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ANCT, pour Agence Nationale de la Cohésion des Territoires – ou le bazar des mondes

Il est curieux de se dire que Napoléon Ier avait créé les départements, de sorte à ce qu'ils soient traversables à cheval en une journée, et que de nos jours ce soit la France entière, qui est traversable en voiture en une journée. Cette proximité relative, n'empêche pas que chaque territoire soit plus ou moins caractérisé, et que de l'un à l'autre existent des différences notables. Sans compter que pour un smicard, donc a fortiori pour le commun des chômeurs et des RMIstes (Revenu Social d'Activité, aujourd'hui) … la pauvreté assigne à résidence, aussi proche ou loin soit l'autre bout du pays. C'est ainsi que nous connaissons les Gilets jaunes depuis un moment, maintenant, et pas que les Gilets jaunes.

 

 

 

Si on pouvait réécrire l'Histoire
 

Ironie du sort, monsieur le président Emmanuel Macron était, dès 2017, favorable à la création de l'ANCT. De quoi s'agit-il ? … Pour commencer, d'un acronyme comme l'administration en produit cent (c'est un miracle qu'une commission se soit décidée pour Pôle emploi – bien qu'il s'agisse surtout d'Attraction chômage, cela dit – en ce qui concerne la fusion de l'ancienne ANPE et des anciens ASSEDIC). Mais enfin, l'ANCT, c'est l'Agence Nationale de la Cohésion des Territoires. Des territoires français, faut-il le préciser, même si le pays est traversable en une journée en voiture d'un bout l'autre, et que les Parisiens se sentent Parisiens avant tout, eux qui ont moins d'une journée en voiture pour rejoindre les littoraux et les frontières, pourtant.
 

Il y a ironie du sort, à ce que le président Emmanuel Macron ait été pour la création de l'Agence Nationale de la Cohésion des Territoires, dès 2017, puisque dès la fin 2018 ce sont ces mêmes territoires, qui se sont servis de lui comme bouc-émissaire à leurs frustrations accumulées depuis des décennies de métropolisation, voire de citadellisation des métropoles (Ch. Guilluy). A leur décharge, il faut dire que le président Emmanuel Macron, bien qu'adepte du ski à La Mongie – commune de Bagnères-de-Bigorre, près de Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées (65) … – il faut dire que sieur Macron s'est piqué d'un certain nombre de phrases … pas piquées des hannetons. En milieux riches et importants, ils auront beau dire que le monde n'entend rien à la “pensée complexe” du patron, que cela ne change rien à l'inévitable dissonance cognitive entre mondes, partiellement dûe à la crétinisation des mieux éduqués (E.Todd).
 

C'est ainsi que monsieur le président Emmanuel Macron s'est prêté, début de cette année, à un “exercice” “virtuose” où il fait la preuve de sa “maestria” concernant “la connaissance des dossiers” touchant “la France d'en bas” (J.P. Raffarin) face à des parterres de maires pendant plusieurs heures. Ce qui ne l'a pas empêché d'être aussi méprisé que monsieur le premier ministre Jean-Pierre Raffarin, en son temps, les deux carrures ayant la même ombre portée en ces circonstances. Mais c'est qu'il s'agissait de frimer devant le peuplement entier, tout en démontrant son désir d'autorité verticale largement galvaudé par une fête de la musique douteuse, mais pas plus qu'un voyage antillais, ni plus qu'un garde du corps olé-olé … Dans l'ensemble, tout ce bas monde a démontré vouloir frimer en long, en large, et en travers, au moins autant qu'un policier-vandale ayant “visé juste” lors d'un Samedi jaune, ou pendant une nasse artificiellement créée par l'annulation in extremis d'une manifestation. Dans la vie, il y a frimer, et il y a morfler, et comme ça le monde il tourne.
 

 

L'Agence Nationale de la Cohésion des Territoires
 

La promulgation et la médiatisation de l'ANCT avant novembre 2018 aurait-elle changé quelque chose aux événéments sociopolitiques durables récents ? … On ne réécrit pas l'Histoire. Toujours est-il qu'à force de lire que monsieur le président Emmanuel Macron aspirait à sa création dès 2017, on se prête à rêver aux contes de fées : cela n'a jamais fait de mal à personne, contrairement aux événements dits – quand même ces événements ont débuté dans des manifestations non-déclarées légalement répréhensibles. La liberté de conscience, la liberté d'expression, et la liberté de réunion, sont normalement des droits démocratiques inaliénables (normalement, c'est-à-dire quand on rêve aux contes de fées).
 

En tout cas, la création de l'ANCT – promulguée donc, en juillet 2019 – est partiellement là pour palier aux déclassements des territoires français, il faut le savoir, et c'est sur la base d'un certain nombre d'administrations existantes, que l'Etat français en a plus ou moins accouché structurellement. C'est-à-dire qu'il en a accouché, dans un imbroglio, un chassé-croisé et un maëlstrom dont lui seul a le secret, d'autant mieux gardé par période de restrictions budgétaires – il ne faut pas se le cacher – entre politiques d'austérité, remboursements de dettes publiques largement suscitées par des élus et des hauts fonctionnaires bien trop libéraux envers eux-mêmes depuis des décennies, ainsi que par ce qu'il est convenu d'appeler du saint nom de “mondialisation” désormais ... aurait-elle du plomb dans l'aile, avec la multipolarisation planétaire, etc.
 

