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Analyse du bilan que dresse Jean-Luc Mélenchon des années Mitterrand

Vous trouverez ci-dessous notre transcription de la conférence de Jean-Luc Mélenchon du 9 mai 2011. Cette vidéo est visible sur YouTube sous le titre « Bilan raisonné de 1981 et de la présidence de François Mitterrand par Jean-Luc Mélenchon ». Dans notre transcription nous avons ajouté des sous-titres numérotés ce qui nous permet maintenant d’y faire référence par le numéro.

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1. ANALYSE CRITIQUE
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Nous voulons faire une analyse critique de cette conférence. Nous nous contentons ici de donner une liste de réflexions et de questions. Nous vous invitons dès maintenant par vos commentaires à apporter votre contribution. Nous essaierons de rédiger ultérieurement une synthèse des critiques.

1. Il y a bien des sujets sur lesquels Jean-Luc Mélenchon ne dit pas un seul mot. Nous pouvons en amorcer la liste : la question scolaire, la suppression de la sidérurgie de Lorraine, les fleurs sur la tombe de Pétain, l’amnistie des généraux de l’OAS, la première guerre d’Irak, la montée du FN, les accords Lang-Couplet, la mise en place des camps de rétention… Nous vous invitons à compléter la liste.

2. Les politiques d’austérité et de rigueur misent en place par Mitterrand sont omniprésentes dans sa conférence mais ne sont jamais désignées explicitement. Quelles expressions Jean-Luc Mélenchon utilise-t-il pour les nommer ?

3. Au §3, il dit : « le format médiatique, nous condamne à être, soit des ennemis aveuglés de François Mitterrand, soit des mitterrandolâtres. Entre les deux il n’y a place pour rien. En tout cas il semblerait qu’entre les deux il n’y a pas de place pour l’intelligence ». Il prétend donc se situer « entre les deux ». Connaissez-vous plus mitterrandolâtres que Jean-Luc Mélenchon ? Si c’est le cas nous vous prions de nous en informer.

4. Maintenant qu’il a rompu avec le PCF, ce qu’il dit dans cette conférence à propos du PCF et de la stratégie de l’union reste-t-il entièrement valable ?

5. Jean-Luc Mélenchon parle longuement de la stratégie de l’union autour du programme commun (§12 à 21). Il expose les difficultés et les remèdes pour parvenir à des accords entre le PS et le PCF. Il n’évoque jamais ces questions à propos des radicaux de gauche. Est-ce parce que cela ne présentait pas de difficultés ou est-ce parce que cela n’avait pas d’importance ? Pourquoi tenaient-ils les uns et les autres à avoir les radicaux de gauche dans leur alliance. Quelle était réellement l’implantation de cette formation ? Connaissez-vous les noms de quelques leaders des radicaux de gauche ?

6. Dans ces mêmes chapitres (§12 à §21), Jean-Luc Mélenchon expose aussi la nécessité d’avoir un programme commun. Il parle de la stratégie pour y parvenir et des difficultés que cela représente. Or, la question qui nous paraît la plus importante, et qu’il n’évoque pas, est de savoir pourquoi des programmes comme le « programme du CNR » ou le « programme commun d’union de la gauche » n’ont pas été appliqués. Qu’a-t-il manqué, que ce soit à la libération ou en 1981 ? Si on ne peut pas répondre à cette question, il paraît vain de vouloir faire des programmes du même genre et nous ne parlons même pas du programme de la France Insoumise qui est inapplicable puisque Jean-Luc Mélenchon n’envisage pas de sortir de l’Union Européenne.

7. Plusieurs fois il désigne des cadres du parti socialiste comme responsables du fait que François Mitterrand n’ait pas pu appliquer le programme commun. Il désigne notamment Gaston Deferre et le courant rocardien §21 puis, François Hollande, Jean-Pierre Mignard, Jean-Yves Le Drian et Ségolène Royale §22. Il ajoute Dominique Strauss Kahn §6, §40, §44 et §4. Etaient-ils coupables ou bouc-émissaires ? Seraient-ils plus étrangers au mouvement ouvrier que François Mitterrand (Voir notamment à ce sujet la vidéo « Mitterrand était-il d’extrême droite ? » sur YouTube) ? Que faisait donc Jean-Luc Mélenchon dans ce parti qui avait tant de cadres hostiles aux revendications ouvrières ? Car enfin, c’est bien la question que se posent tous les militants du mouvement ouvrier : pourquoi adhérer à telle ou telle organisation ? Il est vrai que certains se posent la question : quelle organisation va me permettre le plus facilement de faire une carrière de politicien ? Est-ce la question que s’est posée Jean-Luc Mélenchon ?

8. Au §22, il nous gratifie d’une petite pièce de théâtre où il laisse entendre que ceux qui parlent des « affaires » ne savent pas de quoi ils parlent, le tout assujetti de remarques insultantes à leur égard : « Ils ne se souviennent pas, ce sont des réflexes, des refrains qui abolissent la pensée. C’est fait pour ça, on ne pense plus ». Rassurons-le ! Nous savons de quoi nous parlons. Quoique… il y en a tellement que nous pouvons en oublier. En voici quelques-unes : Affaire Greenpeace ou Rainbow-Warrior ; affaire de la MNEF ; le silence sur son état de santé, alors qu’il avait critiqué l’attitude de Pompidou à ce sujet et avait promis que, pour ce qui le concerne, il y aurait transparence ; le silence sur Mazarine et sa mère, affaire « privée » qui mobilisait des moyens de l’état considérables ; les écoutes téléphoniques concernant plus de 150 personnes ; l’affaire Jean-Edern Hallier ; les irlandais de Vincennes ; l’affaire du Carrefour du développement ; le scandale des initiés de l’affaire Pechiney ; l’affaire du Crédit Lyonnais ; Bernard Tapie sera défendu par Mitterrand deux fois lors des traditionnels entretiens télévisés du 14 juillet avant d’être condamné ; l’affaire Urba où il intervint pour défendre les inculpés Henri Emmanuelli et Henri Nallet ; l’affaire de « la française des jeux » ; ses amitiés avec René Bousquet ; l’amnistie de 1990 pour toutes les personnalités compromises restera sans doute la plus scandaleuse des « affaires »… A compléter.

9. En plus de traiter d’amnésiques qui ne pensent pas ceux qui parlent des affaires sous François Mitterrand, quels autres procédés utilise Jean-Luc Mélenchon pour tenter de décrédibiliser par avance ceux qui critiquent la politique de Mitterrand ? Se montre-t-il à chaque fois insultant à l’égard de ceux qui ne partagent pas son point de vue ?

10. Au §24, il dit « je m’arrête là parce que sinon on y passe la soirée ». Qu’aurait-il dit de plus s’il ne s’était pas arrêté là ?

11. Dans la liste des belles avancées socialistes du §23, il place les lois Auroux. Or, Yvon Gattaz qui était Président du CNPF au moment où ces lois ont été adoptées a déclaré le 10/01/1996 au journal « Les Echos » : « Les lois Auroux ont été très bonnes » et Jacques Le Golf, professeur de droit public, explique à Ouest-France : « ils (les patrons) se sont rendus compte que la négociation pouvait être un moyen de réduire la part du droit légal du travail au profit d’accords négociés au sein de chaque entreprise. Un outil de flexibilité, finalement ! » Qui se trompe ?

12. Les nationalisations ne furent de belles réalisations que pour ceux qui se sont considérablement enrichis dans la double opération : nationalisations puis privatisations, ou « ouverture du capital ». De qui s’agit-il : des actionnaires des entreprises concernées ou des milliers de travailleurs licenciés ?

13. Il ne laisse aucune place à la réflexion et à la discussion dans sa liste des réalisations de François Mitterrand du §23. Il traite d’amnésiques qui ne pensent pas ceux qui ne partagent pas son point de vue, mais il impose aux autres d’avaler une liste qu’il débite sur le ton d’une litanie en ajoutant quand elle est épuisée : « Je m’arrête là parce que sinon on y passe la soirée ». Bref, il traite les premiers d’imbéciles et il prend les seconds pour des idiots. En fin de compte, il est encore plus méprisant pour ceux qui le suivent que pour ceux qui le contestent. Continuons donc à contester ! En ce qui concerne la justice, il présente trois réformes : la suppression de la cour de sureté de l’état, la suppression des tribunaux militaires et l’abrogation des lois anticasseurs. Mais, à quoi cela mène-t-il quand les juges antiterroristes continuent à sévir et quand un gouvernement peut à tout moment décréter l’état d’urgence avec toutes les mesures arbitraires qui en découlent ? Ajoutons que la Cour de Justice de la République peut innocenter autant qu’elle le veut les laquais des puissants telle Christine Lagarde. Qu’avons-nous vraiment gagné contre l’arbitraire avec ces trois réformes ?

14. A ceux qui pensent que toutes ces questions méritent discussion et réflexion, nous proposons de comparer sur plusieurs points les avancées sous Valéry Giscard d’Estaing avec les avancées sous François Mitterrand. Sur le plan sociétal, Valéry Giscard d’Estaing a apporté notamment la loi Simone Veil sur l’IVG, la loi sur la procédure de divorce par consentement mutuel et l’abaissement de la majorité civile à 18 ans. Mitterrand a apporté l’abolition de la peine de mort, la légalisation des radios-libres, le remboursement de l’IVG par la sécurité sociale et l’abolition du délit d’homosexualité. Avec l’abolition de la peine de mort, la balance penche en faveur de Mitterrand mais sinon il y aurait assurément lieu d’hésiter. Si on regarde les avancées pour les droits de la femme, c’est par contre assurément en faveur de Valéry Giscard d’Estaing que la balance penche car, sous Mitterrand, seuls la loi Roudy, qui interdit les discriminations de genre dans l’entreprise, et le remboursement de l’IVG par la sécurité sociale, apportent une amélioration. Mais surtout, dans ce genre de bilan, il faut se demander s’il convient vraiment d’attribuer le bénéfice de l’une ou l’autre de ces réalisations à l’un ou à l’autre des présidents car, sans doute que, d’une manière ou d’une autre, au fil du temps ces réformes auraient été mises en place. C’est peut-être essentiellement l’évolution de la société qui a fait que le moment était venu pour mettre les lois en harmonie avec les changements de mentalités, de mœurs, d’idées…

15. Pour ceux qui réfléchissent, il ne reste décidément pas grand-chose de « cette œuvre immense », cette « véritable bascule sociale » comme il dit au §25. Ainsi pour des réalisations comme la construction des zéniths et des musées dans les villes, il faut s’interroger sur les coûts de création et de fonctionnement et il faut aussi se demander quelles sont les catégories sociales qui en profitent et quel est le réel intérêt qu’elles y trouvent.

16. Remarquons en plus que chaque mesure annoncée devrait être accompagnée de précisions. Ainsi, par exemple, pour la retraite à 60 ans, il y a de nettes différences entre la 82ème des 110 propositions des socialistes et l’ordonnance du 26 mars 1982. Il n’est plus question de la retraite à 55 ans pour les femmes et la retraite à taux plein ne reste garantie que pour les départs à 65 ans. La retraite à 60 ans n’est accordée qu’à ceux qui ont cotisé pendant 37,5 années. Ils ont alors droit à une pension égale à 50% du salaire annuel moyen des 10 meilleures années. Ceux qui partiront à 60 ans sans avoir leurs 150 trimestres verront leur pension minorée. C’est la fameuse décote. A ce compte-là nombre de ceux qui voudraient partir en retraite à 60 ans verraient leurs revenus diminuer de 70 à 80% et préfèrent donc rester en activité. Ces précisions changent sérieusement la donne.

17. Cette liste du §23 est un des enfumages dont Jean-Luc Mélenchon est expert. Elle ne peut apparaître comme bénéfique pour les exploités qu’en la dénudant des précisions élémentaires qui s’imposent et en excluant toute réflexion, toute discussion. De plus, les connotations induisent parfois plus de contre-vérités que ce qui est explicite. Ainsi, Jean-Luc Mélenchon nous assène deux fois l’expression « partage des richesses ». Or, les inégalités de revenus avaient baissé en France de 1965 à 1981 et elles sont reparties à la hausse précisément pendant les années Mitterrand. Voir à ce sujet la page de la Wikipédia sur les inégalités des revenus en France : les 10% les plus riches possédaient 37% des richesses en 1965. Ils étaient descendus à 30% en 1981 mais ils sont remontés à plus de 32% en 1995. Il y a maintenant 500 000 millionnaires en France. Le magazine « Challenges » nous informe sur l’évolution des richesses des familles françaises les plus fortunées. Nous n’avons malheureusement pas les données de 1981 à 1995 mais il est bon de rappeler qu’au cours des vingt dernières années, alors que le PIB a à peine doublé, les 500 plus fortunés ont vu leur fortune multipliée par 7 et les 10 plus fortunés ont vu leur fortune multipliée par 12. Celle de Serge Dassault a été multipliée par 20. Enfin ! Que chacun apprécie pour ce qu’elle vaut l’expression de Jean-Luc Mélenchon « partage des richesses » !

18. Quant à parler d’une véritable bascule, nous renvoyons le lecteur à notre article « La Grande Trahison ». Nous expliquons que la trahison commence dès 1981. La trahison étant le fait de mener, pour l’essentiel, une politique contraire aux promesses. Elle ne commence pas comme le laisse entendre Jean-Luc Mélenchon avec le tournant de la rigueur. Pour la génération de l’après-guerre, il y a effectivement eu une véritable bascule au cours des « années Mitterrand ». Nous avons en effet connu une longue période de progrès social, d’augmentation du pouvoir d’achat, de conquête de libertés et brutalement au cours des années Mitterrand nous avons vu s’ouvrir une période de régression dans tous les domaines, de remise en question du « modèle social de 1945 », d’atteinte aux libertés individuelles… Cela s’est prolongé d’un Président de la République à l’autre jusqu’à aujourd’hui avec des attaques de plus en plus violentes contre les plus démunis au profit des plus riches. Remarquons au passage que, dans cette période de régression, les Présidents dits « de gauche » abandonnent leurs promesses en cours de mandat tandis que les Présidents dits « de droite » non seulement vont au bout de leurs promesses mais ils y ajoutent des agressions supplémentaires. Ce grand tournant de la politique de l’après-guerre a permis, grâce à François Mitterrand et à ceux qui le soutiennent, aux forces réactionnaires des exploiteurs de reprendre l’initiative dans la lutte contre les exploités. L’appréciation de Jean-Luc Mélenchon est à l’opposé de la nôtre. La discussion reste ouverte sur cette question essentielle.

19. Sur bien d’autres points, l’exposé de Jean-Luc Mélenchon est contestable. Pour excuser la politique réactionnaire de François Mitterrand, en plus de chercher des boucs-émissaires, il explique que les socialistes ont été pris au dépourvu par le changement majeur de la situation internationale induit par la décision de Richard Nixon en 1971 de mettre fin à l’équivalence entre le dollar et l’or (§9 et §10). Or, la 10ème des 110 propositions du programme du PS prouve qu’ils étaient parfaitement au courant. En voici le libellé : « Définition d'un nouveau système monétaire mondial par la réforme du FMI de la banque mondiale et du "panier de monnaies", un moratoire et de nouvelles liquidités pour les pays pauvres du tiers monde ». Il eut été étonnant qu’il en soit autrement dix ans après ce changement. Nous renvoyons le lecteur à ce que nous avons expliqué à ce sujet dans notre article : « Quand l’austérité parachevait la trahison ».

