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Accueil du site > Actualités > Politique > Emmanuel Macron va-t-il dynamiter la présidentielle 2017 ? (3)

Emmanuel Macron va-t-il dynamiter la présidentielle 2017 ? (3)

« Plus l’homme acquiert de la puissance, plus il devient vulnérable. Ce qu’il doit le plus redouter, c’est le moment où, la création entièrement jugulée, il fêtera son triomphe, apothéose fatale, victoire à laquelle il ne survivra pas. Le plus probable est qu’il disparaîtra avant d’avoir réalisé toutes ses ambitions. » (Cioran). La dynamite Macron, troisième et dernière partie.

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Après avoir évoqué les forces de la candidature d’Emmanuel Macron, voici les principales faiblesses qu’on pourrait observer dans sa démarche présidentielle.


6. Faiblesses

Il y a évidemment beaucoup de faiblesses qui sont parfois les revers des forces, comme la nouveauté, c’est du sang neuf, jeune, mais aussi de l’inexpérience, un manque de stature présidentielle et les électeurs sont assez soucieux de choisir quelqu’un qui sera capable de les représenter solidement aux sommets internationaux, face à Angela Merkel, à Theresa May, à Donald Trump, à Vladimir PoutineRecep Tayyip Erdogan… La légèreté de François Hollande a déçu beaucoup de ses électeurs : un bon candidat en meeting n’est pas forcément un bon Président de la République capable de défendre au mieux les intérêts de la France et de négocier efficacement les meilleurs accords avec les partenaires étrangers. Candeur ne rime pas avec grandeur. L'autorité fait perdre ce que la proximité fait gagner.

Le principal défaut du candidat Emmanuel Macron, c’est de ne pas convaincre sur l’aspect régalien de la fonction présidentielle. Ce n’est peut-être qu’une question d’entraînement en communication politique, car Benoît Hamon a réussi à convaincre sur ce registre lors de son débat du 25 janvier 2017 alors que ce n’était pas initialement "évident" pour lui.


6.1. La découverte d’une campagne électorale

Comme Dominique de Villepin (mais lui n’est pas candidat), Emmanuel Macron n’a jamais été élu et n’a jamais fait de campagne électorale, même locale. Cette inexpérience pourrait lui être fatale dans le déroulement d’une campagne. Néanmoins, c’est une faiblesse négligeable compensée largement par sa machine de guerre En Marche. Pour le moment, son parcours est sans faute, et est d’une redoutable efficacité sur le plan de la communication politique.


6.2. L’absence de programme

On a beau dire que tel ou tel document est un programme, n’est pas considéré réellement comme un programme politique n’importe quelle plaquette bien présentée et s’exprimant clairement. Il faut que le programme présente une vision originale, globale et cohérente de l’avenir de la France. En ce sens, François Fillon et Benoît Hamon sont, dans leur parti respectif (LR et PS), ceux qui ont le plus misé sur le programme, construit autour d’experts et de personnalités extérieures à la politique. Les "programmes" de Vincent Peillon, d’Arnaud Montebourg, etc. étaient plus des catalogues de mesures qu’un document cohérent de référence. Le comble, c’est bien sûr Jean-Luc Bennahmias, qui n’avait pas lu son propre programme quand il a participé au premier débat de la primaire PS (on susurre que l’Élysée avait oublié de le lui faire lire !).

C’est cependant faux de dire qu’Emmanuel Macron n’a pas de programme car il ne cesse, au cours de sa campagne, de présenter ses propositions, mais il est vrai de dire que ce programme manque de solidité et de globalité. Sa première plaquette publiée fin décembre 2016 pêche par exemple par naïveté ou plutôt, par les clichés et les poncifs qu’elle exprime et qui sont souvent des formules creuses.

Quelques exemples de formules creuses ? Le choix d’une économie sociale de marché : « Nous devons réunir la liberté et l’égalité, pour une société plus efficace et plus juste. ». Le chômage : « Le chômage n’est pas une fatalité, mais un combat que nous pouvons gagner grâce aux mesures justes qui donneront à tous les acteurs la capacité de faire face aux changements. ». Je pourrais citer des dizaines de phrases de ce type, qui ont dû déjà être exprimées mille fois lors des précédentes campagnes présidentielles. C’est évidemment la crédibilité de celui qui les exprime qui sera essentielle lors de l’élection.

