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(In)justice : entre les économies et le code du travail en entreprise, quelle place pour la valeur de l’humain ?

A travers ma dernière expérience personnelle, je m'interroge sur la confiance dans le monde de l'entreprise, entre le code du travail, les règles internes, la valeur travail, les relations humaines...

Voici donc une description de ma dernière expérience, en espérant que cela reste un cas isolé, et que d'autres partageront des expériences plus positives afin de prouver que le monde de l'entreprise n'est pas si noir.

Au revoir, donc, mon dernier employeur puisque ma mission, contre toute attente et pré-annonce, prend fin dans quelques jours.

En septembre 2017, lors de mon entretien de candidature, malgré mon expérience (mais après 16 mois de chômage, il faut savoir être humble), j'ai postulé comme journaliste localier en PHR. Grâce à mon profil, on m'a embauché comme rédacteur en chef adjoint pour un CDD de trois mois.

Au bout de dix jours, j'ai dû endosser - au pied levé - le rôle de rédacteur en chef par intérim (j'ai, du coup, signé un nouveau CDD de six mois fin décembre 2018) et en quelques semaines, grâce à la mise en place d'une re-mobilisation des équipes, d'un dialogue constructif, d'une présence sur le terrain, j'ai réussi à obtenir quelques pics de vente positifs dans des secteurs où la presse locale trouve de moins en moins son public.

Dans les mois suivants, les ventes sont repassées dans le positif, une situation que le titre n'avait pas connu depuis des années... Cela, grâce aussi à une politique simple : travailler en équipe et se mettre, tout ensemble, à la place de notre public.

En l'occurrence, proposer à nos lecteurs de vrais sujets locaux, les belles histoires, les initiatives locales, les événements insolites qui se passent chez eux et dont les médias nationaux ne s'intéressent pas forcément car il y en a d'autres ailleurs et qu'ils mettent rarement les pieds au-delà du périphérique.

Suite au retour du rédacteur en chef, on m'a confié la gestion du site web et des réseaux sociaux, avec une progression de + 180 % en deux mois (et l'atteinte des objectifs prévus fin 2018 avec sept mois d'avance).

L'occasion aussi de toucher une autre cible, plus jeune, et, en synergie, les attirer vers notre support papier, ce qui a aussi permis de regagner des lecteurs...

Il n'y a pas de recette miracle :

Cela m'a demandé beaucoup d'énergie, d'investissement, de travail, de dialogue, de persuasion... mais la confiance de mon supérieur (que je tiens à remercier pour cela et aussi pour son soutien toujours actif) et les bons résultats, grâce à la remotivation de mon équipe qui m'a patiemment suivi ont constitué pour moi un bon moteur pour transformer ce journal et m'ont même procuré du bonheur au travail.

A l'issue du grand séminaire annuel, les 6 et 7 juin derniers, où comme tous les nouveaux arrivants ou promus de l'année, je me suis levé après avoir été présenté, j'ai eu le privilège d'être reçu en entretien privé par le numéro 1 de la filiale de mon Groupe de presse.

Il m'a félicité pour le travail effectué et les résultats qui en ont découlé, pour mon engagement, pour mon adhésion à ses projets d'avenir. Par conséquent, il m'a souhaité la bienvenue en CDI pour le 1er juillet, m'indiquant que le groupe avait besoin de profils comme le mien et de mes compétences pour effectuer de grandes mutations et préserver son avenir.

Le droit du travail est ce qu'il est : deux CDD successifs doivent obligatoirement déboucher sur un CDI et les entreprises doivent l'appliquer, cela est indiscutable...

Hors, c'était sans compter les nouvelles directives de la maison mère - au dessus du groupe, pour qui, quel que soit le profil d'un collaborateur et de ses résultats, certaines règles ne souffrent d'aucune exception. Notamment celle d'avoir deux cadres dirigeants en CDI au sein d'une petite entité locale, règle qui n'est pas dans le droit du travail mais qui est interne au groupe.

En l'espace de douze jours, la situation s'est donc retournée : j'ai eu les regrets de mon N+1, les excuses du numéro 2, qui n'a pas anticipé ces "nouvelles règles internes"...

Je crois à la valeur travail, à la loyauté, à la sincérité, à l'engagement, à l'avenir... mais mon embauche en CDI (qui n'aurait rien coûté de plus pour le groupe) n'a finalement pas été possible parce qu'un cadre en CDI est déjà présent !

Voici pourtant ce qu'indique la page d'accueil du Groupe qui m'a employé : "Le groupe emploie aujourd’hui 930 salariés dont 270 journalistes et collabore avec 1 000 correspondants locaux de presse. En croissance permanente, il favorise le développement des carrières et les évolutions professionnelles internes."