20. Jean-Luc Mélenchon trouve encore une autre excuse à Mitterrand. C’est de la faute du peuple parce qu’il n’y avait pas de mouvement social pour soutenir l’action gouvernementale §27. Là nous renvoyons le lecteur à notre article « La grande trahison ». Le mouvement social c’est eux qui l’ont brisé. Ils ont brisé ceux qui voulaient une réforme laïque de l’enseignement et les sidérurgistes de Lorraine. Ils ont pour cela mobilisé les appareils des syndicats qui sont depuis longtemps pour le maintien de la société capitaliste. Nous donnons le détail de ce qu’ils ont fait dans notre article. N’y avait-il pas alors un mouvement social de grande ampleur qu’ils se sont employés à casser, à éteindre ? Jean-Luc Mélenchon conviendra d’ailleurs au §29 qu’il y a eu un mouvement social chez les OS d’Aulnay et il avouera qu’ils l’ont brisé dans les pires conditions car ils ont accusé les leaders d’être des complotistes islamiques. Après tout cela, il ose cependant dire au §30 que « nous avons eu surtout des grèves venant des corporations de droite » ! Faut-il comprendre que les défenseurs de la laïcité, les métallurgistes de Lorraine et les OS d’Aulnay étaient de droite ?

21. Comme autre sujet de réflexion important, nous proposons de discuter de la montée du FN sous Mitterrand. Aux élections législatives de 1981, le FN fait 0,18% et Jean-Marie Le Pen n’avait même pas obtenu les 500 signatures pour se présenter aux présidentielles. C’est un « groupuscule ». Mais trois ans plus tard, François Mitterrand va lui permettre d’entamer une progression fulgurante. On est en 1984. Le PS et François Mitterrand sont complètement déconsidérés aux yeux des électeurs tant leur trahison est évidente. Ils n’ont quasiment rien réalisé de leurs 110 promesses si ce n’est l’abolition de la peine de mort qui sera tout le bilan affiché par les socialistes pour les décennies à venir. Il n’y a vraiment que Jean-Luc Mélenchon pour voir dans l’action de François Mitterrand « une œuvre immense, une véritable bascule sociale ». François Mitterrand est alors le Président de la République le plus impopulaire de la Vème république. Sa cote de popularité affiche 28% de satisfaits pour 55% de mécontents. Il va alors décider, dans la perspective des législatives de 1986 et des prochaines présidentielles de 1988, de favoriser le FN pour mettre en difficulté ses concurrents de la droite traditionnelle. Il reçoit Jean-Marie Le Pen et donne des directives pour que la télévision lui ouvre ses portes. Les larbins s’exécutent et Jean Marie Le Pen est immédiatement invité à la plus importante émission politique de l’époque : « L’heure de vérité ». Trois mois plus tard, le FN dépasse les 10% aux européennes et, avec l’aide de France Télévision, il continuera à progresser. Deuxième étape : en 1986, François Mitterrand instaure le scrutin proportionnel pour les législatives. Il est vrai que c’était l’une des promesses de 1981 mais on se doute bien que ce n’est pas par un brusque sursaut de scrupule moral qu’il prend cette décision. Il sombre tellement bas dans les sondages qu’il lui faut limiter la casse car comme le dit Jack Lang : « si le scrutin majoritaire avait été maintenu, Mitterrand aurait eu de grandes difficultés à se maintenir au pouvoir » (Voir sur YouTube la fin de la vidéo « Mitterrand était-il d’extrême droite ? »). Cette décision aura pour « effet de bord », comme disent les informaticiens, de permettre au FN de faire entrer 36 députés à l’assemblée nationale. Cela a assurément contribué à renforcer l’assise du FN. Cependant, nous contestons ce que dit Jean-Luc Mélenchon à ce sujet. Au §32, il s’enferme dans l’alternative : supprimer la proportionnelle ou supprimer le FN. Et il propose ni plus ni moins de supprimer le FN. Il argumente en disant qu’en 1936, c’est la décision d’interdire les ligues fascistes qui aurait, de son point de vue, permis d’éviter d’avoir un gouvernement fasciste. Cette interprétation est un peu simpliste et insuffisante mais nous ne nous éloignerons pas de notre sujet en discutant de 1936. Nous sommes contre les interdictions parce que nous sommes pour la liberté et nous savons que toutes les interdictions prises contre « la droite » se retournent contre les exploités et leurs organisations. D’ailleurs, c’est au nom des lois de 1936 prises contre les ligues fascistes que l’OCI, organisation trotskyste à laquelle a appartenu Jean-Luc Mélenchon, a un moment été dissoute en 1968 en même temps que d’autres organisations.

… Et je m’arrête là parce que sinon on y passe la soirée… comme dit l’autre !

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2. TRANSCRIPTION
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1. CETTE CONFERENCE A UN STATUT UN PEU ETRANGE
Cette conférence a un statut un peu étrange. Ce n’est pas une réunion du parti de gauche dans la mesure où les propos que je vais tenir en quelque sorte n’engage que moi. Mais j’ai ressenti le besoin de m’exprimer, à l’occasion de cet anniversaire, pour la raison que trop de fois, soit j’ai été mis dans une situation, une position qui n’était pas la mienne, relativement à la personne du président Mitterrand ou à la politique qu’il a pratiquée et à laquelle j’ai participé à ma modeste place de l’époque et plus encore, j’étais chagrin et je suis toujours chagrin, des visions simplistes que je vois développer à propos de cette extraordinaire phase politique que nous avons vécue et que l’on appelle les années Mitterrand, d’une appellation globalisante qui contient des choses complètement différentes, et qui le plus souvent s’arrête à l’écume des choses, à leur superficie et par cela même nous donne une indication du fait que tout récit sur le passé est un récit au présent. Quand on parle des morts on parle souvent de soi. Quand on parle du passé on parle souvent de l’avenir que l’on aurait préféré.
Tant et si bien que nous ne devons pas perdre de vue lorsque l’on va parler de 1981 et du président Mitterrand, que le récit ne pourra jamais être neutre. La science historique avance à son rythme et elle met sur le devant de la scène des contradictions que le temps long règlera.
Mais nous, nous sommes des êtres de chair et de sang qui avons participé à cette histoire. Dans cette salle, il y a des hommes et des femmes de la génération qui a été directement impliquée par cette histoire et qui n’en sont naturellement pas ressortis indemne et, chacun avec son récit, sa vision, ses souvenirs qui ne sont pas faits contrairement à ce que d’aucuns souhaiteraient que d’amertume, de regrets et de désillusions. Au contraire, nombre d’entre nous en sont ressortis avec le sentiment d’appartenance à une longue chaîne du temps dans laquelle ils veulent maintenir leur rôle, leur engagement, dans son humanité complexe, contradictoire mais toujours allante. Alors donc, pour vous parler à propos de cet anniversaire du 10 mai 1981, je voudrais d’abord déblayer le récit après ces prémices, de quelques autres objets qui encombrent votre chemin.

2. L’APPRECIATION SUR LA PERSONNE
D’abord il faut distinguer ce qui tient de l’appréciation sur la personne, de ce qui tient du bilan de la situation. Et quant à la personne, par la force des choses, il faut faire la part de la relation que l’on a pu avoir soi-même avec lui, François Mitterrand. Je ne parle pas seulement de gens qui, comme moi ont eu le bonheur de pouvoir l’approcher, le connaître, le fréquenter, mais également, parmi vous, de tous ceux qui, entrés dans son combat, participant à cette bataille à la place qui était la leur à ce moment-là, se sont construits la relation normale que chacun d’entre nous crée avec un leader, même s’ils ne le fréquentent pas, même s’ils ne le connaissent pas personnellement, mais avec cet étrange sentiment de participer à un combat où l’on a les mêmes mots, les mêmes aspirations, les mêmes révoltes, les mêmes joies.

3. NI ENNEMI AVEUGLE DE FRANCOIS MITTERRAND NI MITTERRANDOLATRE
Pour ce qui me concerne, je dois donc commencer par vous dire que je n’encombrerais pas l’effort de conviction que je vais faire, de la tentative de vous convaincre de la nature des relations que j’ai pu avoir personnellement avec lui. Je les mets donc de côté. Je le dis parce que le goût des caricatures et de la pensée simple, en quelques mots qui tiennent dans des phrases courtes, c’est-à-dire le format médiatique, nous condamne à être, soit des ennemis aveuglés de François Mitterrand, soit des mitterrandolâtres. Entre les deux il n’y a place pour rien. En tout cas il semblerait qu’entre les deux il n’y a pas de place pour l’intelligence.
Je pense que précisément c’est l’effet qui est recherché. On ne pourrait pas adhérer rationnellement à ce qu’a été le combat de l’union de la gauche, et précisément c’est cela que nous avons non seulement à sauver, mais à reprendre à notre époque. Donc moi je mets de côté le fait que la relation humaine avec François Mitterrand, lorsqu’on est, comme moi, quelqu’un qui vient d’une famille de milieux modestes, de gens qui ont été bringuebalés par l’histoire et qui l’ont subie davantage qu’ils ne l’ont faite : pieds-noirs arrachés à l’Afrique du nord, après avoir été arrachés à la Sicile et à l’Andalousie. Tout ça, comme c’était loin des gens qui exerçaient le pouvoir. Eh bien oui ! c’est quelque chose pour moi qui reste vif dans mon esprit, que l’honneur d’avoir approché le président de mon pays avec qui j’ai partagé des combats et la relation personnelle avec lui, je vous le dis et je n’en dirais pas davantage, était toujours sur le plan humain d’une grande délicatesse. Et c’est ce qui fait que se combinait une magie séductrice étrange que cette délicatesse humaine, combinée à l’attirance vivante que représentait son savoir-faire politique. Le regardant faire, l’écoutant parler, souffrant comme tout homme du complexe de la relation au père, il est clair que comme tous les autres j’ai été me faire valider et revalider à mesure que des idées me passaient par la tête. Et lui laconique, en quelques mots, réglait le sort de ce qu’on lui suggérait. Tantôt c’était : « Ah oui, c’est très intéressant », ou bien c’était : « Ah ! vous croyez ? », ou bien : « Oui, vous voulez », ce qui était le comble de l’amertume après de se dire : comment ai-je pu dire une bêtise pareille ? Je mets donc tout ça de côté mais la relation à l’homme cependant, elle, soulève une dimension politique.

4. LE PROCES EN LEGITIMITE
A droite il y a toujours eu ce que j’appelle le procès en légitimité. Le procès en légitimité, c’est :« pas vous », et l’on met en cause la personne, une fois, deux fois, trois fois. Quoiqu’ait défendu l’homme, on lui reprochera son passé, ses voisins, ses cousins. Jamais on ne verra la rupture quand c’est elle qu’il faut regarder, toujours on préférera la continuité quand c’est elle qui accable. Et à d’autres moments, on produira la rupture si c’est le moyen à nouveau de délégitimer la personne dans la majesté, la force, la puissance de son engagement. C’est aussi vieux que le rapport de la gauche à la droite. L’objectif numéro un des gens de droite, de la propagande de droite, est de délégitimer les porte-paroles de la gauche. Jean Jaurès a été représenté pendant des décennies, pas tant que ça parce qu’il n’a pas vécu tant que ça malheureusement, avec une bouteille de vin dans la poche. Non que Jaurès ait eu l’habitude de boire, mais Jaurès, qui avait un pacte particulier avec son épouse, qui était catholique pratiquante, avait accepté que ses enfants fassent leur communion. Aussitôt la droite s’est jetée sur lui : « vous êtes un hypocrite, vous défendez la laïcité mais vos enfants font la communion ». Comme si faire sa communion empêchait d’être laïque. Et pendant des années on a représenté Jaurès sur toutes les caricatures avec une bouteille de vin de messe.
A Léon Blum, on a toujours jeté à la figure son passé de critique d’art, pour le faire passer pour un personnage inconsistant et ainsi de suite. Et bien sûr, plus modestement, maintenant que me voici rendu à marcher devant, les autres m’ayant copieusement poussé dans le dos, on me dit : « mais comment… », j’ai lu ça dans le nouvel observateur : « Comment ose-t-il parler du peuple lui qui a un CAPES de lettres ? » Si seulement je l’avais eu. Et je me dis : mais pourquoi, ayant un CAPES de lettres, n’aurais-je pu parler pour le peuple ? Quoi, il faut donc être sans instruction ! Nos parents se sont dévoués pour rien ! Les efforts que j’ai pu faire pour être un lettré ne servent à rien. Ils me disqualifieraient ! Mais c’est tout le contraire ! Alors d’autres fois, on me dit : « Avec ce que vous gagnez, vous osez vous présentez ? ». Ben précisément, c’est à cause de ce que je gagne - je suis d’ailleurs payé pour ça - que j’ose me présenter. La logique ne peut pas être « profites et tais-toi » ! Eh bien, ce procès en légitimité, nous le connaîtrons tous et peut-être que dans votre vie militante vous l’avez vous-même connu.
Le deuxième volet du procès en légitimité, c’est après avoir dit « pas vous », « pas ça », « vous ne savez pas de quoi vous parlez ». Ou bien : « en fait vous savez bien que ce que vous proposez, ça ne peut pas marcher ». Et donc, « parce que vous êtes un homme intelligent ou une femme intelligente, vous savez bien que ça ne peut pas marcher, mais vous le proposez quand même ». Donc vous êtes un menteur et un hypocrite. Et : retour à la case départ de la délégitimation. On a connu ça. J’ai donné l’exemple de Jaurès, je me suis modestement faufilé dans le récit. J’aurais pu évoquer Salengro que l’on a poussé jusqu’à ce qu’il se suicide et combien d’autres ? Ça, c’est le procès classique de la droite.

5. LE PROCES EN TRAHISON
Il y a ensuite le procès de l’extrême-gauche. C’est le procès en trahison. Au fond tout n’était qu’une comédie et le traître, avec son masque, s’est caché, et puis un jour, fatigué de faire le socialiste, il l’a jeté, et enfin il a révélé sa vraie nature. Ah, il faut que les brebis se tournent vers le bon berger et d’ici là, on a ce qu’il faut de larmes pour regretter les erreurs qu’elles commettent.
Voilà en gros la pensée qui résume l’histoire à une série de complots policiers, dans lequel circulent des personnages de circonstance desquels on n’a rien à attendre. Ça c’est le procès en trahison. C’est celui de l’extrême-gauche.

6. LE PROCES DES SOCIAUX-LIBERAUX
Et puis après, il y a le procès des sociaux-libéraux. Alors là, c’est autre chose. C’était un archaïsme, de toute façon. Ils surgissent partout. Nous avons pris le pouvoir avec un programme qui datait des années 70, pensé pendant les années 60, réfléchi pendant les années 50. On était perdu d’avance. Que ne les a-t-on écoutés plus tôt ! Que ne s’est-on jeté plus tôt dans les bras de Dominique Strauss-Kahn, à qui j’emprunte cette citation ! Mais qui sont les cyniques, sinon ceux qui le sachant, ont fait semblant, plutôt que ceux qui ne le sachant pas y ont cru ? Au total cela fait un grand bruit, davantage qu’un raisonnement et un terrain est ainsi préparé qui répand l’idée suivante : « Rien ne sert à rien. Les chefs sont tous des traîtres. Les victoires ne conduisent à rien. Ça ne sert à rien de prendre le pouvoir ». Et ainsi sont reproduites à jamais de petites chapelles messianiques pour le plus grand bonheur de ceux qui possèdent et jouissent.

