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Côte d’Ivoire : les réseaux sociaux menacent-ils la démocratie ?

Croire que les réseaux sociaux permettent la construction d’une conscience politique et d’un espace élargi du débat en période électorale est, de plus en plus, une illusion. Au regard des dernières élections américaine et ivoirienne, on peut s’interroger sur les dangers de la désinformation et d’une nouvelle forme de communication politique inquiétante, bafouant le verdict électoral, fondement de la démocratie.

Les réseaux sociaux sont devenus la principale source d’information des citoyens, surtout les plus jeunes, vulnérables et peu enclins à vérifier l’information qui devient parcellaire et orientée. Cloisonnés dans des cercles cognitifs, des espaces de contenus où leurs opinions ne sont pas contredites, ils sont bercés dans une illusion d’engagement et de délibération politique par le biais de filtres et d’algorithmes puissants.

En période électorale, ils assistent à une expression politique appauvrie et formatée limitant le débat et favorisant la désinformation et la radicalisation de la pensée, notamment sur Facebook, Twitter, YouTube ou même Twitch. Affranchis de tous les codes de la politique traditionnelle, les candidats et leurs équipes usent de désinformation pour gagner le terrain des scrutins avec une stratégie de plus en plus ciblée de connexion, d’influence et d’adhésion des futurs votants.

Aux Etats-Unis, Donald Trump se déclare vainqueur

Les fake news diffusées sur les réseaux sociaux s’avèrent être un outil imparable de manipulation de l’opinion pour le compte d’un candidat aux dépends d’un autre. Donald Trump en 2016 et 2020 a su les utiliser pour sortir des sentiers battus de la couverture médiatique traditionnelle et conduire ses followers vers une réalité parallèle hors des frontières du cadre électoral et démocratique établi.

Le 16 novembre dernier, Donald Trump s’auto-proclame vainqueur de l’élection présidentielle et piétine en toute impunité la légalité des élections, boycottant purement et simplement le timing et le canal officiel de diffusion des résultats. Pire, il refuse le résultat des scrutins, remet en cause le mode de désignation et de participation démocratique ultime : le vote populaire. Il renverse la vérité des suffrages en dénonçant les défaillances de sécurité sur l’enregistrement des votes en ligne, le manque de rapidité du dépouillement des scrutins et les retards qui auraient déguisé un truquage du décompte. Une semaine après que Joe Biden a été déclaré vainqueur, Donald Trump admet que son rival a gagné « parce que l’élection était truquée  ». Pour ce dernier, le vote, nécessairement disqualifié, n’apparait plus comme l’expression libre et souveraine du peuple en vue de la désignation de son représentant.

En Côte d’Ivoire, Guillaume Soro refuse le verdict populaire

En cette fin d’année, la république de Côte d’Ivoire, également en campagne présidentielle, a connu des soubresauts politiques inquiétants. Le président Alassane Ouattara - réélu le 31 octobre dernier - a dû faire face à une série d’accusations et de menaces de la part de l’opposition : un troisième mandat jugé anticonstitutionnel, un risque de coup d’Etat, un appel au boycott du scrutin, un projet de destruction des cartes d’électeurs et un barrage d’accès aux bureaux de votes.

Particulièrement actifs sur les réseaux sociaux, les « chantres du chaos surfent sur la vague de la désinformation  », s’adressant directement aux Ivoiriens, qui dans leur grande majorité, « ne croient même plus à la voix officielle (mais) uniquement aux informations qui émanent de Facebook » affirme le patron de presse Tiémoko Assalé. Guillame Soro, ancien chef rebelle, accusé d’une tentative de coup d’Etat, d’enlèvements et séquestrations et soupçonné de meurtre, jouirait par exemple de 900 000 followers sur Twitter – d’aucuns se demandant si la plupart d’entre eux n’auraient pas été « achetés ».

