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Edmond Maire, symbole syndicaliste de la seconde gauche

« Sa vivacité pétulante, sa force de conviction, ses utopies créatrices ont suscité des prises de responsabilités multiples dans la société civile. Nous avons été nombreux de notre génération, "enfants de la guerre" puis de la décolonisation, à nous retrouver ensuite animés par la volonté de renouveau, engagés dans le bouillonnement social et culturel de l’époque. ».



Ces paroles, il les avait réservées à un ami cher qui venait de disparaître. Il y a un peu plus d’un an, aux côtés du Président François Hollande, Edmond Maire a prononcé l’éloge funèbre de l’ancien Premier Ministre Michel Rocard, dans la cour d’honneur des Invalides le 7 juillet 2016, devant tous les responsables de la République. Ce dernier venait de disparaître à l’âge de 85 ans. De la même génération, Edmond Maire fut le leader du syndicalisme réformiste au même titre que Michel Rocard prônait un socialisme réformiste et pragmatique. À la fin des années 1960, tous les deux furent pour l’autogestion mais ils en étaient revenus : « Depuis les vacances d’été des années 1960, à l’occasion de rencontres familiales avec Michel et sa famille dans le golfe du Morbihan, et jusqu’à l’anniversaire de nos 80 ans, nos relations confiantes ont scellé notre amitié, dans le respect de nos fonctions respectives. ».

Ce dimanche 1er octobre 2017, Edmond Maire s’en est allé à l’âge de 86 ans, laissant probablement un désir inachevé, celui de voir émerger des syndicats réformistes responsables prêts à coopérer avec les gouvernements réformistes. Au contraire, la CFDT, devenue premier syndicat de France (supplantant la CGT), s’est même écartée des négociations pour la réforme actuelle du code du travail (au profit de FO).

Né le 24 janvier 1931 à Épinay-sur-Seine, ville connue quarante ans plus tard pour avoir accueilli le fameux congrès socialiste qui a amorcé "l’union de la gauche", Edmond Maire fut l’un des dirigeants historiques du syndicalisme français des années 1970 et 1980, secrétaire général de la CFDT de février 1971 à novembre 1988. Il a organisé de nombreuses manifestations unitaires aux côtés de Georges Séguy et aussi de François Mitterrand, Georges Marchais, Robert Fabre et Michel Rocard. Dans les années 1970, Edmond Maire a initié la coopération militante entre la CFDT et la CGT de Georges Séguy, mais a rompu avec le syndicat communiste lors de la rupture de l’union de la gauche en été 1977 et de l’invasion soviétique de l’Afghanistan en décembre 1979.

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Favorable au "tournant de la rigueur" de 1982-1982 adopté par le gouvernement de Pierre Mauroy sous la Présidence de François Mitterrand, il quitta la direction de la CFDT au moment où son ancien numéro deux, Jacques Chérèque (père d’un lointain successeur, François Chérèque), fut nommé ministre du gouvernement de Michel Rocard chargé de la réindustrialisation.

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Connu pour sa bonhomie incarnée par sa pipe, sa voix particulière et son nez cassé (retour de boxe au service militaire), Edmond Maire fut le dernier survivant des responsables de grands syndicats de la période postgaulliste du début de crise économique (qui n’est toujours pas terminée quarante ans plus tard), après les disparitions de Georges Séguy (1927-2016), secrétaire général de la CGT de juin 1967 à juin 1982, Henri Krasucki (1924-2003), le successeur de ce dernier à la tête de la CGT de juin 1982 à janvier 1992, André Bergeron (1922-2014), secrétaire général de FO de novembre 1963 à février 1989, et Marc Blondel (1938-2014), le successeur de ce dernier à la tête de FO de février 1989 à février 2004.

Après des cours du soir au CNAM pendant son travail de laborantin obtenu à l’issu de son baccalauréat, Edmond Maire fut recruté comme technicien en chimie au centre de recherche de Péchiney à Aubervilliers à l’âge de 23 ans, année où il adhéra à la CFTC, le syndicat chrétien (qui s’est ensuite scindée en CFTC et CFDT qu’il a suivie). Il est devenu permanent syndical quatre ans plus tard. Pendant les années 1960, il a pris beaucoup de responsabilités syndicales dans les industries chimiques (au point de devenir en 1963 le secrétaire général de la fédération CFTC des industries chimiques).

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Dans une interview du journal "Le Monde" du 17 juillet 2014, interrogé par le journaliste Michel Noblecourt, Edmond Maire a rappelé sa volonté de participer au débat intellectuel en tant que syndicaliste : « Quand je suis devenu permanent syndical, j’ai eu très vite le goût d’écrire pour faire entendre une voix du syndicalisme dans le débat public. C’est ainsi que le 29 octobre 1964, juste avant la naissance de la CFDT, je signais dans "France Observateur", en tant que secrétaire général de la fédération des industries chimiques de la CFTC, un article intitulé "Leur plan et le nôtre" où, mettant en avant les "impératifs sociaux", je critiquais le projet de Ve Plan. (…) C’est à Claude Perrignon, chargé de mes relations avec la presse, que je dois l’idée d’une contribution annuelle, chaque fin d’été dans "Le Monde", à une époque où la littérature syndicale se résumait pauvrement à des tribunes pour annoncer une rentrée sociale forcément chaude. ».