7. A PROPOS DE 1983, NE DOIT-ON PARLER QUE DE FRANCOIS MITTERRAND ?
Bref, François Mitterrand, pris dans ces trois procès, nous entraîne, nous qui avons partagé le combat du programme commun, et au fond ceux qui l’accablent le chargent de tous leurs péchés. Car enfin, on va parler bien sûr de 1983. N’est-il pas étrange qu’à propos de 1983 on ne parle que de lui ? Est-ce qu’à l’heure des bilans, on ne devrait pas entendre Jacques Delors, qui était le ministre qui ne cessait de dire qu’il fallait faire des pauses et qui fut le ministre du budget proposant qu’on entre dans la voie que vous savez ? Comment se fait-il que Pierre Mauroy n’ait jamais défendu un seul jour les nationalisations qu’il a lui-même décidées en tant que premier ministre ? Pourquoi ne rend-il aucune espèce de compte ou de réflexion sur les raisons qui ont conduit à passer de cette politique à une autre ? Tout ça, direction François Mitterrand.

8. LA NOUVELLE TONTONMANIA
Comme il n’est plus là pour s’expliquer, tout va bien. Et la cohorte se grossit. Je vois par exemple Alain Krivine, qui dit : « Ah oui ! Sur le programme commun, oui on s’est trompé, c’était de gauche ! » Mais c’est une erreur terrible de s’être trompé sur un sujet pareil ! Et là je témoigne comme partie prenante de l’affaire. Je n’étais pas membre de la ligue communiste. J’étais membre d’une organisation différente du trotskisme. Mais quoi, 20 à 25 000 jeunes gens, garçons et filles, disciplinés, éduqués, aimant la vie, ardents dans le combat, se sont mis à côté de la grande bataille qui allait transformer leur pays et ont laissé des personnes sans doute dévouées mais bien moins instruites qu’eux dans le combat politique, bien moins déterminées, en quelque sorte devenir les héritiers d’un programme dont ils avaient surtout capté la vague. Eh bien, est-ce que ça n’est pas une leçon qui nous concerne aujourd’hui ? Ce sera l’une des leçons qui nous concerne aujourd’hui, après la méfiance contre la calomnie et la vision policière de l’histoire.
Donc, une fois que l’on a mis tout ça de côté, qui se rapporte à la personne et aux impressions qui s’y attachent, nous goûtons avec l’humour qui convient la nouvelle tontonmania qui sévit. Et voilà toutes sortes de récalcitrants, que j’ai connus bien moins ardents, qui se battent dans les cimetières pour être au premier rang, et qui depuis quelques jours, vont courant, porteur d’icônes, de vraies reliques présenter le nouveau bienheureux de l’histoire socialiste. De quoi ils ne retiennent absolument rien de concret, sinon les apparences. Parce qu’après tout je ne vois pas comment on peut jouer un remix du programme commun avec les programmes qui nous sont soumis aujourd’hui. Je vais y venir.

9. UN BOULEVERSEMENT DU CAPITALISME AUQUEL NOUS N'ETIONS PAS PREPARES
Quand nous pensons à cette question du bilan, ayons la lucidité intellectuelle de comprendre que ce bilan changera encore beaucoup de fois, à mesure que le temps passant, les tendances profondes qui n’étaient en quelque sorte qu’amorcées, dans la période dont nous parlons, et qui étaient cachées aux yeux de ceux qui la vivaient, révèlent ce qu’elles étaient. Nous sommes les êtres humains d’aujourd’hui, sachant ce que signifiait la période. Mais lorsque nous y étions, nous n’avions pour nous que la boussole de nos principes, pour quelques-uns d’entre nous la méthode du matérialisme historique pour penser, et pour le reste notre enthousiasme. Et pourtant, alors même que les événements qui ont conduit au programme commun se nouaient, dans le secret du mode de production capitaliste, dans l’organisation générale géopolitique des puissances, quelque chose était en train de se modifier qui transformait les conditions de l’après-guerre. En 1971, le président des États-Unis d’Amérique met fin à l’équivalence entre le signe monétaire dollar et sa contrepartie matérielle qu’est l’or. C’est une question technique qui échappe à l’attention d’un très grand nombre de gens, mais qui donne ce jour-là un pouvoir absolument incroyable aux Etats-Unis d’Amérique, qui leur permet de tourner la page de ce qu’était l’esprit de la sortie de guerre, des accords de Bretton Woods, du compromis de Copenhague, et s’approprie toute la puissance, c’est-à-dire le pouvoir d’émettre avec la planche à billets, autant d’argent qu’ils le veulent, mettant tout le reste du monde à contribution de remplumer leurs déficits.
Eh bien pendant que ce capitalisme-là, qui va tout d’un coup, produire des milliards et des milliards de capitaux fictifs, engendrer quasi automatiquement, du fait de la concentration dans des économies naines, celles des pétromonarchies, des concentrations absolument fantastiques de capitaux qui ne trouvaient aucun emploi et qui se sont donc recyclés dans la finance internationale avec des exigences de rendement. Bref, cette mutation majeure de l’organisation du capitalisme passe quasi-inaperçue.

10. C’EST DE LA FAUTE A MARGARET THATCHER ET RONALD REAGAN
En France, le programme commun est construit sur une stratégie d’affrontements avec un capitalisme monopoliste d’état qui ne sait pas, à ce moment-là, que sa dernière heure vient de sonner en août 71 du fait de la décision de Richard Nixon. Et cette tendance qui n’est qu’amorcée, eh bien c’est elle qui va déferler et qui va aller jusqu’au point où, alors que nous nous arrivons au pouvoir en 1981, Margaret Thatcher y arrive en 1979, Ronald Reagan y arrive en 80 qui vont être les personnalités politiques qui vont accomplir le programme politique de ce nouvel âge du capitalisme, en jeter les bases, organiser la dérégulation universelle. Pendant tout ce temps, les bons esprits qui aujourd’hui donnent des conseils, n’ont rien vu, rien compris. Et c’est eux qui nous ont suggéré une stratégie qui nous a conduits dans l’impasse.

11. 1981 EST L'ENFANT DE 1968
Je viens donc maintenant à la question de 1983. Mais pour y venir, je vous propose d’abord de replacer 1981 dans sa séquence historique, dans ses composantes politiques et dans sa portée. Dans sa séquence, s’il vous plaît, je sais bien que ce n’est pas la maladie qui frappera d’abord cette salle, il faut rompre avec la pensée de Disneyland, celle qui produit de l’admiration pour le mariage de Kate et William et la fascination pour les épisodes de ce magnifique feuilleton de Ben Laden.
Il faut partir des faits, de l’analyse dont ils s’organisent entre eux. 1981 n’est certainement pas une surprise inouïe. C’est le résultat d’un long cheminement qui a ébranlé la société française dans ses profondeurs. 1981 est du point de vue du rapport de force social, d’abord l’enfant de 1968. C’est l’effet différé, politique, de la grève générale de 1968. Alors bien sûr ce n’est pas elle que je vais vous raconter, mais il ne faudra pas résumer 1968 au monôme étudiant organisé par Daniel Cohn Bendit. Non, même si cela avait beaucoup d’importance, que la bataille pour la liberté des mœurs. Non 1968, ce n’est pas seulement les garçons et les filles qui décident de pouvoir changer de résidence : du côté des filles chez les garçons et des garçons chez les filles. Non 1968, c’est d’abord dix millions de travailleurs en grève, formant dans toutes leurs entreprises des comités de grève, qui furent à deux doigts de se fédérer à l’échelon national, du fait de l’impuissance des organisations politiques représentatives de la gauche qui n’avaient strictement rien à proposer, sinon une personne, et ce n’est pas rien de la nommer. Dans cet énorme chambardement, l’unique personne qui dit, eh bien puisque c’est comme ça, je suis prêt à prendre mes responsabilités politiques, fort qu’il était d’avoir été le candidat commun de 1965, c’est François Mitterrand, qui fut à l’époque traité de putschiste et de personnage qui abusait d’une situation sociale pour en faire de la récupération politique. Mais oui mes amis, tout ça, ce sont des faits.
De 1968, nous devons tirer une deuxième leçon. Un mouvement d’une puissance inouïe, qui n’a jamais eu d’équivalent depuis, a été incapable de produire sa traduction politique car, à l’issue de 1968, nous avons subi la plus importante raclée électorale de la gauche depuis 20 ou 30 ans. Et nous, la gauche qui en 67, avions manqué d’un siège la majorité absolue à l’assemblée nationale, nous sommes renvoyés dans les catacombes par le résultat de l’élection de 1968. Cela montre, et c’est un débat actuel, qu’il ne suffit pas de dire et même de faire le mouvement social le plus puissant. Il ne suffit pas de dire, grève générale, grève générale. Il faut qu’il y ait un projet et un horizon politique de pouvoir, de conquête du pouvoir. Sinon l’action de gauche se confine dans les registres d’un bavardage romantique, parfois sympathique mais pas toujours, mais totalement impuissant.
Et comme vous le savez et, si vous ne le savez pas je vous l’apprends, les peuples ne font pas de révolution pour des raisons idéologiques. Ils font des révolutions pour régler des problèmes concrets, lorsque toute la structure politique en place s’avère incapable de les régler. C’est ce que toutes les révolutions réelles ont démontré, à commençer par celle de 1789, en passant par celle de 1870, en passant par celle de 1917 et jusqu’aux révolutions arabes que nous avons sous les yeux. Par conséquent, le lien entre 68 et 81, comment s’est-il opéré ? Toute la question est là. Eh bien ce lien, c’est le programme commun et l’unité réalisée de la gauche. La clé qui dénoue la contradiction entre la puissance du mouvement social et son impuissance politique, c’est la réponse politique que constitue la rédaction du programme commun. Et le fait qu’il est pris en charge par trois partis : le parti communiste français, le parti socialiste et les radicaux de gauche.

12. LE PROGRAMME COMMUN A ETE VOULU PAR LE PCF
Alors que s’est-il passé ? Là aussi il faut réfléchir, examiner, regarder l’histoire. Qui a voulu le programme commun ? D’abord les communistes, il ne faut pas l’oublier. En 1959, au 15e congrès du PCF, le parti se prononce : « l’union que nous préconisons devrait être fondée sur un programme de rénovation démocratique et national discuté et accepté par tous ». En 1964, au 17ème congrès du parti communiste français, Waldeck Rochet succède à Maurice Thorez comme secrétaire général. Il confirme la ligne unitaire, ce qui soit dit par parenthèse, n’était pas ce qu’il y avait de plus simple à faire à l’époque, compte tenu de ce qu’était le parti socialiste. Je vous demande d’y réfléchir : un parti droitier, abîmé dans les compromissions, qui bientôt va sévir, en 1958, le gros des dégâts est fait, compromis jusqu’aux essieux dans la guerre d’Algérie, perclus de contradictions. Et je vous demande de bien entendre ça : dès cette époque, les communistes français, qui comme d’autres communistes en Europe occidentale, cherchaient en quelque sorte le deuxième souffle d’après la libération, pour reformuler la question du changement socialiste de la société. Les communistes envisageaient que la perspective c’était la formation d’un parti commun avec les socialistes. Je sais que c’est quelque chose de surprenant pour beaucoup d’entre vous. Je vous renvoie au texte. Et je vous dis que lorsque les socialistes ont fait le mouvement qu’il fallait faire pour la ligne de l’union, j’y viens dans un instant, eux aussi pensaient que la pratique commune de la lutte avec les communistes, conduirait à un rapprochement jusqu’à la fusion des deux partis, et disaient que dans tous les cas, la pratique de l’union transformerait les deux partis, et notamment le parti socialiste disait être candidat à se transformer.
C’est donc les communistes qui ont commencé le combat, et Waldeck Rochet en particulier. Tous les congrès qui ont suivi sont restés sur cette ligne et ce sont les communistes qui font les gestes de démonstration pour prouver que cette ligne fonctionne. D’abord en 1965, c’est eux qui font la candidature commune. Quand François Mitterrand rentre dans la salle où il va annoncer sa candidature, proposer sa candidature - c’est quelqu’un qui me l’a raconté - il sait qu’il a l’accord des communistes. Sinon il n’aurait pas proposé sa candidature. Croyez bien que j’ai retenu la leçon ! Et quand il entre dans la salle, il y a quelqu’un qui lui court après et qui lui dit si vous n’annoncez par aujourd’hui votre candidature, nous vous appuierons et qui lui donne une lettre et Mitterrand la plie, va s’asseoir et annonce sa candidature parce qu’à partir du moment où il sait, qu’il fait la jonction, lui et sa toute petite organisation, avec le puissant parti communiste, il sait que tous les autres ne peuvent faire qu’une chose : ou bien monter dans le train de l’union ou périr.
Car l’aspiration populaire à l’unité est tellement puissante en toutes circonstances, qu’elle déchiquette ceux qui se mettent en travers de son chemin. Et donc, à ce moment-là, on peut dire que le travail des communistes qui a consisté à introniser un personnage qui d’innombrables manières, pouvait être discuté, a en réalité complètement débloqué un paysage politique totalement figé par toutes les années de l’après-guerre où l’on avait vu la SFIO avec la démocratie chrétienne, les centristes de tout poil, tout bloquer, tout polluer, tout empêcher et se traîner d’une compromission à l’autre. Voilà comment la décision unitaire particulièrement spectaculaire a dénoué la situation.
Et voici ce qu’il faut voir ensuite. Les communistes après 65 font encore des démonstrations. En 71, je l’ai connu dans ma commune, en proposant des listes d’union de la gauche dans des villes où ils sont eux-mêmes majoritaires, ils proposent des têtes de listes aux socialistes. Ce fut le cas dans ma commune à Massy, et ainsi de suite. Là je suis passé de la période où les communistes le proposent, directement à celle ou la question s’est réglée. Mais je veux rester un instant sur les communistes. Ils ont leur propre lecture de leur histoire, mais le parti communiste, au moins le parti communiste du passé, ne s’appartient pas. Il est un bien commun de l’histoire de la gauche. Et tous, notre devoir est de réfléchir à ce qu’il a fait, les avancées qu’il a réussies, les erreurs qu’il a pu commettre, ce n’est pas qu’une affaire de communistes. C’est une affaire qui concerne toute la gauche.

13. LA RESPONSABILITE DE LA RUPTURE
Si vous en avez la patience, observez les résultats électoraux. Et vous verrez que les communistes sont toujours restés en tête, aussi longtemps qu’ils ont été porteurs du message de l’union. C’est vrai que la rénovation du parti socialiste l’avait mis en quelque sorte en symbiose avec les classes moyennes nouvelles urbanisées. Mais, pour autant, les communistes restaient devant. L’inversion se fait pour la première fois aux législatives de 1978 après qu’aient été rompues les discussions sur le programme commun. La question de la responsabilité de qui avait provoqué la rupture a été une dure bataille idéologique. J’en atteste. J’y étais. Les communistes faisaient ce qu’ils pouvaient pour convaincre tout le monde que c’était de la faute des socialistes qui ne voulaient pas réactualiser le programme commun correctement. Et moi j’étais militant socialiste, nous faisions absolument la même chose dans le sens inverse.
Et je peux vous dire que c’était une chose incroyable, qui a ancré encore plus la culture unitaire et le programme commun dans l’esprit du très grand nombre. J’étais jeune secrétaire adjoint de la section de Lons-Le-Saunier dans le jura. Je convoque, grâce à la confiance des aînés, un meeting d’explication sur l’échec de l’actualisation. On fait venir Chevènement et on fait tout ça en une semaine. Ça se passe à Lons-Le-Saunier, il y a une salle des fêtes. Je ne vous dirai pas que se trouve dans le département le prolétariat le plus révolutionnaire de France. Ses traditions sont très marquées par le centrisme, le catholicisme de gauche et la ruralité. Eh bien quand nous avons convoqué cette réunion dans ces délais, 600 personnes sont arrivées. Les ouvriers des principales usines venaient en bleu de travail. A l’époque on portait le bleu de travail comme un signe d’appartenance de classe. Et pour la première fois de ma vie, j’ai vu et je ne les reverrai qu’en 2005, les carnets de notes arrivés dans une réunion. Les gens venaient et notaient. Ils écoutaient tout. Ils lisaient tout pour savoir qui avait foutu par terre le grand rêve. C’était une bataille et l’enjeu de la responsabilité a été disputé entre communistes et socialistes. C’était bien évidemment tout un environnement qui a conduit à ce que les gens discernent, ou pensent, que c’était les communistes responsables, et c’est à partir de ce moment-là que le parti communiste est passé derrière le parti socialiste.