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Les rares mesures qu’Emmanuel Macron a présentées jusqu’à maintenant n’étaient jamais accompagnées de leur financement. C’est donc assez facile de comprendre ce que cela signifie : soit on augmente les impôts (pour les financer), mais on ne le dit pas car ce n’est pas très porteur électoralement, soit on augmente encore le déficit public, et on évite aussi de le dire car cela pourrait créer quelques soucis avec nos partenaires européens. C’est un réflexe typiquement …"de gauche" !


6.3. Des propos parfois maladroits voire méprisants

C’est vrai que la fin du meeting de la Porte de Versailles le 10 décembre 2016 a été suivi d’un véritable buzz sur les réseaux sociaux, la manière un peu martiale mais sans voix a étonné, amusé ou choqué certaines personnes.

Dans son meeting à Lille le 14 janvier 2017, Emmanuel Macron n’a pas été très fair-play en évoquant l’absence de Martine Aubry (hospitalisée), laissant croire qu’elle le soutenait (elle qui avait "ras-le-bol" de lui le 23 septembre 2015). Cela ne l’a pas empêché de faire ovationner Jean-Louis Borloo, pas plus présent et pas plus soutien… Dans ce même meeting, Emmanuel Macron a aussi très maladroitement comparé la figure historique du Général De Gaulle à celle, moins glorieuse, du maréchal Patrice de MacMahon ! Je n’ai entendu aucun gaulliste dire qu’il était choqué par une telle comparaison, étrange ! pourtant, c’est assez choquant.

Lors de son déplacement à Berlin le 10 janvier 2017, devant des Français vivant en Allemagne, Emmanuel Macron s’est exprimé en …anglais ! Si je trouve pertinent que l’idéal est de s’exprimer dans la langue du pays où l’on se déplace lorsqu’on représente la France, il est étrange, d’une part, de ne pas parler en allemand en Allemagne (plus la langue allemande sera parlée par des Français, plus la langue française sera respectée hors de la France), d’autre part, pour une campagne présidentielle, de ne pas parler français à des citoyens français, même expatriés.

Autre déclaration qui n’est pas une maladresse mais qu’il va devoir assumer un jour devant ses électeurs : lors de sa venue à Berlin, Emmanuel Macron a rendu hommage à Angela Merkel pour avoir accueilli plus d’un million de réfugiés sur le territoire allemand (Benoît Hamon a fait de même sur BFM-TV le 13 janvier 2017). Si je ne doute pas qu’Emmanuel Macron est prêt à défendre ce point de vue, il n’a pourtant pas été beaucoup attaqué sur ce point malgré le fort courant opposé à tout accueil de réfugiés

Lors de son déplacement dans le Nord de la France, Emmanuel Macron a été plutôt désagréable en expliquant que cette région était caractérisée par un fort tabagisme et un fort alcoolisme (comme si une région ne pouvait se réduire qu’à une seule donnée). Des propos plutôt maladroits qui ont rappelé ceux sur les employées "illettrées" d’une entreprise en difficulté, etc.


6.4. Des propositions parfois très clivantes ou contestables

C’est sans doute la magie Macron dans les médias : on ne regarde que la communication sans regarder le contenu. Et pourtant, il y a du contenu. Et certaines propositions devraient même révolter certains syndicats, certaines beaucoup plus "violentes" que les propositions de François Fillon.

Ainsi pour l’assurance chômage : l’idée d’Emmanuel Macron, c’est de faire porter l’effort de l’assurance chômage sur l’État et pas sur les cotisations sociales. Cela signifierait une perte d’influence très grande des syndicats. J’imagine la réaction de Jean-Claude Mailly mais je ne l’ai pas entendu sur le sujet. Emmanuel Macron veut aussi baisser de 6% les charges sociales sur les salaires et compenser par une hausse de la CSG, gérée par l’État.

Emmanuel Macron a déclaré sur France Inter le 1er février 2017 vouloir supprimer l'ISF mais taxer massivement le patrimoine immobilier. Un réflexe... de gauche ?

Autre mesure clivante, ici inutilement, Emmanuel Macron, en bon représentant bobo (CSP++), est favorable à la dépénalisation du cannabis (comme le candidat socialiste du reste), comme si ce sujet était essentiel quand on se présente à l’élection présidentielle. C’est pourtant en contradiction avec la volonté de faire de la prévention sur le tabac et l’alcool (volonté affichée dans sa plaquette).

