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Activisme et réaction

Chien_johann_sfar_le_chat_du_rabbin_1_20_1 L’analyse que j’ai faite du mot « réactionnaire » a suscité nombre d’interrogations et de mauvaises lectures, particulièrement sur AgoraVox. L’esprit superficiel d’époque ne supporte pas d’avoir à faire effort pour comprendre et exige d’entourer toute affirmation d’une liste quasi-juridique de « mises en garde » et de « je ne dis pas », comme ces machines à laver américaines où il doit être écrit, sous peine de poursuites, qu’on n’y peut laver le chat.

En-dehors du narcissisme médiatique de nombre de commentateurs agoraphiles pour qui il s’agit plus de se poser que de proposer, certaines objections ont de l’intérêt. Elles obligent à préciser la pensée pour la garder de la dérive comme pour entretenir son mouvement même. L’une des objections concerne le "bougisme". C’est ce que j’ai appelé "l’activisme" dans la note, un excès, et donc, en tant que tel, à considérer avec suspicion (voir Trostky et surtout ses successeurs.)

Mais l’univers, la nature, le vivant depuis qu’ils existent ne cessent d’être en mouvement : Big Bang, évolution des espèces, développement du cerveau, complexification des sociétés, essais et erreurs sans nombre. Il s’agit d’un "réel" que beaucoup de religions d’ailleurs ont repris à leur compte avant la méthode scientifique (hindouisme, bouddhisme, zoroastrisme, confucianisme, taoisme, zen). Reconnaître ce mouvement pour s’y adapter est le propre de tout système vivant, et la définition même du mot "intelligence". C’est donc qu’il y a quelque chose de plus que le rejet pur et simple du mouvement : il est moins « une valeur » qu’une constatation de fait. Le soleil se lève chaque matin, comment le contester ? Qu’il irradie sa bienfaisance ou brûle les épidermes sensibles, c’est à nous de nous y adapter.

La gauche a chevauché le mouvement historique comme le mouvement qui travaille les sociétés génération après génération (y compris les sociétés dites « froides », selon Lévi-Strauss, qui évoluent elles aussi, bien que dans un temps plus long). Ce mouvement est "réel" et pas seulement une « production hypnotique » de la culture, sinon nous serions encore dans les cavernes, n’ayant rien appris, rien compris, rien créé. Ce mouvement a parfois submergé la gauche comme il submerge tous les acteurs qui croient le maîtriser (Descartes et la nature) ou le chevaucher (Marx et l’histoire), voire le créer (Hilter et le nazisme) ou le nier (des érémitiques aux écologistes).

Aesf_1

Seuls les monothéismes tendent à immobiliser le réel puisque leur doctrine veut que tout soit donné une fois pour toutes par un Omniscient Omniprésent à l’origine et à la fin de tout.

Cela se constate à droite, notamment lors de la Révolution de 1789 où il s’agissait d’opposer une vision du monde "voulue par Dieu", organisée socialement selon Son Modèle (ou par la tradition millénaire, selon Burke) - et les révolutionnaires, "de gauche", qui ont forcé la révélation du mouvement déjà à l’oeuvre dans la technique, l’organisation efficace de la société et la maturation des idées. Les contradictions étaient trop grandes entre une élite de moins en moins nombreuse, aux privilèges anachroniques sans plus aucune justification, et la masse qui avait de plus en plus de mal à vivre. L’Angleterre a su s’adapter en renouvelant ses élites, limitant le « bon plaisir » et permettant au plus grand nombre certaines libertés : il n’y a pas eu de grande révolution en Angleterre, mais quand même deux petites (la décapitation de Jacques 1er et l’émancipation des colonies américaines). Comme quoi on n’échappe pas au mouvement, même quand on désire le contraindre (?)

Cela se constate aussi à gauche, tant dans le communisme qui avait "tout compris" des lois de l’histoire et obéissait donc à son avènement inéluctable par son militantisme - que dans les rejets "mystiques" des anti-productivistes, du luddisme à Bové, où "la Nature", sacralisée, doit être laissée à ses équilibres, l’homme se refaisant "sauvage" pour "conserver" la terre "vierge et mère" (je caricature à peine).Toile_rouge

Cet anti-bougisme est proprement "réactionnaire" car il fige le réel alors que le réel est sans cesse en mouvement. Il ne s’agit certes pas de "laisser faire" tout ce qui arrive, comme ce libéralisme « ultra » qui rejoint l’anarchie, donc la "loi du plus fort". L’être humain n’existe que comme être individuel et social, car l’enfant sauvage est sauvage et non pas enfant. L’homme n’est rien sans les autres hommes. Il est donc nécessaire d’agir ensemble, sans laisser en chemin ceux qui ne peuvent pas suivre.

