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De Lisbonne à Castel Gandolfo, aller simple pour le placard, l’odyssée de l’espèce de nos Présidents

L'actuelle crise de la démocratie frappe partout en Europe et dans les pays dit occidentaux, qui tombe comme des dominos : Brexit, élection de Donald Trump, coalition Salvini / Di Maio en Italie ... En France, le point de non-retour a été atteint quand les élites ont franchi un Rubicon que le peuple, à juste titre, ne leur a pas pardonné : la ratification en 2007 du Traité de Lisbonne, qui mettait aux oubliettes le veto hexagonal du 29 mai 2005 sur la Constitution Européenne ...

Lisbonne est célèbre pour ses miradouros. De certains, on peut apercevoir le Tage, comme au miradouro da Graça ... Mais en signant le Traité de Lisbonne en 2007, Nicolas Sarkozy et le parlement majoritairement U.M.P. n'ont pas compris qu'ils scient la branche sur laquelle ils étaient assis : le mandat démocratique confié par le peuple français.

Ils n'ont pas non plus vu venir, dans cette ville marquée au fer rouge par le séisme de la Toussaint 1755 dont Voltaire fit des écrits, le tsunami politique appelé dégagisme qui déferle depuis plusieurs années sur la France, qui ne fait pas exception sur le Vieux Continent ...

Bayrou, Juppé, Sarkozy, Hollande, Valls, Montebourg, Aubry, Royal, Copé, Ayrault et autres Fillon, tous sont tombés les uns après les autres comme de vulgaires fétus de paille, balayés par la colère d'un peuple lassé par quatre décennies d'alternance entre la droite républicaine dite gaulliste, et la gauche caviar dite socialiste. Les chaises musicales avaient cessé sous le tocsin (2002) puis sous le glas (2017) de partis populistes déterminés à fracasser l'édifice républicain avec la délicatesse d'un bélier médiéval contre le donjon : Jean-Luc Mélenchon, leader bolivarien d'une France insoumise mais surtout inquiétante, Marine Le Pen, héritière de la P.M.E. familiale de Montretout.

Brisant ce clivage gaullo-caviar et réduisant l'UMPS en ruines (26 % cumulé pour François Fillon et Benoît Hamon au 1er tour de l'élection présidentielle de 2017), Emmanuel Macron est devenu le huitième Président de la République, profitant à la fois des déboires du candidat Fillon et du plafond de verre bloquant le Front National, abaissé par Marine Le Pen suite à un débat où sa médiocrité intellectuelle, sa cécité économique et son incompétence crasse s'étalèrent devant tout le monde avec tellement de clarté que même les adhérents du parti d'extrême-droite le reconnaissaient sous le manteau.

Mais le Graal élyséen de l'énarque et inspecteur des Finances fut une victoire à la Pyrrhus, seulement 18 % des inscrits ayant voté pour lui au premier tour en avril 2017, loin du plébiscite d'un homme providentiel adoubé par toute une nation, homme sur qui personne ne misait un kopeck un an plus tôt au moment d'aller fêter Jeanne d'Arc à Orléans. Certes, au pays de Vercingétorix, Philippe le Bel, Louis XIV et Robespierre, le régicide est plus ancré que le consensus dans les moeurs ... Les yeux de Chimène ne durent plus très longtemps, très vite les Français veulent déboulonner l'idole, brûler le totem de celui qu'ils ont élu sur le trône. N'est pas Napoléon qui veut, et bien des présidents se retrouvent bons à inaugurer des chrysanthèmes ...

Très vite, l'OVNI Macron dut déchanter face au mur de la réalité, loin de l'état de grâce 2.0 qu'il pensait pérenniser pendant tout son quinquennat ... David avait battu Goliath mais le boomerang lui revint en pleine face dans sa tour d'ivoire élyséenne et jacobine, la classe moyenne ne supportant plus de vivre au pays d'Ubu Roi, des usines à gaz et des promesses utopiques sans cesse reportées aux calendes grecques.