Beaucoup de propositions sont d’ailleurs du recyclage de vieilles propositions (comme la baisse des charges salariales). Henri de Castries, qui a annoncé son soutien à François Fillon, a estimé le 17 janvier 2017 que la potion Macron, c’était « de la vieille cuisine dans une casserole neuve ».


6.5. Emmanuel Macron, coresponsable du quinquennat Hollande

L’image d’homme neuf qu’il a réussi à donner ne doit pas faire oublier qu’Emmanuel Macron est parmi les premiers responsables du désastre économique du quinquennat de François Hollande. Conseiller économique pendant la campagne présidentielle de 2012, Emmanuel Macron fut secrétaire général adjoint de l’Élysée en charge de l’économie et des finances de 2012 à 2014, et à ce titre, fut le premier responsable du matraquage fiscal qu’a subi la classe moyenne pendant les deux premières années du quinquennat, ainsi que de l’inefficacité de la fameuse "boîte à outils" sur le front de l’emploi. Enfin, comme Ministre de l’Économie, il n’a pas brillé par des mesures révolutionnaires et il y a toujours une évidente hypocrisie intellectuelle à dire aujourd’hui qu’il voulait aller plus loin sans pour autant montrer ses désaccords en ne démissionnant pas.

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À la Villette le 29 janvier 2017, François Fillon ne l’a pas "raté" : « Il fait croire qu’il est seul et qu’il vient de nulle part ; en réalité, il a fait le programme de monsieur Hollande, mais aussi une grande partie de sa politique… Il est parti pour une échappée en solitaire, mais ses équipiers ne sont pas loin. Qui sont-ils ? Eh bien, c’est toute l’équipe gouvernementale de monsieur Hollande… Bonjour la nouveauté ! Macron, c’est le sortant. Macron, c’est le bilan de Hollande. Macron, c’est surtout le prototype des élites qui ne connaissent rien à la réalité profonde de notre pays ! ».


6.6. Il n’aura pas de majorité parlementaire

Cet argument est la tarte à la crème qu’a pu aussi susciter la candidature de François Bayrou en 2007 et très simplement résolue par Jean-Luc Mélenchon qui a très bien compris le principe des institutions : si Emmanuel Macron parvenait à se faire élire Président de la République, il n’aurait pas vraiment de problème pour construire le mois suivant une majorité parlementaire à ses contours. C’est d’autant plus facile qu’il est positionné au centre de l’échiquier politique et pas à l’un des extrêmes.

Cependant, une fois dit cela, la vraie difficulté d’Emmanuel Macron, c’est de rester le plus longtemps dans son ambiguïté "ni droite ni gauche". Cela signifie qu’il ne voudrait sans doute pas du soutien public de François Hollande et d’une grande partie de dirigeants socialistes. Tant que la candidature n’est pas polarisée gauche ou droite, elle pourra attirer autant des sympathisants de droite et de gauche.

L’échec d’Alain Juppé a déblayé le terrain sur son aile droite. L’échec de Manuel Valls a déblayé sur son aile gauche. Mais il faudra bien à un moment donné qu’Emmanuel Macron prenne certaines positions. Et donc, commence à faire des mécontents.

Le plus problématique, à mon sens, est le syndrome Bayrou : Emmanuel Macron dit vouloir rassembler tout le monde, et concrètement, il refuse toute discussion avec des éventuels ralliés, de droite ou de gauche. Cela signifie qu’il n’accepte des partisans que lorsqu’ils sont à poils, sans idée et sans conviction et qu’ils adoptent les siennes sans discussion. Ce n’est pas ainsi qu’on rassemble les Français ni qu’on bâtit une majorité au Palais-Bourbon…


6.7. Son électorat

L’électorat d’Emmanuel Macron serait très hétéroclite (il volerait même des électeurs de Marine Le Pen !) mais ses militants seraient très homogènes : ce seraient surtout des jeunes actifs de catégories socioprofessionnelles aisées vivant dans les grandes villes et qui sont peu touchés par la crise économique et sociale. L’un des défis de sa campagne sera donc d’élargir son audience auprès des populations socialement moins aisées, ou plus rurales que son cœur de cible initial.