Et pourtant, le dossier d'Etat se veut clair et limpide, et tout un chacun – notamment collectivité territoriale – doit pouvoir y trouver du bonheur. “La tâche sera rude, mais la volonté est présente, les efforts doivent être entrepris, c'est de la libre responsabilité et de la libre initiative de chacun, que de s'en saisir” … c'est-à-dire, de se saisir d'une Agence qui contredit la décentralisation en y opposant une recentralisation. Car, bien entendu, en tant que financeur principal, l'Etat français parisianiste, garde 50% de voix décisionnaires dans les délibérations.
 

En soi, ce n'est pas insensé mais, ce qui est insensé, c'est que la prétendue rigueur budgétaire – qui met en difficulté les collectivités territoriales, au nom de la décentralisation – soit compensée par des dépenses étatiques supplémentaires en faveur de l'ANCT recentralisatrice. C'est vraiment prendre les territoires pour des enfants, à devoir les accompagner en les tenant par la main comme une Française de confession musulmane voilée, potentiellement obligée de retirer son voile, participe à une sortie scolaire. Ah ! Si Père Etat et Mère Administration n'étaient pas là, que pourraient donc bien faire ces vilaines petites têtes blondes institutionnellements maltraitées … On se le demande. Plutôt déployer tous les contingents possibles et imaginables de polciiers de France, de Navarre et d'Euro-Amérique, en vérité. Mais de quoi parlait-on, déjà ?
 

 

L'agence France Territoires
 

La France, peut-être plus qu'un autre pays, a l'art et la manière de se payer de mots. Alors continuons dans la veine, en nous demandant quelle rapport, une telle Agence Nationale entretiendrait avec la Cohésion des Territoires. En soi, une telle tournure ne veut rien dire, qu'ANCT. La cohésion des territoires, est-ce la cohésion des territoires entre eux ? En quoi, et comment, un territoire peut-il être qualifié de cohérent ? Ne sont-ce pas leurs habitants, qui peuvent le vivre comme cohérent ? On parle, certes, de projets territoriaux, dans les administrations : est-ce rapport à ces projets, qu'il y aurait de la cohérence ? A quelle fin humaine ? Le mot cohésion est-il le plus judicieux ? Dans chaque structure – sociologie des organisations à l'appui – ne sont-ce pas de bonnes personnes, qui font de bons partenariats, avec de bonnes dynamiques structurelles ? Ne devrait-on pas plutôt nous interroger sur cette “bonté” et sa place dans toutes les formes de gestion, plutôt ? … En tout cas, à peine créée, on parle déjà de renommer cette agence France Territoires. “Jamais contents, ces Français, alors … qu'est-ce qu'ils veulent, à la fin …”
 

C'est donc sous les traits bonards de la ministre de la Cohésion des territoires et de la Relation avec les collectivités territoriales, Jacqueline Gourault, que l'ANCT a été promulguée, une agence qui existait déjà plus ou moins dans les faits, dont la création émane d'une tresse administrative entre autres (d'une “réaffectation des services”), grâce à des fonds européens aussi. N'en déplaise à monsieur François Asselineau, on aurait plutôt envie, à ce compte, d'une Europe des régions véritablement autonomes, plutôt que cet énième directoire dont l'Etat français détient le secret, essentiels pour placer des hauts fonctionnaires fraîchement sortis de l'ENA. Directoire qui, dans le contexte d'une valorisation de la fonction de maire dans les communes et les intercommunalités, passe manifestement pour une ubérisation du pays.
 

Allez raisonner sur la notion de frontières, après cela ! En tout cas, la République compte sur vous, n'allez pas vous plaindre.
 


 

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6 réactions à cet article    


  • Laconique Laconique 20 décembre 2019 16:29

    Entreprise louable de pédagogie, mais le découpage territorial n’intéresse personne. L’être humain est un être irrationnel, il faut utiliser des mots magiques comme « retraite », « peuple », « gauche », « Macron », « Star Wars », « révolution », pour l’impliquer.


    • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 20 décembre 2019 17:10

      @Laconique. smiley


    • Gogole Bretzel Liquide 20 décembre 2019 17:42

      baf, ça fait une couche de plus dans le mille-feuilles

      ont ne sait toujours pas à quoi servent les « pays », entre cantons, com de com, com d’ag, arrondissement, district,...

      des fromages, aussi bien pour les élus décentralisés que pour la territoriale déconcentrée

      les fromages sont les récompenses méritées par les rats qui cautionnent les lessiveuses à pognon que sont ces structures dévoreuses de taxes directes et indirectes, et redistributrices de « subventions », « aides », et toutes ces sortes de partages de gâteaux entre initiés 

      les structures institutionnelles sont des appareils qui servent à blanchir les transactions public/privé en permettant de ne plus faire la différence entre argent public et privé : éoliennes, autoroutes, concessions de sources thermales, aéroports, etc.


      • Marzhin Tavernier Marzhin Tavernier 21 décembre 2019 01:32

        @Bretzel Liquide. Sans être fan du groupe, je songe toujours à ces paroles de Noir Désir, dans Des visages des figures, le morceau l’Europe. Ça disait : « France, putain autoritaire et libertaire ». Ou bien, même morceau : « Je ne suis pas chauvine, mais la France est la reine des fromages. »


      • adeline 21 décembre 2019 17:44

        Sur la video on dirai le panda jeune

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