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Chez les agents territoriaux, la mobilisation contre la réforme des retraites est compliquée

" C’est que chez nous, les syndicats réformistes sont très forts… Et comme ils font rien, ils laissent les agents territoriaux se débrouiller, qu’est ce que tu veux, ça pousse pas à aller se battre pour ses droits, ça. En plus, je leur dis, moi, que la CFDT se l’est fait mettre dans l’os sur la pénibilité ! "

Lors d’une manifestation contre la réforme des retraites, je rencontre Jacques*, drapeau « Sud Collectivités Territoriales » à la main et gilet jaune sur le paletot. 

« Alors, comment ça se passe, la mobilisation, chez les territoriaux ?
– Pas très bien, les collègues sont difficiles à mobiliser… Dans ma commune, sur 200 agents, on doit être 4 ou 5 en grève. »

Chez les territoriaux, on a pas spécialement la culture de la grève. Pourtant, le 5 décembre, on atteignait un record, avec 13,76% des agents du pays déclarés grévistes. Mais, depuis, les annonces du premier ministre ont fait leur effet.

« Quand je parle, les collègues sont d’accord avec moi ! Mais de là à se bouger… Ils disent que ça va venir, que la pénibilité va être mieux prise en compte. Ils croient à l’enfumage du gouvernement, quoi… C’est que chez nous, les syndicats réformistes sont très forts… Et comme ils font rien, ils laissent les agents territoriaux se débrouiller, qu’est-ce que tu veux, ça pousse pas à aller se battre pour ses droits, ça. En plus, je leur dis, moi, que la CFDT se l’est fait mettre dans l’os sur la pénibilité ! »

La CFDT a d’ailleurs décidé de rejoindre la contestation, ne s’estimant pas satisfaite de la prise en compte de la pénibilité. Pour l’instant, six critères existent : « il faut avoir travaillé dans des températures extrêmes, des bruits intenses, en milieu hyperbare, ou bien de nuit, en horaires alternants, ou encore avec des tâches répétitives. Ces salariés ont droit de partir à la retraite jusqu’à deux ans avant ceux qui n’exercent pas des métiers considérés comme pénibles. » Le syndicat demande d’ajouter « la manutention de charges lourdes, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et les risques chimiques. »

La pénibilité au travail, Jacques, il connait :

« Moi, je suis dans le pôle déchets. Niveau pénibilité, on est quand même haut ! On a des horaires de nuit, on bosse par tous les temps, dans le froid, dans les déchets, dans le bruit… Tu t’imagines faire ça jusqu’à 64 ans, toi ? »

L’augmentation de l’age de départ à la retraite, c’est une ligne rouge franchie, même pour les réformistes de la CFDT.

Mais un autre problème se pose pour Jacques. Celui de continuer la lutte.

« Nous, les agents territoriaux de catégorie C, on est parmi les moins bien payés, hein ! Tu commences au SMIC. Il y a les primes, qui nous aident un peu, mais comme ça dépend de la collectivité, c’est jamais sûr. Et puis avec le gel des indices, le salaire augmente pas vite.
Moi, j’en suis à quatre jours de grève. Mardi, je serai encore en grève. Mais après, je pourrai plus. Je dois manger, moi, aussi ! »

Il suffirait pourtant de pas grand chose, pour bloquer la commune et rendre la lutte visible.

« Chez nous, il suffirait que quatre chauffeurs par jour fassent grève, pour que la plupart des services soient bloqués… »

Jacques a l’air un peu amer. Mais il ne désespère pas : » Mardi, on va affréter un car pour monter à Strasbourg. On sera quelques territoriaux, quelques uns de la Mairie, une trentaine de Gilets Jaunes, quelques retraités… Et puis, pour la suite, on verra. »

Oui, on verra. On espère que Jacques va réussir à convaincre ses collègues. On espère aussi que ses collègues ne vont pas tomber dans le piège tendu par le gouvernement qui se profile à l’horizon : Faire rentrer la CFDT dans la lutte, pour ensuite négocier avec elle et faire passer les autres opposants pour d’horribles radicaux… Car pour la plupart des mobilisés, le mot d’ordre ne change pas : Pas de négociations, le retrait du projet de réforme et puis c’est tout. 

* le prénom a été modifié


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2 réactions à cet article    


  • Arogavox 17 décembre 2019 23:06

    mobilisation contre ?

    Tous unis contre ? 

     Pour éviter de viser à un mirage, garder en tous cas cette conscience :

    « L’unité est ainsi virtuelle, [...] ni globale, ni totale, ni hiérarchique. »

     R. Oppenheimer

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Pepito Gavroche

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