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Médiation en recherche d’audience sur FR3 en septembre

L’idée fait son chemin depuis Mars 2006. Laurence Bobillier s’est vue confier par Patrick de Carolis un défi placé sous l’égide du Médiateur de la République : faire découvrir la médiation par le grand public... C’est un choix.

Le sujet est riche. La médiation permet d’aborder des situations de la vie personnelle, voisinage, famille, société, entreprise, conflits collectifs, nationaux ou internationaux... La chaîne FR3 va-t-elle faire recette avec un pareil thème d’émission ?

La médiation, les médiateurs et la chronique

La médiation est présentée parfois comme un parent pauvre du système judiciaire ou un pis-aller de la contrainte. Elle connaît un succès que la vie politicienne n’ignore pas. Pourquoi ? Parce que la médiation est porteuse d’angélisme : l’idée du Dialogue, de la concertation, d’améliorer, de péréniser, par la participation... Elle véhicule un idéalisme d’épanouissement durable. Paré de cet heaume, la nomination de médiateurs ministériels s’est répétée cet été, l’une dans l’affaire des sans papiers, l’autre dans l’affaire des sans abris de Paris plage. Arrive Laurence Bobillier...

En bref, préhistoire et histoires de la médiation

A fouiller les civilisations, les amalgames vont bon train. Tel chercheur lui voit une parenté avec la palabre africaine, tel autre lui trouve une filialtion avec le théâtre antique. Enfin, l’idée ne viendrait-elle pas d’Outre-Atlantique, où tout semble devoir être validé pour être perçu comme efficace ?

A découvrir l’oeuvre de Gaston Bouthoul (1896-1980), créateur de la polémologie, qui a publié dans la collection Médiations chez Denoël, sur les facteurs dits polémogènes, la Médiation trace son chemin depuis 1945. L’approche positive de la guerre par l’auteur devait constituer une alternative efficace au moralisme militant des mouvements pacifistes. Ses travaux ont eu un retentissement international et la Médiation a commencé à poindre et se définir...

Idées et applications

A l’origine de l’idée de la Médiation, il y en a au moins deux qui ne sont pas sans créer des confusions, et qui reposent sur une même préoccupation : aider des parties à résoudre un différend par l’intervention d’un tiers impartial et neutre qui exerce en toute indépendance.

La plus forte idée est celle qui vise le dénouement par les parties d’une situation conflictuelle. Nous pouvons l’appeler la médiation relationnelle. Les courants d’influence sont nombreux. Mais, en tant que discipline, la Médiation puise ses ressources dans la pratique philosophique. Cette Médiation travaille sur l’inimaginable : l’émergence d’une solution qui conviendra le mieux aux parties...

Il serait tentant de traiter ici de la médiation politique, avec sa version diplomatique et sa version armée. Mais restons en à la médiation de tous les jours...

Dans la vie quotidienne, en médiation (judiciaire ou non : entreprise, famille, etc...), l’intervention d’un tiers sans pouvoir de décision est souvent assimilée à une médiation. L’absence de ce pouvoir n’est pas suffisante : elle existe aussi en conciliation, moralisation, conseil, etc... De même, la médiation n’a pas plus à voir avec le Jugement de Salomon qu’avec l’administration de la justice par Saint Louis.

La Médiation nécessite de la part des médiateurs un positionnement affirmé sur le parti pris de la médiation.

La médiation toute en nuances et polémique

Avec une forme arbitrale, la médiation devient réparatrice et se "juridissise". Un modèle est fourni par l’institution du Médiateur de la République, d’inspiration suédoise, l’ombudsman, qui date en France de 1973 et a autorité pour traiter des différends entre administrations et administrés*.

Dans cette logique arbitrale, la médiation pénale instrumenter, depuis 1993, les modes alternatifs de résolution des conflits (MARC) avec une préoccupation réparatrice.

La première proposition de loi date de 1989 en France, où la médiation judiciaire civile a été introduite en 1995.

