• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > De l’utopie libérale à l’anarcho-féodalisme réel

De l’utopie libérale à l’anarcho-féodalisme réel

Qu'est-ce qu'un « puissant » ? … Un « puissant », c'est quelqu'un qui, aujourd'hui, se sent un peu comme tout le monde en dehors de sa richesse et des moyens qu'elle lui procure. C'est une personne qui, comme tout le monde, escompte pouvoir jouir de sa propriété dans tous les sens du terme, serait-elle transnationale. C'est une personne qui, du coup, refuse largement de lâcher du leste quant à ses actifs et ses passifs, comme tout le monde, sauf que – problème – l'étendue de ses actifs et de ses passifs agit concrètement dans l'économie (c'est-à-dire sur l'infrastructure sociale) de façon intense et influente. Cette intensité et cette influence font qu'on appelle cette personne « puissante », et cette « puissance », par la force des choses, fait que cette personne devient membre d'une oligarchie. Car, en effet, la « puissance » (intensité-influence économique, sur l'infrastructure sociale) … la « puissance » prend une tournure inévitablement politique, quand les politiciens doivent composer avec elle. C'est que les angoisses commencent.


Enki Bilal, Immortel ad vitam

 

Si le monde libéral est dit libéral, ce n'est pas, en soi, parce qu'il prônerait plus de libertés qu'un autre monde, ce n'est pas vrai, à un moment donné il faut en finir avec les leurres. Cependant, la confusion est largement possible, exactement parce que la racine est la même : liber. Malheureusement, en latin, liber signifie livre, et nous voyons bien que ni la libéralité, ni a fortiori le libéralisme … ni la liberté … ne ressortent en soi du livre. Même si, inversement, on peut comprendre que le livre dispense libéralement et librement son contenu à qui le lit, la réciproque n'est pas vraie : ce n'est pas parce que vous êtes libéraux ou libres, que vous seriez lecteurs (!).

Le monde libéral est dit libéral, donc, parce que dans ce monde le souverain, ce-qui-est-souverain (roi, oligarchie ou peuple) accorde des libéralités à l'individu, c'est-à-dire des facilités existentielles, devant son autorité souveraine. C'est-à-dire que le libéralisme, proprement, est un transfert de souveraineté de l'autorité publique vers l'individualité privée. Or cela n'est pas un mal, dans la mesure où c'est censé éviter l'absolutisme, mais aussi le totalitarisme, de la part de l'État. Tout ça est théorique et très beau sur le papier, « un jour j'habiterai en théorie, parce qu'en théorie tout va bien ».

Tous les gouvernements du monde, surtout par le passé où ils disposaient de moins de possibilité d’ingérence informatique, accordèrent des libéralités. Ou, pour être plus précis, ils ne pouvaient avoir une mainmise trop intrusive auprès des individualités privées, tout simplement parce que dans ces époques (la majorité des époques vécues par l'espèce humaine et toutes ses races plus ou moins croisées … ) … dans ces époques, il fallait que le souverain face physiquement acte de présence, avec ou sans violence.

De nos jours, le système banquaire-informatique transforme toute cette donne, sans compter le pilotage d'appareils militaires à distance (emblématiquement les drones aujourd'hui). A cela, il suffit d'ajouter la concentration des propriétés industrielles entre des mains oligarchiques (les mains des personnes qui, par le hasard des affaires, des chances et des héritages, sont « puissantes »), pour obtenir tout le contraire de l'utopie libérale, et il est littéralement permis de conclure à ceci, que le libéralisme est une énième mentalité utopique à côté de l'utopisme moderne (originairement : Thomas Moore au XVIème siècle) et contemporain (significativement : Karl Marx au XIXème siècle).

C'est-à-dire qu'en définitive, évidemment, Coluche exprimait très bien la chose en disant que « tout le monde est égaux, mais il y en a qui sont plus égaux que d'autres », puisque l'institution d'une égalité de droits ne réalise absolument pas une égalité de faits. Et là, le problème de la disparité est vieux comme les théories libérales, de parvenir à concilier en toute justice l'égalité et « la liberté » (la libéralité en fait), puisque c'est dans l'articulation de l'égalité publique et de la libéralité privée que se joue intrinsèquement la liberté sociale. Dans le fond, en effet, il n'y a de liberté que sociétaire, en ce sens que tout un chacun est à la fois membre, bénéficiaire, agent et contributeur de la société dans laquelle il vit – aussi solo se la jouerait-il, à la manière des « puissants » dotés des moyens de buller dans le(ur)s sphères. Très clairement, cela est anarcho-féodal, entre individualités anarchiques et puissances féodales.