14. L’UNION PROFITE A L'UNION
Si bien que je récuse pour ma part la vision simpliste, d’après laquelle, l’union aurait profité au parti socialiste, ou la vision simpliste équivalente d’après laquelle l’union aurait nuit au parti communiste. A qui profite l’union ? L’union profite à l’union. C’est la grande leçon dont il faut se souvenir. Le premier qui descend du train est mort. Et, si vous voulez bien, regardez, et j’arrêterai là pour ce qui est de mon commentaire sur ce passé que j’ai vécu, une autre légende d’après laquelle ce serait la candidature commune qui aurait épuisé la force d’entraînement du parti communiste français. Pour ma part, je ne le crois pas. Le candidat commun en 1965 fut François Mitterrand. En 1969, il y avait un candidat communiste et un candidat socialiste. Le candidat communiste était pour l’union de la gauche, le candidat socialiste était pour l’union avec le centre. Le candidat socialiste a fait 5 %. Le candidat communiste a fait presque 21%. Et pourtant, à l’élection précédente, il n’y avait pas de candidat communiste. En 1974, élection suivante, il n’y a pas de candidat communiste. Il y a un candidat commun : de nouveau François Mitterrand. Eh bien, à l’élection suivante, en 1981, il y a un candidat socialiste et il y a un candidat communiste.
Nous sommes en 81. L’opinion vous ai-je dit, à l’issue de la bataille qui avait opposé les socialistes et les communistes, a conclu que la responsabilité de l’échec revenait aux communistes. Eh bien, entre 1969 et 1981, le score électoral des communistes est passé de 20 à 16, c’est-à-dire qu’ils n’ont perdu que 4 points. Eh bien, tout de même, c’est extraordinaire comme démonstration de puissance. Car entre les deux il y avait eu, l’échec de mai 68, l’attribution injuste au parti communiste de l’invasion de la Tchécoslovaquie, l’affaire de la Pologne, l’intervention en Afghanistan, la rupture du programme commun. Dans ces événements qui ne sont pas de même nature dans lesquels les communistes français n’ont aucune responsabilité pour la plupart d’entre eux, mais qui leur étaient attribués, le parti communiste n’a perdu que 4 points, en face de la figure qui incarnait l’unité de toute la gauche et en 1965 et en 1974.

15. LES VERSIONS DU PROGRAMME UNITAIRE
On voit donc que ce qui est déterminant en toute circonstance, c’est l’orientation politique et la position que l’on prend par rapport à la question de l’union. Oh, pas l’union pour l’union, l’union par rapport à un contenu. Car toute la bataille à propos de la réactualisation du programme commun portait sur les contenus. Qu’est-ce qu’on allait faire ? Et après, le programme de 1981 a été l’application du programme commun pour l’essentiel. Et d’ailleurs, les documents du parti socialiste que je n’ai pas là avec moi mais qu’on va me passer (…) (Un certain Laurent les lui donne). Laurent et moi on se dispute pour nous piquer nos bouquins. Ça c’est - je vais clore sur cette partie - un document essentiel : « changer de cap ». C’est le document du parti communiste français. Les communistes ont passé des heures et des heures au porte-à-porte à vendre ce document en expliquant ce qu’il y avait dedans. Les socialistes avaient ce programme-là, rédigé en 1972. Là vous avez la version réactualisée. C’était le programme de gouvernement du parti socialiste. Ça c’est la version du programme commun actualisé par le parti socialiste. Je ne vous lis pas les introductions mais vous voyez : il vous suffit de lire trois lignes pour comprendre que c’est la baston : « Qui est responsable ? ». Et ça, c’est le programme commun, c’est la version éditée par le parti communiste. Ce livre-là, beaucoup d’entre nous, nous l’avons porté dans des sacs et des musettes et au porte-à-porte.

16. L’ACTION MILITANTE POUR LE PROGRAMME COMMUN
Nous allions, tout jeune militant que nous étions, ne connaissant strictement rien à la plupart des questions qui étaient là-dedans. Donc il fallait se former. Moi j’ai fait beaucoup la filière-bois, je suis un grand artiste de la filière bois ou bien la retraite à 60 ans, pour expliquer aux gens pourquoi on allait avoir la retraite à 60 ans, ce qui venant de la part d’un gars qui en avait 26 ne manquait pas de sel. Et je n’oublierais pas ce qu’était l’accueil populaire et qui m’a montré dès les premières heures, quelle est au fond du cœur des gens la vraie limite que nous rencontrons : c’est la résignation, le doute. Les gens disent : « Ah c’est bien. Ah oui. Ah oui. La retraite à 60 ans, ce serait bien ». On voyait des parents qui étaient usés au travail. Souvent les gens eux-mêmes étaient usés. On était encore dans des phases de production très dures, physiques. Je ne vous dis pas que c’est plus simple aujourd’hui. La retraite à 60 ans ! C’était un rêve ! Quoi ! Ce n’était pas possible. Ça ne se ferait pas ! Alors nous on expliquait que si, comment on allait la financer... Eh bien sûr déjà à l’époque, on nous disait : « Mais non ce n’est pas possible, ce sera la ruine, la catastrophe et en plus, on aura l’armée rouge ». Il y a des gens ici qui ne me croient pas, notamment dans la jeune génération mais je pourrais retrouver mes tracts où on voit qu’on vous annonçait que l’armée rouge était à même pas 24 heures de Paris et donc que les chars viendraient. Reiser avait fait une bande dessinée pour se moquer, où on voyait un type qui recevait à sa porte quelqu’un qui lui disait : « Ah ! Les communistes arrivent. Ils vont tout vous prendre, votre voiture… » et l’autre disait : « Ah ! Je m’en fous. Ma voiture elle est pourrie », « Votre maison », « Je m’en fous, elle n’est pas à moi », « ils vont contrôler ce que vous pensez », à ce moment-là il y avait le perroquet qui était dans sa cage qui faisait « co co » et l’autre disait : « Vous voyez, ça a commencé ». C’était une manière humoristique de montrer la grossièreté des arguments. Donc vous voyez, que ceux d’aujourd’hui n’ont rien inventé. Le gros marteau-piqueur : « Rien n’est possible, tout est foutu, et ainsi de suite. Et puis les communistes vont voler vos libertés et puis les autres sont des révolutionnaires inconséquents ». Ce n’est pas d’aujourd’hui. En tout cas, première des composantes politiques, le parti communiste. Evidemment le parti communiste, il a eu, comme le parti socialiste mais pas d’un même point de vue, la tentation de la rupture, je viens de le dire.

17. LE PARTI SOCIALISTE VOUE A L'UNION DE LA GAUCHE
Et maintenant voyons le parti socialiste. Rapidement. Après 68 arrive le désastre de 69, mais il faut le regarder de près. Le désastre de 69, c’est parce qu’ils ne veulent pas de l’union de la gauche. Et ensuite il y a le congrès d’unification qui se fait en deux temps. Et en 1972 se fait le congrès. Je m’arrête un instant pour vous dire : comme toujours, dans ce genre de situation, on est d’accord à 90 % chacun faisant exprès de mettre l’autre au pied du mur et en rajoutant à gauche et puis on se bat pour l’ultime adjectif qui fait pencher tout d’un côté ou tout de l’autre. Si bien que le parti était rendu à ce point de la discussion que tout le monde était d’accord pour un programme commun avec les communistes. C’était déjà une chose inouïe que de l’entendre.
Mais, d’aucuns disaient, pas question de faire un programme commun avec les communistes tant qu’on n’a pas réglé la question idéologique, car il y a deux gauches, la gauche révolutionnaire liberticide qui pose problème et la gauche démocratique qui elle est le parangon de toutes les vertus. Donc nous devons par un débat approfondi avec les communistes régler cette affaire et l’autre point de vue qui était de dire nous sommes en 1972, il y a une élection dans un an : est-ce que vous croyez qu’en un an, on va régler une question idéologique qui traine depuis 1920 ? Tout rapprochement avec la situation contemporaine est absolument réaliste. Et donc ceux-là disent, faisons un contrat de gouvernement et puis on aura le débat idéologique, chemin faisant, c’est par le concret qu’on règlera ces questions, faut-il un seul parti, en faut-il deux… et ainsi de suite.

18. LE POINT DE VUE DE MITTERRAND SUR LE DIALOGUE IDEOLOGIQUE
Voici comment François Mitterrand présente l’affaire : « Le parti dans son ensemble accepte l’accord électoral en 1973 avec le parti communiste. Mais croyez-vous que vous pourrez aborder l’élection sans dire aux français pour quoi faire ? Ce serait créer les conditions de l’échec. Le dialogue idéologique, il va résoudre quoi d’ici à 1973. Le problème de deux philosophies, de deux modes de pensée, de deux conceptions de l’homme dans la société ? Il n’y aura pas d’alliance électorale s’il n’y a pas de programme électoral. Il n’y aura pas de majorité commune s’il n’y a pas un contrat de majorité. Il n’y aura pas de gouvernement de gauche s’il n’y a pas de contrat de gouvernement ». Tant et si bien que la motion majoritaire conclut ceci : « le dialogue avec le parti communiste ne devait pas être mené à partir des thèmes imprécis d’un débat idéologique mais à partir des problèmes concrets d’un gouvernement ayant mission d’amorcer la transformation socialiste de la société française ».

19. LES ECHOS DE DEUX CHOSES
Je retrouve dans cette discussion les échos de deux choses :
La première, ce débat que j’ai vu avec nos camarades du NPA, d’après lesquels il faudrait d’abord clarifier idéologiquement qui est quoi à gauche avant que l’on envisage de faire un accord. Nous, le parti de gauche, le parti communiste français, la gauche unitaire, nous pensons le contraire. C’est que c’est en faisant un accord, un contrat de gouvernement, un accord à chaque fois ponctuellement voué au niveau de pouvoir que l’on vise - régionale, européenne, cantonale - que l’on avance concrètement.
Et le deuxième élément, c’est que la radicalité que nous portons ne peut être qu’une radicalité concrète qui se traduit par des programmes concrets, ayant pour eux la crédibilité, je ne dis pas la compatibilité avec la société capitaliste. La radicalité concrète ça ne signifie pas en rabattre sur ses objectifs. Ça veut dire mettre ses objectifs en cohérence les uns avec les autres dans une politique globale qui tient debout et qui est une alternative pour tout le pays. Il faut que même ceux qui n’ont pas lu Karl Marx, ceux qui n’ont pas mené les disputes à propos de Trotski, ceux qui ne savent rien du programme commun de 1972 et de notre glorieuse histoire depuis que nous sommes la gauche, puissent se reconnaître dans un programme, se tourner vers les drapeaux rouges comme des fanaux de combat, de reconnaissance dans lesquels ils se retrouvent simplement pour des préoccupations qui concernent leur vie.

20. C’EST LA FAUTE DES ROCARDIENS
Le congrès d’Epinay a voué le parti socialiste à l’union de la gauche, mais ce fut une vocation sans cesse remise en cause et l’onde longue des mauvaises habitudes est restée là. Pour mémoire je signale que Gaston Deferre a continué à faire des majorités municipales avec les centristes jusqu’en 1983 et que lorsque je suis arrivé au sénat en 1986, c’était l’année où il a fallu sortir avec une fourchette à escargots les derniers vieux de la SFIO qui continuaient à être présidents de commissions avec l’accord de la droite. C’est vous dire qu’il y avait une onde longue dans ce domaine-là et d’ailleurs ça n’a pas traîné. A la première difficulté avec les communistes, nous avons eu un courant droitier qui s’est constitué avec le vocabulaire de la gauche, pour nous arracher à l’union avec les communistes, chargés de tous les péchés du monde et le programme commun, ça va de soi, encore plus.
C’était le courant rocardien, qui ensuite a eu toute sorte d’héritier. On disait nous : « union de la gauche, alliance avec le parti communiste et les radicaux de gauche » et ils disaient « union des forces populaires ». Oui ! mais qui c’est les forces populaires ? On vient de nommer les partis de gauche, qu’est ce qui reste ? A l’époque on ne parlait pas d’extrême gauche et l’extrême gauche n’était pas intéressée, c’est bien bête. Alors on nous disait : c’est le mouvement associatif, ce sont les mutualistes, les coopératives. Alors on ne savait pas de quoi il s’agissait et on comprenait bien qu’il y avait anguille sous roche et pas besoin de creuser beaucoup pour trouver à quoi ressemblait l’anguille. Dès qu’il a y eu la discussion sur la renégociation du programme commun, dès qu’on parlait de nationalisations, les uns disaient à 100%, les autres disaient à 51%. Nous avons connu le détricotage en sens inverse quand on a ouvert le capital, pour réduire la part de l’état dans les entreprises nationalisées.
Donc il ne faut pas dire que les socialistes seraient devenus vertueux et définitivement ancrés. Pas plus les socialistes, pas plus les communistes, il y a toujours la tentation dans le combat politique de penser qu’on va tirer le tapis à soi et qu’on va tout emporter avec soi contre la règle de l’union, contre la règle de l’accord entre les partis de gauche.

21. C’EST AUSSI LA FAUTE A HOLLANDE, MIGNARD, LE DRIAN ET ROYALE
Et après 81, ça ne s’est pas arrêté. Bien sûr le programme commun a été mis en route. Mais aussitôt ont commencé à fleurir, des thèses, des théories sur le changement de cap qui s’imposait du fait de l’archaïsme du programme que nous pratiquions, etc. Il est amusant de se souvenir que les premiers qui ont théorisé la nécessité de rompre avec les anciennes doctrines unitaires du mouvement socialiste et communiste, ce sont des jeunes gens, à l’époque, qui avaient fait un article paru dans le journal le monde, qui avait fait grand bruit dans le mouvement socialiste, dont le titre était : « Pour être moderne soyons démocrate ». 1984, Bill Clinton vient juste de commencer à se rendre maître du parti démocrate. Ils écrivaient « la conception dogmatique de la classe ouvrière, la notion d’appartenance des individus à des groupes sociaux solidaires, l’affirmation d’un programme politique atemporel, tout cela doit être abandonné, la gauche en effet n’est pas un projet économique mais un système de valeurs ». Les auteurs appelaient à faire accepter la modernisation de la société dans son ensemble. Ils ajoutaient même « au-delà du clivage gauche droite pourrait s’affirmer les principes sur lesquels notre société doit impérativement reposer ». C’était François Hollande, l’avocat Mignard, Le Drian président de la région Bretagne et Ségolène Royal. Voilà, ce n’est pas d’aujourd’hui. On comprendra que des gens comme moi qui ont été témoins de tout ça, qui ont participé aux rudes empoignades sur ce sujet, n’aient jamais fait preuve de naïveté quant au fond de l’orientation politique qui anime ses personnages. Je vous le dis pour que vous en souveniez pour la suite.