Un principe dans la lignée de ce que portait l'ancien président François Régis Hutin, journaliste humaniste, qui plaçait au-dessus de tout le respect des personnes. Ce même François Régis Hutin qui, en 1990, a placé son groupe de presse sous la responsabilité de l’Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste. Cela, afin de garantir l'indépendance financière de son groupe mais aussi de réaffirmer ses valeurs fondatrices : la Démocratie humaniste, le respect et la promotion de la personne, le service des lecteurs dans l’indépendance...

Mais pourquoi un groupe "en croissance permanente, qui favorise le développement des carrières et les évolutions professionnelles internes", n'est pas capable de conserver un bon élément, ni même de le "caser" ailleurs s'il y a 930 postes existants et des perspectives de création de postes à l'avenir, notamment pour être dans le wagon de "la grande transformation du web" ?

Ainsi, après des années de "galère", des mois d'effort et de travail, je me retrouve une nouvelle fois, à 45 ans et à quelques mois d'être papa pour la seconde fois, au chômage ! Cela arrive à beaucoup, mais là, ce n'était vraiment pas prévu d'autant que l'on m'a fait plus qu'espérer le contraire.

J'ai de nombreux message de soutiens, internes et externes :

"Tu vas rebondir parce que tu es quelqu'un de bien !"
"Ceux qui ont travaillé avec toi savent que tu es un excellent journaliste et quelqu'un sur qui on peut compter dans une rédaction"
"C’est vraiment dommage car il commençait à y avoir une belle équipe ! Quel gâchis."
"Vu que le motif n'est pas en lien avec la qualité de ton travail, ils peuvent peut-être activer leur réseau et te filer un coup de pouce. Non ?"

J'avoue ne pas comprendre et, sans être en colère, je trouve cela injuste et abrupt ! Il y a toujours plus à plaindre que moi et je ne demande pas la charité. Je voudrais juste que quelqu'un me prouve qu'il y a des exemples d'entreprises où l'on peut encore travailler en confiance.

Publier cet article est-il inélégant de ma part ?

Sans doute pas plus que le retournement de situation que j'ai subi, non ? Et mon métier est d'informer, pas de désinformer, et je n'ai pas déformé la réalité de la situation, je l'ai juste présentée et divulguée, en tant que journaliste indépendant puisque l'on me re-propulse sur le chemin du free-lance.

Peut-être que cet article me "fermera" définitivement les portes de ce groupe, auquel je me suis attaché et au sein duquel j'ai trouvé des personnes qui partageaient mes valeurs (y compris au sein d'autres filiales). Beaucoup d'entre elles m'ont d'ailleurs avoué ne pas comprendre non plus ce retournement de situation et déclaré "subir" avec regret mon départ, ce dont je les remercie.

J'espère que l'on me rappelera. Et de tout coeur vu le bonheur que j'ai eu à travailler au sein de ce groupe. Je veux y croire dès que le "délai de carence" de deux mois sera passé...

Si la situation évolue, comme tout journaliste qui respecte la déontologie du métier, je vous en informerai de nouveau !

En effet, croyez bien que si ce "miracle" se produisait, comme tout journaliste qui respecte la déontologie de son métier, un nouvel article viendrait non pas "rétablir la vérité", puisque celle-là est bien réelle, mais compléter l'information.

Merci en tout cas d'avoir lu cette publication sur ma situation personnelle qui, je l'espère, reste une exception.


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9 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 28 juin 09:33

    L’humain va a l’école juste pour comprendre ce qu’on lui dit mais pas trop autrement il va vouloir tout changer , il va faire l’esclave payé 3 cacahuètes c’est pour cela qu’il est formaté depuis sa naissance , ensuite s’il est trop mauvais , malade vieux ou en rébellion on le fiche dehors , la société le considère comme un rejet et cherche par tous les moyens a s’en débarrasser , pour un gouvernement comme pour un patron l’humain est un travailleur par défaut en attendant que la robotique et l’IA soit capable de le remplacer a ce moment on lui filera 4 ronds afin qu’il ferme sa gueule ne se rebiffe pas et puisse quand meme consommer pour faire tourner la machine  ..... 


    • zzz'z zzz’z 28 juin 09:58

      Dans les filières subventionnées : la logique d’entreprise est pipée…


      Je connais des cas similaires… Il y a du fric pour telle type de structures, plus, ça ne le fait plus, mois non plus : en fait… La production, la vente sont superfétatoires !

      • zzz'z zzz’z 28 juin 10:43

        @zzz’z

        mois non plus → moins non plus

        Lol, les rageux ! petit.e.s cons.bites !

        @l’auteur
        Ceux, dans votre cas, ont planté leur employeur velu aux prud’hommes.