Représentativité versus « leader charismatique »

L’ancien seigneur de guerre se targue d’une légitimité populaire sur les réseaux, sur lesquels il s’évertue à répandre des « informations », reconnues par lui seul, évoquant en Côte d’Ivoire des actes de « barbarie », de « dictature », ou encore de « génocide ». Dernier exemple en date : la publication sur son compte Twitter d’une infographie fantaisiste, non légendée, mentionnant de curieuses « données statistiques de l’élection présidentielle ».

A l’arrivée, le dispositif électoral est dévoyé, le verdict des urnes est mis à mal et les fondements de la démocratie représentative sont fragilisés. Au-delà des récupérations politiques individuelles se jouent la pérennité des valeurs démocratiques et l’inaliénable droit des citoyens ivoiriens, américains ou français de participer à la décision politique et de prétendre à une représentativité exemplaire, républicaine, garante du bien commun.


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5 réactions à cet article    


  • sylvain sylvain 24 novembre 2020 19:15

    c’est sur, il y a un tas de conneries sur les reseaux sociaux et sur internet en général .

    En même temps le « canal officiel » n’en produit pas moins . Plus que des conneries, le canal officiel présente la vérité qui arrange ceux qui le gèrent

    Je ne sais pas en cote d’ivoire, mais ici je suis content que des médias alternarifs ( plus que les réseaux sociaux, surtout facebook ou twitter) existent et donnent une information peut être plus amateur mais moins manipulée, ou au moins manipulée par tout un tas d’entité différentes


    • troletbuse troletbuse 24 novembre 2020 20:09

      @sylvain
      En même temps le « canal officiel » n’en produit pas moins


      je dirais « même plus »


    • Le Sudiste Le Sudiste 24 novembre 2020 20:33

      J’en connais un autre de reseau qui a depuis bien longtemps pris tout ce qu’il y avait a prendre en Afrique. Mais bon, c’est complotiste alors...


      • Français du futur Français du futur 25 novembre 2020 00:07

        bafouant le verdict électoral, fondement de la démocratie

        Démocratie représentative cher auteur, c’est important de remettre les bons mots sur les bons concepts sinon, on n’y comprend plus rien.


        • QAmonBra QAmonBra 25 novembre 2020 15:49

          En effet, le terme « démocratie » est a prendre avec des pincettes, quant à celui de « représentative » il faut se demander de quoi ?

          Manifestement de l’entre-soi et non du Peuple, ou si peu, pourtant ce n’est pas faute d’avoir déjà été mis en garde dès les origines de la République :

          (. . .) "La source de tous nos maux, c’est l’indépendance absolue où les représentants se sont mis eux-mêmes à l’écart de la nation sans l’avoir consultée.

          Ils ont reconnu la souveraineté de la nation, et ils l’ont anéantie.

          Ils n’étaient de leur aveu même que les mandataires du peuple, et ils se sont faits souverains, c’est-à-dire despotes, car le despotisme n’est autre chose que l’usurpation du pouvoir souverain.

          Quels que soient les noms des fonctionnaires publics et les formes extérieures du gouvernement, dans tout État où le souverain ne conserve aucun moyen de réprimer l’abus que ses délégués font de sa puissance et d’arrêter leurs attentats contre la constitution de l’État, la nation est esclave, puisqu’elle est abandonnée absolument à la merci de ceux qui exercent l’autorité.

          Et comme il est dans la nature des choses que les hommes préfèrent leur intérêt personnel à l’intérêt public lorsqu’ils peuvent le faire impunément, il s’ensuit que le peuple est opprimé toutes les fois que ses mandataires sont absolument indépendants de lui.

          Si la nation n’a point encore recueilli les fruits de la révolution, si des intrigants ont remplacé d’autres intrigants, si une tyrannie légale semble avoir succédé à l’ancien despotisme, n’en cherchez point ailleurs la cause que dans le privilège que se sont arrogés les mandataires du peuple de se jouer impunément des droits de ceux qu’ils ont caressés bassement pendant les élections."(. . .)

          .

          .

          Maximilien Marie-Isidore De Robespierre, le 29 juillet 1792.

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