22. REGARDONS LE MERVEILLEUX BILAN DE 1981
Dès lors que ce contexte, cette séquence historique et ses composantes politiques sont posées, il faut regarder la portée des événements que porte 1981. Là, j’ai une note (Il regarde des feuillets). Quand j’étais militant socialiste, à l’époque, on avait un truc incroyable, c’était une cassette. Peut-être qu’il y en a qui l’ont encore. Et on passait le bilan. Et ça dure vingt-cinq minutes. Il y a de la musique et on voit des lignes qui descendent comme ça. Je ne vais pas vous faire 25 minutes. Mais vous savez chaque fois qu’on parle de 1981 :

- Oui mais 83.

- Mais attendez ! Il y a d’abord eu 81… Regardons quand même ce qu’il y a dedans.

- Oui mais enfin Mitterrand, vous savez bien, les affaires…

- Lesquelles ?

- Euh… Enfin, les affaires »
Ils ne se souviennent pas, ce sont des réflexes, des refrains qui abolissent la pensée. C’est fait pour ça, on ne pense plus. Mais dites, c’est que… il ne vaut mieux pas trop s’en souvenir, ça pourrait donner des idées.

23. UNE LONGUE LISTE DE BELLES REALISATIONS SOCIALISTES

- Partage des richesses : retraite à 60 ans, cinquième semaine de congés payés, semaine de 39 heures payées 40, hausse du smic de 10%, du minimum vieillesse de 20%, les allocations familiales de 55%, création de l’impôt sur la fortune (créé en 1982, abrogé par la droite en 1986, rétabli par la gauche en 1988), relèvement de 60 à 65% du taux supérieur de l’impôt sur le revenu, application d’un prélèvement additionnel exceptionnel de 25 % sur les revenus supérieurs à cent mille francs, nationalisation des trente-six principales banques de dépôt et des grandes industries : Alcatel, Altsom, Saint-Gobain, Pechiney, Thomson, Rhône-Poulenc, et tutti quanti…
Le 14 juillet 1986, je veux rappeler à tout le monde, quand on vous dit : « oui mais les privatisations », laissant entendre que Mitterrand après avoir nationalisé, a privatisé, une fois le masque tombé. Tout le monde semble avoir oublié, que justement le 14 juillet 1986 - et vous savez que François Mitterrand aimait les symboles - il refuse de signer les ordonnances de privatisations, celles qui concernaient notamment Havas, Matra, TF1, Saint-Gobain, la société générale et Paribas…

- Partage des richesses encore : loi Auroux sur les droits des travailleurs, droit d’expression des travailleurs sur leurs conditions de travail, obligation de financement des comités d’entreprise, droit de retrait pour les salariés en cas de danger.

- Emancipation et libertés : doublement du nombre de bacheliers sous les deux septennat de François Mitterrand, création du bac pro en 1985, abolition de la peine de mort, légalisation des radios-libres, suppression de la cour de sûreté de l’état et des tribunaux militaires, abrogation des lois anticasseurs.

- Egalité hommes-femmes : loi Roudy qui interdit les discriminations de genre qui jusque-là était légales (car autrefois on pouvait dire qu’une annonce d’emploi était réservée à un homme ou réservée à une femme)

- Remboursement de l’IVG par la sécurité sociale, abolition du délit d’homosexualité, doublement du budget de la culture (passage à 1% du budget), création de la fête de la musique (vous vous en souvenez), création des Zenith et des musées dans les villes, protection des espaces naturels du pays, loi littoral…

24. ET J'EN PASSE. IL Y EN A TANT D'AUTRES
Je m’arrête là parce que sinon, on y passe la soirée.

25. UNE OEUVRE IMMENSE
Ce qu’il faut bien que chacun voie ou se souvienne, c’est que c’est une œuvre immense, une véritable bascule sociale qui s’opère à ce moment-là et c’est bien pourquoi se souvenir est si encombrant pour les possédants qui sauteront sur le tombeau de François Mitterrand jusqu’à la fin des temps comme ils l’ont fait pendant longtemps avant que Jaurès soit pour finir réhabilité par Sarkozy, à une date fort récente, parce que c’est le mauvais souvenir de leur vie.

26. UNE ENORME HISTOIRE CHEZ LES POLITICIENS
Je me souviens d’un orateur socialiste, Michel Berson, qui lorsque la loi de nationalisation a été cassée par le conseil constitutionnel, cette loi est revenue au parlement et Michel Berson qui était un député de l’Essonne, dans lequel y avait des gens qui savaient écrire, avait fait un discours terrible à l’assemblée en disant : « Vous n’êtes pas là pour défendre l’intérêt général, vous défendez l’intérêt de vos familles ! Et il prenait à partie un par un, les gens dans la salle. On était bien documenté. Il disait vous, dont l’épouse est au conseil d’administration de telle entreprise. Vous qui êtes actionnaire de la banque machin. Vous qui êtes le frère du directeur de… etc. Et dans la liste, hélas, on a fait une erreur, on avait collé le président du conseil constitutionnel, à qui on rappelait ses attaches familiales avec des actionnaires des sociétés nationalisées. C’était la bêtise qu’il ne fallait pas faire, donc ça a fait une énorme histoire. Le journal qui n’existe plus aujourd’hui qui s’appelait « Le Quotidien » avait publié la photo de Michel Berson en petit avec en gros, en énorme, comme titre « la saloperie ». Nous on mettait ça sous des cadres, mais déjà l’affaire était mal engagée.

27. IL N'Y AVAIT PAS DE MOUVEMENT DES MASSES
J’ai donné la portée, et maintenant c’est le moment de venir à ce que je fais, moi, comme bilan personnel, c’est-à-dire évidemment après avoir parlé de l’ampleur, après vous avoir mis en garde contre tous ceux qui font des bilans policiers de l’histoire, après tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre reviennent à vous dire que rien ne sert à rien et que ça ne sert à rien de gouverner. Maintenant il faut regarder aussi les limites de tout ça, mais essayer de le faire avec quelque chose qui ne soit pas un esprit policier.
On parle beaucoup du tournant de 1983 mais on en parle très mal. Quelle était la situation ? Nous avions eu 4 dévaluations. Nous avions instauré le contrôle des changes et l’emprunt forcé. Le pays a touché le mur de l’argent. Que faire ? Une stratégie eût été de dire : nous nous appuyons sur le mouvement social révolutionnaire des masses qui vont défendre les acquis du gouvernement de gauche. Eh bien, où était le mouvement des masses ? Il n’y en avait pas. Pourquoi ? Première leçon : parce qu’il y avait une conception totalement institutionnelle du changement.
Pour caricaturer, le changement venait d’en haut. La révolution citoyenne qu’a représenté la conquête du pouvoir par la gauche en 1981, a été en quelque sorte tellement institutionnalisée - une révolution citoyenne a besoin d’institution, mais elle n’a pas besoin que d’institution, elle a aussi besoin de révolution - cette vision institutionnelle de la façon de gouverner, elle non plus, n’est pas qu’une question théorique. Nous devons reconnaître que dans le début du 1er septennat, nous avons été à une occasion, mis quasiment au pied du mur de savoir si nous restions ou non dans le cadre institutionnel. C’est lorsque le conseil constitutionnel a décidé d’annuler les lois de nationalisation. Il l’a fait au nom d’un principe constitutionnel qui dit que lorsqu’il y a nationalisation, l’indemnisation doit être préalable et juste. C’est sur le mot « juste » que le conseil constitutionnel a demandé la réévaluation des indemnisations, ce qui était d’une part, faire payer plus cher au gouvernement de gauche les nationalisations, et évidemment tenter un bras de fer.

28. LE SYNDROME ALLENDE
A ce moment-là, moi j’étais jeune premier secrétaire d’une fédération socialiste. Nous étions la montagne dans la réunion des premiers secrétaires socialistes. La montagne c’était un secteur de l’hémicycle. On s’était mis là parce que c’était romanesque. De tous les premiers secrétaires fédéraux, les plus à gauche du parti. Et donc nous exigions séance tenante qu’on se mobilise. C’est nous qui voulions des têtes et ainsi de suite. Et on demande à nos responsables : « qu’est-ce qu’on fait ? On appelle à la manif ? Où est le rassemblement ? La manif, la manif, pas de manif, ce n’est pas le sujet. Vous comprenez, attention on ne peut pas aller au bras de fer comme ça. Il faut faire très attention à ce qu’on fait, donc on va faire un tract… »
Devant l’énorme bras de fer social et politique la réponse c’est un tract. La vie politique ne passe pas deux fois les plats. Vous cédez un jour, le lendemain le rapport de force que vous n’avez pas constitué se retourne contre vous, évidemment. Et à partir de là, la vision institutionnelle, et la peur du choc avec les institutions et avec la droite, a conduit à ce que j’appelle moi le syndrome Allende. Vous devez savoir que dans les premières manifestations que faisait la droite après 81, un de leurs slogans était « Allende on t’a eu, Mitterrand on t’aura ». Nous avions tous la tête pleine de l’affaire de 1973 au Chili. Tous. Ce n’était pas un mythe, c’était une chose concrète. La plupart d’entre nous avaient connu, en adulte conscient, l’échec de Salvador Allende. Ça a conduit à dire et à faire des bêtises. Par exemple, au moment où certains secteurs se mettaient en mouvement, quand les camionneurs ont commencé à faire grève, imaginez-vous, que le fantasme chilien était à son comble, parce que c’est comme ça que Salvador Allende s’est fait asphyxier.

29. LES GREVISTES D'AULAY ETAIENT DES COMPLOTISTES ISLAMIQUES
Mais quand les OS d’Aulnay se sont mis en grève, c’est là que ça n’a pas tourné rond. La réponse que nous avons faite à l’époque - je dis « nous », je me mets dedans, mais je n’y suis pour rien - était une réponse totalement erronée, qui ne comprenait rien à la dynamique sociale qui pouvait être tirée de tels moments. Qu’est-ce qu’on a dit ? Ça me gêne de vous le dire. Heureusement, tout le monde a oublié. On a dit que c’était un complot. Jean Auroux a dit que c’était parce que l’étranger nous regardait et essayait de nous faire échouer. Et il y a eu pire. Pierre Mauroy a dit que c’était un problème avec les chiites, 1981-82…
On voit comment le syndrome Allende a donné une vision absolument inappropriée de ce qui se passait. Alors donc il est clair que quand vous avez des mouvements comme ça, les syndicats CGT et CFDT refusaient qu’il y ait un accord. Ils voulaient négocier eux-mêmes. Le gouvernement a contourné les syndicats et discuté directement avec la direction de PSA. Et ce que voulaient les ouvriers, c’est que puisque l’emploi a été préservé et sauvegardé à l’usine Renault, il fallait donc que ce soit pareil dans cette entreprise. Voilà ce qu’ils voulaient. Et c’est le gouvernement qui a discuté directement et donc un nouveau plan social a été mis sur la table où il y avait moitié moins de licenciements mais il en restait la moitié et les syndicats ont refusé de signer cet accord-là.

30. NOUS AVONS EU DES GREVES VENANT DES CORPORATIONS DE DROITE
Ce n’est qu’un micro exemple. Je vous en ai donné deux que nous devons regarder de manière lucide en comprenant pourquoi les choses se sont faites de cette manière et pas en ayant une vision policière. Je vous ai donné l’exemple du rapport au conseil constitutionnel et l’exemple de la relation au mouvement social donc vous voyez qu’il est contradictoire. Car pour l’essentiel dans le début des années 80, nous avons eu surtout des grèves venant des corporations de droite. Tout se mélangeait. Vision institutionnelle et ensuite, corollaire de cette vision institutionnelle, le maintien du cadre institutionnel lui-même. Si vous commencez par dire que quand neuf personnes estiment (le conseil constitutionnel), que la nationalisation n’a pas donné lieu à une indemnisation juste, que ces neuf-là ont le pouvoir de mettre tout le pays à la taxe, un peu aujourd’hui comme le font les banques avec la Grèce. Eh bien c’est clair, vous reconduisez le cadre institutionnel.

31. LE SCRUTIN PROPORTIONNEL DEPARTEMENTAL
Je pense que le maintien de la cinquième république et de ses institutions, est la deuxième leçon des erreurs que nous devons retenir de cette période. Cependant, il ne serait pas juste de dire que rien n’a été tenté. Ce n’est pas vrai. Encore une fois ayons un regard approfondi, critique. Prenons l’exemple du mode de scrutin, il a été changé en 1986. C’était un scrutin proportionnel départemental. Il aurait suffi en 1986 que communistes et socialistes aient présenté des listes communes aux élections législatives à la proportionnelle pour que nous ayons gardé le pouvoir. Si vous voulez, reportez-vous aux chiffres de l’époque.

32. SUPPRIMER LA PROPORTIONNELLE OU SUPPRIMER LE FRONT NATIONAL
A l’époque, toute la droite était rassemblée sur des listes et ils nous ont battus de cette manière-là. Et il y avait l’extrême droite. Quelle leçon a été tirée ? Nous avons été immédiatement couverts d’opprobre. On a dit : « c’est vous qui jouez, qui faites entrer l’extrême droite au parlement ». Tout le monde faisant semblant d’oublier que la première élection à la proportionnelle n’avait pas été décidée par nous, le gouvernement de gauche, mais par Valéry Giscard d’Estaing aux élections européennes et que la première victoire de l’extrême droite n’avait pas été acquise à cette élection là, mais en 1983 dans la commune de Dreux par Mme Stirbois. Et après, ce qui est resté comme leçon c’est : la proportionnelle fait venir le Front National. Eh bien, très bien, mais plutôt que de supprimer la proportionnelle, on aurait pu supprimer le Front National. Mais, je parle très sérieusement si ce parti est un danger pour la démocratie, dans ce pays on a déjà réglé le problème une fois, en 1936.
On est le seul pays d’Europe qui a fait une loi qui interdit les ligues fascistes. Tant et si bien, que nous sommes le seul pays latin, et le seul pays de ce bout du continent qui a échappé à un gouvernement fasciste ou nazi. Les espagnols y ont eu droit, les italiens y ont eu droit, les allemands y ont eu droit. Il y a un seul pays où ça n’a pas eu lieu, c’est chez nous. Et pour venir à bout de la classe ouvrière, de ce pays et de ses mobilisations, il a fallu organiser une défaite militaire et c’est ce que les gens d’extrême droite avaient appelé « la divine surprise ». La défaite militaire qui permettait au Maréchal Pétain et à la révolution nationale de se mettre en place. Il a fallu ça pour briser cette classe ouvrière là. Donc on connaît la recette. Si on pense qu’ils sont dangereux pour la démocratie on les interdit. Mais on ne se joue pas le numéro qui continue aujourd’hui de se faire peur avec le grand méchant loup et de continuer à lui donner de l’argent public parce que comme tous les autres, il émarge au budget de l’état, et de permettre qu’il soit présent aux élections et ensuite de faire semblant que c’est un grand danger etc. C’est ou l’un ou l’autre. Après 86, la droite a pu rétablir le scrutin uninominal à deux tours, en faisant un découpage qui était un charcutage épouvantable et personne n’a défendu le scrutin proportionnel départemental. Quand je dis personne, de qui je parle ? Le parti dont j’étais membre, le parti socialiste, qui n’a à aucun moment défendu quelque chose qui avait été mis en place. Alors on peut toujours maintenant recommencer.
D’ailleurs, remarquez qu’il ne propose pas le scrutin départemental à la proportionnelle. Il propose d’instiller une dose de proportionnelle, avec ce vocabulaire inimitable de la bonne société. Pourquoi instiller ? Pourquoi pas tout prendre. C’est ça qu’il faudrait qu’ils nous expliquent. Pourquoi ? Qu’est-ce qu’ils regrettent sur la proportionnelle de 1986 ? D’avoir fait entrer le Front National ? On a la réponse, interdisez-le ou sinon permettez-le, parce que ce n’est pas normal qu’une force politique qui fait 15% à toutes les élections, quand vous les mettez tous ensemble : De Villiers, les chasseurs, madame Boutin et tout ça... Ça fait tout le temps à peu près… (Mme Boutin je l’enlève, parce que c’est un jour de charité… Bon…) mais ça fait en gros 13, 14 à 15% à toutes les élections depuis plus de 15 ans. Ce n’est pas normal. Si c’est une force politique comme les autres elle a le droit d’être représentée. Non ? Nous sommes bien représentés, nous qui ne faisons pas 15%.