Car Macron rappelle en tout point les défauts de ses sept prédécesseurs plus que leurs vertus cardinales ...

Du général de Gaulle, l'ancien locataire de Bercy a hérité le caractère monarchique du pouvoir. Rappelons la séquence mythique de 1962 entre Gaston Monnerville, Président du Sénat d'alors, et le Chef de l'Etat sur la dissolution de l'Assemblée nationale suivant le renversement du gouvernement Pompidou, en pleine campagne pour le référendum sur réforme du mode de scrutin du Président de la République. De Gaulle tire le premier : Monsieur le Président, la Constitution me fait obligation de vous consulter sur la dissolution du Parlement. La réponse de Monnerville est tout aussi cinglante : Monsieur le Président, j'estime que la Dissolution clarifiera la situation générale. Impitoyable, le général de Gaulle se trouve déjà sur le pas de la porte : Veuillez reconduire Monsieur le Président du Sénat. Dans le rôle de Monnerville, Jean-Louis Borloo a subi une humiliation terrible au printemps 2018 sur son plan banlieues ... Mais la madeleine de Proust des Trente Glorieuses est désormais bien loin, et les Français ne reconnaissent évidemment pas en un brillant énarque de 39 ans le père de la nation qu'était l'homme du 18 juin 1940.

De Georges Pompidou, Macron rappelle qu'il fut également banquier chez Rothschild. La haine viscérale et farouche des Français contre l'argent est d'une vigueur telle qu'il aurait mieux fallu qu'il pratique n'importe quel autre métier, même forçat façon Jean Valjean eut été préférable. Qu'importe si pour une fois, un homme politique avait créé de la richesse dans le prié, connaissant la réalité de l'entreprise ... Mais nous ne sommes pas à une contradiction près.

De Valéry Giscard d'Estaing, Macron remet en perspective la jeunesse triomphante et arrogante, cette suffisance qui conduisit un jour VGE à convier Jacques Chirac, alors Premier Ministre, au Fort de Brégançon, à dîner pour le week-end de Pentecôte 1976, à la même table que son moniteur de ski. Humilié, le bulldozer corrézien décida de couper les ponts.

De François Mitterrand, ce sphinx florentin aux voies impénétrables, Macron rappelle qu'il ne fut socialiste que pour infiltrer les hautes sphères du pouvoir, ne reculant devant rien. De Bofinger 1981 à la Rotonde 2017en passant par le Fouquet's 2007, les victoires se fêtent dans de belles brasseries de la capitale. Mais la saveur du Capitole avait un goût différent pour Mitterrand, revenu d'outre-tombe : de l'affaire de l'Observatoire (1959) à l'étiquette d'homme du passé (1974), ce Nixon à la française avait le cuir épais, rompu au marigot politicien, aux morsures des crocodiles de Solférino appelés Defferre ou Rocard, aux griffures des grands fauves de droite, les Chaban-Delmas, Giscard et autres Chirac ... Propulsé trop vite au climax de sa propre trajectoire comme un wagon de montagnes russes, Macron a fait une overdose d'adrénaline.

De Jacques Chirac, le créateur d'En Marche partage, plus encore qu'avec tous les autres, cette confusion des genres de parrain du parti majoritaire, de clé de voûte d'un système politique ne pouvant s'affranchir de son créateur.

De Nicolas Sarkozy, Macron partage bien entendu ce goût pour la concentration des pouvoirs et l'omniprésence médiatique, l'hyper-présidence, quitte à s'exposer personnellement comme le fusible de sa politique, en court-circuitant le Premier Ministre, un laquais, et le reste du gouvernement, des figurants ... Au Château sous l'ère sarkozyste, seul le donjon compte. Tout le reste, murailles, pont-levis et fortifications n'est que décoration façon plante verte.

De François Hollande, dont il fut le sherpa entre 2012 et 2014 avant d'être le ministre, Emmanuel Macron rappelle l'indécision et la synthèse des deux ailes d'une majorité totalement incohérente dont le spectre va d'anciens socialistes sociaux-démocrates à des gaullistes sociaux-libéraux d'Agir ou de l'UDI qui ont quitté Laurent Wauquiez et l'ambiance byzantine régnant rue de Vaugirard ...