Son "électorat" resterait très fragile car son parti est nouveau. Avant d'avoir besoin d'une majorité parlementaire, Emmanuel Macron aurait d'abord besoin d'une majorité présidentielle, et s'il se trouvait face à Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle, cela ne serait pas sûr qu'il puisse rassembler une telle majorité. Pourquoi ? Parce que contrairement à 2002 où Jacques Chirac avait déjà un "camp" et devait rassembler "l'autre", Emmanuel Macron partirait de "rien", ni du PS ni de LR, un peu comme un extra-terrestre, et le flou, l'inconnu, l'incertitude peuvent faire aussi peur qu'un programme bien connu, très idéologique placé à l'extrême droite. En d'autres termes, pour certains électeurs, la victoire d'Emmanuel Macron pourrait faire aussi peur que l'élection de celle que les sondages placeraient en face de lui, le cas échéant, au second tour.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 février 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron va-t-il dynamiter la présidentielle 2017 ? 
Programme d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Emmanuel Macron est-il de gauche ?
François Bayrou.
Bernard Cazeneuve.
Benoît Hamon.
François Fillon.
Primaire socialiste de janvier 2017.
Les investissements productifs.
La France archaïque.
Et si… ?
L’élection présidentielle en début janvier 2017.
Ramasse-miettes du système politique français.
JJSS, un Macron des années 1970.
Le Centre aujourd’hui.
Manuel Valls.
François Hollande.
Une colombe dans un nid de crocodiles.
Hollande démacronisé.
Michel Rocard.
Populismes.
Mystère ou Mirage Macron ?
Discours d’Emmanuel Macron le 8 mai 2016 à Orléans (à télécharger).
La vivante énigme d’Emmanuel Macron.
Le saut de l'ange.
La Charte de En Marche (à télécharger).
Emmanuel Macron à "Des paroles et des actes" (12 mars 2015).
La loi Macron.
Casser le clivage gauche/droite.
Paul Ricœur.
La France est-elle un pays libéral ?


 


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7 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 16 février 12:54

    la mèche est trop courte pour qu’il puisse se tailler , il va péter avec sa dynamite et il ne restera plus qu’a se baisser pour ramasser le pogon .......


    • sweach 16 février 13:30

      *Emmanuel Macron partirait de « rien », ni du PS ni de LR, un peu comme un extra-terrestre, et le flou, l’inconnu*


      J’aime bien la conclusion ^^

      Mais on peut zapper le Macron, non parce que il y en a d’autres quand même Dupont-aignan ou philippe Poutou par exemple.

      Qui pour le coup on des idées bien plus concrète et un électorat bien plus réel que celui de l’extra-terrestre, le flou, l’inconnu.
      Pourtant qu’est-ce qu’on parle de lui c’est DINGUE !

      • Gasty Gasty 16 février 14:46

        @sweach
        Normal qu’on parle de lui, il a le soutien de la banque rothschild, l’Express, Libération, BFM TV, Le Monde, Le Nouvel Observateur. smiley


      • alain_àààé 16 février 13:33

        excellent article mais je crois que MACRON ne sera jamais président car il est dans une bulle bien que les statistiques le donne gagnant mais écoutant ce matin sur BFMTB j écoutais un politologue dire que les statistiques donnaient MACRON gagnant que cela était faux car il n a toujours pas de programme et surf sur des vagues de mécontentement du peuple


        • Habana Habana 17 février 08:28

          @alain_àààé
          J’aimerais tellement que vous ayez raison !

          Mais n’oubliez-pas une chose, les Français sont des cons (Hollande - Un président ne devrait pas dire ça).
          Il a eu raison au moins sur 1 point !

        • 59jeannot 16 février 16:20

          le soutien des médias et de Gattaz doivent suffire à la disqualifier


          • pascal 17 février 09:32

            A tout ceux qui ont une vision négative de Macron, je demande ceci :
             Etes-vous satisfait du bilan du PS et de l’ex UMP qui se partage le pouvoir depuis quarante ans ?
            Ne croyez-vous pas qu’il est temps de se débarrasser de ces deux vieux partis cramoisis ?

            De toute façon, les choses sont simple. En 2017, Hamon et Mélenchon vont se neutraliser.
            Comme MLP et les autres n’ont aucune chance de victoire au 2ème tour, le futur président ne peut-être que Fillon ou Macron. Faite votre choix... Pour moi , se sera Macron...

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