33. C’EST ENCORE LA FAUTE DE CERTAINS DIRIGEANTS SOCIALISTES
Donc vous voyez, il n’est pas vrai qu’on n’ait rien fait mais quand on a fait, personne ne l’a défendu. Comme ensuite personne ne défendra les nationalisations. Comme ensuite personne ne défendra la retraite à 60 ans parmi ceux qui l’avait créée. Je ne parle pas des communistes bien sûr, je parle des socialistes qui on dit qu’il fallait allonger les durées de cotisation à mesure que la vie s’allonge. C’est la décalcomanie directe des programmes européens des libéraux.
Ça c’est une chose, mais il y a eu d’autres tentatives. En 1984, nous proposons un référendum pour créer le droit à référendum sur d’autres sujets que ceux de l’article 11 de la constitution. On fait la loi, on la dépose, elle arrive au sénat et là on ne bouge plus. Autre exemple, beaucoup plus significatif. En 1991, le président Mitterrand annonce qu’il va créer une commission pour la réforme de la constitution. Discours extraordinaire. Le hasard fait que la veille, nous avions créé la convention pour la 6ème république, avec Julien Dray et Marie-Noëlle Lienemann. Le hasard faisait bien les choses à cette époque-là. Et nous pensions qu’il y aurait un dialogue fracassant sur le changement des institutions. Que s’est-il passé ? Rien, un pet de nonne sur une toile cirée comme disait François Mitterrand. Pourquoi ? Parce que les dirigeants socialistes n’en voulaient pas et ce que je vous dis là, ce n’est pas seulement les faits, ni même mon vécu de responsable socialiste, c’est ce que le président lui-même m’en a dit lorsque je lui ai posé la question : « Pourquoi est-ce qu’il ne se passait rien ? »
Et c’est en 1991 ou 1992 que le parti socialiste fait un congrès qui devait une fois de plus moderniser… gna, gna, gna… le congrès de l’Arche, vous avez un document qui est gros comme ça, (il le montre) et dans ce document, regardez, toutes ces pages, là-dedans, pas un mot de la réforme de la constitution alors que François Mitterrand vient de lancer l’idée. Il n’y a qu’un texte qui s’oppose à ça. C’est le nôtre et le titre c’est : « Une sixième république pour le changement social ». Nous avons fait 8 %. Bon, c’était un vote truqué comme d’habitude, mais quand même. Il y a des camarades dans cette salle qui y étaient. Et les autres ont évidemment fait dans les 90 000%, - 8%. Donc c’est vous dire qu’à ce moment-là, la réforme des institutions, elle est sur la table, et c’est eux qui décident qu’ils ne feront rien.
Alors évidemment, maintenant ça leur va bien de dire François Mitterrand, le monarque républicain, et bla bla bla, Mais en fait dans le même temps vous : Mais vous qu’est-ce que vous faisiez ? Qu’est-ce que vous avez fait ? Qu’est-ce que vous avez proposé ? Qu’est-ce que vous avez dit ? Qu’est-ce que vous avez mis sur la table ? Quelle idée vous avez lancée ? Quelle mobilisation vous avez proposée ? Rien. Des kilomètres de phrases creuses qui sont dans ce bouquin, où on a inventé qu’on allait se retrouver des gens qui étaient des matérialistes avec des fadaises sur la part obscure de l’homme. C’est dans ce bouquin qu’il y avait la phrase sur le capitalisme horizon indépassable. C’est moi qui l’ai fait enlever, ainsi que la part maudite de l’homme et toutes ces sornettes qui renvoie au péché originel et aux salades qui n’ont aucun intérêt pour la lutte socialiste. Voilà à quoi ils étaient occupés.

34. CE N'EST PAS DE LA FAUTE DE L'HOMME C'EST DE LA FAUTE DE LA SITUATION
Par conséquent, vous voyez que quand on fait le bilan, il ne faut en aucun cas que ce soit le bilan d’un homme, il faut que ce soit le bilan d’une situation. Donc disais-je, erreur du maintien du cadre institutionnel. Pour nous, la conclusion, c’est la 6ème république. Pas d’implication populaire parce qu’une pratique exclusivement institutionnelle du changement. C’est la raison pour laquelle la question de la révolution citoyenne repose toute entière sur l’idée que cette fois-ci le programme doit être approprié et réalisé par le bas. J’ai fait la démonstration comment on pouvait faire. Je ne vous dis pas qu’on va arriver à obtenir le même niveau de conscience, mais ne sous-estimons pas le niveau de conscience auquel sont déjà parvenus d’innombrables personnes dans notre pays, à travers la lutte de 2005, à travers l’altermondialisme, à travers le travail magnifique qu’a fait ATTAC, à travers les mobilisations syndicales, sur les retraites en 1995 et cette année. Oui, il y a une capacité d’encadrement politique de haut niveau en faveur des objectifs de la révolution citoyenne. Ils sont à portée de la main à condition qu’on mette le feu à la plaine, qu’on trace un horizon, qu’on enflamme, qu’on entraîne, qu’on organise, qu’on ne confonde pas la vie politique avec un divan de psychiatrie, où l’on vient se tâter l’égo, les uns les autres, mais où on attend tout du mouvement populaire. Qui est disponible ? Comment peut-on faire ? On va voir ce qu’on peut faire avec le programme partagé, mais moi j’ai vu que si nous voulons nous pouvons le faire en mettant en mouvement les travailleurs, les salariés, leurs capacités d’intelligence collective, leur inventivité. Oui, on fera la transition énergétique en s’appuyant sur la capacité de mobilisation intellectuelle des ingénieurs, des ouvriers qualifiés, de tous les travailleurs de l’industrie du nucléaire qui sont capables de faire autre chose que du nucléaire, comme de ceux du pétrole et du gaz qui savent produire les machines et qui connaissent les cartes et les manières de prospecter qui permettent d’imaginer la géothermie dans toutes ses composantes en alternative à l’énergie nucléaire, et ainsi de suite.

35. Si ON METTAIT LES CAMIONS SUR LES TRAINS ENTRE LA BELGIQUE ET L'ESPAGNE
J’ai organisé une fois une réunion avec des cheminots pendant la bataille des élections européennes. Comme c’était ma dixième réunion avec les cheminots, j’en avais par-dessus la tête de discuter du rail et de l’Europe. Je leur dis – je vous l’ai déjà raconté cette histoire mais je vous la raconte quand même - je leur dis : « Bon, écoutez, je pense que tout le monde est de gauche ici, alors tout le monde rigole, puis en plus il paraît que tout le monde est communiste, là ça commence : « non pas moi » et l’autre « ça dépend ce que tu entends par communiste… » C’est bon, tout le monde se marre, et je dis : « Bon voilà, pour une fois, on va changer l’ordre des questions ». Je raconte partout qu’on va mettre tous les camions sur les trains, dès qu’on sera au pouvoir entre la Belgique et l’Espagne. Mais honnêtement, à votre avis, combien de temps il faut pour faire ça. Commence une discussion extraordinaire. Il y a cinquante personnes dans la salle de toutes les générations de cheminots, hommes et femmes. Voilà pour le coup, j’aime mieux vous dire que les gars ils ne se tâtaient pas pour savoir lequel allait parler le premier. Tout le monde parle en même temps, et que ceci, et que cela et que ça s’engueule entre eux…
Au bout d’une demi-heure on n’était pas rendu bien loin. Je leur dis un peu narquois et sarcastique : j’avais quelques camarades communistes avec qui on faisait des petites passes à fleurets mouchetés. Je leur dis, dites donc, d’habitude on dit que c’est les hommes politiques qui ne font pas des réponses claires, mais alors là bravo les gars, c’est vous qui êtes cheminots et qui êtes pas foutu de savoir s’il faut cinq ans, six ans ou trois ans pour mettre tous les camions sur les trains. Tout le monde se marre, c’était quand même décontracté, on était entre camarades. Et puis, il y avait là un communiste, ça ne lui allait pas qu’un gars comme moi ait le dernier mot. Alors, il se lève, puis bon, il a l’habitude, un syndicaliste qui ne s’en laisse pas compter, il s’avance et dit : « écoute Mélenchon, six ans ou trois ans, ça dépend de qui c’est qui le demande ». Ben voilà. Si ce sont les travailleurs qui prennent en charge la question, eh bien oui, ça peut se faire en trois ans, parce qu’ils en ont fait en moins de temps que ça. Mais si c’est les autres qui viennent leur flanquer des coups de bâton sur la tête et leur dire qu’ils vont travailler plus pour être payés moins, il y a peu de chances que ça arrive à se faire même en dix ans.
En tout cas, cette implication populaire pour moi, ce n’est pas simplement une implication dans les barricades et les manifestations. Des fois il faut faire des barricades. Il vaut mieux qu’il n’y ait pas trop souvent à en faire. On est plutôt des gens tranquilles. Il faut faire des manifestations mais on préfère que ça se passe sans manifestation, mais s’il faut faire des manifestations, on en fait. L’implication populaire dont je parle, c’est une implication d’intelligence, de savoir-faire, tout le potentiel créatif des travailleurs, des salariés, des intellectuels. C’est ça aussi l’implication populaire, tout ce savoir-faire mis à profit de l’intérêt général et de l’intérêt général pour écraser les intérêts particuliers, parasitaires qui empêchent le progrès humain et le développement de la société. Voilà de quoi je parle quand je parle d’implication populaire.

36. L’EMPRUNT FORCE
Ça m’amène au dernier point, parce que c’est lui qui est crucial. Je vous ai dit tout à l’heure : « Que s’est-il passé en 1983 ? » Nous sommes sur le mur de l’argent, un débat a lieu. Mais honnêtement, j’en demande raison à tous ceux qui s’y trouvaient, moi j’étais un homme trop jeune et pas assez influent, heureusement, parce que j’étais comme beaucoup d’autres, je n’étais pas content de ce que je voyais, mais je ne savais pas quoi faire d’autre. Et quand on nous disait : « mais qu’est-ce qu’on peut faire d’autre » eh bien nous restions les bras ballants. Parce que dire « y’a qu’à faut qu’on », dans un pays avec quatre dévaluations, un contrôle des changes et un emprunt forcé, ce n’est pas sérieux. Vous ne pouvez pas aller voir les travailleurs en disant « en avant Vertousseau ? » Non, ce n’est pas comme ça que ça se passe. Les gens ils avaient marre de partir en vacances, tous ceux qui partaient en vacances avec des sommes contingentés. Ça avait beaucoup marqué les esprits. Et puis l’emprunt forcé, c’est tout le monde qui y est passé. Ce n’est pas seulement certains. Ça a descendu assez profond dans la classe moyenne. Ce n’était pas des grosses sommes, mais on y est tous passés. Vous ne vous en souvenez peut-être même pas vous-même, mais moi je m’en souviens. On voit au premier rang des gens qui s’en souviennent de l’emprunt forcé. Vous vous imaginez ce que ça représente dans l’imaginaire collectif, dans la conscience de chacun. C’est-à-dire que c’est arrivé jusque dans votre maison, la catastrophe financière du pays.

37. LE CAPITALISME AYANT CHANGE, L'ECHELLE PERTINENTE N'EST PLUS LA NATION
Pourquoi ça s’est passé comme ça ? Au lieu de se jeter à la figure des imprécations. Il s’est passé que le capitalisme a changé de nature, et que nous affrontons un adversaire qui n’est plus l’adversaire principal. L’adversaire principal, il s’est transnationalisé. L’adversaire principal, il se joue des frontières pour y enfermer les peuples, alors qu’avant, c’était lui le capital qui était enfermé dans les frontières nationales et qui provoquait des guerres de ce fait là. Alors à ce moment-là est inventé une autre stratégie. Cette autre stratégie, c’est de dire : puisqu’on ne peut pas faire ce programme politique dans un pays, alors on va le faire à échelle pertinente, c’est-à-dire à l’échelle européenne. A l’époque c’est l’Europe des 16, ce n’est pas l’Europe des 27, et vous avez - si vous voulez vous y référer - toutes sortes d’articles, pas de révolutionnaires internationalistes, pas de trotskistes prêchant les Etats-Unis socialistes d’Europe, pas de Victor Hugo appelant à la constitution de l’Europe pour les raisons de l’humanisme que représente le continent. Lui au moins, Victor Hugo, il avait la décence de ne pas nous coller les églises comme raison d’être tous ensemble. Il nous collait la renaissance. C’est quand même plus intéressant et les lumières.
Ce n’est pas ça. Ce sont des sociaux-démocrates. C’est Michel Rocard et les autres qui disent : « la social-démocratie et le compromis n’est possible, qu’avec des règles, des lois communes, acceptées par tous parce que votées par tous ». Donc c’est un article qui est paru en 1993 dans libération qui s’appelait : « la social-démocratie dans le miroir de la modernité ». Donc disaient-ils, créons cet ensemble et à ce moment-là nous pourrons prolonger les objectifs socialistes que nous n’avons pas atteints dans notre pays. Voilà quel était le projet. Mais tout ça suppose un capitalisme qui d’ores et déjà à cette époque n’existe plus. Et nous allons aller en roue libre sur cette orientation, jusqu’au traité de Maastricht. Alors évidemment, certains ont vu le coup plus vite que d’autres. La CGT notamment, qui comprend que le traité de Maastricht, c’est placer un garrot autour du coup des classes ouvrières de toute l’Europe, que l’acte unique, sans contreparties sociales, sans garantie sociale va être un désastre. Jean-Pierre Chevènement le comprend et d’autres dans l’extrême gauche.

38. DES ARGUMENTS DE TROIS NATURES
Et nous, nous sommes nombreux à entendre l’argument qui nous est présenté. Il est de trois natures.

- Premièrement vous aurez un espace pertinent pour faire votre politique socialiste.

- Deuxièmement, nous disait François Mitterrand aux plus rebelles, la droite ne pourra plus conspirer contre vous à faire des dévaluations parce que vous aurez une monnaie unique.

- Troisièmement, vous clouerez la main des allemands sur la table dans l’Europe.
Et bien mes amis, dans toutes ces raisons, toutes ne sont pas superficielles. Et je vous dis que chacune d’entre elles mérite d’être considérée à chaque étape de l’histoire.