Désormais, à tout moment de la procédure, si les parties acceptent, tout juge peut ordonner une médiation. L’ordonnance consiste à désigner un tiers qui confronte les points de vue des parties afin de leur permettre de trouver une solution au conflit qui les oppose (NCPC, art. 131-1). En regard de son pouvoir décisionnaire, le juge n’a pas une décision facile à prendre...

Les parties peuvent opter d’elle-mêmes pour la médiation ou le faire sur suggestion de leurs représentants (devoir de conseil de base). Cette médiation est nommée conventionnelle ou privée. Mais la volonté de désengorger les tribunaux civils a conduit le législateur à adopter cette mesure incitative donnant au juge, professionnel ou non, le pouvoir d’influencer les parties pour leur faire adopter un positionnement plus coopératif...

La médiation, un service aux personnes sur le marché des conflits...

De surcroît, la Médiation s’adresse aux personnes qui ne veulent ni se laisser faire ni se faire prendre en charge. Elle exige de celui qui se revendique le plus fort de le prouver en faisant... le plus d’effort en intelligence, ce qui n’est pas gagné d’avance.

Quoique l’ombudsmania et la Médiation se soient propagés, les conflits entretenus représentent pour beaucoup un véritable marché. En conséquence, cette propagation ne va pas sans l’adversité de l’hooliganisme qui atteint ceux qui sont plus ou moins impliqués ou se sentent concernés par un différend, et elle entrave les intérêts de ceux qui ont avantage à ce que des adversaires ne coopèrent pas pour trouver une entente. La généralisation de la Médiation n’est donc pas simple.

Une émission de type pédagogique est la bienvenue.

Laurence Bobillier cherche son audience...

Médiation ? L’émission hebdomadaire exposera aux plaignants leurs moyens de recours... Le vocabulaire est juridique, inducteur du tort pour l’un, dans la raison pour l’autre. L’émission se référe à la pesée de la balance du juste / pas juste. Le risque est que le sujet soit traité dans l’antichambre du Palais de Justice, de la chicane et des pas perdus...

En jouant de l’effet mode, l’émission expliquera le fonctionnement de la justice et informera les téléspectateurs de leurs droits...

Sur un thème similaire, l’émission Audience Privée avait été un échec. Il est vrai que cette émission nous a fait assister à une pratique stupéfiante de la médiation. Sollicité, j’avais refusé de me prêter au jeu proposé. Une juriste a accepté. Sacrifiant l’un des fondamentaux de la Médiation, elle conduisait des débats en conseillant, voire intimant l’une des parties d’accepter un accord préjugeant d’une décision judiciaire. Au diable aussi la confidentialité : un public regardait les échanges et donnait ses avis. Nous étions déjà très loin des exigences du Code d’Ethique et de Déontologie des Médiateurs.

Mais cette nouvelle émission semble faire des promesses.

Une concurrence pour Courbet ?

On peut toujours s’entendre ne devrait pas recourir aux images à succès. "C’est une émission de conseil et de société", qui "mettra en avant la médiation en France", a indiqué Laurence Bobillier.

Chaque semaine, des reportages exposeront trois cas. La confidentialité risque encore d’être malmenée. Sur le plateau, des experts spécialisés en fonction du thème de l’émission se joindront à "un panel d’experts récurrents".

Laurence Bobillier devrait aussi "relayer certains combats du Médiateur de la République".

Nous n’avons encore rien vu...

Avec un site internet ouvert à ceux qui ne peuvent plus se voir, "On peut toujours s’entendre" jouera de l’interactivité par l’intermédiaire du chat.

L’ex-présentatrice du journal de France 3 affiche son désir de "suivre de très près l’actualité", et s’attend à aborder aussi bien les conflits au travail que les conflits familiaux ou les discriminations.

Peut-être encore pourra-t-il être question des différences entre Médiation et Droit ; celui-ci appuyé sur le principe de rupture, la première valorisant le dialogue... Parole possible, donc, aux Médiateurs...