Mais cela ne veut pas dire revenir à un "âge d’or" du "bon vieux temps", irrémédiablement passé, comme ces Trente Glorieuses dont la mystique « sociale-de-gauche » se glorifie (après avoir combattu becs et ongles toute la période gaulliste, pompidolienne et giscardienne - soit les 3/4 de ces 30 années « glorieuses »...). Rêver d’un "âge d’or" est proprement "réactionnaire" ; au sens de la langue française, c’est être négatif, se réfugier dans l’hier pour ne pas voir l’aujourd’hui, mythifier le passé plutôt que d’analyser le présent, sortir de l’histoire - alors que le monde humain est toujours historique, jamais figé parce que le vivant naît, se développe et meurt, et que l’homme n’est pas Dieu.

Sans laisser personne de côté, car l’être humain est un être social, il faut reconnaître le mouvement qui va, pour s’y adapter au mieux, l’infléchir si l’on peut. Mais il est nécessaire d’être alors positif dans ses analyses et propositions, ne pas se contenter de réagir par réflexe à ce qui est proposé par l’histoire ou imposé de fait par d’autres. Comme ce libéralisme, inventé en France au XVIIIe siècle sous sa forme politique, et que les intellos français ont laissé depuis belle lurette à l’économisme américain. Non, le libéralisme « ultra » n’est pas le libéralisme, mais qui le dit ? Les réactionnaires de gauche lui opposent « le socialisme », comme s’il était d’essence supérieure. Vous avez bien lu : « d’essence ». Rien à inventer, il serait tout fait, tout pensé, « yaka » appliquer. Conception archaïque, bien stalinienne, figée, « réactionnaire ». Le mouvement, à gauche, devrait être autre chose, comme il l’était du temps de Karl Marx, d’ailleurs.

Astro_boy

Ce pour quoi je déplore la fadeur inconsistante du programme du Parti socialiste : 3/4 de mesures "contre" ce qui a été fait, 1/4 de mesures positives, malheureusement non financées (sinon par des promesses). Comme s’il s’agissait d’une plate-forme de rassemblement, sur laquelle le candidat, s’il est élu, n’aura plus qu’à s’asseoir pour ensuite "suivre le mouvement" selon son "bon plaisir". Rien de très démocratique... Comme quoi il est utile d’analyser les mots et d’observer ce que recouvre ce mot-valise, si facile d’emploi, de "réactionnaire".


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13 réactions à cet article    


  • Antoine Diederick (---.---.19.3) 22 juin 2006 12:07

    Bonjour,

    Article et photos totalement Kitschs


    • Marsupilami (---.---.247.92) 22 juin 2006 12:39

      Ouaf !

      Absolument.

      Et quand tout le monde se précipite dans l’abîme, faut-il suivre le mouvement pour ne pas être traité de réac ?.

      Houba houba !


    • Georges (---.---.141.33) 22 juin 2006 12:54

      Réactionnaire ? C’est du vieux vocabulaire des soixante-huitards attardés, complétement dépassé aujourd’hui.


      • mat (---.---.221.242) 22 juin 2006 13:20

        « C’est du vieux vocabulaire des soixante-huitards attardés, complétement dépassé aujourd’hui » : peut-être, mais ces mêmes soixante-huitards et leur idéaux sont encore bien présents, tout attardés au Buffet qu’ils sont...

        je trouve pour ma part que cet article a le mérite d’être clair et sensé, même s’il enfonce une porte ouverte : le réactionnaire, c’est toujours l’autre (surtout quand on se veut « progressiste »).

        il n’y a pas plus bourgeois qu’une ancienne pute.


        • (---.---.41.253) 22 juin 2006 13:39

          (« Un chien, ca Vous court apres »[« Activisme et réaction »]) a.k.a.

          (Les chats[ARISTOCATS] VS les (chiens .=. coyote_réaction))


          • (---.---.145.35) 22 juin 2006 15:37

            Oui, si j’ai bien compris, c’est bien la différence entre être contemporain de son époque (innover, proposer des solutions en accord avec le présent etc) et vouloir s’enfermer dans la modernité (ou revenir dans le passé révolu etc). L’article n’est pas jugé intéressant, dommage parce que nous somme précisément dans une époque charnière de la France et de l’europe, où nous manquons d’hommes et de femmes capable d’apporter un souffle nouveau. Et finalement, a part se lamenter sur la vieille france, on fait pas grand chose. Pour ca y’a un bon livre : la révolte des masses, de José Ortega y gasset smiley

            Jigmy


            • miaou (---.---.10.148) 22 juin 2006 15:57

              « Seuls les monothéismes tendent à immobiliser le réel puisque leur doctrine veut que tout soit donné une fois pour toutes par un Omniscient Omniprésent à l’origine et à la fin de tout. »

              Il ne faut pas réécrire l’histoire. La science, essence même de la connaissance en mouvement, a tout de même prospéré dans les contrées dominées par le monothéisme : est-ce un hazard ? non, il s’agissait de retrouver, par le prisme humain des lois scientifiques, les plans divins du Grand Architecte de l’Univers. Au contraire, le bouddhisme, avec son principe que « tout est illusion », n’a jamais favorisé une telle recherche à priori inutile et a végété dans une forme d’ignorance pieuse. Le christianisme s’est certes violemment opposé à la science, mais il a permis de poser les bonnes questions et donc d’avancer. (jusqu’à nos crétins contemporains de créationnistes, qui ont toutefois eu le mérite d’obliger les darwinistes à préciser certains points de détail)

              Je ne vois pas très bien ce que le zoroastrisme vient faire dans la liste avec le bouddhisme, hindouisme et autre... ; avec son dualisme (dieu du mal et du bien), il préfigure les monothéismes, dont il est un des ancêtres. sa doctrine comporte une flèche du temps (lutte finale des forces du bien et du mal), similaire à celle du christianisme apocalyptique, voire du communisme inélectutable. Tout à l’opposé du temps cyclique des philosophies/religions orientales.


              • machinchose (---.---.129.40) 22 juin 2006 16:33

                il y en a quand même qui sont assez dépourvu de la moindre modestie pour pretendre nous expliquer à nous pauvres misérables qui osons parfois les contester ou les discuter un peu ce qui est. Oui rien de moins. Ce n’est pas une analyse c’est l’expression omnisciente de ce qui EST abrité sous le pretexte assez comique d’une sorte d’objectivité des termes... (assez pauvre d’ailleurs mais bon)

                affligeant.


                • Barbenoire (---.---.58.228) 22 juin 2006 19:29

                  Thèse d’un interêt relatif, qui pourrait être développée à l’infinie. La société évolue beaucoup moins qu’elle ne le pense, la seule chose certaine c’est que notre petite civilisation merdique, n’est plus en phase de croissance, ni intellectuelle, ni morale. Pourquoi continuer à parler de gauche et de droite c’est un discours idiot puisque la société actuelle est composée à 90% d’opportunistes égoïstes, peu importe leur orientation politique.


                  • argoul (---.---.18.97) 27 juin 2006 14:11

                    Comme d’habitude à côté : j’ai écris (vérifiez) « qui CROIT le créer », pas qui le crée.


                  • Adolphos (---.---.59.170) 23 juin 2006 11:15

                    « Seuls les monothéismes tendent à immobiliser le réel puisque leur doctrine veut que tout soit donné une fois pour toutes par un Omniscient Omniprésent à l’origine et à la fin de tout. »

                    Vous avez dû rater l’histoire des XX derniers siécle en Europe..

                    « Cela se constate à droite, notamment lors de la Révolution de 1789 où il s’agissait d’opposer une vision du monde »voulue par Dieu« , organisée socialement selon Son Modèle (ou par la tradition millénaire, selon Burke) - et les révolutionnaires, »de gauche« , qui ont forcé la révélation du mouvement déjà à l’oeuvre dans la technique, l’organisation efficace de la société et la maturation des idées. »

                    Hum, c’est drôlement caricatural tout de même. La Révolution, si même elle concerne la gauche actuelle (A part Babeuf, ou est la gauche ? C’est principalement un conflit à l’intérieur de la droite, d’ou babeuf guillotiné), oppose surtout des gens qui veulent reconstruire de zéro la société au nom de la « Raison », sans tenir aucun compte de la réalité, et en se plantant en plus dans leurs raisonements, et ceux qui au bout d’un moment font les frais de cette opération extrémiste. C’est pour ca que la Révolution à totalement échouée. Comme échoue et échoura toujours toute politique de gauche de type socialiste (une gauche laïque peut par contre réussir).

                    Par ailleur, Hobbes est assez réputé comme philosophe, inutile d’y voir un pur esprit religieux.

                    Et le monothéïsme n’a pas empéché aux Américains d’apporter au monde le modéle d’une société libre.

                    Quand à l’organisation efficace, 4 millions de morts, je trouve que Louis XV était bien plus efficace !