39. L’EUROPE QUI SE MET EN PLACE
Mais ce qui a changé, c’est que l’Europe qui se met en place, c’est une Europe qui décide du principe de la concurrence libre et non faussée, de l’ouverture des frontières sur le monde et de la règle que les nouveaux pays, notamment quand on va en faire rentrer 10 d’un coup, ça va être qu’ils se financeront leur rattrapage économique et industriel par rapport au reste de l’Europe, uniquement par le dumping social, vu qu’il n’y a plus d’argent à leur donner, vu que les libéraux ne veulent pas d’un budget européen avec un impôt européen qui permettrait d’alimenter des fonds structurels permettant de faire pour ces dix nouveaux pays, ce qu’on avait fait autrefois pour l’Irlande, pour le Portugal et pour l’Espagne.
Donc l’erreur, elle vient de l’erreur d’analyse de quel adversaire nous affrontons. On fait comme si on allait pouvoir compter sur un capital national ou européen, avec lequel on va se confronter au reste du monde, exactement comme autrefois dans le cadre des nations, il y avait un accord possible entre le capital et le travail face aux autres impérialismes. Pour reprendre l’ancien vocabulaire pour ceux qui ne comprennent pas, je le redis d’une autre manière. Chaque pays pouvait avoir des intérêts communs liant la classe ouvrière la mieux salariée avec son patronat pour faire face aux autres.

40. LE CAPITAL QUI DIRIGE N'EST PLUS LE CAPITAL NATIONAL
On oublie que ce capital national n’existe plus, que celui qui dirige, c’est le capital transnationalisé, qui lui n’a ni patrie, ni origine, ni figure sinon qu’au bout du compte il est rattaché aux Etats-Unis d’Amérique, aux agences de notation des Etats-Unis d’Amérique, au fonds de pension des Etats-Unis d’Amérique, aux LBO qui viennent des Etats-Unis d’Amérique. Et comme on ne le comprend pas, qu’on est toujours sur la mentalité 19e siècle, dont ne sont toujours pas sortis les François Hollande et les autres petits génies du type Strauss Kahn et compagnie, c’est qu’on n’est plus au 19e siècle et que par conséquent, c’est le capital transnational qu’il faut affronter et donc il faut une politique de rapport de force et de rupture avec les moyens qui permettent à ce capital de dominer. Il ne domine pas par autre chose que des décisions politiques. Il faut donc couper les cordons.

41. IL FAUT FAIRE DU PROTECTIONNISME EUROPEEN
Premièrement les filtres sociaux, écologiques et fiscaux à l’entrée de l’Europe, 450 millions de personnes, c’est une échelle de marché suffisante. 80% des échanges extérieurs de la France se font avec ses partenaires européens, pas avec le reste du monde. Mais nous n’allons pas sacrifier le projet européen aux perspectives commerciales des représentants de commerce allemand, qui vendent des machines-outils. Qu’est-ce qu’ils croient ? Mais dans quelques années c’est fini. Les machines-outils, il s’en produira aussi en Chine, en Inde et entre temps, on se sera vidé de notre sang, et tout sera parti… Bref, couper les liens, c’est donc faire du protectionnisme européen, abolir la règle de la concurrence libre et non faussée dans un certain nombre de domaines qui doivent être soustraits à la loi du marché. Les services publics où certains monopoles doivent être établis. Voilà, c’est ça la politique qu’il faut faire, se confronter. Que vaut un programme politique qui comporte quelques promesses que ce soit pour les travailleurs s’il ne dit pas comment il va affronter les banques et le lendemain matin les patrons. Vous croyez que le mur de l’argent qui ne s’est pas laissé faire en 1981, en voyant arriver des sociaux-démocrates bêlants de sympathies, va se dire : « Ah ceux-là, ils sont trop sympas. Nous préférons Strauss-Kahn. Ouf ! Nous avons échappé à Mélenchon. » Qui peut croire une chose pareille ?

42. LE CAS DE LA GRECE
Aussi en Grèce, ils disaient : « Ouf, nous avons échappé aux communistes ». Est-ce qu’ils se sont dit aussitôt : « Voyons ce qu’on peut faire avec ce monsieur Papandréou qui a l’air aimable et si peu dangereux ? » Et d’ailleurs, c’était bien prouvé. Non, le lendemain, ils lui ont sauté à la gorge. On a pris à la gorge la Grèce pour une dette à peine équivalente à 1% du total de la richesse produite en une année en Europe : la dette cumulée, toute la dette cumulée de la Grèce. Et on a laissé faire les agences de notation et les banques. On a interdit aux grecs d’emprunter directement à la BCE c’est dans le traité de Lisbonne vous le savez comme moi. Et donc si la Grèce est en crise, contrairement à ce que dit monsieur Wauquiez ce matin à la radio, ce n’est pas à cause de sa manière de gérer la Grèce, c’est à cause des conditions politiques que l’union européenne a créé. Il n’y a rien d’autre. Donc demain, s’il y a un gouvernement, les mêmes agences de notation qui même à un moment donné se sont risquées à faire un bras de fer avec monsieur Obama, au moment du vote du budget américain, parce qu’elles sont tenues par les néoconservateurs, et bien ses banques ne les laisseront pas faire. Pourquoi ? Elles ont fait la Grèce. Personne n’a rien dit. On a couru partout. On a ramassé de l’argent soi-disant pour boucher le trou à un tarif prohibitif. Elles sont passées à l’Irlande. Personne ne leur a rien dit. On a puni les irlandais. Ils sont passés au Portugal. Personne n’a rien dit. Mais là déjà ça commençait à devenir un peu plus palpitant. Quand on voit un Socratès, social-démocrate, vraiment qui n’est pas un « foudre de guerre » (Il faut que je fasse attention aux adjectifs que j’emploie parce que je suis filmé). Entre Papandréou, qui n’a pas résisté une minute au feu, et Socratès qui lui, présente un plan d’austérité, le parlement n’en veut pas. Il démissionne. Et une fois qu’il a démissionné, il négocie avec le FMI et la commission européenne pour qu’ils viennent dans le pays. Il essaye quand même de dire non surtout pas le FMI. C’est dire l’estime qu’ils se portent les uns aux autres. Pas le FMI. L’Europe : oui, mais pas le FMI. D’abord on va essayer les chinois. Les chinois, d’habitude c’est à moi qu’on les attribue. Mais là, c’est lui qui a été les chercher pour leur vendre tout ce qu’ils trouvaient et pour leur emprunter de l’argent. Eh bien, vous voyez bien que si ça s’est passé et s’ils ont été encouragés, ils vont donc passer à l’Espagne, et puis l’euro s’effondrera.

43. LE FOND DE RESERVE DE 750 MILLIARDS D'EUROS
Parce que le fonds de réserve qui a été mis en place c’est 750 milliards d’euros. Qu’est-ce que vous croyez qu’il y a dedans ? D’où ils sortent ces 750 milliards ? Qui c’est qui les avait ? Eh bien personne. Personne ne les a. Les gouvernements ont dit : on les donnera. Mais ils n’ont pas d’argent. Qu’est-ce qu’ils vont faire les gouvernements ? Eh bien ils vont emprunter pour mettre dans le pot. Et à qui ils vont emprunter ? Pas à la BCE. Aux banques ! Donc c’est 750 milliards qui vont être empruntés aux banques pour prêter aux états pour rembourser aux banques. Ce n’est pas le jackpot un truc pareil ? Je ne plaisante pas c’est ce qui se passe. Donc le fonds de 750 milliards, il est composé de contributions des états qui n’ont pas d’argent, mais qui vont en emprunter, d’un emprunt de la commission et d’une part du budget européen, lui-même, financé de cette manière-là. Ces 750 milliards, mes chers concitoyens, ils n’existent pas, ils seront empruntés, et donc la catastrophe va se propager.

44. A NOUVEAU, LE CAS DE LA GRECE
Et vous vous souvenez que vous avez vu à la télévision, le film où on voit Mr Strauss Kahn vous expliquer pourquoi les gens des fois ils n’aiment pas la cure que leur propose le bon docteur. C’est comme ça qu’ils se présentent, mais que c’est pour guérir. D’ailleurs vous voyez, les grecs, ils guérissent. Leur dette a été creusée d’une manière abyssale. Ils en sont à 150% du PIB. Tu me diras : « Ah ! 150% ! Bof, les américains c’est 200%. Non ? Les japonais c’est 200% ». C’est des histoires pour faire peur aux gens. En tout cas, eux, ils n’en étaient pas là, ils étaient à 90, les voilà rendu à 150. Ils empruntaient à 13%. Ils sont tombés à genoux. Je crois qu’ils vont tomber à genoux à 15, ou à 18. Eh bien, maintenant ils empruntent à 23 ! 23, vous vous rendez-compte, de l’usure pure et simple. Ils ont tout vendu, les aéroports, les routes, les ports, les agences régionales, le téléphone, la flotte, l’électricité. Tout ! Il ne reste plus rien à vendre. Si, les allemands ont dit, vous pourriez vendre vos îles. Eh bien ils ont commencé. Qu’est ce qui reste à vendre ? Le littoral ? L’espace maritime exclusif ? Ils vendront tout et pour quoi faire ? Pour rien. Maintenant tout le monde le sait. La Grèce ne peut pas sortir de l’impasse. Elle ne peut pas. Je ne vais pas faire la démonstration maintenant.

45. C'EST CE NOUVEAU CAPITAL QU'IL FAUT AFFRONTER
C’est ce capital là que nous affrontons, et c’est ça la leçon des années 81. Ce n’est pas la peine, ça serait trop simple, si nous avions des traitres à fusiller. Ce serait parfait. On dit lesquels. On les fusille et c’est fini. Mais vous savez comme moi que ça n’a jamais rien donné comme procédé. Cette fois-là pas plus qu’une autre. Il n’y a pas de traitres. Il y a des gens qui tâtonnent. Nous sommes des êtres humains. Les uns se disent : « Il ne faut pas y aller trop fort ». Certains se disent : « Comme c’est là, c’est bien ! De toute façon il y a toujours eu des pauvres et ça continue ». D’autres se disent : « Il ne faut pas aller trop fort parce qu’on ne va pas savoir-faire, et le truc va nous tomber sur la tête ».
Et puis d’autres disent ; « il faut rompre ». C’est ça notre programme : c’est rompre et affronter. Nous pouvons porter des coups à l’adversaire aussi violents que ceux qu’il peut nous porter. Je l’ai dit une fois sans être démenti. Entre un prêteur et un emprunteur, il y a un rapport de force. Alors bien sûr le prêteur a des moyens. Il vous prête ou il ne vous prête pas. Mais l’emprunteur en a aussi. Il rembourse ou il ne rembourse pas. Et figurez-vous que quand on dirige la France, le non-remboursement, ce n’est pas l’affaire grecque. L’affaire grecque qui a d’ailleurs son adresse en France, si vous ne le savez pas. La Grèce est endettée auprès de six banques dont trois françaises. Ce qu’on appelle les marchés a une adresse dans Paris et on connaît les noms des gens qui y habitent. Ça n’a rien de mystérieux.

46. CE QU'IL FAUT RETENIR DE 1981 EN CINQ POINTS
Cette lucidité dans l’analyse du capitalisme, voilà la dernière leçon que je propose à cet instant.
Donc récapitulons. Qu’est-ce qu’on peut apprendre de 1981 ?
1. D’abord, le programme, la stratégie et le parti sont trois notions liées. Si vous faites un programme de rupture et de combat, vous ne pouvez pas l’appliquer avec autre chose que des partis de rupture et de combat et vous ne pouvez pas le faire avec autre chose qu’une alliance, la question de la stratégie, avec ceux qui sont intéressés à cette rupture et à ce combat. Les trois se tiennent. Quand vous passez par-dessus bord le programme de rupture, en général vous passez par-dessus bord l’alliance de rupture et pour terminer, vous passez par-dessus bord le parti de la rupture. Avec les primaires, c’est ce qui va arriver au parti socialiste qui va clore la série. Avec le front de gauche, c’est l’inverse. Nous allons avoir un programme, le programme partagé. Nous avons l’équivalent d’un parti, le front de gauche composé de trois partis. Donc une stratégie, un parti, un programme. La stratégie c’est l’union.
2. Mais cette union, elle ne peut pas se faire autrement que sur la cohérence politique. Si vous faites une union sans contenu ou une union avec un contenu contradictoire, ce n’est plus une union, la plage éclate en route. Donc la question du programme est la question centrale du moment politique et de la lutte politique et des explications politiques que l’on doit avoir à gauche…
3. Troisième point. L’implication populaire est le moyen en même temps que la fin de l’action. C’est pourquoi notre révolution est dite citoyenne. C’est une révolution. Elle rompt avec le régime de la propriété dans les secteurs qui sont soustraits au marché. Elle rompt avec le système institutionnel. La sixième république et la constituante sont appelées. Elle rompt avec la hiérarchie des valeurs puisqu’à la place de la concurrence libre et non faussée elle met la coopération et la solidarité. C’est une révolution citoyenne parce qu’elle se fait par le biais du suffrage universel dont elle admet par avance la souveraineté. Elle est citoyenne parce qu’elle signifie que le pouvoir est exercé par le peuple. Elle n’accepte donc aucune entrave à l’exercice de cette souveraineté qui ne soit contrôlée par le peuple. Il ne peut pas être question de continuer avec le carcan du traité de Lisbonne, ni économiquement ni politiquement. Il faut donc sortir de ce carcan, éjecter le pacte euro-plus, fiche à la poubelle le trimestre européen et diverses autres sornettes qui sont dans ce traité de Lisbonne. Nous avons la certitude que si la France appelait à un autre modèle de construction de l’Europe, elle serait entendue. La vérité c’est que personne ne propose rien d’autre que ce qui se fait.
4. Quatrième point. C’est le prix de la crédibilité. On ne peut pas se présenter devant le peuple autrement qu’avec une vocation et des arguments gouvernementaux. Et la crédibilité nous enjoint donc de faire vivre une radicalité concrète.
5. Enfin, le cœur du programme ne sera jamais autre chose que la question du partage des richesses dans la société. Tout le reste est ce qui se construit autour. L’objectif de la planification écologique est une autre version du partage des richesses. L’objectif de la sixième république c’est une autre façon de procéder au partage de la richesse. C’est la question centrale de notre société, c’est celle que ne veulent pas poser ceux qui par définition pense que toute confrontation tournera à leur désavantage. S’il faut affronter, avoir un programme de rupture, c’est parce qu’il faut partager les richesses. Au fond, à l’issue de 1981, il y aura eu deux formes de bilan. Premier bilan, ceux qui auront conclu que, décidément, on ne peut rien faire. Soit qu’ils se soient évaporés, dans un isolement révolutionnaire qui ne mène nulle part, soit qu’ils aient conclu qu’on ne pouvait rien faire d’autre que ce qui s’était toujours fait.
Pour ce qui concerne le mouvement socialiste dont le naufrage est consommé dans la ligne du parti socialiste européen, dans l’approbation de ce que fait monsieur Papandréou et toute cette affaire a été en quelque sorte cristallisé par ce qui s’est passé en 2005 et dont nous voyons les aujourd’hui les conséquences politiques.