Le cas de Nathalie Gettliffe pourrait faire audience, ne serait-ce qu’en raison du livre-témoignage qui va sortir chez Lafon début septembre... Le comportement d’Arno Klarsfeld, dans son rôle de médiateur national, confronté au cas du jeune nigérian début août, n’est pas sans interroger...

L’émission, sur le terrain des facteurs polémogènespolémogènes, pourrait bien être intéressante...

En tout cas, avec Laurence Bobillier, la médiation va avoir un visage sympathique sur FR3. Le premier rendez-vous est pris samedi 9 septembre, à 12 h50.

_________________

* Il y a-t-il un vide dans lequel le Ministre de l’Intérieur aurait engouffré son médiateur national ? La question reste ouverte...

Le terme de médiation est également dans le texte de loi très commentés sur le DADVSI, avec son collège de médiateurs fermé qui a inspiré des médiateurs désobéissants...


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15 réactions à cet article    


  • Jean Claude BENARD Jean Claude BENARD 10 août 2006 16:04

    « L’ex-présentatrice du journal de France 3 affiche son désir de »suivre de très près l’actualité« , et s’attend à aborder aussi bien les conflits au travail que les conflits familiaux ou les discriminations. »

    Dans la grande lignée (avec un peu moins d’argent) des émissions de Julien COURBET ?

    Lorsqu’on poitionne la télévision comme le « zorro » des causes perdue, celà m’inquiète toujours un peu .. Attendons de voir !!!


    • citoyen citoyen 10 août 2006 16:53

      Voilà un article fort intéressant sur un sujet particulièrement complexe : la récupération par le « média » par excellence [la télévision] de la médiation. Il est, à mon sens, évident que l’intention de la journaliste et la chaîne Fr3 n’est pas tant de servir la « médiation » que de récupérer l’aura médiatique dont bénéficie cette technique de recours à la fonction du tiers. Pour autant, il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur ce que nous n’avons pas encore pu voir, et au contraire il faudra voir. En effet, comme le souligne l’auteur de l’article, l’approche télévisuelle n’est pas forcément la meilleure pour réaliser un travail de médiation. La fonction « voyeuriste » de la télévision s’y oppose en tout point.

      Alors, attendons l’émission, et encore merci à Prosope pour cet article fort intéressant


      • papa en question (---.---.106.69) 13 août 2006 12:41

        le sujet n’est pas facile et l’angle d’approche proposé est intéressant. Il attire l’attention sur des aspects de la médiation qui sont rarement examinés. L’idée de promouvoir les moyens de faire la paix est interessante. Quand on est parent et en divorce ce n’est pas évident de penser « médiation ». Les avocats et tout l’entourage poussent plus à se faire la guéguerre. Si on choisit la médiation, c’est pas pour aller raconter à la télé ce qu’on ne veut pas voir étaler devant un tribunal. C’est toujours l’appel à l’exhibition. Cette idée de faire des reportages sur des médiations est contradictoire. Mais si ça peut donner des idées aux gens... A voir.


      • Marezrty (---.---.1.12) 10 août 2006 18:30

        Article NUL.


        • miroir (---.---.106.34) 12 août 2006 10:58

          quand on ne comprend rien, un jugement tombe : à l’image de celui qui l’énonce...


        • Antoine Diederick (---.---.244.10) 11 août 2006 00:18

          médiation via la télé...pas nouveau et on s’en lasse vite...


          • moi (---.---.251.78) 11 août 2006 04:17

            euhhh !

            c’est à çà que çà sert notre redevance ?

            et on peut pas choisir ?