                    Non, le fond du probléme, c’est que la gauche voit l’histoire, ou plutôt l’Histoire, comme une substance, alors que l’histoire, ca n’existe pas. Que par ailleur il y aurait des Lois de l’Histoire, et que la Loi serait celle du Progrés, et que donc la suivre, c’est être pour le Progrés, et s’y opposer, c’est être Réactionnaire. Bref, on personnifie des abstractions dont la réalité est des plus douteuse, et aprés on insulte ceux qui ne sont pas croyants. Parce qu’évidement, si le Progré n’adviend pas, c’est forcément à cause de salauds, les « Réactionnaires », qui sabote, sans doute, pas parce que « le Progrés », ca n’existe pas.


                    • ifelhim (---.---.24.241) 23 juin 2006 12:07

                      Certains propos de l’article sont maladroits dans la forme, mais ils n’en gardent pas moins un fond de vérité.

                      Le fait est que le réactionnaire, c’est toujours l’autre, tout simplement parce que l’on souhaite avoir raison, pouvoir revendiquer être sur la voie du vrai, alors que nous sommes TOUS sur une voie médiane, celle où nous n’avons, ormis les extrèmes qui nous le prouvent par leur hermetisme aux idées de l’autre, que partiellement raison et donc tout aussi partiellement tort.

                      Cela n’engage que moi, mais les torts de la société sont le fait et la conséquence des faiblesses, des erreurs et des errances de l’être humain, inutilement manichéen, stupide dès qu’il est en groupe et excessivement vaniteux. Un adage dis, avant toute affirmation, emettre un doute, nous le faison trop rarement. La preuve en est, en écrivant ces lignes, je me rend compte être tombé dans le piège...

                      Non le système n’est pas pourri, il s’auto-alimente de nos erreurs, l’être humain a une trop haute estime de lui même lorsqu’il crée, il oublie qu’il est faillible et vaniteux, il méprise la différence alors que c’est le fondement même de l’humain, la différence est ce qui légitimie la vie en société, nous avons à gagner à écouter l’autre, à accepter sa différence. Nous ne le faison pas, cela fait que les systèmes (communisme, capitalisme, socialisme...) s’alimentent à l’ego au lieu de s’alimenter à la solidarité et au respect... Refuser d’entendre les idées des autres est un manque de respect et d’humilité, surtout lorsque l’on verse dans le sectarisme aveugle, sourd aux réalités d’un sytème que nous reprouvons alors même que nous le nourrissons...

                      La révolution que personne ne prone alors même qu’elle est la seule vraie, c’est celle que nous pouvons et devons faire en nous même : lutter que notre sectarisme, notre vanité... Avoir un ego tendant à la simple estime de soi est totalement différent de la vanité, qui nous entraine à penser ou vouloir être plus ou mieux que l’autre. C’est d’autant plus naif que nous sommes tous différents, nous le savons mais l’ignorons, méprisants, vaniteux...


                      • Nicole (---.---.232.172) 23 juin 2006 15:16

                        L’univers, la nature, le Big Bang ne sont-ils pas un éternel retour ?

                        Les religions citées, ne font-elles pas référence à la réincarnation ? est-elle une mouvement vers une nouvelle réaction positive ou un conservatisme ?

                        Effectivement dans votre sens, Hitler a voulu être un mouvement mais qui hélas avait déjà été exécuté, entreprendre l’élimination d’un peuple, d’une pensée à toujours existée et existe, les formes changent mais le final est toujours le même : la puissance destructive

                        L’Angleterre, terre bénie et citée en exemple dans notre actuel, a pu s’adapter, vous écrivez, pour votre raison mais dans l’évolution objective, je vous demande : pour Qui ?

                        Les Trente Glorieuses qui sont une période d’une certaine liberté et de progression pour tous se sont terminées au premier choc pétrolier qui a permis le choix avec à sa tête Giscard de commencer à mettre en place le « tout marchand » et comme obole à ceux non choisis mais utiles : le chomage

                        Je suis d’accord avec vous lorsque vous écrivez que le mouvement à gauche devrait être autre chose. En effet la gauche devrait se battre non pas pour un SMIC à 1500 Euros qui nivèle par le bas mais réactiver la position de l’Humain au coeur de l’économie et d’arrêter sa soumissin à une entité « La Mondialisation » qui,à entendre certains, est un progés naturel obligé et non une création imposée d’une catégorie humaine pour assouvir leur désir de pouvoir.

                        Je crois que les humains à différentes étapes de leur vie sont réactifs ou réactionnaires, et je crois que c’est dans ce contexte que ces mots sont utilisés quand tout simplement cela arrange celui qui les prononcent afin de clore l’idée de progrés positif pour tous

                        Le réactif dans l’évolution positive n’est pas, pour moi, enlever mais ajouter, améliorer, aux acquis d’hier .

                        On n’a pas supprimé la roue, on l’a amèlioré.

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Argoul

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