      • Fabien HERRAN Fabien HERRAN 28 juin 11:08
        @ZZZ’Z : aller aux prudhommes va être compliqué : le code du travail est clair : après deux CDD c’est un CDI... et il n’y a pas eu de promesses écrites, juste des paroles !

        Enfin, les prud’hommes, en cas de décision favorable, condamnent l’entreprise et/ou versent une indemnité au plaignant qui, dans ce cas, ne peut en aucun cas réintégrer son entreprise... Mon but est simplement de témoigner, à travers mon exemple, d’une réalité dans certaines entreprises qui malgré leurs discours sur la confiance et l’humain, se font rattraper par les réalités économiques. En tout cas merci d’avoir réagi.


        • zzz'z zzz’z 28 juin 11:28

          @Fabien HERRAN
          « d’une réalité dans certaines entreprises qui malgré leurs discours sur la confiance et l’humain, se font rattraper par les réalités économiques. »


          C’est bien de cela que je témoignais ; les réalités économiques étant bien comprises : seul le discours gogochon peut masquer la réalité tant que cela leur sert ; après, c’est la Faucheuse sous amphétamines qu’ils envoient. !

        • Pascal L 28 juin 11:28

          D’une manière générale, les règles ne sont pas là pour libérer les individus, mais pour les enfermer. Je me suis frotté avec mon management pour avoir essayer de modifier des règles qualités parfaitement obsolètes et cela a été considéré « à juste titre » comme un crime de lèse-majesté. A juste titre, car ces règles sont surtout là pour protéger le management de l’entreprise de toute tentative de subversion et leur assurer une certaine stabilité. L’harmonisation des règles au sein de l’entreprise ne fait que rendre le salarié plus interchangeable, mais le plus important est que la règle ne change jamais.


          Le fin du fin a toujours été de faire rédiger ces règles par ceux qu’elles enferment. Ainsi Toyota a été le champion du « Lean Management » et en même temps le champion du monde des retours usine. Cherchez l’erreur. Le code du travail rédigé « en concertation » procède du même principe. 

          La seule solution possible : fuir et créer votre propre entreprise. Comme vous ne pouvez pas compter sur les banques qui soutiennent ce système, vous pouvez tenter de créer quelque chose sur Internet qui demande peu d’investissement. Un serveur est beaucoup moins cher qu’une rotative. Et comme le milieu est hyper concurrentiel, associez-vous avec des personnes pleines d’idées comme vous, mais qui maîtrisent ce que vous ne maîtrisez pas.


          • Spartacus Spartacus 28 juin 13:32

            Vous venez de découvrir ce qu’a écrit Tirole le seul Nobel d’économie Français dans son livre....


            La première source de précarité et d’arrivée au chômage, n’est ni le licenciement ni les arrivées de jeune, mais la fin contractuelle de CDD successifs que le code du travail condamne a ne pas renouveler.

            Mais qui lit les livres d’économie de Nobel ? Ni les politiciens, ni les salariés ni les journalistes semble t-il....

            Il est gratuit le journal ? 
            Cette propension idiote a chercher de la reconnaissance sociale et se prétendre « humaniste » à toutes les sauces de la part de la publication est assez affligeant...

            Allez bonne chance pour trouver un nouveau Job.
            Y’a pas que eux sur terre. 
            Il y a surement un employeur qui a un problème et vous êtes sa solution. 
            Il suffit de prospecter pour le trouver.




            • Fabien HERRAN Fabien HERRAN 28 juin 13:53

              @Spartacus : Je connais effectivement les analyses de jean Tirole et bien avant qu’il ne soit prix Nobel... A défaut de changer le code du travail, que mon entreprise respecte, elle aurait pu s’abstenir de m’annoncer que je serai en CDI avant de changer d’avis dix jours après ! C’est aussi cela que je « dénonce » même si mon entreprise s’est excusée (oralement). Merci en tout cas de votre commentaire.


            • Ruut Ruut 29 juin 07:59

              @Fabien HERRAN

              Ce qui devrait te rassurer c’est que ce journal fermera bientôt avec une telle politique de démotivation du staff et un tel mépris de ses employés.

              C’est presque une chance pour toi qu’ils te dégagent avant de licencier tout le monde pour délocalisation ou out-sourcing.

              Trouve toi une petite structure, voir crée ta propre structure, tu semble en avoir les compétences, c’est les seules qui en France, gardent une valeur humaine. le Reste n’est que des monstres broyeurs de travailleurs avec des Directions qui enferment leur boites vers l’effondrement.

              Une boite qui out-source de plus en plus est une boite qui vas bientôt fermer car elle vas se vider de sa valeur ajouté.

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