            • Adolphos (---.---.59.170) 12 août 2006 11:08

              « La médiation permet d’aborder des situations de la vie personnelle, voisinage, famille, société, entreprise, conflits collectifs, nationaux ou internationaux... »

              J’aime bien l’hedo du médiateur, ca permet de mesurer le niveau de stupidité de mes compatriotes, et France2 les choisies trés bien, ils sont toujours trés drôles, trés caricaturaux (L’enseignant gauchiste barbu, l’écolo à moitier abruti, la femme de cité, etc..) et trés certain de leur juste combat pour empécher la difusion de mauvaise nouvelles pendant le journal, parce que « ca pourrait traumatiser ma fille de 5 ans », ou qu’une information n’est pas politiquement correct et aurait donc dû être censurée.. Une émission que je reconmmande chaudement autour de moi.


              • medi-sance (---.---.106.54) 13 août 2006 12:12

                Les journalistes ont tendance à se présenter comme des médiateurs de l’information. Ils nous racontent l’histoire, à chacun de leur parti pris, qu’ils commentent en toute neutralité. Il n’y en a pas un et pas une qui ne se raconte pas la fable de son indépendance. Mais c’est vrai que je suis médisant, pas médiateur...

                C’est pas la même étymologie ?


                • étudiant_socio (---.---.122.220) 13 août 2006 13:24

                  merci à Prosope de rappeler ce que la médiation doit à Gaston Bouthoul.

                  Ce sociologue a permis d’avoir une approche logique des bénéfices des conflits ; c’est certainement la meilleure manière pour comprendre pourquoi un conflit perdure, dans la vie politique et dans la vie privée.

                  Souligner l’adversité que peut déclencher une approche pacificatrice des conflits est aussi bien vu... certains commentaires en témoignent même ici. C’était de l’anticipation... ce que doit permettre la polémologie avant la mise en oeuvre d’une médiation.


                  • (---.---.106.37) 13 août 2006 16:59

                    En résumé, si on regarde, c’est pour la frimousse de la journaliste...


                    • Gilles Pradeau Gilles Pradeau 16 août 2006 17:29

                      Si on pouvait faire la pub du médiateur de la république pour le boulot (monstre) qu’il fait, ce n’est pas un plus grand mal. Il mène quelques batailles intéressantes, notamment sur les prisons : c’est un parfait contre-point à Sarkozy alors que le médiateur Delevoye fait aussi partie de l’UMP (ancien poulain de Chirac en 1999 pour la présidence de l’UMP).

                      Comme Delevoye le dit souvent, ce poste lui a montré qu’il ne connaissait pas la société française contrairement à ce qu’il le pensait avant : c’est rassurant qu’un homme politique avoue cela pour une fois.

                      Je suis persuadé que cette émission peut être une bonne chose.


                      • scepticisme (---.---.16.159) 24 août 2006 10:20

                        Que cette émission soit une « bonne chose », sans doute (par opposition) : elle ne peut pas vraiment être une mauvaise chose...

                        Le problème n’est pas que ça puisse témoigner de la prise de conscience suivie de l’action d’une personne, en l’Oc. le médiateur de la République, pour aider les administrés de France.

                        L’un des problèmes est plus dans les autres types de médiation qui nécessite la confidentialité, laquelle ne sera pas respectée....


                      • Jean-Louis Lascoux Prosope 6 septembre 2006 11:12

                        Pour la première voit, la médiature de la République a connu un événement troublant la paix de ses locaux : un collectif de sans papier est venu (environ 70 personnes). Le calme était cependant là. Rendez-vous a été pris avec des représentants de ce collectif. J’ai un article en souffrance sur ce sujet sur la table de la rédaction d’agoravox...


                        • (---.---.194.105) 16 mars 2007 20:33

                          sur fr3:je me suis bien maré quand le pen y ai passer !! le tabac !(d’ayeur aucun media ause publier l’audimat),qu il a fait en epinglant leconomiste de sarko-buter sur bayrou, ricocher sur sego, du grand art !!!il y avait une grosse gene visible ...sourir pincer de Ockent.. embarras chez les pros du chiffre...mon dieu..... belzbuth n’est toujours pas tombé dans le piege... ;)

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