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D’un certain empirisme politique qui règne, ou La Bonne Affaire entrepreneuriale de culture néomanageriale bien-fortunée

On s'interroge beaucoup sur "la nature" du macronisme, de part le Web, c'est épatant. Pourtant, ça n'est pas très compliqué.

 

S'il y avait bel et bien un empirisme philosophique, représenté par Francis Bacon, il n'y avait pas à proprement parler un empirisme politique doctrinal. En fait, l'empirisme philosophique a assez logiquement abouti à l'empirisme scientifique qui, couplé au rationalisme, donna l'empirio-rationalisme idéologique de nos mondes plus ou moins communs. C'est-à-dire que même le dernier dé-penseur occidental, trouve "juste évident" de ne se fier qu'à ce qui semble "cohérent" du point de vue empirique-rationnel, même si l'empirisme ignore le perspectivisme ("l'objectivisme" est un préjugé, quoi qu'on produise des modèles opératifs), de même d'ailleurs que le rationalisme qui, en sus, dédaigne les valeurs de l'intuitionnisme, de l'instinctivisme, du vitalisme, etc. Bref : suite à la modernité (qui commence, si l'on veut, avec ledit Francis Bacon ... ) nous nous sommes tous comme "mis d'accord" pour ne plus voir les choses que sous un seul angle, pour ensuite qualifier cet angle d'universaliste (socialement) et (techniquement) de scientifique. Nous sommes épatants.

Mais enfin, on voit mal - à partir de là, - ce que pourrait être un empirisme politique, puisque le politique (par définition saisi dans les rets du devenir collectif et historique) échappe à toute systématisation. Il y a bien Machiavel, sur lequel Emmanuel Macron aurait fait un mémoire universitaire ; néanmoins, Machiavel relève plus justement d'une sorte d'"ambitionnisme", si l'on m'accorde ce néologisme : unifier l'Italie médiévale. Or, l'ambition de Macron est essentiellement inventée par la finance, en réalité, et quoiqu'il la porte bien. Mais en effet, s'il y a certes des "règles de l'art" politique (par quoi on nous inventa Science Po' ... ) il n'en reste pas moins que cette science demeure proprement artisanale, soit donc une science humaine qui, encore, et bien que méthodique, ne saurait s'arranger des statistiques seulement. C'est-à-dire qu'il y a une "bonne fortune" à saisir en politique, que notre président illustre cahin-caha dans sa trajectoire, entre machiavélisme de Petit Prince et nietzschéisme de Dernier Homme ("en même temps", pardi !).

Soit donc qu'il illustre à merveille un certain empirisme politique, et, comme nous avons généralement tendance à qualifier notre idéologie de libérale, d'ultralibérale, de libéralisme tyrannique, de mondialisme totalitaire, j'en passe et des meilleures ... il faut bel et bien se rendre compte que ce libéralisme-là, cet ultralibéralisme, ce libéralisme tyrannique (contradictio in adjecto), ce mondialisme totalitaire, eh bien, tous, ils désignent ce certain empirisme politique qui règne. Celui, en somme, de grandes fortunes privées, se vivant elles-mêmes (je veux dire : leurs possesseurs se vivant eux-mêmes) sur le mode de la familiarité, de l'amabilité et de la vérité empiriques. Très Saints Cartels d'alliances intéressées à l'âme pressurée par le lobbyisme.

Hélas, quand on sait que le libéralisme réel, originel, noble, tend infiniment plus vers la mentalité du film 300 (emblématiquement, pour aller vite) - et encore que le vrai libéralisme fut éminemment cultivé, aussi, gentilhomme, - on mesure tout l'écart avec ce qu'il est saugrenu mais convenu de nommer "libéralisme" aujourd'hui (non, Emmanuel Macron n'est pas le lettré qu'il veut faire croire). Pour en prendre la mesure, il faut lire le Libéralisme antique et moderne, de Léo Strauss ...

Notre époque est sombrement dégénérée en affairisme, autre nom de cet empirisme politique. L'oligarchie-technocratie-ploutocratie de nos mondes se résume belle et bien à cela : à ce certain empirisme politique qui règne, à cet affairisme, qui naturellement n'a plus rien de politique, encore qu'il ait politiquement des effets.

Seulement voilà : quand l'affairisme règne, que doit-on faire ? Se cantonner à s'affairer ? ... Pour cela, il faudrait déjà être totalement saisi par la culture entrepreneuriale que Pôle Emploi sert à grande cuillères. Au fond, dire empirisme politique, affairisme, "entrepreneurisme" ou néomanagement, c'est devenu la même chose. Et c'est une culture en effet, une ambiance, un milieu, un "beau monde".

Voir aussi : Le Monde diplomatique, 1976, Roland Jaccard, l'Exil intérieur et 2011, Mauvais esprit, es-tu là ?


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17 réactions à cet article    


  • zzz'z zzz’z 4 octobre 11:04

    Tout porte à croire à la désertion des personnes qui ne privilégient pas le sale pognon par rapport à leur qualité de vie ; Après, celles que La Boétie n’a pas touchées…



      • Morologue Morologue 4 octobre 11:32

        C’était une réponse à @zzz’z ....


      • zzz'z zzz’z 4 octobre 14:25

        @Morologue

        Christophe Guilluy se pose au niveau macro-économique. Je voyais plutôt la démobilisation des salariés, des patrons de pme à titre personnel. Voyez les radiations des assedic, les personnes — comme aux EUA — qui ne s’enregistrent plus, pour gagner 3 francs 6 sous aux prix des turpitudes de l’administration, des grands comptes.
        Dans mon environnent, les gens vivent ! L’aspect fric les rend plus ou moins distant des autres ; après, il y a toujours des tordus, persistant à vouloir être les plus riches du cimetière. 

      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 4 octobre 14:45

        @zzz’z Pas suivis la discute mais« Guilluy se pose au niveau macro-économique » . ? Il ne se situe et ne se « pose » nulle part. C’est un géographe.


      • Morologue Morologue 4 octobre 17:27

        Non et puis, dans l’article, il évoque clairement le commun des mortels. Lui, il les voit. La majorité n’aspire pas à l’affairisme multimillionnaire, sans compter que les jours des miettes de classes moyennes subsistantes sont comptés, c’est-à-dire des ex-classes moyennes supérieures, pour ainsi dire déjà « riches » ou presque, selon le seuil de 4000€. Quelqu’un qui, aujourd’hui, se fait 2000€/mois peut s’estimer le roi du pétrole, soit censément 19000FF/mois. Entretemps, les loyers dans une ville moyenne sont passés de 400FF à 400€, et le reste, comme on sait.


      • Vertagus Vertagus 5 octobre 00:13

        Qu’entendez-vous par « mentalité 300 » du libéralisme noble ? Car si c’est un esprit de massacre, alors cela rentre en contradiction avec le vrai libéralisme, qui n’est pas un libéralisme tyrannique (que vous jugez, à bon droit peut-être, une contradiction dans les termes). En tous les cas, je compte bientôt écrire un article sur le fait que Macron a tort en ayant raison. Il a raison parce que, stricto sensu, sur la terre, ce qu’il dit est faisable, réalisable, etc. Mais il a tort puisqu’il prend les vessies pour des lanternes : la France n’est pas le Danemark. Il n’y a pas de performativité latine... D’où vient le problème avec le mondialisme, qui accuse des situations dramatiques. Autrement dit : l’Italie du Sud se serait bien gardée d’être rattachée au Nord, sachant qu’un tel Risorgimento l’appauvrit davantage en la jetant dans les affres d’une industrialisation brute. C’est ce que vous sentez en décriant l’affairisme. Le féodalisme n’était pas mieux. Or, le féodalisme, s’il n’était pas mieux, avait au moins l’avantage d’être économiquement adapté aux modalités d’existence française, à sa relative performativité agraire : on ne critique que bêtement de façon rétrospective l’idéologie et la structure médiévales... La psychologie des profondeurs a capté. Les hommes, comme les peuples, sont des produits chimiques : les structures et les marchés ne peuvent parfois cohabiter. De là, comment juger l’Histoire ? 


        • Morologue Morologue 5 octobre 11:20

          Le féodalisme mettait surtout en relation, comme le celtisme avant lui, l’aristocratie avec la roture, dans une solidarité relativement bien éprouvée, ce qui n’est évidemment plus le cas à travers le bureaucratisme par écrans interposés (avènement du pire asimovien). Alors, par mentalité 300, j’entends cela, où le seul esprit de massacre est désiré par les Perses. Quant aux Spartiates, c’est précisément leur libéralité, qu’ils chérissent disciplinairement (sans discipline, de toutes façons, ce chérissement se perd, comme on voit aujourd’hui de ce qu’il reste de nos valeurs, en pâture aux chien-nes de garde. De là, comment juger votre propos ? Vous vous perdez en considérations picrocholines, ici comme dans vos articles. Je songe à cette nécessité d’être riche pour gouverner, foncièrement Ière et IInd Républiques, qui ne tient par ailleurs pas compte de l’énarchisme outrepassant follement sa fonction, depuis De Gaulle. Tout cela est de scolarchie.


        • Vertagus Vertagus 5 octobre 18:13

          @Morologue Nous sommes frères en Pricochole parce que, comme vous (ce que je voyais, peut-être à tort ?), je pense que les mots comptent, et que de chaque phrase on peut tirer des conclusions gigantesques. Mettez-moi en demeure de rendre compte de chacun de mes articles : vous verrez. Mais serait-ce du ressentiment pour ce que nous dîmes sur Nietzsche ?  smiley


        • Vertagus Vertagus 5 octobre 18:19

          Macron > mondialisme > Italie du Sud > mal/Macron > mondialisme > Etats-Unis > bien. Tort, raison. Relativité. 


          Dois-je vous faire un dessin ?   smiley

          Mais je ne peux pas joindre des fichiers, je l’aurais fait sinon.

        • Morologue Morologue 5 octobre 18:32

          Je ne vous suis pas.




        • Vertagus Vertagus 6 octobre 17:41

          Ce n’était bien évidemment pas dans son sens linguistique que je l’entendais. 


        • Vertagus Vertagus 6 octobre 17:57

          Qu’est-ce que je suis mignon et innocent. Je n’avais pas vu que Butler employait ce terme d’une manière bien à elle. Pour moi, performativité = capacité de faire des performances. Autrement dit : scorer/majorer.


        • Ruut Ruut 5 octobre 08:26
          Le soucis vient surtout lorsque le management ne pratique pas les règles de la culture de l’entreprise qu’il impose a ses employés et lorsque le service de soutien aux employés s’avère être du vent.

          C’est hélas de plus en plus souvent le cas surtout dans les grosses structures.

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