Quel que soit le libéralisme considéré (car il y en a théoriquement plusieurs), son utopie se réalise sous la forme bâtarde de l'anarcho-féodalisme. La pression inévitable en sociobiologie, dynamique des groupes et sociologie des organisations, fait simplement son œuvre hiérarchique – sempiternelle, jusqu'à preuve du contraire. Car même les groupuscules d'idéologie purement anarchiste, finissent sous la coupe d'éminences grises souvent plus anciennement insérées, donc jugées fiables, et généralement plus malignes que la moyenne, à savoir rester discrètes dans la logique morale (idéologie) de leur collectif « autogestionnaire ».

 

A quel point les « puissants » font pitié

A l'heure des médias de masse, il est alors de plus en plus manifeste que les « puissants » font pitié. Ils l'ont toujours fait en vérité, sauf que cela se voyait moins sans médias de masse. Et voici les raisons pour lesquelles les « puissants » font pitié.

Tout d'abord, un certain sens commun s'imagine que c'est lui, commun des mortels, qui fait pitié. Seulement ce sens commun manque de … bon sens. En effet, si le commun des mortels peut faire pitié aux « puissants », c'est avant tout parce que les « puissants » ont besoin de se conforter dans leurs démarches, à se croire légitimes dans leur posture et ses indéniables bénéfices. Les « puissants » bien sûr, surtout actuellement, conservent des possibilités de longévité, d'activité et d'intellectualité plus amples que le commun des mortels – ce qui ne signifie pas, cher commun des mortels, que les « puissants » en fassent bien usage, si seulement d'ailleurs ils sont à en faire usage. Aucun d'entre eux n'est totalement à l'abri d'un coup du sort mutilant sa possibilité personnelle de s'y épanouir, d'une part … et il se peut très bien qu'à force de devoir se (dé)battre afin de conserver sa « puissance », il oublie tout ou partie de ses possibilités d'épanouissement réelles.

Concrètement, un(e) tel(le) propriétaire oligarchique contemporain(e) est soumis(e) aux aléas du temps qui passe, des gestions parallèles des ressortissant(e)s de sa catégorie sociale, qui n'est pas à proprement parler une classe dans la mesure où l'on n'y est pas inscrit, pas plus qu'elle n'est à proprement parler une caste dans la mesure où l'on n'y est pas légal. Ceci étant, des cartels se font largement jours, auxquels ne peut rien le commun des mortels, précisément parce que tout cela se déroule lors de mondanités privées auxquelles il ne peut rien. Ces mondanités, pour illégitimes qu'elles soient, sont parfaitement légales, puisque dans le cadre théorique libéral concrètement anarcho-féodal, chacune des individualités privées en présence use de ses droits fondamentaux : de ses « droits de l'homme » … Or les droits de l'homme, ce n'est pas autre chose qu'une telle distorsion légale de légitimation propriétaire au prétexte fallacieux de la « liberté ». Il n'y a pas de liberté là. D'ailleurs ces droits de l'homme, qui incluent le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes – ce qui est populiste sous un angle, et au mieux souverainiste – sont littéralement bafoués dans cette dimension par le libéralisme.

C'est donc encore une raison pour laquelle les « puissants » font pitié. En effet, en plus d'avoir à angoisser plus qu'un autre pour leurs propriétés (encore que largement gérées par des opérateurs subalternes plus ou moins rémunérés, plus ou moins collaborateurs agents ou auteurs de l'anarcho-féodalisme concret, de la théorie libérale utopique) … les « puissants » sont en demeure de (se) mentir (à eux-mêmes) quant à l'usage réel qu'ils imposent – sarcastiquement (comme se l'imagine souvent le commun des mortels) et naïvement (comme cela arrive aussi dans les milieux oligarchiques). Car néanmoins, il faut le dire, les « puissants » ne sont pas tous exempts de philanthropie : c'est même ainsi que raisonne la gauche caviar. Reste que majoritairement, la philanthropie est elle-même un affairisme plutôt discret mais juteux.

Bref, les « puissants » font pitié de s'imaginer plus ou moins égaux en droits et de le (laisser) croire, surtout lorsqu'ils se retrouvent confrontés à ce qu'ils nomment de « la haine ». Ceci étant, entendons-nous bien : si par haine, l'on s'en tient à une définition claire d'une détestation appelant à la destruction de son objet haï, nous pouvons aisément nous rallier à la « puissance ». La « puissance » alors, serait dignement la démarche pacifique de celui qui défend l'ordre public, et nous nous retrouverions dans les conditions d'une féodalité saine.