47. LE FRONT DE GAUCHE
Nous, nous avons tirés courageusement d’autres leçons et surtout, par-dessus tout, nous nous sommes donné les moyens d’avancer. Et ce moyen magique, c’est le front de gauche. La question n’est pas posée de savoir s’il y aura de grands événements sur le vieux continent. La seule question, c’est quand ça aura lieu. Nous avons la certitude, que le monde que nous avons sous les yeux s’écroulera aussi vite que le Benalisme, plus vite que le Moubarakisme et à mon avis, au moins aussi rapidement que se sont déroulés en quelques semaines les événements qui ont eu lieu dans les pays de l’Est à l’époque dont vous vous souvenez. Nous avons la certitude, parce que tout est en place pour cela. Un effet de système terrible, des dirigeants aveuglés, totalement idéologisés, persuadés que l’on ne peut pas faire autrement que ce qu’ils sont en train de faire. Ces gens-là vont comme on le dit, selon cette belle expression si expressive, dans le mur en klaxonnant. Et personne ne veut arrêter la machine. Si vous m’avez écouté ce matin, dans mon dialogue avec monsieur Wauquiez, c’est effrayant de voir ça. Ces gens n’ont rien compris, rien deviné, rien prévu. Ils récitent. Ils ânonnent des formules creuses sur le gouvernement économique de l’Europe, qui paraît-il est fait, sur l’Europe sociale qui paraît-il est en marche. Je ne crois pas qu’il y ait une personne qui nous aient écoutés qui puisse croire une chose pareille. Pourtant eux le croient. D’autres sont au moins tout aussi aveuglés. Il suffit de voir, comment parle Dominique Strauss-Kahn en particulier.
J’arrive au bout de ce que j’avais à dire. J’espère avoir fait une présentation qui donne de ma vision des événements et des leçons de 1981 quelque chose de différent de ce que vous allez beaucoup entendre.
J’aurais volontiers conclu en reprenant la belle formule de Jean Jaurès. De 1981, les uns n’ont gardé que la cendre et nous nous avons conservé la braise. Je vais me contenter pour faire honneur à sa mémoire de citer François Mitterrand : « Il est normal qu’à chaque génération, on fasse autrement, autre chose ».


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102 réactions à cet article    


  • taketheeffinbus 25 août 17:11

    Bref, Direct de Mélenchon à 17H30 aux Amfis d’été de la France insoumise ici => https://www.youtube.com/watch?v=D4fTjODcllU


    • malitourne malitourne 25 août 20:06

      @taketheeffinbus
      Toujours le même discours du tribun de la gauche. J’ai appris qu’il y avait plan A’ dans la stratégie mélenchonienne visant à transformer l’UE en Union Européenne insoumise. Bref toujours le même enfumage sur le mode : l’Europe on la change ou on la quitte pas. Du grand art. 


    • Christ Roi Christ Roi 25 août 21:00

      M’ Melenchon est un amertcani-trotskiste à la solde de l’étranger. Méfions-nous de lui. 


    • Legestr glaz Ar zen 26 août 07:26

      @malitourne

      « la stratégie de la France insoumise n’est pas d’aller vers la sortie de l’Union européenne ». « L’objectif ultime est un objectif de refondation de l’Union européenne ». « L’objectif n’est pas et n’a jamais été la sortie de l’Union européenne ». 

      Peut-on être plus clair ? 


    • JulietFox 26 août 09:27
      @Christ Roi
      Vaut quand même mieux ça, que des curés et évèques qui se réclament du Christ Roi, pour sodomiser les gamins.

    • Le421 Le421 27 août 13:38

      @JulietFox

      Allons, allons... Ce sont des détails !!  smiley


    • Le421 Le421 27 août 13:39

      @JulietFox
      En plus, c’est bien mauvaise langue, la plupart se contentent de se faire sucer...


    • Chourave Dr Faustroll 25 août 17:30

      Le point 40. LE CAPITAL QUI DIRIGE N’EST PLUS LE CAPITAL NATIONAL mérite le détour. 


      Dommage que le point 41 préconise justement de renforcer l’outil UE mis en place comme courroie de transmission entre les USA et le capital transnational principalement américain pour échapper à cette soumission. Avec quelles forces vives ? Quelles organisations ? Le parlement européen ? lol, mdr

      • Jean Dugenêt Jean Dugenêt 25 août 17:53

        @Dr Faustroll
        Vous avez raison d’aborder cette question. Il justifie à la fin de la conférence sa position d’européiste. Sa « démonstration » consiste à dire que puisque le capital qui dirige n’est plus le capital national, l’échelon pertinent n’est plus la nation mais l’Europe... et bien entendu, il faut maintenant que la France ait plus d’échanges avec la Lettonie et la Lithuanie qu’avec la Tunisie ou l’Algérie.


      • Chourave Dr Faustroll 25 août 18:02

        @Jean Dugenêt

        la France ?

        quelle classe sociale ?
        en France, les intérêts des différentes classes sociales ne sont pas les mêmes et, si le capital a bien su faire tomber les frontières pour exercer ses activités, les mouvements syndicaux et politiques des salariés ou ce qu’il en reste n’ont pas su s’organiser en forces transfrontalières

        à titre personnel Pierre Laurent porte une lourde responsabilité dans cette erreur historique, mais ce n’est pas l’affaire d’un seul homme, pas plus celle de Laurent que de Mélenchon, c’est une affaire d’engagement collectif

      • CN46400 CN46400 25 août 19:55
        @Dr Faustroll

        « titre personnel Pierre Laurent porte une lourde responsabilité »

        Ah bon c’est vraiment lui qui a refusé l’union pour les législatives de 2017 (100 sièges étaient gagnables, à comparer avec la trentaine obtenus....) ?

      • Legestr glaz Ar zen 25 août 20:08

        @Jean Dugenêt

        La France appartient à un système supranational inscrit dans sa Constitution. 

        Je voudrais, par conséquent, savoir de « quoi » peut bien décider la France ? 

        En tous les cas, celles et ceux qui avaient des doutes sur le souhait de Mélenchon de quitter l’Union européenne en seront pour leur frais. 

        Je remets en ligne le programme national de réforme de l’année 2015. L’annexe 4 est une démonstration, sous forme de tableau synoptique, de ce que la France décide ou ne décide plus, justement. 

        Ouvrez ce lien et constatez par vous même en allant à la page 160, l’annexe 4, tout en bas du document.

         http://www.economie.gouv.fr/files/programme_national_reforme_2015.pdf


      • Chourave Dr Faustroll 26 août 09:43

        @CN46400

        merci pour votre réaction qui confirme ce que je pense : cette pamille politique se résume à des stratagèmes électoralistes
        plus de base
        plus de programme
        plus d’avenir autre que de protéger des fromages pour les vieux notables

      • alinea alinea 25 août 17:44

        Vous avez bien fait de voter Macron !! avec un tel guignol où en serions-nous ! et puis Mitterrand dans l’ordre des nuisibles modernes,il tient, et de loin, la tête.


        • Chourave Dr Faustroll 25 août 17:49

          @alinea

          vous allez avoir une attaque, là !
          buvez un peu d’eau, ça vous fera du bien
          les montées d’adrénaline peuvent provoquer des dégâts

        • Le421 Le421 27 août 13:40

          @Dr Faustroll
          J’ai bien peur que alinéa n’ai raison.


        • Jeekes Jeekes 25 août 17:51
          J’ai voté fauxscialiste une fois, en 81 (et j’en ai encore mal au cul).
           
          Naturellement je n’ai jamais recommencé.
          Une fois c’est une erreur pardonnable, mettons ça sur le compte de la jeunesse...
          Plus ce serait aimer se faire mettre et c’est pas ma tasse de thé.
           
          D’ailleurs les innombrables trahisons de ces emmanchés m’ont amplement prouvé à quel point j’avais raison de ne plus leur faire confiance !
           


          • Clocel Clocel 25 août 18:01

            @Jeekes


            Le socialisme bourgeois disait Marx dans le manifeste du PC, faut occuper le terrain, ne pas laisser d’authentiques gens de Gauche agiter le peuple avec des idées révolutionnaires, le rôle dévolu à Mélenchon aujourd’hui...

            Un digne héritier de Mitterrand quoi qu’il en dise.

          • alinea alinea 25 août 18:40

            @Clocel

            Mais présentez vous donc ! qu’on en finisse avec vos conneries collégiennes ! vous prenez Dugenou comme premier ministre, à la com fautroll de source sûre... vous ne manquerez pas de bras !
            Je vois qu’il y a autour de 95% de gens qui ignorent qu’on évolue dans sa vie, que les expériences servent et, surtout surtout que le monde change et qu’hier n’est pas comme aujourd’hui encore moins que demain !

          • Clocel Clocel 25 août 18:55
            @alinea

            Merde !

            Voila que je me suis foutu la Pasionaria d’Avox sur le râble !? smiley

            Parler d’évolution quand on est soi-même en mode « groupie »...

            Est-ce bien raisonnable ma bonne Alinea !? smiley



          • Chourave Dr Faustroll 25 août 19:00

            @alinea

            moi je veux pas de la com
            c’est président ou rien du tout !
            et Alinéa à la condition féminine ou à lintérieur, c’est un peu la même chose : une femme d’intérieur pourrait donner un coup de trochon et faire enfin le ménage dans cette classe politique qui en a bien besoin, hein ?

          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 25 août 19:03

            @Clocel

            Va pas répondre de suite...y’a son dos argenté préféré à la téloche.


          • Clocel Clocel 25 août 19:09
            @Aita Pea Pea

            Nââân !

            Le Silverback de Gôche, c’est DSK !!! smiley

            P’tain ! Faites gaffe, c’est déjà assez compliqué comme ça !

          • Chourave Dr Faustroll 25 août 19:12

            @Clocel

            DSK ?
            il est pas champion de penis de table, plutôt ?

          • alinea alinea 25 août 20:21

            @Clocel

            Je ne vous avais pas imaginé si mode ! à la mode de ce monde où la confiance n’existe plus, ni l’espoir ni la réflexion.
            Sachez que je ne suis pasionaria de rien du tout, surtout pas groupie mais que j’ai très envie qu’un pion bouge pour de vrai, qu’on commence à s’en sortir de cet immobilisme que tous vous retenez de toutes vos forces.
            car, dîtes moi, quoi d’autre ?
            j’ai envie qu’on se bouge pour cultiver sain, redonner à la terre son sol ; j’ai envie qu’on se bouge pour qu’on vire le nucléaire en cherchant pour de vrai des alternatives ; j’ai envie qu’on vire les malfrats de l’État, j’ai envie qu’à l’école on apprenne à nouveau... enfin qu’on commence les cent vingt sept pages du programme, car je suis pressée, j’ai envie de voir avant de mourir.

          • alinea alinea 25 août 20:27
            Faustroll, vous vous arrangez avec Clocel, je n’y vois pas de problème ; en revanche j’ai peur que les femelles voient rouge si on me met à la condition féminine, et d’ailleurs je suis très mauvaise ménagère, ma maison est un foutoir sans nom, et crade avec ça.
            mais l’agriculture je veux bien.
            mais faites vite hein, j’ai soixante cinq piges et je n’en ai plus pour longtemps

          • alinea alinea 25 août 21:14
            oui bébert, mais je ne suis pas responsable de ma génération ! pour ma part, non seulement je n’ai rien fait de tout cela, mais j’ai soigné, retenu, freiné autant que j’ai pu !
            je vais écrire pour mes petits enfants et me remettre à chanter ; après la mort viendra, je suis en paix avec moi-même, avec le monde, non, ça ne sera pas demain.

          • malitourne malitourne 25 août 21:14

            @alinea
            Si vous voulez une maison propre il vous faut d’abord un balai et du courage c’est tout bête. Et si vous voulez que le programme de Mélenchon s’applique il vous faut un Frexit et du courage politique, c’est tout bête également.


          • alinea alinea 25 août 21:20
            le courage je l’ai, et j’ai toujours mieux à faire que balayer ; mais rassurez-vous je sais le faire quand nécessaire !
            le frexit, ça dépend des autres, pas de moi !
            à la fin de son discours à Marseille aujourd’hui, j’ai juste capté la fin, il l’explique clairement ; bon ça fait quelques années qu’il le fait mais il semble qu’on ne veuille pas comprendre, j’aimerais savoir pourquoi.

          • malitourne malitourne 25 août 21:25

            @alinea
            il explique clairement rien sur le Frexit, j’aii regardé jusqu’au bout, il dit clairement qu’il faut changer l’Europe qu’il n’ya pas d’autres alternatives parce qu’il se proclame internationaliste. Seulement la nation française il en fait quoi ? Parce que la nation européenne elle n’existe pas.


          • Chourave Dr Faustroll 25 août 21:59

            @malitourne

            Le frexit pour le frexit alors que la France est dans l’UE depuis 1993 après avoir été successivement dans la CEE puis le Marché Commun, ça reviendrait à ce qu’un ancien autorail démotorisé et transformé en wagon de marchandise demandait à sortir du train ! 
            Le problème, ce n’est pas le train, c’est le système ferroviaire qui a supprimé les autorails. Le vieux wagon n’a d’avenir que s’il sait vraiment ce qu’il veut faire après avoir été dételé, sinon il se retrouvera sur une voie de garage.


          • alinea alinea 25 août 22:17

            @malitourne

            Vous vous arrêtez en route : le message est : nous ferons notre programme, quelle que soit votre réaction ; mais, intelligemment, il sait ne pas savoir la réaction !
            et l’envie est le partage. alors comme tout le monde en a marre aujourd’hui, une petite pichenette en france, peut-être le volcan europe se réveillera-t-il ?
            Sinon tant pis, hein, on aura assez à faire.

          • Chourave Dr Faustroll 25 août 22:25

            @Dr Faustroll

            les Britanniques qui ont manœuvre pour amener leur pays au brexit avaient comme projet de devenir officiellement le 52ème état des Etats-Unis (le 51ème étant Israël), mais ils n’avaient pas prévue l’arrivée de Trump qui a repoussé les avances de Theresa May quand elle est allée lui faire un câlin, et les choses ne se sont pas arrangées quand le gros lourdaud a mis les pieds dans le plat lors de sa dernière visite au Royaume Uni : « J’ai dit à Theresa May comment faire, elle ne m’a pas écouté »


            Maintenant, il n’y a plus qu’à attendre le retour de la brebis égarée. Barnier n’en finit pas de jouer le mari cocu qui refuse la réconciliation, mais quand il aura fini de bouder, ils se feront un bisou et elle reviendra à la maison, vous verrez !

          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 25 août 22:31

            @alinea

            Prout ...


          • alinea alinea 25 août 22:51

            @malitourne

            je déteste les gens qui partent battus d’avance et qui disent à la moindre difficulté : on n’y arrivera pas.
            Si on veut, on peut, sauf si ce qu’on veut est le fruit d’un esprit dérangé, fou


          • alinea alinea 25 août 22:53
            @alinea malitourne
            aïta
            marre qu’on me mâche la tâche smiley

          • malitourne malitourne 25 août 23:05

            @alinea
            « Vous vous arrêtez en route : le message est : nous ferons notre programme, quelle que soit votre réaction »

            A supposer que ce volontarisme politique soit sincère, il pose certaines questions auxquelles personne ne répond chez LFI et soulève une contradiction politique majeure : comment on fait pour mettre en oeuvre une politique en s’asseyant sur les traités qui nous lient à un système supranational européen tout en assurant une confiance et une coopération internationale européenne ?
            Il ne peut y avoir une politique souveraine en France s’il n’y a pas de souveraineté politique française. 


          • malitourne malitourne 25 août 23:10

            @alinea
            Sans souveraineté on est battu d’avance. Sans Frexit vos désirs politiques ne sont que des rêves. 


          • malitourne malitourne 25 août 23:12

            @alinea
            A part ça je ne vous déteste pas :)


          • alinea alinea 25 août 23:48

            @alinea

            la souveraineté, on l’a ! regardez l’Italie aujourd’hui ; vous vous laissez piéger par des papelards.
            le projet c’est le peuple qui doit le porter parce que, quand on est contre,il faut être fort, et nous ne sommes forts que par le nombre.
            L’administratif, c’est encore un laisser faire en haut !

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