Privé de toute capacité d'action et de marge de manoeuvre, Macron n'est plus que le pantin de technocrates déconnectés des réalités qui n'assument pas d'aller au bout de leur politique se limitant à des tableurs Excel de chiffres, tiraillés par leur ADN socialiste d'anciens énarques nourris par les fées du destin à la dépense publique et hantés par le spectre de la réalité libérale qu'ils ne cessent de procrastiner : réforme des retraites, du code du travail, du logement, du magma fiscal, des prisons, de l'Education Nationale et tant d'autres serpents de mer ...

En 1661, Nicolas Fouquet avait fini sa chute libre dans les Alpes italiennes, à Pignerol, coupable d'être monté trop haut. Autre padawan du voleur virtuose qu'était le cardinal Mazarin, la couleuvre Colbert fut plus malin que Fouquet, laissant l'écureuil angevin prendre le rôle d'Icare. Si le destin de Macron n'est pas comparable, lui aussi risque d'aller devoir s'exiler un jour chez le voisin transalpin de son excellent ami Matteo Salvini, non pas à Pinerolo mais à Castel Gandolfo, comme un président émérite devenu spectateur de sa propre impuissance, sur le modèle du pape émérite Benoît XVI ...

La prophétie de Malachie s'appliquera-t-elle à la Ve République ? Fluctuat nec Mergitur dixit, depuis nos ancêtres les Gaulois, la devise de Lutetia devenue Paris, adage repris par feu Georges Brassens dans les Copains d'abord (1964). Mais le vaisseau amiral présidentiel français fait plus penser au Radeau de la Méduse, au Titanic ou au Costa Concordia qu'au somptueux paquebot France des années 60, en témoigne tous ces rats qui quittent le navire de leur propre chef (ou presque) depuis des années : Arnaud la Marinière Montebourg, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti dans la charrette d'août 2014, Nicolas Ushuaïa Hulot et Gérard Collomb. Si oui, la VIe République ne tardera pas à émerger sur ses cendres fumantes, sans que l'on sache quelles seront la couleur des ailes du phénix ... Rouge chaviste, bleu marine, jaune fluo des barricades, rond-points et péages, vert écolo-gauchiste ou noir anarchiste ? Ou blanc royaliste, façon synthèse globale des couleurs du disque de Newton (le comte de Paris se tient toujours prêt au cas où ...) comme l'aimerait Philippe de Villiers (dont le frère Pierre, l'ancien général congédié par Jupiter, est réclamé par certains) ? Il manque le troisième de Villiers, Gérard, et ses fameux S.A.S. de Malko Linge pour y voir clair dans tout ce magma d'ici le printemps 2022 !


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1 réactions à cet article    


  • Axel_Borg Axel_Borg 7 février 14:59

    Tous les présidents de la Ve République ont tour à tour subi l’impuissance :

    - De Gaulle en 1969 après son référendum raté sur le Sénat et la régionalisation, étant assez cohérent et surtout digne pour démissionner en tirant les conclusiosn de sa rupture avec le peuple.

    Pompidou à partir de 1973, diminué par la maladie de Waldenström qui le tuera en 1974

    VGE par les deux chocs pétroliers mais surtout par l’émergence du RPR rival de Jacques Chirac, puis par les affaires (mort de Boulin, diamants de Bokassa)

    -Mitterrand par deux cohabitations avec la droite en 1986 puis 1993 suite à des législatives ratées par le PS

    Chirac par sa dissolution kamikaze du printemps 1997, boomerang de son virage à 180° de l’automne 1995 pour qualifier la France à l’euro

    Sarkozy par la crise post Lehman Brothers de fin 2008

    Hollande par ses mensonges électoraux et les frondeurs placés par Martine Aubry au Palais Bourbon

    Macron par son arrogance qui a fait naître le mouvement des gilets jaunes

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