Malheureusement, il ne suffit pas de se vouloir gentil, pour ne pas être méchant, et quand par haine la « puissance » se met soudain à délirer paranoïaque – et géopolitique, naturellement aussi, à certains niveaux – sur la moindre détestation d'entente cordiale, sur la moindre critique parallèle, et ainsi de suite … eh bien, la « puissance » fait suprêmement pitié de se prétendre théoriquement libérale, et démontre magistrale à quel point le libéralisme est une énième utopie ne servant, comme l'avait bien vu Pier Paolo Pasolini, que « les véritables anarchistes » (Salo ou les 120 jours de Sodome), à savoir les « puissants » en tant qu'ils disposent de moyens colossaux d'intensité-influence sur l'économie, c'est-à-dire l'infrastructure sociale, c'est-à-dire le commun des mortels. La « puissance » devient alors elle-même haineuse en vérité, et l'absence de nuancier jusqu'à l'amour vide le monde de l'amour-même.

Ce n'est pas parce que le commun des mortels est commun, qu'il est piteux ; songer cela est piteux, en effet, de la part du « peu commun » voire du « rare des mortels » qui, comme ça dit, reste mortel – pour le pire comme pour le meilleur. C'est Michel de Montaigne, un aristocrate de la Renaissance, qui écrivait bien que « sur un trône, on n'est jamais assis que sur son cul. » Où nous voyons le dernier point par lequel les « puissants » font pitié : de ne plus avoir de trône, ils s'imaginent normaux, alors qu'il n'y a rien de plus anormal que leur condition, ou du moins : rien de plus énorme.

Tout cela fait mal au crâne de schizophrénie, monde guattaro-deleuzien (de) tordu(e)(s).

 

 

 

____________________________________________

Moyenne des avis sur cet article :  1.07/5   (14 votes)




Réagissez à l'article

4 réactions à cet article    


  • Eric Havas Eric Havas 16 septembre 13:30

    Un puissant est :celui :

    qui organise la traite négrière multiculturelle pour son assurance-vie

    — a pour ça des bonniches serviles comme La Baudruche, le guérillero de la jungle des fauteuils pullman sénatorials Plourocrates Sexialistes

    impose SA pensée dominante

    organise son opposition dominante, l’enfer,des prêtres écolo qui ne remette pas en cause le système mais absolvent la Porsche électrique du riche devenu saint. Alliance de l’euro et du vert

    —impose le code existentiel,,le système des objets, le potlatch (la fondation Bill), le sacré (Nature), le mythe (transhumain), le symbolique (pognon) :

    impose le lâche migrant qui ne se bat pas pour son pays comme un héros libéral mondialiste, l’apologie de la victime et de la minorité assure la domination du pognon (le riche est une minorité), neutralité axiologique, apolitisme roi,

    impose l’imaginaire du naturalisme crétin de la jouissance spectacle au supermarché où de la nature divine spectacle naturel, 2 immédiatetés qui se valent, aconceptuelles, apolitiques, irrationnelles. Biobio et sens commun même combat .


    • Paul Leleu 17 septembre 00:11

      en tous cas, on peut remercier toute la racaille anarchiste, prétentudement « anti-autoritaire », qui a passé son temps à désarmer le peuple et à atomiser les collectifs et la centralité...

      toute cette sous-culture libertaire, qui a montré depuis 200 ans à quels échecs systématiques elle a conduit... toute cette culture libertaire portée par le rock, le rap et le cinéma, l’individualisme en mal de sensations fortes...

      pour finir, les puissants ont accru leur emprise... bravo l’anarchisme...

      mais à défaut de faire la révolution et d’être libre, les anarchistes pourront encore proposer au peuple de se droguer « librement »... un grand truc des anar’... l’anarchisme ou la fabrique du lumpen-prolétaire prêt à l’exploitation


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 17 septembre 00:34

        @Paul Leleu

        Putain...si jeune ...si con ...si tellement puceau...c’est beau !


      • Jeff84 19 septembre 08:42

        Les soit-disant « puissants » n’ont absolument aucun pouvoir politique sur moi. Ils ne peuvent m’obliger à faire quoi que ce soit.

        Donc je ne sais pas où vous l’avez fumé, votre « anarcho-féodalisme », mais ça devait être de la bonne.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès