW3408&t=110s

                        Sinon, que les médias soient téléguidés par la finance et ses représentants au gouvernement, c’est pas nouveau.


                        • vesjem vesjem 25 décembre 2018 18:04

                          @Philou017
                          c’est pas nouveau...
                          si pour certains ; laissons leur le temps de l’innocence


                        • Attila Attila 26 décembre 2018 04:20

                          C’est insulter les journaliste que d’affubler les serviteurs des médias de « journalistes ».

                          Les vrais journalistes sont en dehors des médias possédés ou contrôlés par le FRIC ou écrivent des livres.

                          .

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