Le premier article a été publié par "Le Monde" du 1er septembre 1971 sur "syndicalisme et laissés-pour-compte". Dans son article du 25 août 1983, en pleine "rigueur socialiste", Edmond Maire (interviewé par Michel Noblecourt) avait déjà pressenti les problèmes majeurs des décennies à venir : « L’œil du syndicaliste ne saurait être constamment fixé sur les problèmes sociaux, il doit l’être aussi sur les problèmes de société. Cet été a été marqué par une dégradation du sens du vivre ensemble, une crispation, une montée des intolérances, de la violence, des déclarations parfois irresponsables sur les travailleurs immigrés. Du point de vue politique, je tiens à dire que Robert Badinter est l’honneur de la gauche ; il actualise le sens à donner aujourd’hui à la notion de gauche. Du côté syndical, la première responsabilité est de redonner confiance aux travailleurs dans la lutte contre le chômage et de montrer que seule une attitude civilisée envers les immigrés consiste à vivre ensemble en apprenant à mieux se comprendre, mieux se respecter, pour enrichir notre communauté pluriculturelle. » ("Le Monde").

Et toujours dans ce même article, il a proposé, dans son analyse économique, un renforcement de la construction européenne : « Le laisser-aller devant les errements du dollar, il n’y a plus d’Europe, la course à la baisse de la consommation, la baisse de la protection sociale. (…) La bonne réponse française suppose une réponse européenne. On peut faire face à la situation dans de bien meilleures conditions par une meilleure coordination économique, industrielle, monétaire, sociale, culturelle et politique au sein de l’Europe. (…) Il faut stimuler le contractuel, faire mûrir les compromis positifs et éviter le risque d’étatisme, par exemple en semblant accorder moins d’autonomie à une entreprise privée qu’à une entreprise nationalisée. » (25 août 1983).

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Après son passage de témoin à Jean Kaspar en novembre 1988 à la suite d’un problème interne (aboutissant à la création de Sud-PTT le 16 décembre 1988), Edmond Maire présida les Villages Vacances Familles (VVF), devenu Belambras Clubs, puis un fonds d’investissement d’économie solidaire France Active (qui aide à la réinsertion par la création d’entreprise).

Comme Michel Rocard, Edmond Maire était un partisan très enthousiaste de la négociation, du dialogue social et du compromis positif. C’est pourquoi son hommage à Michel Rocard le 7 juillet 2016 avait tout son sens : « Son ambition pour la société était de même nature que celle qui mobilisait Pierre Mendès France ou Jacques Delors. Sa conception du changement social et sociétal rejetait toute dérive populiste, lorsque les promesses de court terme l’emportent au détriment du fond : l’avenir de l’Europe, la protection de l’environnement et de la planète, par exemple. Refusant de travestir la réalité économique, Michel Rocard faisait appel à l’intelligence des citoyens, en s’appliquant à l’explication patiente des fondements et de la portée des réformes nécessaires. ».

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Et d’ajouter également un mot sur la "méthode Rocard" : « Dans une époque qui sacrifie tant à la communication, aux demi-vérités, voire aux rumeurs, sa morale politique, son exigence fameuse du "parler vrai" ont marqué les esprits. Chacun le sait mieux grâce à lui : c’est un critère majeur du progrès de notre démocratie. Pour Michel Rocard, la fiabilité des finalités proposées aux citoyens dépend d’abord de la pertinence et de la qualité des moyens employés pour les atteindre et du courage nécessaire pour surmonter les obstacles. La fin est dans les moyens. ».

Dans l’émission "Confrontations" animée par les journalistes Henry Chapier et Michel Naudy sur FR3, Edmond Maire a confié le 17 décembre 1983 : « Naturellement, la vie syndicale, l’intensité de cette vie, l’intérêt que j’y ai pris, a dépassé et remplacé toute autre forme d’investigation, de recherche ou d’inquiétude dans ma vie. ».





Toujours dans la même émission, Edmond Maire a essayé d’analyser la Révolution russe pour en tirer des leçons pour l’avenir, ce qu’il a réaffirmé ensuite lors de l’hommage à Michel Rocard (et cité ci-dessus) : « C’est ce que disait Rosa Luxembourg dès 1919, elle décrivait extrêmement bien comment la façon dont s’est enclenchée la Révolution de 1917, inévitablement aboutirait un jour à Staline (…). La façon de faire le changement dans notre société détermine en bonne partie l’avenir de cette société. » (17 décembre 1983). Cette dernière phrase est sans doute essentielle pour bien comprendre la pensée d’Edmond Maire mais aussi de tous les réformistes de centre gauche, de Pierre Mendès France à Emmanuel Macron en passant par Michel Rocard et Jacques Delors.

Ironie du sort, son fils Jacques Maire (55 ans), énarque, ancien conseiller diplomatique du Premier Ministre Pierre Bérégovoy, ancien directeur de cabinet de la ministre Dominique Voynet, ancien ambassadeur, ancien élu local socialiste à Brest ayant soutenu la candidature d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle, a été élu député LREM des Hauts-de-Seine le 18 juin 2017, et il a battu… Gilles Boyer, le directeur de campagne très consensuel de l’ancien candidat Alain Juppé à la primaire LR


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er octobre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Articles du journal "Le Monde" datés du 25 août 1983 et du 17 juillet 2014 (Michel Noblecourt).
Edmond Maire.
François Chérèque.
Georges Séguy.
Marc Blondel.
André Bergeron.
Michel Rocard.
François Mitterrand.
Georges Marchais.
Robert Fabre.

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1 réactions à cet article    


  • Dzan 3 octobre 12:38

    La CFDT : Toujours le stylo dans le dos, pour signer la régression sociale.

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